Safed, en hébreu Tzfat (hébreu moderne : צפת Sefath), en arabe : صفد Safad ou encore Tsfat, est une ville du nord d'Israël située en Haute Galilée. Avec une altitude de , c'est la ville la plus élevée d'Israël. Le nom צְפַת vient du verbe צָפָה « guetter, observer ». À l'époque du Sanhédrin de Jérusalem, Safed était l'un des villages-fanaux (מַשּׂוּאוֹת) construits sur les collines depuis Jérusalem, où des feux étaient allumés de proche en proche pour annoncer la nouvelle lune et les jours saints.
Safed est l'une des quatre villes saintes du judaïsme. Elle est communément appelée la « ville bleue des cabbalistes ».
Géographie
Safed est située dans la Haute-Galilée, au nord d’Israël, à une altitude comprise entre 800 et 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui en fait l’une des villes les plus élevées du pays. Construite sur les pentes du mont Canaan, elle domine la vallée de la Houla à l’est ainsi qu’une grande partie de la Galilée. Cette position géographique lui offre de vastes panoramas sur les montagnes environnantes, le plateau du Golan et, par temps clair, jusqu’au mont Hermon.
Le relief de la région est caractérisé par des collines escarpées, des vallées profondes et des formations rocheuses calcaires typiques de la Haute-Galilée. L’altitude relativement élevée de Safed lui confère un climat méditerranéen montagnard, marqué par des étés généralement plus frais que dans les plaines côtières et des hivers plus froids, parfois accompagnés de chutes de neige. Ces conditions climatiques distinguent la ville de nombreuses autres localités israéliennes et influencent son environnement naturel ainsi que son développement urbain.
Les environs de Safed comprennent plusieurs espaces naturels et forêts, parmi lesquels la forêt de Biriya, l’une des plus vastes zones boisées du nord d’Israël. La région est également traversée par de nombreux sentiers de randonnée reliant réserves naturelles, points de vue et sites historiques. La proximité du mont Méron, point culminant de la Galilée, renforce encore l’intérêt paysager de la région.
La situation de Safed, au carrefour de plusieurs axes reliant la Haute-Galilée, la vallée de la Houla et le lac de Tibériade, a favorisé son développement au fil de l’histoire. Aujourd’hui encore, sa géographie contribue à son attractivité touristique et fait de la ville un point d’accès privilégié vers les paysages naturels de la Galilée septentrionale.
Histoire
Antiquité La ville n'est pas mentionnée dans la Bible. Elle est parfois identifiée avec Sepph (grec : Σεπφ), ville de Galilée fortifiée par Flavius Josèphe pour soutenir une attaque romaine en 66.
La ville est en revanche mentionnée dans le Talmud de Jérusalem"Safed". Encyclopedia Judaica. Vol. 14. Jerusalem, Israel: Keter. 1972. ..
Entre la période talmudique et les Croisades, son histoire reste inconnue.
Moyen Âge Safed apparaît dans les sources juives depuis le Moyen ÂgeVilnay, Zev (1972). "Tsefat". A Guide to Israel. Jerusalem, Palestine: HaMakor Press. .. Un document de la Guéniza du Caire, écrit en 1034, mentionne une transaction faite à Tibériade en 1023 par un certain juif du nom de Musa ben Hiba ben Salmun avec la nisba (suffixe apposé à un nom en arabe ) "al-Safati" (soit, « de Safed ») indiquant ainsi la présence d'une communauté juive vivant avec les musulmans au .
Des sources croisés, on sait également qu'en 1140 à Saphet, il existait une forteresse très puissante entre Saint-Jean d'Acre et le lac de Tibériade, construite par le roi Foulques d'Anjou. Puis cette forteresse fut cédée aux Templiers. Elle fut prise par Saladin en et démantelée en 1220. En 1240, Safed est reprise par les Templiers avant d'être assiégée avec succès en 1266 par le sultan mamelouk Baybars, qui renforce les fortifications de la ville et y construit des caravansérails, des bazars et des mosquées. Les Mamelouks font de Safed la capitale d'une province comprenant la Galilée et le Liban.
Si quelques Juifs ont pu vivre à Safed au , une communauté juive ne semble y être fermement implantée qu'à partir du . Mais la peste noire amène le déclin de la ville à partir de 1348.
La communauté juive, florissante sous le gouvernement mamelouk, se monte en 1481 à dans Safed et ses environs. Ils s'y livrent au commerce des produits alimentaires dont les épices. La communauté sépharade expulsée d'Espagne croît notablement après la conquête de la Palestine par les Ottomans en 1516.
Elle est appelée la « ville bleue des cabbalistes » car c'est la couleur dominante de ses synagogues et de son cimetière où les tombes sont peintes en bleu, et car elle perpétue une longue tradition de cabbalistes, depuis qu'elle est devenue le lieu d'enseignement de Moïse Cordovero et Isaac Louria et a servi de centre de diffusion mondiale de la Kabbale juive au Morris Faierstein, Safed Kabbalah and the Sefardic Heritage in Zion Zohar, Sephardic and Mizrahi Jewry: from the Golden Age of Spain to modern times, New York University Press, Chap. 10..
