Ismaël Saidi né le à Saint-Josse-ten-Noode, en Belgique est un réalisateur, scénariste et dramaturge belge francophone. À la suite des attentats de 2015, notamment contre Charlie Hebdo, ce réalisateur à peine connu dans le cinéma belge a été régulièrement sollicité pour des questions liées au terrorisme.. C'est sa pièce Djihad, abondamment jouée pour le public scolaire, qui l'a fait remarquer.
Biographie Les parents d'Ismaël Saidi, d’origine marocaine, ont émigré en Belgique en 1976.. Deuxième fils d’une fratrie de cinq, il naît cette même année à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) et grandit dans la commune voisine de Schaerbeek, où il fréquente le catéchisme d'une école catholique... Son père possédait une modeste entreprise de taxi suffisant à couvrir les besoins familiaux. L'enfant ne manque de rien.
Ismaël Saidi s'engage dans la police en . Il y rencontre son épouse avec qui il a trois fils. En parallèle, il étudie les sciences sociales. Par ailleurs, dès 2004, il devient réalisateur de cinéma avant de s'orienter principalement vers le théâtre à partir des années 2010. La notoriété de ses œuvres reste alors plutôt confidentielle..
Il quitte la police en 2012, après une carrière de seize années., pour se consacrer entièrement à ses activités artistiques. En , la mère de ses trois enfants est encore policière..
Début 2015, il est découvert grâce à sa pièce de théâtre Djihad, soutenue et largement subventionnée par des personnalités politiques. Dans une Belgique , la pièce est déclarée officiellement « outil pédagogique » et « d’utilité publique ».. Dans ce contexte, il devient un phénomène médiatique, d'abord en Belgique francophone, puis en France.
Dans la foulée, il écrit plusieurs livres, surtout sur son rapport à la religion musulmane, notamment en collaboration avec des figures de l'Islam libéral, comme Rachid Benzine ou Michaël Privot, avec qui il milite pour la création d'un « islam des Lumières », un « islam moderne » adapté à la société européenne.
Il est gradué en relations publiques (Université libre de Bruxelles) et licencié en sciences sociales (université catholique de Louvain-la-Neuve)..
Cinéma Alors qu'il travaille à la police belge, Ismaël Saidi commence par réaliser cinq courts métrages à petit budget ( euros chacun) financés entre autres par la région de Bruxelles-Capitale, la commune de Schaerbeek ou la communauté française de Belgique/Fédération Wallonie-Bruxelles« Ismaël Saidi : Histoires de flic » sur bladi.net, 16 décembre 2007..
En 2010, il écrit et réalise Ahmed Gassiaux, son premier long métrage, qui ne sort ni en France, ni en Belgique.
Son second long-métrage, Moroccan Gigolos., comédie sur la multiculturalité coproduite avec l’aide du Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de l'intercommunale VOO et de la Société de développement des entreprises culturelles du QuébecVoir sur audiovisuel.cfwb.be., n'est pas sorti en France, mais en Belgique francophone le et au Québec le . Cette comédie sans prétention, si ce n’est celle de faire passer un moment sympathique au spectateur., reçoit en général des critiques négatives : selon Alba Salto du Focus Vif, c'est une comédie plaisante et légère, distrayante mais globalement décevante, à la narration prévisible.. Le scénario est très prévisible, confirme cinenews.be qui précise que le travail de caméra est soigné et que certaines blagues sont plutôt réussies, mais le spectateur reste sur sa faim.. Alain Lorfèvre de La Libre Belgique se gausse en titrant sa critique : « Une comédie belge sans peps. Y a-t-il du Viagra pour l’humour. ? » Stéphanie Vallet de La Presse (principal média d'information québécois) estime qu'Ismaël Saidi se perd dans le « déjà-vu » et ne fait réellement rire à aucun moment.. Son collègue Éric Moreault ajoute que le film est plat, morne, convenu, nul et plein de clichés. Selon lui, Ismaël Saidi livre une réalisation de routine à l'« esthétique de téléfilm » qui repose sur un scénario manquant d'imagination.. En date du , 127 membres de l'Internet Movie Database ont coté ce film 5,3/10Fiche de Morrocan Gigolos sur l'Internet Movie Database., tandis que Moroccan Gigolos n'est pas répertorié sur Allociné. Sur SensCritique, le film obtient une note moyenne de 4,3/10 pour 64 votes..
