Le Salon des artistes décorateurs (SAD) est un événement créé en 1904, contemporain de l’ouverture du musée des Arts décoratifs de Paris. Il a été imaginé par la Société des artistes décorateurs fondée en 1901 dont l’acronyme peut à la fois désigner la Société (la SAD) et le Salon (le SAD). Tous les deux connaissent un apogée au moment de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 quand s'impose le style Art déco. Bien qu'il ait perdu une large part de sa renommée internationale après la Seconde Guerre mondiale, il est redynamisé dans les années 1980 sous la tutelle du ministère de la Culture.

Le métier d’artiste décorateur De l’architecture intérieure à l’industrie L’histoire du métier de décorateur d’intérieur recoupe approximativement celle de la mode et connaît une première reconnaissance au avec l’émergence de l’architecture d’intérieur qui accorde une importance croissante au « tapissier-décorateur »CNRTL définition : décorateur relativement à l’architecte. Puis le métier vit une nouvelle réorientation au avec la Révolution industrielle qui se conjugue à une multiplication des écoles d’arts appliqués et à une vulgarisation des ornements Stéphane Laurent, L’Art utile : les écoles d'arts appliqués sous le Second Empire et la Troisième République, L’Harmattan, 1998.. Le catalogue du SAD de 1958 résume ainsi la situation :

Naissance et disparition des artistes décorateurs La revendication du statut d'artiste pour le décorateur est une idée prolongeant celle des Arts and Crafts, William Morris souhaitant en 1880 <ref>Massey Anne, La Décoration intérieure au , éd. Thames & Hudson, 2002, p. 10.</ref>. L'idée est internationalement soutenue par Henry Van de Velde alors que s’impose l’Art nouveau. En France, le statut d'« artiste décorateur » est immédiatement défendu par les protagonistes de ce mouvement qui officialisent la situation en créant la Société des artistes décorateurs en 1901 : sont artistes décorateurs les membres de cette société prestigieuse, les décorateurs non-adhérents étant de facto de simples « ensembliers ». Ce métier va immédiatement se confondre avec la conception d’un ameublement luxueux puis, rapidement, avec le style Art déco.

Jusqu'au milieu du , la fonction de décorateur va correspondre au rôle d'architecte d’intérieur, travaillant sur mesure pour chaque client, allant jusqu'à dessiner chaque pièce, meuble et détail se rapportant aux arts décoratifs. L’exécution des objets est ensuite confiée à des artisans renommés (ébéniste, ferronnier, sculpteur, céramiste, etc.). Les relations entre les différents corps de métier deviennent vite difficiles et le SAD subit une première crise dès 1929 lors de la séparation de l'Union des artistes modernes, principalement des architectes et de professionnels comme les affichistes, éclairagistes (une nouvelle compétence), orfèvres-bijoutiers ou relieurs qui s'estimaient floués par une surreprésentation grandissante des maisons de décoration. De fait, le métier de décorateur disparaît progressivement après la Seconde Guerre mondiale quand l'industrialisation des meubles dessinés par des « créateurs de modèles » devient effectiveDominique Forest (sous la dir. de), Mobi-boom, l'explosion du design en France, éditions Les Arts décoratifs, 2010. et que s'opère une distinction administrative entre les métiers d'architecte, de dessinateur industriel (designer) et d'architecte d'intérieur, ce dernier finissant par prendre le contrôle de la SAD par l'entremise du Syndicat national des architectes d'intérieur (SNAI) dont la plateforme est l'École Boulle et qui est habilité à délivrer les homologations de diplômes pour la profession. La dernière grande génération de décorateurs qui se révèlent à la SAD dans les années trente comme André Arbus, Jules Leleu ou Jean Royère disparaît avec sa clientèle dans les années soixante. Dans les années d'après-guerre, la SAD joue un rôle essentiel dans les propositions d'ameublement pour les sinistrés et les classes populaires, à la demande expresse du ministère de la Production industrielle. Elle opère ainsi une évolution vers le meuble de série à bon marché, tout en présentant des meubles fondés sur de nouveaux modes de fabrication tels que l'isorel, le contreplaqué moulé, le métal ou le Formica. Elle rencontre cependant la concurrence montante des designers italiens.

