vignette|Le comportement homoérotique du Canard colvert est bien documenté.
Le comportement homosexuel chez les animaux se réfère à la preuve documentée de comportements et de pratiques homoérotiques dans les espèces non humaines du monde animal. L'homosexualité au sens large (ou comportementaliste) se définit par des rapports sexuels et/ou « amoureux » entre individus de même sexeIl s'agit là d'une définition de l'homosexualité au sens large (donc humains compris) qui n'implique aucune affirmation quant à la possibilité pour l'animal non-humain d'éprouver des sentiments amoureux. Ce débat sur la conscience animale et les sentiments animaux étant très controversé, il n'est pas du ressort de cet article de trancher sur le sujet donc aucune affirmation ni infirmation ne pourrait être acceptée. et implique la sexualité animale, la parade nuptiale, l'affection, la vie en couple et l'éducation familiale. Des comportements homosexuels de ces différent types ont été observés chez plus de espèces animales.
Une définition complexe La notion humaine de « sexualité » ne peut pas être appliquée telle quelle chez les animaux : l'usage de ce terme en contexte animalier diffère de celle qu'on applique généralement à l'être humain, et cela est encore plus problématique en ce qui concerne l'homosexualité. Par exemple le Trésor de la langue française définit ainsi la « sexualité » chez les animaux : Dans le cas de l'être humain, cela désigne en revanche l' Cette notion, très psychologique, est donc difficile à appliquer telle quelle aux animaux, de sorte que la sexualité se cantonne le plus souvent dans le règne animal à la somme des comportements sexuels observables, sans dimension psychologique ou ontologique. Il en va de même pour la sexualité prise au sens d'« orientation sexuelle »Le TLF la définit ainsi : « disposition, comportement spécifique (de telle personne ou catégorie humaine) dans les rapports sexuels »., qui est une définition éminemment subjective et existentialiste (voir à ce sujet l'article Orientation sexuelle et biologique), notamment dans sa dimension exclusive : par exemple, si l'on observe des comportements homoérotiques chez de nombreux vertébrés, la notion d'« homosexualité » au sens d'un mode d'épanouissement sexuel prenant la forme d'une attirance physique consciemment et exclusivement tournée vers des individus de même sexe semble impossible à appliquer à des non-humains. Toutefois ce comportement peut aussi être occasionnel chez les êtres humains..
Ainsi, pour Thierry Hoquet ., . Cette idée rejoint celle de Ruth Bleier, selon qui un tel abus de langage relève d'un ..
On parlera donc plus prudemment de « comportements homoérotiques » chez les animaux, la notion d'« homosexualité » constituant une surinterprétation sans fondement scientifique assuré, puisque de tels comportements peuvent avoir des causes diverses (domination sociale, entraînement, méprise...).
Pour Thierry Lodé, de l'université de Rennes 1Thierry Lodé, La guerre des sexes chez les animaux, Paris, Odile Jacob, 2007 ., bien que les comportements homoérotiques exclusifs restent plutôt rares. Toutefois un grand nombre de chercheurs.Antonio Pardo, « Aspectos médicos de la homosexualidad », Nuestro tiempo, Jul.-Aug. 1995, . pensent que le qualificatif d'« homosexualité » ne peut pas être appliqué au règne animal car bien que le comportement homoérotique occasionnel soit présent chez certains, l'homosexualité au sens humain contemporain d'« attirance sexuelle exclusivement dirigée vers des partenaires de même sexe au détriment de la reproduction sexuée » n'est presque jamais observée, ne saurait être transmise et ne constitue en aucun cas un acte « conscient ».
Historique Les écrits relatant l'observation de comportements homosexuels chez les animaux remontent à l'Antiquité grecque. C'est ainsi qu'Aristote évoque dans son Histoire des animaux de tels comportements chez les cailles, les perdrix et les coqs. Le philosophe infère deux explications qui résultent d'un préjugé encore tenace dans la communauté scientifique et dans la société actuelles :
En France, l'homosexualité animale est évoquée en 1896 par le zoologiste Henri Gadeau de Kerville, qui propose comme thème de l'une de ses conférences à la Société entomologique de France Perversion sexuelle chez les coléoptères mâles..
