Le bruit routier désigne l'ensemble des bruits émis par la circulation routière et l'entretien des routes. Il est source de nuisances pour les riverains et contribue à la pollution sonore et à une dégradation de la naturalité de l'environnement, notamment pour de nombreuses espèces sauvages qui sont confrontées à un environnement de plus en plus artificiellement bruyantaurance W.F (2015) Wildlife struggle in an increasingly noisy world ; Proc. Natl. Acad. Sci. USA 2015 112 (39) 11995-11996. La situation devrait empirer à l'avenir car des routes bruyantes sillonnent déjà une grande partie du monde, et les études prospectives en attendent de kilomètres supplémentaires de 2010 à 2050, assez pour ceinturer la planète plus de Laurance WF et al. (2014) A global strategy for road building. Nature 513(7517):229–23225 millions de nouvelles routes de quoi faire 600 fois le tour de la terre, Le Monde, 27 août 2014. Les routes sont devenues à l'échelle de la planète et au niveau du sol la première source de « bruit environnemental »Senate Public Works Committee, , S. Rep. , 92nd Cong. session anthropique (un phénomène similaire existe avec les grandes routes maritimes pour l'océan).
Éléments de définition
Pour l'ouie humaine, le bruit routier est composé notamment du bruit des moteurs de véhicules et de sa réverbération par d'éventuelles parois ou éléments réfléchissants situés de part et d'autre de l'axe de transport (route, autoroute...), mais également des bruits aérodynamiques, du bruit émis par le frottement des pneus sur la chaussée, des freins, des klaxons... Il comprend aussi le bruit des activités d'entretien de la route : brossage, salage, fauchage, réparations Il ne constitue qu'une partie du bruit de la circulation qui intègre aussi les bruits générés par d'autres modes de transports, comme le transport ferroviaire ou le bruit aérien (du transport aérien).
Il existe aussi des ultrasons et des infrasons : ils nous sont inaudibles, mais sont perçus par de nombreux animaux, ce qui peut les perturber.
Enjeux Le bruit routier est une source de nuisances sonores pour les riverains ou personnes ou activités (sanitaires, touristiques et de loisir par exemple) situées à proximité d'axes routiers. Il est aussi l'un des composants majeurs de la pollution sonore. qui comprend des effets de fragmentation écopaysagère. La pollution sonore a aussi des effets néfastes sur la santé humaine.
Les auteurs de traités sur l'élevage, dont Xénophon par exemple Xénophon De l'art équestre, trad. par E. Delebecque. (1978), 2015. savent depuis longtemps combien des animaux, mêmes domestiques, peuvent être sensibles au bruits. Le bruit routier interfère maintenant dans le monde et sur des millions de km d'axes routiers et autoroutiers avec la communication acoustique de nombreuses espèces animales qui vivent ou peuvent vivre aux abords des routes, en particulier chez les oiseaux, avec des effets secondaires induits sur les écosystèmes et les services écosystémiques.
De plus, les effets écologiques négatifs et directs du bruit se cumulent en réalité avec ceux des polluants routiers, de la pollution lumineuse et du phénomène de roadkill. Le bruit routier est également souvent associé à une dégradation de l'environnement nocturne (plus que dans les autres contextes de transport, car d'une part les routes les plus éclairées sont souvent à fort trafic nocturne, et d'autre part parce que les autres axes de transports comme les canaux, voies ferrées et axes de transport aérien ne sont pas ou moins éclairés).
La part du bruit routier dans les impacts faunistiques des routes
Des décennies de recherche laissaient suspecter qu'aux abords des routes, la faune sauvage souffre du « halo sonore » créé par la circulation routière, et que ce bruit est l'une des principales causes de déclin de la population de nombreuses espèces constatées à proximité des routes et dans toutes les régions très fragmentées par des voies à fort trafic. Mais on a longtemps mal appréhendé l'importance spécifique du bruit routier relativement aux nombreuxBenítez-López A, Alkemade R, Verweij PA (2010) The impacts of roads and other infrastructure on mammal and bird populations : A meta-analysis. Biol Conserv 143(6):1307–1316 autres impacts du transport routier sur la santé humaine, en termes de nuisances et surtout en termes d'effets écologiques et écopaysagers.
