La Currie Cup, également connue sous l'appellation de Absa Currie Cup, du nom de son sponsor, est la principale compétition sud-africaine de rugby à XV. Elle est disputée par 14 sélections représentant des ligues régionales (« provinces »).
Historique Les origines La compétition débuta sous la forme d'un modeste tournoi intervilles en 1884 mais quand la fédération sud-africaine de rugby (South African Rugby Board) fut créée à Kimberley en 1889, il fut décidé d'instaurer une compétition nationale disputée par des sélections de toutes les ligues provinciales. Trois des quatre premiers participants étaient issus de la colonie du Cap, qui appartenait alors au Royaume-Uni : la Western Province (fondée en 1883, basée au Cap), le Griqualand West (1886, Kimberley) et l'Eastern Province (1888, Port Elizabeth). Le quatrième larron, le Transvaal, était le seul représentant du nord et portait la fierté de la République du Transvaal, alors indépendante. La ligue fut fondée en 1889, trois ans à peine après la naissance de la ville de Johannesburg. Le premier tournoi, disputé à Kimberley, fut remporté par la Western Province qui reçut en récompense une coupe en argent donné par le South African Rugby Board, désormais exposée au musée du rugby sud-africain au Cap. Jusqu’en 1920, la compétition se disputa ainsi sous forme de tournoi organisé dans une ville et resserré sur une dizaine de jours. Le premier du classement alors était simplement sacré champion.
C’est à la première équipe étrangère à venir en tournée en Afrique du Sud, celle des Lions britanniques en 1891, que l’on doit la Currie Cup. Parmi les sacs, les chaussures et les ballons qu'ils transportaient se trouvait une coupe en or donnée à l'équipe britannique par Sir Donald Currie, propriétaire de la ligne maritime Union-Castle sur laquelle ils avaient voyagé jusqu'à l'extrémité de l'Afrique. Le trophée leur avait été remis avant leur arrivée par Sir Donald Currie lui-même avec la consigne claire de la remettre à l'équipe sud-africaine qui leur aurait fourni la meilleure opposition. Les Britanniques ayant gagné les 19 matches de leur tournée, ils l'offrirent au Griqualand West qui ne s'était incliné que 0-3 contre eux. Le trophée fut ensuite remis aux instances nationales et devint la récompense de la compétition désormais dénommée « Currie Cup ». Si le championnat des provinces remonte donc à 1891, la Currie Cup ne fut disputée officiellement pour la première fois que l’année suivante, le récipiendaire en étant la Western Province. Depuis lors, le trophée demeure le Graal du rugby sud-africain.
Petit à petit, la fondation de nouvelles fédérations provinciales entraîna l’augmentation du nombre d’équipes : le Natal, dont la ligue fut établie en 1890 à Durban, devint le cinquième acteur et l'année suivante vit la naissance de la fédération de Border à East London. L’Orange Free State apparut en et rejoignit la compétition la même année. Également en 1895, la Rhodésie, tout juste colonisée (1890), se dota de sa fédération puis d'une équipe. Chacune des grandes villes d'Afrique du Sud avait alors son équipe.
La compétition souffrit de la seconde guerre des Boers. La Western Province, l'État libre et le Transvaal ne participèrent pas à l’édition de 1899 et il fallut attendre 1904 pour qu’elle soit à nouveau disputée. Cette année-là, les North Eastern Districts (Aliwal North et Cradock, au nord d’East London), fondés en 1903, se mêlèrent à la lutte. En 1910, les South Western Districts (Oudtshoorn et Mossel Bay et George) quittent la Western Province pour créer leur fédération, portant à 10 le nombre d’engagés potentiels (toutes les équipes ne s’engageaient pas forcément à chaque fois). En 1914, le tournoi organisé à Durban fut remporté par la Western Province.
