La traversée des Ardennes par les armées allemandes lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale est débutée par celles-ci le en envahissant le Luxembourg et l'Ardenne. Belges et Français mènent contre eux, jusqu'au , une action retardatrice par des combats et destructions avant de repasser sur la rive ouest de la Meuse.

En parvenant à traverser le massif ardennais avec leurs unités blindées en seulement un peu plus de trois jours comme ils le voulaient dans leur plan d'offensive à l'ouest, les Allemands obtiennent un succès opérationnel préliminaire pour leurs attaques surprises menées dans la foulée contre le front allié établi sur la Meuse, contribuant ainsi au succès de celles-ci, dont la principale à Sedan, mais aussi à Monthermé et à Dinant, essentielles pour la réussite de l'ensemble de l'offensive allemande.

Considérations géographiques

Le centre de l'Ardenne est un haut-plateau, coupé par des rivières encaissées (Amblève, Ourthe) et recouvert sur une zone Stavelot – Chimay – Sedan – La Roche-en-Ardenne par la forêt d'Ardenne.. Si cette partie se prête bien aux actions de retardements (abattis, destruction de routes, de ponts…), c'est moins le cas sur le pourtour de l'Ardenne. En effet le nord est plus ouvert avec le plateau de l'Ardenne condrusienne, si ce n'est l'obstacle relatif que constitue l'Ourthe. À l'est, si le paysage est percé par la trouée de Beho au nord du Luxembourg, le sud-est est en revanche barré sur la frontière germano-luxembourgeoise par les rivières Moselle, Sûre, Our et le terrain du nord et de l'est du Luxembourg restent difficiles (Petite Suisse luxembourgeoise, Oesling) mais ce pays franchit laisse ensuite place vers l'ouest aux paysages de prairies et de bois des trouées de Bastogne, d'Arlon et de Neufchâteau, puis passé Bertrix – Florenville en direction de l'ouest les routes se raréfient et la forêt se densifie. Les routes ont en effet longtemps été peu nombreuses dans toute l'Ardenne, le réseau a été bien complété pour les routes venant d'Allemagne et débouchant entre Namur et Givet mais il existe alors toujours peu d'itinéraires plus au sud venant d'Allemagne et ceux-ci sont surtout dirigés vers Charleville – Sedan.. Dans tous les cas, il reste toujours la Meuse à traverser, constituant un important obstacle.

La région d'Ardenne est donc bien moins favorable à traverser pour une armée que la plaine belge au nord du sillon Sambre-et-Meuse, voie traditionnelle des armées d'invasions. Mais une fois passé l'Ardenne, les routes aboutissent ensuite sur un réseau dense qui permet de poursuivre plus aisément en direction de l'ouest, vers l'Oise – Maubeuge.

Contexte : les Ardennes dans les plans d'opérations Luxembourgeois thumb|left|La ligne Schuster. L'armée luxembourgeoise, symbolique, ne possède que 400 hommes et pas de véritable fortification, elle ne peut donc pas s'opposer par la force au passage attendu des armées françaises ou allemandes sur son territoire, qui risque de devenir un champ de bataille.. À la , pour dissuader la traversée de son pays, le gouvernement du Grand Duché décide de faire construire des obstacles sur les points de passages obligés aux frontières allemande et française (routes et voies de chemin de fer, ponts). Ces obstacles combinent chicanes de béton (notamment sur les ponts) et barrières en acier pouvant être définitivement verrouillées. Dite ligne Schuster, la construction de cette défense passive se termine à la fin .

