La bataille des îles Santa Cruz (également appelée dans les sources japonaises) qui eut lieu entre les 25 et fut la quatrième bataille aéronavale du théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale et le quatrième engagement majeur entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal. Comme lors des batailles de la mer de Corail, de Midway et des Salomon orientales, les deux flottes entrèrent rarement en contact visuel et toutes les attaques furent menées par l'intermédiaire de l'aviation embarquée ou des appareils basés à terre.

Afin de chasser les forces alliées de Guadalcanal et des îles voisines et sortir de l'impasse existante depuis , l'armée impériale japonaise planifia une large offensive terrestre sur Guadalcanal pour le . Une importante flotte japonaise comprenant plusieurs porte-avions et grands navires de guerre fut déployée dans le sud des îles Salomon afin d'intercepter les forces navales alliées, en particulier les porte-avions américains, qui tenteraient de s'opposer à l'offensive terrestre. Dans le même temps, les Alliés espéraient également engager les forces navales japonaises pour sortir de l'impasse militaire et chasser les Japonais de la région.

L'offensive terrestre japonaise sur Guadalcanal fut repoussée lors de la bataille d'Henderson Field et au même moment, les forces des deux adversaires se rencontrèrent le matin du juste au nord des îles Santa Cruz. Après une série d'attaques aériennes, les deux flottes quittèrent la zone avec de lourdes pertes. Par le nombre de navires et d'appareils détruits ou endommagés, les Japonais avaient remporté une victoire tactique, mais leurs forces perdues furent bien plus difficiles à reconstituer. La bataille est donc considérée comme une victoire à la Pyrrhus japonaise et les porte-avions japonais ne jouèrent pas d'autre rôle significatif dans la campagne de Guadalcanal qui fut finalement remportée par les Alliés.

Contexte

Le , les forces alliées, principalement américaines, débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et sur les îles Florida dans les îles Salomon. Les débarquements sur ces îles devaient permettre d'empêcher les Japonais de les utiliser pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Leur contrôle pouvait également servir à isoler la grande base japonaise de Rabaul et jouer un rôle de soutien pour la campagne de Nouvelle-Guinée. Les débarquements marquèrent le début de la bataille de Guadalcanal qui dura près de six mois.

Après la bataille des Salomon orientales, au cours de laquelle le porte-avions fut sévèrement endommagé et resta en réparations pendant un mois à Pearl Harbor dans l'archipel d'Hawaï, il ne restait plus que trois groupes aéronavals américains dans le Pacifique Sud. Ces derniers étaient composés des porte-avions , et , de leur aviation embarquée et des navires de soutien comme des cuirassés, des croiseurs et des destroyers qui étaient stationnés entre les îles Salomon et les Nouvelles-Hébrides. Les porte-avions pouvaient ainsi protéger les lignes de ravitaillement et de communication entre les principales bases alliées en Nouvelle-Calédonie et Espiritu Santo, soutenir les troupes terrestres à Guadalcanal et Tulagi et engager et détruire les navires japonais, et particulier les porte-avions, qui passaient à proximité.

thumb|L' en feu après son torpillage le 14 septembre|alt=Un énorme nuage de fumée s'échappe d'un porte-avions qui commence à prendre de la gîte. La zone de l'océan dans laquelle les groupes aéronavals américains opéraient était appelée « carrefour des torpilles » par les marins américains en raison de la forte concentration de sous-marins japonais. Le , l'USS Saratoga fut torpillé par le sous-marin I-26 et fut mis hors de combat pendant trois mois. Le , l'USS Wasp fut touché par trois torpilles tirées par le sous-marin I-19 alors qu'il escortait un important convoi de ravitaillement allié à destination de Guadalcanal et faillit engager les porte-avions japonais Shōkaku et Zuikaku qui se retirèrent juste avant que les deux flottes ne soient à portée l'une de l'autre. Sans électricité, l'équipage de l'USS Wasp ne parvint pas à circonscrire les incendies et le navire fut abandonné puis sabordé ; .

Même s'ils ne disposaient plus que d'un seul porte-avions opérationnel, l'USS Hornet, dans le Pacifique Sud, les Alliés conservaient la supériorité aérienne dans le sud des Salomon grâce à la base aérienne d'Henderson Field (Guadalcanal). Néanmoins les appareils de cette base ne pouvaient pas opérer de nuit et les Japonais pouvaient donc naviguer autour de Guadalcanal presque sans opposition à la faveur de l'obscurité. La situation militaire sur l'île était donc bloquée avec les Alliés acheminant les renforts et le ravitaillement pendant la journée et les Japonais faisant de même pendant la nuit avec le “Tokyo Express” sans qu'aucun des deux camps ne parvienne à prendre un avantage décisif. Au milieu du mois d'octobre, les deux adversaires avaient presque le même nombre de troupes sur l'île. Cette impasse fut brièvement interrompue par deux affrontements maritimes. Dans la nuit du 11 au , une flottille américaine intercepta une escadre japonaise en route pour bombarder la base aérienne de Guadalcanal au cours de la bataille du cap Espérance. Deux nuit plus tard, une autre flotte japonaise incluant les cuirassés Haruna et Kongō parvint à bombarder l'aérodrome et à détruire la plupart des installations et des appareils. Même s'il restait partiellement opérationnel, il fallut plusieurs semaines pour mener les réparations et remplacer les appareils détruits.

thumb|left|Préparation au décollage d'un F4F Wildcat sur le pont de l'USS Enterprise le 24 octobre 1942. Dans le même temps, les États-Unis expédièrent les réparations de l'USS Enterprise pour qu'il puisse rejoindre le Pacifique Sud le plus rapidement possible. Le porte-avions reçut ses nouveaux appareils le et prit la mer le 16. Le , il rejoignit l'USS Hornet et le reste des forces navales alliées dans le Pacifique Sud à au nord-est d'Espiritu Santo.