Un bref chapitre sur l'homosexualité animale figure dans l'ouvrage écrit par le sexologue Magnus Hirschfeld en 1914, p. 629-635.. Il y relève que l'étude de l'homosexualité animale est un sujet d'étude alors assez récent et qu'elle se heurte à des difficultés, puisque la psychologie des animaux n'est pas accessible. Malgré cela, Hirschfeld souligne que l'homosexualité est largement répandue dans le règne animal, encore qu'il faille distinguer les comportements sexuels résultant des circonstances (par exemple l'absence d'un partenaire de l'autre sexe à disposition ou encore une erreur) des cas où un « instinct homosexuel » doit être admis chez un animal. L'auteur évoque divers cas documentés de comportements homoérotiques animaux, ainsi que d'hermaphrodisme et d'adoption par un sexe de comportements typiquement rattachés à l'autre sexe. Hirschfeld conclut son chapitre en déclarant que l'existence d'un instinct homosexuel chez les animaux peut être opposé à ceux qui prétendent que l'homosexualité irait à l'encontre de la survie des espèces ; notamment, la reproduction ne serait qu'un moyen parmi d'autres dans le perfectionnement des espèces.
L'étude des comportements homoérotiques chez les animaux n'a pris véritablement son essor que dans les années 1990. Considérés comme déviants et rares (encore au début du , les zoologues castraient ou lobotomisaient les babouins ou manchots papous homosexuels.), les éthologues ont progressivement rompu avec la conception réductionniste et mécaniste de ces comportements en s'intéressant à la variabilité des conduites animales Aldo Poiani, op. cit., p. 26-27..
Dans son livre paru en 1999, le chercheur Bruce Bagemihl affirme que des comportements homoérotiques ont été observés chez près de 450 espèces animales (essentiellement des espèces qui ont peu de dimorphisme sexuel), dans chaque grande zone géographique et chaque groupe animal, et qu'ils peuvent être séparés en cinq groupes distincts : parade amoureuse, affection, relation sexuelle, vie en couple et comportement parental.. Les organisateurs de l'exposition affirmaient que des comportements homosexuels étaient retrouvés chez la plupart des groupes de vertébrés, mais aussi parmi les insectes, les araignées, les crustacés, les octopodes et les vers parasites, le phénomène étant reporté chez près de 1 500 espèces animales et bien documenté chez 500 d'entre elles ..
En 2019, selon l'agence Science-Presse, le comportement homosexuel reste un « casse-tête » pour les biologistes qui l'étudient dans le cadre de l'évolution des espèces. Un biologiste à Berkeley, affirme qu'il n'y a pas encore assez d'observations sur les comportements homosexuels car « les personnes qui les observaient pensaient qu'il devait s'agir d'une anomalie, basée sur une idée préconçue de la façon dont le monde devrait fonctionner ». Les chercheurs n'auraient ainsi pas documenté avec suffisamment de précision ce qu'ils voyaient. D'après Yale School of the Environment, les observations ont été réalisées la plupart du temps par hasard. Par ailleurs, les chercheurs n'étudieraient que rarement, voire jamais, la fréquence des contacts homosexuels comparés aux contacts hétérosexuels. D'après The New York Times, de nombreuses questions restent encore sans réponse.
Observations vignette|Deux girafes mâles pratiquant le (enlacement de cou) pouvant s'accompagner d'érection.. Les comportements exclusivement homoérotiques sont rares dans la nature et la diversité des comportements serait largement privilégiée par l'évolution biologique et le conflit sexuel.