1918-1968 La Currie Cup reprit en 1920,puis le format changea en 1922, les adversaires s’affrontant selon une formule de championnat en matches aller et retour. Le rythme des admissions se ralentit : le Transvaal vit se détacher un de ses comités régionaux : le Western Transvaal (Potchefstroom) apparut en 1920, et il fallut attendre près de 20 ans pour que le Boland (Wellington) et le Northern Transvaal (Pretoria) soient intégrés en 1939. Cette année-là, le total était de 13 équipes réparties en deux poules dont les vainqueurs respectifs, le Transvaal et la Western Province, avaient disputé la toute première finale de la Currie Cup. En 1947, l’Eastern Transvaal (Springs) fut formé à partir du Transvaal, et en 1954, c'est le Sud-Ouest africain (fédération basée à Windhoek fondée en 1916 sous le nom de Damaraland Rugby Union), sous mandat de l'Afrique du Sud depuis 1920, qui fut intégré à la compétition. En 1954, on passa de deux à trois groupes. Le meilleur vainqueur se qualifiait directement pour la finale tandis que les deux autres s’affrontaient préalablement en demi-finale. À une reprise, la compétition se déroula sur deux années (1957 et 1959) sous forme de championnat, mais l’absence de finale mécontenta beaucoup de supporters et il n’y eut pas de coupe pendant cinq années. Elle reprit ses droits sous une nouvelle forme : les équipes étaient réparties en cinq poules dont les vainqueurs respectifs disputaient un tour final qui sacrait le vainqueur. C’est dans ces conditions que la Western Province fut sacrée en 1964 et 1966.
La Currie Cup devient annuelle Des années 1960 aux années 1980, pas moins de neuf nouvelles ligues régionales apparurent : le North Western Cape (1966, Upington), le Far North (1968, Pietersburg), le Northern Orange Free State (1968, Welkom), l’Eastern Orange Free State (1968, Bethlehem), le South Eastern Transvaal (1969, Witbank), le Stellaland (Vryburg) et le Northern Natal (1973, Newcastle), ces deux dernières devant se contenter de matchs amicaux jusqu’en 1975, le Vaal Triangle (1982) et enfin le Lowveld (1984). Cette multiplication avait été voulue par Danie Craven, alors président de la fédération, afin de limiter le pouvoir excessif selon lui des « test unions », c’est-à-dire des six ligues les plus puissantes où l’équipe nationale, les Springboks, puisait la quasi-totalité des joueurs disputant les test-matchs (Western Province, Transvaal, Northern Transvaal, Natal, Orange Free State, Eastern Province). Une vingtaine d’équipes se retrouvèrent donc en lice. Ce fut aussi l’âge d’or du rugby des provinces, car la Currie Cup constituait la seule compétition de haut niveau d’Afrique du Sud du fait du bannissement politique du pays, et de ses sportifs, de la scène internationale dans les années 70 et 80.
Annulée en 1967 pour préparer la tournée du XV de France l’année suivante, la Currie Cup connut une révolution en 1968 en devenant enfin annuelle. Deux poules de huit désignaient des demi-finalistes. En 1973, les vingt équipes furent placées dans quatre poules de cinq, dont les quatre premiers entraient en demi-finale (en 1974 : deux poules de sept, une poule de six, les quatre meilleurs se qualifiant). Mais cette répartition empêchait certaines des provinces les plus puissantes de s’affronter chaque année et donc d’augmenter leurs revenus aux guichets. Leur lobbying permit d’organiser les compétitions selon le niveau des engagés. En 1975, on créa ainsi deux divisions : les 10 meilleures provinces (12 en 1980) se disputaient la Currie Cup (championnat en 10 journées, les deux premiers disputant la finale), les 10 plus faibles se disputant le Sport Pienaar Trophy, avec des matches de promotion-relégation. En 1979, la Rhodésie, dernière du groupe A, conserva sa place en battant les Griquas 25-12. L’année suivante, il n’y eut pas de barrage car la Rhodésie quitta le giron du rugby sud-africain à l’indépendance du pays sous le nom de Zimbabwe. L’Eastern Province prit sa place. En 1981, on instaura trois groupes, Currie Cup A (les six meilleurs), Currie Cup B (le niveau intermédiaire, six équipes) et Sport Pienaar (les plus faibles). Après une première phase, les deux meilleurs du groupe B affrontaient les équipes du groupe A et avaient donc théoriquement une chance de remporter la Currie Cup (le Natal joua une finale en 1984 dans ces conditions), ce qui n’était pas le cas des équipes du Sport Pienaar. Naturellement, les plus ligues les plus puissantes sortirent vainqueur de cet élitisme. On introduisit aussi des matches de barrage entre les groupes A et B, puis entre le groupe B et le Sport Pienaar.