Les difficultés rencontrées en France autour de la notion de « décoration », en raison du triomphe du dogme du fonctionnalisme qui balaye l'usage de l'ornement et toute référence aux styles du passé et qui est paradoxalement prôné par le SNAI, ne facilitent pas la lisibilité du Salon des artistes décorateurs dont l'impact va s'affaiblir très nettement à partir des années 1960.

Hors de France, le métier d’artiste décorateur a peu d’équivalent, le travail d’architecture intérieure étant le plus souvent confié à l’architecte. S'il est aujourd'hui raréfié, le nom de « décorateur-ensemblier » a plutôt été utilisé ces dernières années par les techniciens chargés de réaliser des décors factices, plus ou moins provisoires, pour une représentation théâtrale (décorateur (théâtre)) ou pour un tournage audiovisuel (chef décorateur). Cependant, certains professionnels comme Alberto Pinto ou Jacques Garcia se revendiquent ouvertement de ce vocable, qui revient sur les cartes de visite d’une nouvelle génération de praticiens tels que la décoratrice Sarah Lavoine ou l'antiquaire Florence Lopez. Se faisant volontiers ambassadeurs de l'élégance française ou si l'on veut de la French touch, et désireux de se démarquer du design, ils créent leur propre style ou « maison » en assemblant des objets dessinés ou chinés dans des décors conçus pour de prestigieux clients puis repris dans la presse, pour inspirer enfin les magazines et magasins de décoration s’adressant, eux, au grand public.

La SAD et le SAD : statuts et événements Statuts officiels

La SAD est fondée en 1901 et reconnue d'utilité publique par décret du . Elle a pour but, aux termes de ses statuts Statuts de la SAD, cités dans le catalogue officiel du Salon de 1949 :

Par décret en date du , le décret qui a reconnu comme établissement d'utilité publique l'association dite « Société des artistes décorateurs » est abrogéJournal officiel du 14 avril 2016..

Fondateurs et présidents Membres fondateurs : René Guilleré, Hector Guimard, Eugène Gaillard, Eugène Grasset, Maurice Dufrêne, Paul Follot, Eugène Belville.

Présidents :