Période du califat ottoman
À la fin de la période mamelouke et sous les Ottomans, plusieurs ethnies sont présentes à Safed : Kurdes, Turcomans, nomadesMuhammed-A Bakhit, « Safad et sa région d'après des documents de waqf et des titres de propriété (1378-1556) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 1990, 55-56, 104..
Safed est particulièrement importante dans l'histoire du judaïsme, représentant le refuge de nombreux érudits après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 ; de fait, elle devient l'un des grands centres de la Kabbale, recueillant des savants aussi renommés que Moïse Cordovero ou Isaac Louria, mais aussi de la Halakha, puisque Yossef Karo, l'auteur du Choulhan Aroukh y résida également. C'est également la ville de Salomon Alkabetz, auteur du Lekha Dodi, hymne chanté pour accueillir le Shabbat. Un autre poème liturgique, Shalom alekhem qui est chanté lors de l'entrée du Shabbat, a également été composé à Safed par les Kabbalistes, à la fin du . Le poème liturgique Yedid nefesh, est également composé à Safed au par le rabbin et kabbaliste Elazar Azikri. vignette|Vue moderne de Safed.Safed est comptée parmi les quatre villes saintes juives avec Jérusalem, Hébron et Tibériade... Les traditions talmudiques assignent à Safed et à Tibériade une sainteté qui rivalise avec celle de Jérusalem. Selon elles, le Messie sortira du lac de Génézareth, à Tibériade, et établira le siège de son empire à Safed.
vignette|Quartier musulman de Safed en 1908.En 1522, juives vivent à Safed. Des statistiques turques de 1548 indiquent que Safed était alors le centre d'un district comprenant 282 villages ; approximativement familles de contribuables vivaient en ville dont 716 juives. centré|vignette|Rue commerçante de Safed en 1946 La cité fut prospère jusqu'au , et on y fonda en 1578 la première imprimerie du Moyen-Orient. Huit synagogues sont fondées au .
Cependant, la diminution de la qualité du gouvernement turc, une épidémie en 1747, un tremblement de terre qui tue et conflits entre Juifs et Arabes entraînent peu à peu le déclin de la communauté juive.
Mandat britannique De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Safed est conquise en 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Selon le recensement de 1922 opéré par l'administration britannique, Safed avait une population de habitants, dont musulmans, juifs et 343 chrétiens. Safed est ainsi une ville à population mixte sous Palestine mandataire, qui connait des tensions dès les années 1920. Lors des émeutes de 1929, 18 Juifs sont tués dans cette villeBenny Morris, Victimes - Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Paris: Éditions complexe / IHTP CNRS, 2003, 132..
Le recensement de 1931 indique dont 6465 musulmans et 2547 JuifsArchives : https://ia800205.us.archive.org/14/items/CensusOfPalestine1931.PopulationOfVillagesTownsAndAdministrativeAreas/PalestineCensus1931.pdf Recensement de 1931], 110..
En , le consul de France Amédée Outrey s’intéresse au sort de la communauté juive isolée à Safed. Il intervient puisque les membres de celle-ci, « en raison de leur qualité de protégés français (...) n’ont évidemment rien à attendre des autorités locales » et sont livrés sans défense à un environnement hostile.
En 1948, Safed compte une population comprise entre et , et pour la plupart religieuxGuide to Israel, Zeev Vilnay.Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, 2003, .. Guerre de 1948
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Safed est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
En 1948, la ville comptait environ 12 000 Arabes et environ 1 700 Juifs, pour la plupart religieux et âgés. Le , des Arabes attaquèrent le quartier juif. En , pendant la guerre civile, des Arabes musulmans attaquèrent un bus juif tentant de rejoindre Safed, et le quartier juif de la ville fut assiégé par les musulmans. Les forces britanniques présentes n'intervinrent pas. Selon Martin Gilbert, les vivres vinrent à manquer. « Même l'eau et la farine étaient désespérément insuffisantes. Chaque jour, les assaillants arabes se rapprochaient du cœur du quartier juif, faisant sauter systématiquement les maisons juives au fur et à mesure qu'ils resserraient leur étau sur la zone centrale. »
Le , le même jour où les forces britanniques évacuèrent Safed, 200 miliciens arabes locaux, soutenus par plus de 200 soldats de l'Armée de libération arabe, tentèrent de s'emparer du quartier juif de la ville. Ils furent repoussés par la garnison juive, composée d'environ 200 combattants de la Haganah, hommes et femmes, renforcés par un peloton du Palmach.
L'attaque terrestre du Palmach sur le secteur arabe de Safed eut lieu le , dans le cadre de l'opération Yiftach. La première phase du plan du Palmach pour s'emparer de Safed consistait à sécuriser un corridor à travers les montagnes en capturant le village arabe de Biriyya. L'Armée de libération arabe plaça des pièces d'artillerie sur une colline adjacente au quartier juif et commença à le bombarder. Le Troisième Bataillon du Palmach échoua à prendre l'objectif principal, la « citadelle », mais terrorisa suffisamment la population arabe pour provoquer de nouveaux départs, ainsi que des appels urgents à l'aide extérieure et des tentatives d'obtenir un cessez-le-feu.