L’abbaye de Lucq-de-Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques était une abbaye bénédictine fondée par le duc de Gascogne Guillaume Sanche vers 970. Elle fut l'une des trois abbayes les plus importantes du Béarn. Ravagée en 1569 durant les guerres de Religion, les barnabites la relevèrent en 1613 avant sa dissolution durant la Révolution.

Historique

Origine La fin du voit la multiplication des fondations monastiques en Gascogne, liée à l'impulsion donnée par la fondation de Cluny et l'expansion des bénédictins. Le duc de Gascogne Guillaume Sanche (vers 950 - 996) donne une impulsion à ce mouvement et au renouveau de la Gascogne en établissant différentes abbayes en des points stratégiques de son duché. La fondation de l´abbaye de Lucq, comme celle de Sainte-Marie de Lescar, de Saint-Jean-Baptiste de Sorde en 981, de Saint-Sever en 988 et de l´abbaye Saint-Pierre de Larreule entre 993 et 996, s´inscrit dans ce mouvement.

Le monastère est ainsi fondé vers 970 au lieu nommé . D´après la tradition, alors que Childebert Ier revenait du siège de Saragosse en 542, un de ses lieutenants aurait fondé à Lucq un oratoire consacré à saint Vincent. Le monastère sera en conséquence dédié à saint Vincent. Il est confié aux bénédictins. Son premier abbé est Garcia de Vasconie, un parent du duc Guillaume Sanche.

L´abbaye au Moyen Âge Avec les abbayes de Larreule et Sauvelade, le monastère de Lucq fit partie des plus importantes abbayes du Béarn. Enrichi par de nombreuses donations et par les dots apportées par les nobles venant y finir leurs jours, le monastère prospère au milieu d´un terroir largement forestier (le monastère est cité comme monasterii de sylva bona en 1114), tandis que l´agriculture est déjà axée sur l´élevage, la culture des céréales et la vigneCartulaire de Saint-Vincent de Lucq.

Ce fut sur le cartulaire de l'abbaye de Lucq qu'apparut les termes de « crestians », « chrestiaà » ou « christianus », dès l'an 1000. Ainsi le cartulaire de l'abbaye de Lucq permet de dater l'époque à laquelle les cagots étaient désignés (en tant que crestians) par l'église. 

En 1287, le roi Édouard d'Angleterre et son épouse Aliénor de Castille y effectuent des séjours accompagnés de leur cour et même de leur ménagerie.

L'abbé de Lucq ressortissait directement du pape, tout en dépendant partiellement de l'évêque d'Oloron. Ils siégeaient de droit aux États de la province.

Au les monastères du Béarn, dont celui de Lucq commenceront à décliner. La règle bénédictine connaîtra de nombreux relâchements et les moines, qui ne seront plus qu´une douzaine, ne s´attacheront plus qu´à recueillir les bénéfices liés à leur fonction. L´abbé est un seigneur comme les autres.

La Réforme et les guerres de Religion

Introduites en Béarn par la reine Marguerite de Navarre, les idées réformées rencontrent un échos important à Lucq. Les premiers prédicateurs sont présents dans les années 1550. Après avoir autorisé le calvinisme dans son royaume en 1561, la reine Jeanne d'Albret édicte une série de mesures dans le but d´implanter le protestantisme.

À Lucq, l´église abbatiale Saint-Vincent est partagée entre catholiques et réformés en 1562. En 1563, le premier pasteur Pierre Lemée est à l´œuvre à Lucq. En 1567, l´abbé Arnaud de Foix, proche de la reine Jeanne d´Albret, exige de ses moines qu´ils assistent aux prêches qui ont désormais lieu dans l´église qualifiée de temple.

En 1569, à la suite de l´invasion de ses domaines de Béarn par une armée catholique envoyée par le roi Charles IX, la reine de Navarre envoie une armée protestante menée par Gabriel Ier de Montgomery reconquérir le Béarn. L´abbaye de Lucq est saccagée en . L´église est sévèrement endommagée tandis que le cloître est détruit et la maison abbatiale ruinée.

Le , une ordonnance royale prononce la saisie de tous les biens d’Église. L´église abbatiale servira de temple durant une quarantaine d´années, jusqu´au début du .