Le , l'amiral Chester Nimitz, le commandant en chef des forces alliées du Pacifique, remplaça le vice-amiral Robert L. Ghormley par le vice-amiral William F. Halsey en tant que commandant de la zone du Pacifique Sud qui incluait les forces alliées opérant dans les îles Salomon. Nimitz considérait que Ghormley était devenu trop pessimiste pour mener les forces alliées tandis que Halsey était réputé pour son caractère combatif. Halsey commença immédiatement à planifier une opération visant à engager les forces navales japonaises.

La Flotte combinée japonaise cherchait également à affronter les forces alliées dans ce qu'elle espérait être une bataille décisive. Les deux porte-avions de la flotte, le Hiyō et le Jun'yō, et un porte-avions léger, le Zuihō arrivèrent dans la grande base japonaise de Truk depuis le Japon au début du mois d'octobre et y rejoignirent les porte-avions Shōkaku et Zuikaku. Avec cinq porte-avions pleinement opérationnels et ses nombreux navires de soutien, la Flotte combinée japonaise commandée par l'amiral Isoroku Yamamoto comptait compenser la défaite de Midway. En dehors de quelques attaques aériennes contre Henderson Field durant le mois d'octobre, les forces navales japonaises restèrent à l'écart des affrontements sur Guadalcanal dans le Nord-Ouest des Salomon en attendant l'occasion d'engager les porte-avions américains. Une importante offensive terrestre de l'armée japonaise sur l'île étant prévue pour le , Yamamoto se positionna plus au sud pour soutenir l'attaque et être prêt à engager les navires alliés qui se déploieraient en soutien des troupes attaquées. Les Japonais considéraient que les forces navales américaines étaient probablement dans les Salomon car ils avaient lu un rapport de l'agence United Press datée du indiquant que la marine américaine se préparait à un important affrontement aéronaval dans le Pacifique Sud.

Prélude Entre le 20 et le , les forces terrestres japonaises sur Guadalcanal tentèrent de s'emparer dHenderson Field mais elles furent repoussées avec de lourdes pertes par les troupes américaines lors de la bataille d'Henderson Field. Croyant à tort que les Japonais avaient sécurisé l'aérodrome, une flottille japonaise approcha de Guadalcanal le matin du pour apporter son soutien à l'offensive. Les appareils dHenderson Field attaquèrent le convoi toute la journée, coulèrent le croiseur léger Yura et endommagèrent le destroyer Akizuki.

thumb|Carte de la bataille des îles Santa Cruz le 26 octobre 1942. Les lignes rouges représentent les forces japonaises et les noires, les porte-avions américains. Les points jaunes indiquent l'emplacement des principaux affrontements. Malgré l'échec de l'offensive terrestre japonaise et la perte du Yura, le reste de la Flotte combinée continua de manœuvrer dans le sud des îles Salomon le à la recherche des navires américains. La flotte japonaise comprenait quatre porte-avions car un incendie accidentel avait obligé le Hiyō à retourner à Truk pour être réparé. Les forces japonaises furent divisées en trois groupes : la force « avancée » comprenant le Jun'yō, deux cuirassés, quatre croiseurs lourds, un croiseur léger et dix destroyers était commandée par le vice-amiral Nobutake Kondō à bord du croiseur lourd Atago ; le « corps principal » était composé des porte-avions Shōkaku, Zuikaku et Zuihō avec un croiseur lourd et huit destroyers et était commandé par le vice-amiral Chūichi Nagumo à bord du Shōkaku ; la force d'« avant-garde » rassemblait deux cuirassés, trois croiseurs lourds, un croiseur léger et sept destroyers sous le commandement du contre-amiral Hiroaki Abe à bord du Hiei. En plus de commander la force avancée, Kondō était également le commandant supérieur des trois forces.

Du côté américain, le contre-amiral Thomas Kinkaid et les groupes aéronavals de l'USS Hornet et de l'USS Enterprise patrouillaient au nord des îles Santa Cruz le matin du à la recherche des navires japonais. Les navires américains étaient déployés en deux flottes centrées sur les porte-avions et séparées d'environ . Les forces américaines étaient composés des deux porte-avions, du cuirassé , de six croiseurs, les , , , , et ainsi que de 14 destroyers. Un hydravion PBY Catalina basé dans les îles Santa Cruz localisa la principale flotte japonaise à 11 h 03 mais celle-ci se trouvait à environ des navires américains, juste hors de portée de l'aviation embarquée. Kinkaid, espérant pouvoir lancer une attaque dans la journée, mit le cap à pleine vitesse sur la flotte japonaise et 23 appareils décollèrent à . Néanmoins, les Japonais, sachant qu'ils avaient été repérés par les appareils américains et ignorant où se trouvait la flotte américaine, mirent le cap au nord hors de portée de l'aviation embarquée américaine. Ainsi, les appareils américains ne trouvèrent pas les navires japonais et revinrent bredouilles à leurs porte-avions.

Bataille Premières attaques aériennes À le , les forces navales japonaises firent demi-tour et les deux flottes se rapprochèrent jusqu'à ce qu'ils soient à environ l'une de l'autre vers 5 h du matin. Les deux camps lancèrent leurs appareils de reconnaissance et préparèrent leurs avions d'attaque pour pouvoir les engager dès que la flotte ennemie serait repérée. Même si un Catalina équipé d'un radar avait repéré les porte-avions japonais à , Kinkaid ne reçut ce rapport qu'à . Par conséquent, considérant que les navires japonais avaient changé de position durant les deux heures, l'amiral américain décida de garder ses appareils en réserve jusqu'à obtenir des renseignements plus précis.