Le col de Bussang est l'un des cols les plus fréquentés du massif des Vosges, en France. Situé dans la région Grand Est à d'altitude, il relie la Lorraine et l'Alsace par la route nationale 66 (également route européenne 512). Les deux communes de ce col dans un socle sédimentaire friable et cassant sont Bussang du côté lorrain et Urbès du côté alsacien. Le passage des crêtes à hauteur de Bussang fait partie des principaux cols historiques qui traversent les Vosges depuis l’Antiquité aux côtés du col du Bonhomme, du col du Donon et du col de Saverne.
L’importance du trafic de véhicules au col de Bussang n'a cessé d’augmenter depuis les derniers siècles du Moyen Âge avec l’intensification des relations routières et commerciales entre les Flandres et l’Italie. Le passage du massif vosgien au sud s’intègre de ce fait dans un réseau routier axé sur une Europe dite lotharingienne, mais n’a nullement l’exclusivité de la jonction Flandres-Italie. Pour éviter l’ascension des cols des Vosges méridionales, d’autres routes commerciales passent en effet par la plaine alsacienne ou bien par les cols comtois. Les activités forestières et minières florissantes du dans la vallée de la haute Moselle au pied du ballon d'Alsace ont renforcé la circulation plus locale au niveau du col de Bussang autour duquel se concentrent les sites de matières premières et les manufactures de transformation. Les activités industrielles et agropastorales de haute Moselle ont en outre favorisé l’immigration de main-d’œuvre qualifiée en provenance de pays germanophones du côté roman du col comme les mineurs, les marcaires suisses, alsaciens ou allemands ou encore les charbonniers de Suède, du Tyrol et de Forêt-Noire dans la partie montagneuse située entre le col du Bussang et le col des Charbonniers.
Le Trésor des Chartes de Lorraine de Defourny ne s’exprime pas en termes de cols mais davantage de « passages » ou « pertuis » dans le bailliage de VôgeIl faut rester prudent quant à l'écriture du mot « Vosges » sous la forme « Vôge ». En effet, la Vôge est aujourd'hui une région culturelle et géographique non homogène dont le territoire ne correspond pas à l'ancien bailliage de Vosges nettement plus vaste. Il n'y avait pas de normes typographiques dans les écrits officiels du duché de Lorraine : le mot actuel « Vosges » se rencontre également au singulier « Vosge ». Thierry Alix, l'intendant du duché au , a choisi la graphie au pluriel. Pour un lecteur contemporain, il est objectivement plus facile d'identifier le mot « Vosges » comme région historique en se référant au département actuel.. Situé à la croisée de la sphère culturelle romane d’une part et du monde germanique d’autre part, le col de Bussang demeure une frontière ancestrale entre diverses entités : États souverains, temporels de principautés abbatiales ou canoniales, archidiocèses ou aires linguistiques. Toutefois, sa vocation de passage l’a toujours emporté sur la fonction de frontière naturelle.
Toponymie vignette|alt=Vue sur la route du col de Bussang qui serpente à travers les sapinières|Col de Bussang, côté lorrain. L’usage du terme « col de Bussang » est plutôt récent. De chaque côté de la limite des langues franco-allemandes, on avait l’habitude de dire ou de lire : pour la partie francophone (y compris en dialecte vosgien) : passage de Taye, pertuis d’Estaye (Perthus, Perthuix, Potieu), : « Une discussion s'engagea, il y a quelque douze ans, à propos des château et pertuis d'Estaye ; les deux passages que nous venons de citer, et surtout le panorama d'Alix, décident de la question »., col de l’Estaye, pertuis de Taye ou de la TayeDans : PERTUIS pôtce s. m. Pertuis de la Taye (Bussang, Saint-Maurice) - Poitu d' Horion (Eloyes). Nous avons trouvé ce vocable dans l'arrondissement de Saint-Dié sous les formes « Pertuis », « Poiteu » et « Potieu »., côte du Taye. ; pour la partie germanophone (y compris en dialecte alsacien) : (), évoque la Steig zur Linden et le traduit par « Montée du Tilleul »., Dans , on lit l’extrait suivant : « Über den tiefen Einschnitt des Col de Bussang (, früher Steig oder Paß zur Linden) »., , (ou ).