En , Ismaël Saidi reçoit entre autres du Fonds audiovisuel de la région de Bruxelles-Capitale pour la réalisation de son troisième long métrage titré La Fine Équipe. dont il est aussi le scénariste et l'acteur principal. Cette « comédie populaire sur fond de football » est coproduite par RTL-TVi. Son tournage se termine en .. Resté inédit, le film n'a jamais été montré (aucune projection en salle et aucune diffusion à la télévision, en DVD ou en streaming.). Il est finalement diffusé le à la télévision sur la chaîne pour belges francophones Plug RTL..
Théâtre Sa pièce de théâtre humoristique Djihad (fin ) montre trois jeunes paumés se heurter à une situation cauchemardesque en Syrie, l'un naïf, l'autre idéologue borné, et le dernier qui se sur-victimise sans voir ses propres erreurs. Elle est déclarée d’utilité publique par Fadila Laanan, ex-ministre de la Culture de la Communauté française de Belgique et ministre-présidente du Collège de la Commission communautaire française chargée de la Culture, ce qui permet au spectacle d'être accessible gratuitement aux scolaires.. Laanan a aussi soutenu la diffusion du spectacle« Laanan : “J’ai toujours soutenu Ismaël Saidi” », Télé Bruxelles, 14 janvier 2016.. Le cabinet de Rudi Vervoort assure régulièrement la billetterie en distribuant des centaines de places gratuites. Auteur, acteurs, théâtres, tickets, tous les éléments sont mis à disposition ou subventionnés. C'est toute l'infrastructure de la coalition PS-cdH en Région de Bruxelles-Capitale et en Fédération Wallonie-Bruxelles qui s'est attelée à assurer le succès de Djihad.. Le spectacle est un succès public en Belgique avec plus de . et a été diffusé sur la chaîne belge Plug RTL.. Il vaut à Ismaël Saidi une renommée qui dépasse les frontières au point d'avoir droit à un portrait dans Le Monde.. Le dramaturge a globalement réussi à mettre en scène le terrorisme djihadiste en utilisant les ressorts du comique, même si la structure schématique des personnages est prévisible. Pour autant, le spectacle n'est pas superficiel : on aperçoit le poids de la relégation, des préjugés, des rêves brisés, les contraintes « du quartier, des voisins, de l'imam » (ce dernier souvent présenté négativement). Les comédiens en font souvent trop, jouent de manière appuyée, forcée, comme dans la commedia dell'arte. Par exemple, les roulements d'yeux d'Ismaël Saidi sont dignes du cinéma muet. La fin, pesamment didactique, plombe le propos avec un message pétri de bons sentiments, mais manquant d'ambiguïté, alors qu'il était jusque là diffusé de façon plutôt fluide et adroite. La pièce « a rencontré un certain succès en Europe francophone et assis la réputation d'Ismaël Saidi de partisan de l'islam libéral, teinté de philosophie des Lumières..
Suite de Djihad, Géhenne est créée au Théâtre de Liège en . Ismaël Saïdi y décrit son interprétation de l'enfer. Selon Anne Poncelet de la RTBF, Un dossier pédagogique, élaboré par Annabel Champetier sous la supervision scientifique de l'islamologue Michaël Privot, accompagne le spectacleDocument .pdf téléchargeable..
Michaël Privot supervise scientifiquement aussi l'adaptation théâtrale du livre Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? Le prophète comme on ne vous l’a jamais raconté (Flammarion, 2018) dont Privot et Saidi sont les auteurs. En , la pièce titrée Muhammad est jouée trois fois, dans une salle vide en raison de la pandémie, au Théâtre de Liège qui diffuse toutes les représentations en streaming, en direct, gratuitement.. Au total, selon Saidi, 5 530 internautes ont vu le spectacle..
