Émile Louis, dit « le boucher de l'Yonne », né le à Auxerre (Yonne) et mort en prison le à Nancy (Meurthe-et-Moselle)État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970« Le tueur en série Émile Louis est mort », 20 octobre 2013, Le Parisien, est un tueur en série français. Il est au centre de l'affaire des disparues de l'Yonne.
Il est condamné pour atteintes sexuelles sur mineures en (quatre ans de prison) et en (cinq ans de prison).
En , il avoue l'assassinat de sept jeunes filles handicapées disparues dans les années 1970 dans l'Yonne, mais se rétracte un mois plus tard.
En , il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour viol et torture sur son épouse et sa belle-fille.
En , Émile Louis est condamné par la cour d'assises de l'Yonne à la réclusion criminelle à perpétuité pour . Il décide d'interjeter appel. En , la cour d'assises d'appel de Paris prononce une peine identique à celle prononcée en première instance : réclusion criminelle à perpétuité avec peine de sûreté de 18 ans et dédommagement des familles des victimes. La chambre criminelle de la Cour de cassation rejette son pourvoi en « Le pourvoi d'Émile Louis en cassation examiné ce mercredi », 12 septembre 2007, Le Nouvel Observateur.
Biographie Enfance et jeunesse Émile Louis né à Auxerre le ., est abandonné par sa mère dans les premiers jours de sa vie. Il est pris en charge par l'assistance publique, puis adopté par une famille d'accueil. Dans la famille d'accueil, son père adoptif est artisan maçon et fossoyeur, sa mère adoptive est autoritaire et froide.
En 1944, à la suite de la libération de la France et pendant l'épuration, ses deux sœurs sont tondues, une expérience qui le traumatise durablement.
Élève moyen, il obtient son certificat d'études.
Ce n'est qu'à 15 ans qu'il apprend que ses parents nourriciers ne sont pas ses parents biologiques. Adolescent, il séjourne dans un centre de délinquance en Saône-et-Loire où il est violé.
En , âgé de 18 ans, il s'engage dans la Légion étrangère et participe à la guerre d'Indochine pendant deux ans. Il est affecté aux transports maritimes, ramenant tués et blessés vers les bases arrière. Il revient d'Indochine française en 1954, à la fin de la guerre, décoré de plusieurs médailles militaires.
En , âgé de 20 ans, il épouse Chantal Delagneau avec qui il a deux filles, Maryline et Manoëlle, et deux fils, Fabrice et Fabien. Ils vivent à Villefargeau à à l'ouest d'Auxerre.
Son épouse dit de lui qu'il avait une double personnalité, parfois gentil et attentionné, mais parfois méchant et cruel.
Il trouve un emploi à la base militaire de Varennes dans l'Yonne. Il habite à Seignelay à au nord d'Auxerre, commune dont il se fait élire conseiller municipal.
Il devient chauffeur d'autocar de transport scolaire pour la société Les Rapides de Bourgogne où il rencontre ses sept jeunes futures victimes.
Il se sépare de son épouse en après 24 ans d'union, car « elle n'était pas portée sur le sexe », et vit avec Gilberte Binoche Lemérorel.
Délits et crimes dans l'Yonne En , alors qu'il vit à Seignelay où il est conseiller municipal, il est arrêté et condamné pour attentats à la pudeur sur des mineures de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) de l'Yonne confiées à sa compagne« Une chronologie de l'affaire des disparues de l'Yonne », 6 octobre 2008, Le Nouvel Observateur.
La même année le , il est inculpé pour le meurtre de Sylviane Lesage, 23 ans, élevée par sa concubine, dont le corps est retrouvé à Rouvray (à au nord-est d'Auxerre), là où il a l'habitude d'aller à la pêche.
Il a nié le meurtre de Sylviane Durand-Lesage et toutes les disparitions, et il a avoué avoir .
Le , il a été condamné par le tribunal correctionnel d'Auxerre pour atteinte à la pudeur sur mineure de 15 ansRappel : un « mineur de quinze ans » est une personne âgée de moins de quinze ans ; l'expression fréquemment employée « mineur de moins de quinze ans » est donc un pléonasme. par personne ayant autorité. Il a été condamné à 5 ans de prison.