Les toponymes des agglomérations en deçà du col de chaque côté, Bussang ou Urbès, apparaissent visiblement très peu ou pas du tout dans les premières appellations du col. La partie germanophone insiste, comme c’est le cas pour d’autres régions du massif vosgien côté alsacien, sur la caractéristique topographique : le terme « » désigne une « côte » ou une « montée ». On retrouve la même dénomination pour le col de Saverne (en allemand Zaberner Steige)Il reste toujours deux rues dans la commune de Saverne qui portent ce nom : « La Côte de Saverne » qui est le prolongement de la D1006 à partir du panneau de l’agglomération et la « Rue de la côte » juste avant de commencer l’ascension du col – .Le segment de l’Atlas de Trudaine pour la généralité de Metz, de 1745 et 1780, porte le titre suivant : « Carte de la route de Metz à Strasbourg jusqu’au fond du Holderlock entre Phaltzbourg et la coste de Saverne où finit la généralité de Metz ». ., le col de Steige à Offwiller entre Moselle et Bas-Rhin ou encore le col de Steige à Steige entre Vosges et Bas-Rhin... En réalité, pour les germanophones, la dénomination renvoie très peu à des régions montagnardes ou de haute montagne : elle fait surtout référence, dans les langues allemandes du sud et sud-ouest, à une route qui monte de manière abrupteL’équivalent en Allemagne centrale est . On peut lire également le terme de (montagne) ou (hauteur) dans des paysages de plaine.. Contrairement au col, elle n’a pas forcément pour vocation de permettre le franchissement d’une montagne pour passer dans la vallée voisine. Ainsi, on trouve beaucoup de dans les régions de collines ou encaissées du centre-sud de l’Allemagne quand on passe du fond de vallée aux parties surélevées du relief environnant.
Le terme (désignant la selle en allemand) renvoie en revanche clairement à la vocation du col de montagne comme structure « en selle de cheval » formée en montagne par l'intersection entre une ligne de crête et de deux talwegs situés de part et d'autre. L’échancrure resserrée entre la Tête des Allemands, , et la Tête des Russiers, , est très visible en venant de Lorraine. Les dénominations germanophones ajoutent fréquemment la mention : « des ou aux tilleuls ». En français régional lorrain, les cols sont fréquemment désignés par les appellations « pertuis », « plain » ou « passage ». On parlait du pertuis d’EstayePrononcer comme le mot français « taille » et non comme le mot « taie ». ou du Passage de la Taye. On utilisait couramment en langue patoise vosgienne des pays de Saint-Dié ou Remiremont les termes régionaux pour « pertuis » potieu ou pètu pour désigner un trou, un col ou un passage étroit qui fait figure d’ensellement dans la montagne. Comme pour « », le terme de « côte » revient souvent dans les écrits du . Le premier préfet des Vosges, Henri-Zacharie Desgouttes, décrit le col de Bussang sans prononcer le mot « col » une seule fois : En revanche, l’accent est mis sur deux côtes qui se rejoignent au col.
Géographie vignette|upright=0.6|alt=Grande borne de pierre de l'ancienne route nationale de Bar-le-Duc à Bâle|Ancienne borne de la reliant la Meuse aux Vosges. Situation Le col de Bussang se trouve dans le massif des Vosges ; il est situé sur son versant occidental dans la commune de Bussang dans le département des Vosges et sur son versant oriental dans le territoire de la commune d'Urbès dans le Haut-Rhin, entièrement dans la région Grand Est. Il conduit dans la haute vallée de la Thur en direction de Thann.
Il est dominé par le Grand Drumont () au nord et par la tête des Neufs-Bois () au sud. Il permet de relier la vallée de la Moselle (Trêves, Luxembourg, Metz, Épinal) à la vallée du Rhin et de son affluent principal, l'Ill (Mulhouse, Bâle).