Projet concernant l'islam En 2016, Ismaël Saidi reçoit de la région de Bruxelles-Capitale un financement de euros pour réaliser des capsules vidéo sur le sujet de l'islam, à l'attention des jeunes. À cette occasion, le ministre-président socialiste Rudi Vervoort déclare : « La Région bruxelloise débloque 275.000 euros pour lutter contre la radicalisation », La Dernière Heure, 6 janvier 2016.. Pourtant, Ismaël Saidi affirme ne pas être « un spécialiste de l'Islam »« Attentats de Paris : “Le vivre ensemble, une connerie” pour l'auteur de Djihad », Vers l'Avenir, 17 novembre 2015..
Ces subventions octroyés à Ismaël Saïdi provoquent la polémique. Diverses personnalités politiques accusent de « clientélisme » et « récupérations politiques »« Les subsides octroyés au metteur en scène Ismaël Saïdi font grincer des dents dans la majorité bruxelloise », RTBF.be, 7 janvier 2016.. Le message () a été très mal accueilli par une grande partie de la communauté musulmane. Certains, au sein du milieu associatif qui peine parfois à recevoir de subsides, n’ont pas hésité à parler du « chouchou » médiatique du Parti socialiste« Bruxelles : la lutte contre le radicalisme s’enlise », La Dernière Heure, 9 janvier 2016.. À la suite de ces critiques, Ismaël Saidi renonce à son projet et explique :
Quelques jours plus tard, le ministre-président socialiste de la région de Bruxelles-Capitale Rudi Vervoort annonce que le projet sera poursuivi« La Région bruxelloise poursuivra le projet de dé-radicalisation lancé par Ismaël Saïdi », RTBF.be, 12 janvier 2016. avec l'association créée par Saidi qui n'a produit que sa pièce de théâtre DjihadVoir sur aml-cfwb.be.. Selon les statuts parus au Moniteur, Saidi en est le président et son épouse est la trésorière« Ismaël Saidi condamné par la justice marocaine : l'origine d'un contentieux », RTBF.be, 12 janvier 2016.Voir sur Le Peuple, 13 janvier 2016.. Le , Michaël Privot, islamologue diplômé de l’ULg et participant aussi au projet, corrige l'information erronée dans les pages de La Libre Belgique et confirme que l'association a bel et bien refusé le subside.. Rachid Benzine, figure de proue de l'Islam libéral, collabore au projet. La députée flamande du sp.a (parti socialiste flamand) Yamila Idrissi soutient l'entreprise« Islamvernieuwers met dood bedreigd », De Morgen, 20 janvier 2016..
Idéologie Ismaël Saidi s'inscrit dans la pensée de Tareq Oubrou et estime qu'il faut créer un « islam d'Europe ».
Début , avec l'islamologue diplômé de l’ULg Michaël Privot, Tewfiq Sahih (un enseignant) et Zehra Günaydin (une médecin), Ismaël Saidi propose dix actions concrètes pour créer un « islam des Lumières », un « islam moderne » adapté à la société belge.
Selon ces quatre militants, « le vide intellectuel et spirituel » régnerait au sein des mosquées en Belgique. Ils souhaitent notamment rendre l'islam belge « plus institutionnel ». Leurs propositions sont qualifiées de « radicales. ».
Par exemple, des « mosquées pilotes » seront caractérisées par une présence paritaire des femmes dans l’auditoire ainsi qu’au conseil d’administration. Elles seront des lieux de vie inclusifs de toute la diversité de l’islam. Les prêches diffuseront et contribueront à l’articulation concrète de cet islam européen. Et
Selon un spécialiste cité par La Libre Belgique :
Caroline Sägesser, chercheuse à l'Université libre de Bruxelles et spécialiste du financement des cultes en Belgique, a l'impression que les quatre signataires méconnaissent le régime belge des cultes et les principes constitutionnels belges. Les propositions des militants ne sont pas compatibles avec la liberté de culte, ni avec le principe belge de la séparation Église-État, ni avec l'égalité entre les citoyens de différentes confessions..
Citation
Procès intentés contre Ismaël Saidi