Salons et expositions

+Liste des "Salons de la société des artistes décorateurs" depuis 1904AnnéeNuméroLieuThème et remarquesCatalogue en ligne1904 (16.1. - 16.2)1er salonPetit Palais de la Ville de ParisBibliothèques Patrimoniales de Paris1906 (16.11 - 31.12)2e salonMusée des arts décoratifs de Paris, Pavillon de Marsan.1907 (30.10 - 10.12)3e salonPavillon de Marsan1908 (6.11 - 12.11)4e salonPavillon de Marsan1910 (4.3. - 4.4.l)5e salonPavillon de MarsanGallica1911 (23.2. - 26.3.)6e salonPavillon de MarsanGallica1912 (27.2. - 1.4.l)7e salonPavillon de Marsan1913 (21.2. - 31.3.)8e salonPavillon de MarsanBibliothèques Patrimoniales de Paris1914 ou 15 (26.2.-29.3)9e salonPavillon de MarsanBibliothèques Patrimoniales de Paris1919 (28.3. - 30.4.l)10e salonPavillon de Marsan192011e salonPavillon de Marsan192112e salonPavillon de Marsan192213e salonPavillon de MarsanBibliothèques Patrimoniales de Paris192314e salonGrand Palais192415e salonGrand Palais192616e salonGrand Palais192717e salonGrand Palais192818e salonGrand Palais192919e salonGrand Palais193020e salonGrand PalaisAvec section allemande organisée par le Deutscher Werkbund193121e salonGrand PalaisGallica193222e salonGrand Palais193323e salonGrand Palais193424e salonGrand PalaisAvec section d’art japonais193525e salonGrand PalaisGallica193626e salonSAD au Grand Palais193727e salonEsplanade des Invalides, Pavillon des Salons193828e salonGrand Palais193929e salonGrand Palais194230e salonPalais de TokyoGallica1945 (6. à 8.)31e salonPalais de TokyoGalica194632e salonPalais de TokyoGallica194733e salonPalais de Tokyo194834e salonPalais de Tokyo194935e salonGrand Palais195236e salon195337e salon195438e salon195539e salon195640e salon195941e salon196142e salon196343e salon196544e salonÀ la ville, à la campagne196745e salonL’art de vivreMichel Jankowski, L'art de vivre, catalogue Salon des Artistes Décorateurs, Paris, SAD, 1968, 124 p.196946e salonEspace et lumièreCollectif, Espace et lumière, catalogue Salon des Artistes Décorateurs, Paris, SAD, 1969, 159 p.197247e salonMontréalAvec la participation de : Étienne-Henri Martin, François Monnet, Philippe Toury, Michel Boyer, Roger Landault, Daniel Pigeon, Claude et Agnès Courtecuisse, Jacques Ribeyre, Lucky, Philippe Hauducoeur, Roger Lecal, Jean-Pierre Lorence, Yves Caristin, Luc Lenkey, Gérald Fabre, Martineau-Dausset, Guy Doray, Igor Gaglio, André Vandenbeuck, Helga Schlegel, Alain Richard, Daum, Antoine Philippon & Jacqueline Lecoq, Werner Epstein, Costanza, Mia, Jean-Charles Artaud, Henri Gargat, Micaèle Schmid, Villemaine, Janos Borovi, Jean Dinh Van, Yann-Denez, Onelio Vignando, Guidette Carbonell…197548e salonSurfacesCollectif, Surfaces, Salon des Artistes Décorateurs, Paris, éd. SAD, 1975, 222 p.197749e salon197950e salon????51e salon198352e salonHabiter, c’est vivreCollectif, Habiter c'est vivre -exposition de la Société des Artistes décorateurs, Paris, Grand Palais du 25 nov. au 11 déc. 1983, Editions Alternatives, 1983, 350 p.198553e salonStyle 85, c'est l'Europe de la créationLouis Bériot, Jean-Louis Berthet, Jean-Pierre Khalifa, Style 85. 650 créateurs européens, Catalogue SAD - Exposition européenne de création, Paris, éditions Alternatives, 1985, 479 p.198754e salonLe Temps des CréateursCollectif, Le Temps des créateurs, SAD « 87 », catalogue de la création contemporaine, Paris, Syros / Alternatives, 1987, 358 p.199055e salonLes années 90Louis Bériot, Jean-Louis Berthet, Jean-Pierre Khalifa, Styles Les Années 90. Salon des Artistes Décorateurs, Paris, éditions SAD - Syros Alternatives, 1990, 432 p.200256e salonEuropean Way(s) of lifeCollectif, SAD 2002. Exposition européenne de design. European exhibition of design. European way(s) of life., Rome, Diagonale, 2002, 400 p. Autres présences à expositions et salons

1904 : Ensemble du Salon de réception du Commissariat général français à l’Exposition universelle de 1904 à Saint-Louis (Missouri) 1905 : Participation à l’Exposition coloniale d’art décoratif et au Salon des Arts de la Femme. Participation à l'Exposition universelle de Saint-Louis (États-Unis) 1906 : Exposition de au Musée Galliera. Participation à l'Exposition internationale de Milan (Catalogue spécial officiel de la Section française - Section D - Arts Décoratifs) 1909 : Exposition française d’art décoratif de Copenhague en collaboration avec le Comité Français des Expositions à l'étranger 1910 : Collaboration à l’Exposition universelle de Bruxelles de 1910 1911 : Collaboration à l'Exposition internationale des Industries et du Travail de Turin. SAD ( - avril) au Pavillon de Marsan 1913 : Collaboration à l’Exposition universelle de 1913 à Gand 1915 : Collaboration a l’Exposition internationale de Lyon. Collaboration à l’Exposition universelle de 1915 de San Francisco 1919 : Une Exposition rétrospective des Morts de la Guerre 1920 : Collaboration à L'Exposition internationale d’Art céramique et d’Art textile de Haarlem 1921 : Collaboration à l’Exposition d’art français en Rhénanie. Collaboration a l'Exposition d’Art Décoratif de Strasbourg 1922 : Exposition « L’art du métal » au Musée des Arts Décoratifs de Genève. Exposition d’Art appliqué organisée au Grand Palais 1923 : Collaboration à l’Exposition des Beaux-arts à Mulhouse. Collaboration à l’Exposition de Barcelone 1925 : « L’Ambassade Française ». Participation à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes à Paris