Sur un plan plus local, une fois passée la commune de Saint-Maurice-sur-Moselle juste avant Bussang au sein de la communauté de communes des Ballons des Hautes-Vosges, il n'existe pas d'autre voie routière possible que de poursuivre vers le col de Bussang sur la . C'est à Saint-Maurice que l'on peut encore bifurquer par la RD465 vers le col du Ballon d'Alsace en direction de Belfort ou de Masevaux par la . De fait, les routes buttent dans ce secteur du massif vosgien contre les crêtes en fond de vallée boisée. À part la route nationale, une seule route forestière autorisée à la circulation permet d'accéder à la ferme-auberge au pied du Drumont.
Trafic routier En 2016, le trafic moyen journalier annuel de la section Bussang – Fellering, qui comporte le col en son centre, s’élève à sur le versant lorrain et sur le versant alsacien à Urbès. La part de poids lourds est estimée à 21 % côté lorrain et 17 % côté alsacienJ. Charlier, « Trafic moyen journalier annuel 2016, Direction interdépartementale des routes Est, division d’exploitation de Strasbourg », .. Ce nombre de véhicules par jour dans cette section de la n’a pas varié de manière significative depuis 2010. En revanche, le nombre de véhicules a augmenté depuis 2008 de 36 % sur le versant alsacien du col. Le trafic routier tous véhicules entre 2006 et 2008 relevé à la station permanente du col de Bussang indique : en 2006, en 2007 et en 2008. La baisse de fréquentation du col de Bussang par les poids lourds a démarré au début des années 2000 puisque leur nombre journalier a diminué de 37,4 % de 2004 à 2008 (de ).. Depuis les aménagements des nouvelles voies rapides comme ou de l’ au col de Saverne, les axes de circulation des poids lourds pour relier la Lorraine et l’Alsace ont sensiblement bougé ; ils passent soit par le nord soit par le sud et évitent de franchir les crêtes.
Le trafic moyen journalier sur la diminue donc au fur et à mesure que l’on s’approche ou franchit le col ( à Saint-Maurice-sur-Moselle, avant Bussang), puis il remonte très rapidement sur la section alsacienne entre Fellering et Thann (). La possibilité de bifurquer sur la à Saint-Maurice-sur-Moselle vers Belfort fait baisser le trafic moyen journalier de 35 % pour la section vers le col de Bussang. Sur l’ensemble des cols franchissant les Vosges, le col de Bussang reste bien fréquenté au vu de la tendance générale de diminution des traversées avec une variation de -1,8 %, ce qui correspond à la moyenne de tout le massif vosgien. Au péage de Saverne, la baisse est de 1,6 % avant 2010. Les deux cols qui subissent les plus fortes diminutions sont les cols du Bonhomme (-7,9 %) et de Sainte-Marie (-7,6 %) alors qu’à l’inverse, on relève une hausse de 2 % sur la à la station de Lièpvre à la suite de la réouverture du tunnel Maurice-Lemaire.
Hydrographie vignette|gauche|redresse|alt=Plaque en bronze indiquant la source de la Moselle à 715 m d'altitude. Longueur du cours d'eau : 550 km|Plaque indiquant la source de la Moselle. vignette|droite|alt=Aménagement de la source de la Moselle avec bassin et fontaine|La source de la Moselle près du col de Bussang.
Juste avant la montée du col, la Moselle forme une fourche que l'on peut voir sur le croquis des chaumes-répandises plus bas : vers le nord-est, le vallon du ruisseau de la Hutte séparé du col par le Haut du Charat, ; vers le sud-est, le vallon du ruisseau du Sèchenat séparé du col par la tête des Allemands, , et alimenté par la goutte Devant ; vers l'est au centre, la rivière de la Moselle dont la source est immédiatement alimentée par d'autres sources nommées respectivement Fontaine des BôculonsBôculon, beuquillon, signifie « bûcheron » en patois vosgien. et Fontaine Saint-Louis au pied du Drumont, . Au-dessus du col se trouve l'étang Jean au pied de la côte des Russiers.