En Europe centrale, en automne, selon une étude de 2014, en dessous de , les impacts semblent nuls ou limités pour les oiseauxJarosław Wiącek & al. (2015) ; Volume 134, février 2015, Pages 76-82 ; Landscape and Urban Planning Research paper | https://doi.org/10.1016/j.landurbplan.2014.10.016 (résumé).
En 2015, des ornithologues américains et des chercheurs de l'université d'État de Boise installent dans un paysage dépourvu de routes (et préalablement inventorié du point de vue de ses populations d'oiseaux) une Ware H.E, McClurea C, Carlisle J.D & Barber J.R (2015), ; PNAS . Cet environnement sonore, simulant une route et son trafic, a été créé au moment de la migration d'automne sur une zone de haltes migratoires bien connue des ornithologues. Sur un demi-kilomètre le long d'une crête située transversalement aux voies locales de migration aviaire dans un paysage du Sud-Ouest de l'Idaho, un alignement de haut-parleurs diffusait des enregistrements de bruits de circulation. L'intensité sonore utilisée correspond à celle d'une rue de banlieue, soit de plus que le bruit ambiant. Le paysage était composé d'une mosaïque de zones buissonneuses et de résineux. Deux zones de contrôles ont été intégrées à l'étude : une route sans bruit, et une organisation des haut-parleurs sur la route fantôme, telle qu'à des intervalles réguliers sur certaines sections les oiseaux ne perçoivent plus de bruits (disparition acoustique de la route). Ce protocole a permis d'étudier à la fois l'abondance et le comportement des oiseaux face au bruit routier, un degré exceptionnellement élevé de confiance pour ce type d'étude.
Les résultats de l'étude montrent que là où ils ont été exposés, les oiseaux ont changé de comportement et sont devenus nettement moins abondants (−31 % au niveau de la route fantôme en termes de nombre d'individus, toutes espèces confondues, avec pour 5 des capturées des baisses très importantes). Pour celles des espèces d'oiseaux qui sont restées sur le site en dépit du bruit, les chercheurs ont montré que par rapport à la population-témoin, leur état de santé s'est dégradé, de même que l' (traduction de la notion anglophone de qui mesure la capacité d'un animal à améliorer sa condition physique au fil du temps lors d'une halte migratoire, ce qui est particulièrement important pour les animaux migrateurs car ils doivent accumuler une réserve optimale de graisse avant leur migration). William F. LauranceWilliam F. Laurance est écologue au Centre for Tropical Environmental and Sustainability Science and College of Marine and Environmental Science, à l'Université James-Cook en Australie (universitaire australien spécialiste en ) ajoute que si (sur un territoire que l'oiseau ne connait pas).
Des bruits routiers continus ou imprévisibles aggravent le stress des oiseaux migrateurs, qui passent alors plus de temps à être vigilants et moins à se nourrir (ce qui a été démontré in situ et confirmé en laboratoire sur le Bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys) par Ware ) et . Le « bruit routier » est donc - à lui seul - une cause de fragmentation écopaysagère ; il dégrade la valeur de l'habitat pour les oiseaux chanteurs migrateurs concluent les auteurs de cette étude. Ces derniers estiment aussi que leurs résultats ont . .