L´époque moderne Devenu roi de France, Henri rend l´église au culte catholique par un édit royal de 1608 en échange de la construction d´un temple nécessaire à l'importante communauté calviniste.

Par une bulle pontificale de 1610, l´ordre Barnabites remplace celui de Saint-Benoît à Lucq. Leur mission était de reconvertir les protestants. Des personnages tels que les pères Maurice Olgiati, venu d´Italie, ou Fortuné de Colom, originaire de Lucq, semblent avoir connu un certain succès en la matière.

L´abbaye ne renoua cependant jamais avec sa prospérité passée et ne fut que partiellement relevée de ses ruines. En 1704, il n´y avait pas d´abbé et seulement six pères y demeuraient.

La communauté subsiste cependant jusqu'à la Révolution. L´abbaye sera vendue le comme bien ecclésiastique à Pascal Elie, un marchand de Pau dont les descendants possèdent toujours une partie des bâtiments conventuels.

L'abbaye aujourd´hui

L´église abbatiale Saint-Vincent Historique L´église fut fondée vers 1020. L´abside et les absidioles furent construites au . La tour-clocher et le portail ouest furent édifiés au . Au cours de la première moitié du , l´église fut remise au goût d´un jour avec l´érection d´un beau portail renaissance (aujourd´hui très abîmé) sur la partie nord du transept, et un autre pour orner l´entrée du clocher. À la suite des destructions des guerres de religion, la nef et les bas-côtés sont reconstruits au . En 1757, peintre andalou installé à Oloron Jeronimo Ribero-Zapata peignit les plafonds de la troisième travée du bas-côté nord. L´église fut restaurée de 1888 à 1897, époque à laquelle on ajouta la sacristie et on reconstruisit à l´identique l´abside qui s´était effondrée. L´église a été classée monument historique en 1984.

Description Conçue sur un plan en croix latine, l´église comprend un clocher-tour qui conserve des traces d´un système défensif (corbeaux, trous de hourdage). Sa nef compte 4 travées s´ouvrant sur des bas-côtés inégaux (3 travées au nord, 2 au sud) par des arcades en plein cintre. La nef est couverte d´un plafond, les bas-côtés de lambris en arc-de-cloître en bois peint, tandis que l´abside et les absidioles sont couvertes de cul-de-four en pierre appareillée.

Mobilier classé Le sarcophage de marbre blanc, qui sert maintenant de maître-autel, est une pièce unique en Béarn. De la fin du ou du début du , il était autrefois enfoui à plus d'un mètre de profondeur sous la nef centrale, il a été mis au jour en 1896 et classé par les Beaux-arts en 1899. Le couvercle n´a pas été retrouvé. Les sculptures représentent des sujets de l'Ancien et Nouveau Testament. Le côté gauche représente la tentation d’Adam et Ève, et sur le côté droit Daniel et les lions. centré|vignette|800x800px|Sarcophage du ou .

Retable de la fin du . Chaire et statues de la Vierge du .

Les bâtiments conventuels Ils comprennent deux parties bien distinctes à l´ouest et au sud de l'église. La partie à l'ouest de l´église, l´ancienne maison abbatiale médiévale, du . Elle consiste en une grande salle rectangulaire flanquée dans l´angle nord-est d´une haute tour octogonale jusqu'au deuxième étage, puis cylindrique et terminée en encorbellement, haute de . Une tourelle également ronde est accrochée à la partie supérieure et renferme l´escalier à vis. La tour est classée monument historique depuis 1990. Abandonnés et dégradés, les vestiges ont été sauvegardés par une campagne de restauration en 2011-2012.

La partie au sud de l´église, des , reconvertie en habitation. Elle comprend un corps de bâtiment flanqué de deux gros pavillons dont l'un, à l'ouest, est prolongé par une construction qui comporte encore sur sa façade sud un portail surmonté de quatre consoles de hourdages. C´est dans cette partie, où se situait l´ancien réfectoire bénédictin, que s´installèrent les premiers moines barnabites.

Liste des abbés 33 abbés sont cités dans le Gallia ChristianaGallia christiana in provincia ecclesiasticas distributa. T. 01, :

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Liste des abbayes et monastères

Liens externes

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