Primates non humains Des comportements lesbiens sont identifiés chez les macaques en 1995 Paul Vasey, « Homosexual behavior in primates : a review of evidence and theory », International journal of primatology, 16, 1995, 173-204..
En 2026, selon une équipe anglaise, une méta-analyse portant sur de primates non humains en identifie 59 chez qui des comportements sexuels entre individus de même sexe ont été démontrés, dont 23 chez qui ces comportements sont récurrents. Les relations entre individus du même sexe semblent renforcer les alliances et aider à gérer les conflits, notamment dans les habitats arides et soumis à la pression des prédateurs...
Bonobos
Le Bonobo est une espèce dont la bisexualité est un fait d'observation, partie prenante de ce qu'on appelle chez cette espèce la « pansexualité ». Les mâles comme les femelles s'adonnent fréquemment à des relations avec le même sexe ou avec le sexe opposé, avec des individus matures et immatures sexuellement, et y compris entre descendants. Le sexe a une fonction d'apaisement des tensions très importantes chez les bonobos ainsi que d'apprentissageVoir par exemple « Context and development of sexual behavior of wild bonobos (Pan paniscus) at Wamba, Zaire », International journal of primatology, 18 (1), 1997..
Autres mammifères Chiens vignette|Jeu sexuel entre deux femelles Labrador. Il existe des jeux homosexuels chez le chien qu'il ne faut pas confondre avec le comportement de dominance de « chevauchement hiérarchique »..
Moutons Plusieurs chercheurs ont observé des préférences homosexuelles chez les moutons Endocrinology, 2004., même si là encore le geste pourrait être interprété comme un acte de domination, donc à but plus social que sexuel.
Bisons Se faire la cour, le montage et la pénétration anale complète entre mâles ont été remarqués chez le Bison Américain. Aussi, le montage d’une femelle par une autre (aussi interprété comme étant de l’intimidation) est très fréquent dans les troupeaux. Ce comportement est hormonal et se synchronise avec les montées d'œstrogène, particulièrement en la présence d’un mâle. Les mâles et les femelles ne s'accouplent qu'une fois par an, et le reste du temps les bisons mâles se livrent à des activités homosexuelles, parfois plusieurs fois par jour. La fréquence des interactions homosexuelles est donc plus élevée que celle hétérosexuelles, comme chez les girafes.
Dauphins Le chercheur Bruce Bagemihl a observé des dauphins mâles qui frottaient leur pénis l'un contre l'autre, pratiquaient le sexe anal et nasal (intromission du pénis dans l'évent).
Oiseaux L'existence de comportements homoérotiques chez les oiseaux a été décrite par plusieurs auteurs de l'Antiquité : Aristote (perdrix), Athénée (colombes, perdrix), Élien (cailles), Horapollon (perdrix), Pline l'Ancien (cailles, coqs, perdrix), Plutarque (coqs). Ces comportements sont discutés (même si leur existence est niée) par les auteurs et/ou les textes suivants : Platon (Lois), Ovide, Pseudo-Phocylide, Plutarque, Lucien, Longus, Jean Chrysostome, Célius Aurélien, Agathias (), Justinien, Altercation , Vincent de Beauvais. Ces textes impliquent une perception ancienne du concept d'homosexualité, ce qui contredit a priori la thèse constructiviste.
Manchots
En 2005, six manchots de Humboldt mâles du zoo de Bremerhaven (Allemagne) avaient défrayé les chroniques en formant trois couples homosexuelsA priori ce sont des couples fidèles mais ce n'est qu'une hypothèse, car certains contestent une telle affirmation. et en « adoptant » des cailloux comme œufs. Les instances du zoo avaient essayé d'introduire des manchots femelles pour qu'ils s'accouplent mais les couples homosexuels se sont maintenus Article sur les manchots du zoo de Bremerhaven.. Cette observation pourrait cependant être biaisée par les conditions de captivité des animaux, et ne renseigne pas sur le comportement spontané de l'espèce dans la nature.