Le , sa peine de prison a été réduite en appel à 4 ans fermes.
De 1982 à 1984, il est défendu par un ténor du barreau parisien Thierry Lévy.
Christian Jambert chargé de l'enquête En 1981, le gendarme Christian Jambert a été chargé de l'enquête sur le meurtre de Sylviane Durand-Lesage, dont le corps a été retrouvé dans une grange. Au cours de son investigation, il constate que 6 jeunes filles de la DDASS, déficientes mentales légères et âgées entre 16 et 22 ans, ont disparu dans les environs d'Auxerre, entre 1975 et 1979, sans laisser de traces. C'est le début de « l'affaire des disparues de l'Yonne ». À ces 6 victimes s'ajoutera plusieurs années après une septième, Christine Marlot, dont la disparition n'avait pas été signalée au moment de l'enquête de Christian Jambert.
Christian Jambert adresse au parquet d'Auxerre un rapport qui met en cause Émile Louis et des réseaux proxénètes sadomasochistes de l'Yonne qui exploitent les filles de la DDASS.
En , l'affaire concernant le meurtre de Sylviane Lesage se solde par un non-lieu, malgré le rapport de Christian Jambert (lui aussi enfant de la DDASS) qui montre les liens intimes qu'elle entretenait avec Émile Louis. De fait, ce non-lieu entraîne le classement sans suite de l'enquête sur les disparues de l'Yonne, alors que toutes étaient en relation avec le chauffeur de la DDASS.
Le , Émile Louis est libéré, après deux ans et trois mois de détention.
En , il s'installe au Camping de Parpaillon dans le Var à Roquebrune-sur-Argens puis loue un appartement Chemin de Billette à Draguignan, toujours dans le Var, après avoir purgé une peine de quatre ans d'emprisonnement pour attouchements sur mineur.
Il y trouve un emploi dans l'entreprise de pompes funèbres dracénoise Rossetti.
Jambert n'en démord pas : Émile Louis est lié à ces disparitions. Il n'a de cesse de le démontrer. Le procureur de la République René Meyer n'ouvre pas d'information pour manque de preuves, mais demande informellement au gendarme de poursuivre l'enquête.
Mais, le , le gendarme Jambert est retrouvé mort. Il se serait suicidé de deux balles (toutes deux mortelles, l'une dans la tête et l'autre dans la tempe) des suites d'une longue dépression, excédé de ne pas être pris au sérieux dans l'affaire Émile Louis et après avoir été contraint à une retraite anticipée. L'autopsie ne permettait pas d'exclure un assassinat.
En , le parquet ouvre une information judiciaire contre X pour assassinat sur la base d’un premier rapport d’autopsie jugeant les deux impacts de balles peu compatibles avec un suicide« Qui a tué le gendarme Christian Jambert ? », 5 avril 2004, La Dépêche du Midi.
En , un non-lieu est rendu sur la mort du gendarme Christian Jambert. , explique le procureur d’Auxerre.
La famille du gendarme fait appel de cette décision qui est confirmée par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris en février 2012« Non-lieu confirmé dans l'affaire Jambert », 17 février 2012, Le Journal de Saône-et-Loire.
Un ex-directeur de l'APAJH d'Auxerre impliqué En , Pierre Charrier, ex-directeur et fondateur de l'Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH)L'Association de Protection des Adultes et Jeunes handicapés gérait dans l'Yonne, sous tutelle de la DDASS, huit établissements spécialisés. Émile Louis était employé de cette association. de l'Yonne à Auxerre est pris en flagrant délit alors qu'il agresse sexuellement une jeune fille handicapée de 22 ans. Il explique qu'il aurait ainsi permis à la jeune femme de « s'épanouir affectivement ».
Charrier est un proche d'Émile Louis. Il est condamné à six ans de prison ferme.
De manière générale, toute la vie d'Émile Louis est liée à la DDASS, devenue Aide sociale à l'enfance (ASE) : enfant de la DDASS, famille d'accueil de la DDASS, employé par des établissements sous tutelle de la DDASS, il aura fait de la protection de l'enfance son terrain de chasse« Les implications de l’affaire Émile Louis », 13 novembre 2011, CEDIF.