En 1981, le Natal descendit dans le groupe B (défaite en barrage face à l’Eastern Transvaal), mais malgré une finale de Currie Cup perdue en 1983, il ne réussit pas à remonter dans le groupe A (trois défaites en barrage en 1982, 1984 et 1986). La perte financière qui en résulta incita la fédération sud-africaine changer le système pour sauver les « Banana Boys » et en 1987, le nombre d’équipes du groupe A passa à sept. En 1988, ce fut au tour de l’Orange Free State de passer tout près du couperet. Battue en barrage par le Northern Free State, l’équipe fut repêchée avec le passage du groupe A à huit équipes. Les remous politiques qui devaient mener à l’indépendance incitèrent le Sud-ouest africain, future Namibie, à se retirer en 1989.
Rationalisation et professionnalisation (1990-2015) En 1991, l’élite se resserra de nouveau. Le Northern Free State et le Western Transvaal occupant les deux dernières places, il fut décidé de ne conserver que les six premiers, qui s’avéraient être les « test unions », aussi appelées « urban unions » (Transvaal, Northern Transvaal, Orange Free State, Natal, Western Province, Eastern Province) au sein de l’élite, la Bankfin Currie Cup du nom du sponsor de l’époque, pour disputer un championnat fermé (pas de relégation) à l’issue duquel les deux premiers se retrouvaient pour une finale. Le deuxième niveau se composait de neuf « central unions » (deux poules de 4 et 5 équipes dont les vainqueurs se disputaient la Bankfin Cup) et le troisième des sept « rural unions (deux groupes de 4 et 3, les vainqueurs en finale).
L’entrée dans l’ère professionnelle en 1995 se traduisit par une restructuration spectaculaire des structures provinciales qui passèrent de 22 à 14 en 1996. Une première phase de poule débouchait sur une deuxième phase regroupant d’un côté les huit meilleurs qui se disputaient la Currie Cup (avec phases finales à élimination directe), de l’autre les six plus faibles qui jouaient une compétition de consolation. La dernière réorganisation date de 2000 avec l’instauration de deux divisions distinctes, la Currie Cup Premier Division (les 8 meilleurs) et la Currie Cup First Division (les 6 autres). Depuis 2007, des barrages sont organisés entre le dernier ou les deux derniers du premier niveau et les premiers du deuxième niveau. En 2013, la Premier Division passe à six équipes et la First Division à huit équipes.
Même si poser ses mains sur le trophée de Sir Donald Currie demeure encore quelque chose d'exceptionnel, comme peut l'être le fait de toucher le Bouclier de Brennus pour les rugbymen français, le retour de l'Afrique du Sud sur la scène internationale en 1992 porte un coup à la Currie Cup, qui glisse dans la hiérarchie des compétitions derrière le Tri-nations et le Super 10 (devenu Super 15 depuis). Dans le même temps, le resserrement de l’élite a permis une plus grande compétitivité, quatre provinces majeures pouvant espérer remporter le trophée en début de saison, ce qui n’était que rarement le cas par le passé. Après un passage à vide, les Golden Lions (ex-Transvaal) retrouvent une partie de leur lustre passé avec trois finales en six ans, dont deux victoires (2011 et 2015).
Réforme de 2015