Les auteurs ont complété cette expérimentation faite par des expériences de laboratoire, notamment destinées à évaluer et mesurer l'effet du bruit routier sur le comportement alimentaire et les comportements de vigilance. La sous-alimentation des petits oiseaux prospectant les bords de route, après y être arrivés en bonne santé, ne peut être totalement expliquée par une réduction de la ressource alimentaire dans les endroits bruyants, car cette sous-alimentation induite touche également les oiseaux frugivores/granivores et insectivores, et les abords de routes sont plutôt riches en graines et invertébrés. Un stress accru lié à la présence de prédateurs aurait pu être une des explications in situ, car par exemple la buse et le faucon crécerelle ont appris à chasser plus facilement le long de certaines routes, mais le bruit routier suffit à lui seul à (systématiquement) provoquer cet amaigrissement en environnement contrôlé au laboratoire (en l'absence de prédateur).
Ces travaux ont confirmé que la présence d'oiseaux chanteurs aux abords de routes bruyantes ne signifie aucunement que le bruit n'a pas d'effets délétères sur ces oiseaux. De plus, pour limiter la gêne pour les riverains, pour moins priver les agriculteurs de terres arables et surtout pour éviter d'avoir à exproprier les terrains les plus coûteux, les maîtres d'ouvrage ont souvent eu tendance quand ils le pouvaient à faire passer les routes et autoroutes dans les milieux naturels plutôt que dans les zones cultivées ou urbanisées, or ces milieux étaient souvent des haltes migratoires ou des zones importantes pour l'alimentation et le repos de la faune sauvage.
Pour W. Laurance, il n'y a aucune raison de présumer que seuls les systèmes routiers sont concernés parmi les voies de transport. Il cite en exemple des espèces marines (cétacés utilisant écholocation et poissons migrateurs) qui pourraient être gênés ou être amenés à éviter les régions les plus sonores (dont les zones où des navires de guerre ou techniques utilisent des sonars à haute intensité). Sur terre, les chauves-souris pourraient aussi être gênées par certaines longueurs d'onde interférant avec leurs capacités d'écholocationBunkley JP, McClure CJW, Kleist NJ, Francis CD, Barber JR (2015) Anthropogenic noise alters bat activity levels and echolocation calls. Glob Change Biol 3(2015):62–71. Le bruit généré sur des sentiers de randonnée par les écotouristes tranquilles ou par des chercheurs s'est lui-même montré capable de réduire l'activité de la faune locale, comme cela a été démontré en 2008 dans les zones protégées de CalifornieReed SE, Merenlender AM (2008) Quiet, nonconsumptive recreation reduces protected area effectiveness. Conserv Lett 1(3):146–154 et en forêt pluvieuse à Sumatra (Indonésie)Griffiths M, Van Shaik K (1993) . Conserv Biol 7(3):623–626..
Un cas particulier est celui d'animaux utilisant des infrasons de basse-fréquence pour communiquer sur de longues distances comme les baleines en mer, ou sur terre des animaux aussi différents que les éléphants et les casoarsGoosem M, Moore LA, Byrnes P, Gibson M (2011) Mission Beach Road Research: Impacts on Cassowaries and Other Fauna and Strategies for Mitigation (James Cook Univ, Cairns, Australia). Téléchargeable à www.terrain.org.au/images/stories/programs/terrestrial-biodiversity/mission-beach, consulté le 18 août 2015, qui seraient alors plus vulnérables encore aux bruits de la route, car les sons de basse fréquence (inaudibles pour l'homme) se transmettent a priori plus loin et mieux et sont bien moins susceptibles d'être bloqués par les dispositifs anti-bruit, la végétation et les obstacles naturels. Pour ces espèces, l'"effet perturbant de halo sonore" induit par les routes pourraient être énorme (se mesurant éventuellement en kilomètres). Un indice allant dans le sens de cette hypothèse est que l'on a montré que les espèces d'oiseaux forestiers qui communiquent dans les plus basses fréquences montrent toutes un évitement des routes bien plus marqué que celles qui communiquent à des fréquences plus élevéesGoodwin SE, Shriver WG (2011) . Conserv Biol 25(2):406–411.
Mesure et modélisation du bruit routier