Rattrapé à Draguignan Le , Émile Louis, qui vit à Draguignan dans le Sud de la France, est condamné par le tribunal correctionnel de Draguignan à 5 ans de prison dont 1 an assorti d'un sursis avec mise à l'épreuve pendant trois ans, pour attentat à la pudeur commis avec violence sur mineurs, les enfants de ses voisins de camping.
Il est libéré le . En , il épouse en secondes noces Chantal Paradis à Draguignan.
Le , l'Association de défense des handicapés de l'Yonne, fondée par Pierre Monnoir et Jeannette Beaufumé, par l'intermédiaire de son avocat Pierre Gonzalez de Gaspard, dépose une plainte auprès du juge d'instruction Benoît Lewandowski pour enlèvement et séquestration dans « l'affaire des disparues de l'Yonne ».
Les juges d'instruction et procureurs de la République du tribunal d’Auxerre refusent la réouverture du dossier en pour prescription, l'affaire étant ancienne de plus de 15 ans (en droit français, avant 2017, un crime était prescrit au bout de dix ans).
Les familles de victimes décident de médiatiser fortement l'affaire en écrivant à l'émission Perdu de vue de TF1 animée par Jacques Pradel. Ce dernier (lui-même enfant de la DDASS) prend à cœur cette affaire et saisit l'occasion de faire monter son audimat en utilisant son émission pour recueillir des témoignages et jouer les journalistes d'investigation et faire bouger la Justice.
Il publie un livre Disparues de l'Yonne - la aux éditions Michel Lafon en 2005description du livre sur le site des Éditions Michel Lafon..
Dans la soirée du , Émile Louis est placé en garde à vue, à la gendarmerie de Draguignan. Le gendarme qui l'interroge feint que les disparitions sont prescrites, en raison de leur ancienneté, et lui brandit un papier pour confirmer que la prescription pour ces faits est de 10 ans. Convaincu d'être relâché à l'issue de sa garde à vue, Émile Louis reconnaît avoir tué les sept disparues de l'Yonne et les avoir enterrées dans un bois de Rouvray. On l'emmène sur les lieux, où il désigne sept emplacements.
Le , Émile Louis est mis en examen pour , puis placé en détention provisoire, à la Maison d'arrêt d'Auxerre. Contestant cette poursuite judiciaire, il se rétracte et clame son innocence, en expliquant avoir raconté n'importe quoi en pensant que les faits étaient prescrits. L'affaire est alors particulièrement complexe car les jeunes femmes sont portées disparues depuis 20 ans« Qui protège Émile Louis ? », Henri Haget, 15 mars 2001, L'Express.
Le , un premier corps est retrouvé à l'endroit désigné par Émile Louis. Les tests ADN démontreront que le corps appartient à Jacqueline Weis, une jeune fille de la DDASS qui avait vécu chez lui à titre de famille d'accueil. Un second corps est découvert, le , et sera identifié comme appartenant à Madeleine Dejust, une de ses maîtresses.
En janvier 2001, Chantal Paradis, la seconde épouse d'Émile Louis, porte plainte contre lui à Draguignan pour viol et tortures commis sur elle après l'avoir droguée aux médicaments entre et , ainsi que sur sa fille Karine, issue de son premier mariage, alors âgée de 14 ans.
Karine a d'ailleurs déposé plainte en contre son beau-père pour agressions sexuelles.
Émile Louis reconnaît les faits devant les enquêteurs puis nie tout en bloc et clame son innocence.
Condamné vingt-trois ans après Le , Émile Louis est mis en examen pour viols et acte de barbarie sur sa dernière épouse et la fille de celle-ci.
Le , Émile Louis est entendu au palais de justice d'Auxerre.
Le , Le Journal du Dimanche révèle que l'enquête administrative du procureur général à la Cour d'appel de Paris, Jean-Louis Nadal, confirme la disparition du palais de justice d'Auxerre de la quasi-totalité des dossiers de 1958 à 1982 clos par un non-lieu.