Belges Évolution durant l'entre-deux-guerres Après l'évacuation de la Rhénanie par les Français en 1930 et suivant l'impulsion donnée en 1928 par le général Galet (chef de l'état-major belge), les Belges renoncent en cas d'attaque allemande à défendre l'Ardenne, une région trop grande, peu peuplée et excentrée. Seule une légère couverture y serait placée. Il s'ensuit des discussions de politique intérieure, et notamment une polémique entre Wallons et Flamands, les premiers voyant en particulier dans l'abandon de l'Ardenne celui de la Wallonie au profit de la Flandre. Ainsi en 1931 le député Albert Devèze, partisan de la défense aux frontières, parvient en échange de l'acceptation de ce plan à ce que l'Ardenne soit un peu mieux défendue. Ministre de la défense de jusqu' au (Gouvernement de Broqueville III, Gouvernement Theunis II et Gouvernement Van Zeeland I), il y fait prévoir des destructions et construire des blockhaus pour les battre, la « ligne Devèze », destinée à une action retardatrice s'appuyant sur les difficultés du terrain. Les chasseurs Ardennais sont créés en 1934 pour accomplir cette mission. Devèze voudrait les voir se replier vers l'ouest (la Meuse française), direction en contradiction avec la manœuvre globale des forces belges, c'est donc finalement le nord, vers Huy, qui est arrêté comme direction de repli, au détriment de l'action de retardement. Suivant les relations d'état-major qu'ils entretiennent avec les Français depuis l'accord militaire franco-belge de 1920, les Belges les informent de ces dispositions vis-à-vis de l'Ardenne, où il n'y aura pas de coopération entre les unités belges et françaises, ce que les Français acceptent sans discuter..

En 1936 la Belgique retourne à sa politique de neutralité « armée ».. Cette neutralité est notamment garantie par la France, qui a intérêt à voir les combats se dérouler en Belgique plutôt que sur son sol, aussi les Belges ne doutent pas de son intervention en cas d'invasion par l'Allemagne, mais rien n'est fait pour la faciliter. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les Belges maintiennent leur politique de neutralité armée, les frontières de l'Ardenne sont ainsi couvertes par les chasseurs ardennais et une part du corps de cavalerie.

Dispositions finales À partir d', la menace allemande augmentant, le groupement K est créé sous le commandement du général Keyaerts.. En , il regroupe la de cavalerie (DC) et la de chasseurs Ardennais (DChA).. La est répartie le long de la frontière est (Trois-Ponts – Arlon) et derrière l'Ourthe, sans son artillerie elle doit, sur ordre, mettre en œuvre les destructions (222 au total), réaliser des abattis et se replier (par des itinéraires préparés à l'avance) vers l'Ourthe puis gagner la Meuse à Huy, sans combattre pour se préserver. La assure la défense de la tête de pont de Huy que doit rejoindre la . La est essentiellement déployée sur la Meuse de Dinant – Yvoir mais aussi sur la Lesse, sur l'Ourthe et autour de Huy.

Français vignette|gauche|Plans allié et allemand : la manœuvre Dyle contre le .

Évolution En 1933, l'état-major français adopte le plan D qui doit être appliqué en cas de guerre contre l'Allemagne et prévoit d'établir initialement un front défensif en Belgique, pays avec lequel la France est alors alliée. Une offensive allemande au sud du sillon Sambre-et-Meuse, dans l'Ardenne, est alors envisagée de manière égale à une au nord du sillon.. Pour l'Ardenne, le plan D prévoit donc de la défendre à l'est de celle-ci (Huy – Saint-Vith – Arlon). Ce dispositif permet de couvrir les craintes françaises dans cette région : il s'agit en premier lieu d'une offensive allemande par la trouée d'Arlon pour contourner la ligne Maginot, en deuxième lieu d'une offensive vers Dinant, ensuite le (Meuse de Sedan – Chiers auxquels s'ajoute la Semois) est jugé moins critique, ainsi que le reflète un discours du maréchal Pétain, alors ministre de la guerre:

Durant les années qui suivent, en considérant l'accroissement des forces de l'armée allemande, les Français pensent désormais qu'une offensive s'effectuerait principalement à travers la plaine belge, au nord du sillon, plus favorable à la manœuvre de grandes masses.. Dans les Ardennes, le danger d'une action allemande via la trouée d'Arlon pour contourner la ligne Maginot a été réduit grâce au renforcement de cette dernière en direction de Montmédy. Pour ces raisons, entre autres, un nouveau plan () est établi en 1935, où seules des unités de cavalerie doivent être poussées dans les Ardennes pour y mener une action de retardement, tandis que le front à tenir (position de résistance) dans cette région doit être sur la Meuse au nord et à l'ouest et la frontière française au sud. En 1936, l'Allemagne remilitarise la Rhénanie et la Belgique redevient neutre, entraînant l'adoption du plan E en 1937.. Si une intervention en Belgique est décidée en cas d'attaque allemande, elle se limite initialement dans l'Ardenne au plus à une couverture de la cavalerie en avant de la position de résistance qui s'appuie au sud sur la ligne Maginot et à l'ouest soit sur son prolongement, soit sur la Meuse.

Progressivement au cours des années trente, l'état-major français s'est mis à ne plus envisager dans l'Ardenne qu'une action secondaire par les Allemands.. La position finale du haut commandement français sur l'Ardenne est souvent représentée par la citation du général Pétain reproduite ci-dessus. Une grande offensive à travers les Ardennes est d'autant moins attendue que celles-ci traversées, il reste la Meuse à franchir, que Gamelin qualifie de Cité par .. Lorsqu'en 1938 un exercice de cadre dirigé par le général Prételat simulant une attaque allemande brusquée à travers l'Ardenne en direction du secteur fortifié de Montmédy montre qu'une division blindée placée en tête de l'attaque pourrait parvenir à la Meuse en , le généralissime Gamelin juge que Prételat et le général Georges considère que la vitesse des Allemands a été exagérée sur un terrain et soumis aux destructions d'itinéraires.

Pendant la drôle de guerre, l'hypothèse Escaut entre en vigueur en . Le plan prévoit pour l'Ardenne des découvertes à l'est de la Meuse et une action retardatrice de la cavalerie sur ce fleuve puis à l'ouest de celui-ci en retraitant jusqu'à la position de résistance sur la frontière française.. Plus au sud, l'action de retardement doit être effectuée à partir de la Semois jusqu'à la position de retardement de la Meuse en amont de Revin puis Chiers – ligne Maginot. L'hypothèse Dyle est retenue le mois suivant, dans ce cas la position de résistance doit suivre la Meuse jusqu'à Namur. La cavalerie, en couverture, doit occuper le fleuve en premier sur sa partie belge et établir des têtes de ponts sur une profondeur de , limitant l'action retardatrice. Plus au sud, la mission est sensiblement la même que pour le cas Escaut, dans le plus de 250 destructions sont prévues en France et en Belgique mais avec la vie civile qui s'y poursuit pendant la drôle de guerre rend inimaginable leur préparation.

Dispositions finales La manœuvre à effectuer en Ardenne est finalisée pendant les premiers mois de 1940 avec son extension vers l'est, le commandement (groupe d'armées (GA1) et GQG) s'inquiétant que le repli vers Huy des forces belges de la région ne laisse vers l'ouest. , lettre /3/GA1 du (dont est extraite la citation) ; , instruction personnelle , /3/NE du ; , instruction personnelle et secrète , /3/GA1 du .. Il s'agit de couvrir par des combats retardateurs et destructions, notamment en aidant les forces de couverture belges, l'alignement de la sur la Meuse en amont de Namur, d'obtenir pour la le temps nécessaire à la préparation de ses différents éléments.. Il s'agit également de se renseigner sur les forces allemandes et leurs axes de progressions..

Les moyens consistent principalement en cinq divisions légères de cavalerie (DLC) et trois brigades de cavalerie ou spahis (BC et BS), et sont renforcés par les groupes de reconnaissance de divisions d'infanterie (GRDI) et groupes de reconnaissance de corps d'armée (GRCA) fournis par les grandes unités des , et en avant desquelles la manœuvre s'effectue. Ces forces s'échelonnent sur les différents itinéraires en détachements de découvertes (DD) qui progresseront en tête, suivies par les détachements de sûreté éloignée (DSE), puis par les avant-gardes, puis les gros puis les deuxièmes-échelons.