L'église Saint-Vaast de Saint-Vaast-lès-Mello est une église catholique paroissiale située à Saint-Vaast-lès-Mello, commune de l'Oise. Sa courte nef fait partie d'une petite série qui ont été voûtées sur croisées d'ogives dès la fin de la période romane, au début des années 1140, alors que le voûtement d'ogives n'était connu en France qu'en Normandie et dans le Beauvaisis. Une disposition différente des premières et des secondes piles intermédiaires des grandes arcades permet de penser que la décision du voûtement n'a été prise qu'en cours de construction. Les chapiteaux sont encore assez archaïques, et un seul est historié. L'on trouve également des culs-de-lampe sous la forme de têtes grimaçantes. Le bas-côté sud est encore en partie roman, alors que le collatéral nord, aussi haut et aussi large que la nef, a connu deux campagnes de reconstruction. Certaines dispositions y suscitent des questions non encore résolues. Le transept et l'abside à cinq pans au plan outrepassé sont de style gothique primitif et datent de la première moitié du ; l'on y remarque les deux chapelles orientées encore voûtées en berceau. Sur une église dont l'architecture est globalement assez austère, les deux portails de la période romane tardive contrastent agréablement avec le reste. Ils sont tous les deux richement décorés, mais alors que celui de la façade reprend des dispositions très courantes dans la région à l'exception du tympan garni d'étranges dessins gravés, celui du sud adopte une curieuse forme en cintre surhaussé et possède un très rare décor d'arcatures plaquées. Les parties orientales se distinguent par la couverture en dalles de pierre calcaire de leurs toits. La petite église Saint-Vaast réunit ainsi plusieurs caractéristiques partagées avec peu d'autres églises, ce qui en fait un intéressant témoin de l'histoire de l'architecture de la région. Elle a été classée monument historique par arrêté du . Mais son état n'a pas cessé de se dégrader depuis, et de sérieux problèmes de stabilité apparus dès 1937 attendent toujours une solution. Elle est affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy.

Localisation

L'église Saint-Vaast se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée du Thérain, sur la commune de Saint-Vaast-lès-Mello, en plein centre du village face à la mairie. L'église tout comme le centre du village surplombent la vallée et sont implantés sur son versant nord, ce qui assure un bon ensoleillement. Entre l'élévation méridionale de l'église et la pente escarpée qui descend vers la partie basse de la commune et la RD 123, il reste juste assez de place pour le passage de la rue Marcel-Dequevauviller, depuis laquelle l'on peut également voir le chevet. La façade occidentale donne sur la rue de la Paix, qui commence juste devant l'église puis monte vers le nord, en direction du cimetière. L'église n'a donc pas de parvis, mais de l'autre côté de la rue de la Paix, se situe la place de la Mairie qui est en même temps un parking. Depuis cette place, l'on peut contempler l'église dans son ensemble en prenant du recul, ce qui est impossible depuis le sud et surtout depuis le nord, où des maisons et des terrains privés sont directement contigus à l'église.

Histoire

L'histoire de l'église n'a pas encore fait l'objet de recherches approfondies et demeure très mal connue. La littérature ne mentionne pas de lien avec l'abbaye Saint-Vaast d'Arras comme sa dédicace à saint Vaast d'Arras permettrait de le supposer. Le patronage de l'église appartenait aux chanoines du chapitre de Saint-Lucien de Bury, qui se considérait comme son curé primitif. Chacun des chanoines était donc théoriquement curé de Saint-Vaast-lès-Mello, mais dans la pratique, ils faisaient desservir l'église par un vicaire perpétuel à leur nomination.. thumb|left|Plan de l'église.

Une église romane à nef unique existe dès la seconde moitié du , dont ne subsiste plus que son mur occidental avec sa petite fenêtre à simple ébrasement. Autour de 1140, la nef est reconstruite afin de la doter de bas-côtés. Cette reconstruction progresse de l'est vers l'ouest, et au début, un voûtement d'ogives n'est pas prévu, mais le projet est modifié alors que le chantier est encore en cours. Les piles entre la première et la seconde travée sont donc d'emblée cantonnées de colonnettes pour recevoir les ogives, et la troisième travée est voûtée après coup. Un nouveau portail roman est plaqué devant la façade occidentale. — Une seconde campagne de reconstruction intervient dans la première moitié du et porte sur le transept, le clocher et l'abside. Cette fois-ci, rien des structures romanes n'est laissé en place. La troisième campagne de reconstruction peut être située pendant la seconde moitié du grâce au dessin du remplage de la vaste baie gothique, qui est percée dans le mur occidental du collatéral nord. Celui-ci est rehaussé et porté à la même hauteur que le vaisseau central. Finalement, une quatrième campagne de construction pendant le dernier tiers du concerne les voûtes et les fenêtres du collatéral nord, qui d'après Dominique Vermand aurait toujours eu sa largeur actuelle, identique à celle de la nef. Collatéral et nef reçoivent un pignon commun côté est et sont recouverts par une toiture commune à deux rampants. Dans le cadre d'importants réparations au , la première travée du bas-côté sud est percée d'une nouvelle fenêtre, et les voûtes de ce bas-côté sont remaniés.

L'église est classée monument historique par arrêté du . Peu de travaux de restauration ont été entrepris depuis cette date. En 1937, un coffrage intérieur est mis en place dans la croisée du transept. et de plus en plus d'arcades ont dû être étayées. Seulement les piles méridionales du clocher ont fait l'objet d'une restauration complète depuis cette date, travaux insuffisants pour pouvoir retirer le coffrage. Globalement l'édifice se trouve dans un état très fragilisé, comme la description ci-dessous le montrera.

Description Aperçue général

Régulièrement orientée, l'église répond à un plan cruciforme et se compose d'une nef de trois travées accompagnée d'un collatéral nord de même hauteur et de même largeur, et d'un collatéral sud plus étroit ; d'un transept qui n'est plus débordant qu'au sud ; de deux petites chapelles orientées rectangulaires à l'est des croisillons ; d'un chœur à cinq pans au plan outrepassé ; d'un clocher en bâtière se dressant au-dessus de la croisée du transept ; et d'une sacristie moderne devant la troisième travée du bas-côté sud, dans l'angle avec le croisillon sud. L'église est de dimensions modestes, car la longueur interne n'est que de , et la largeur interne ne dépasse pas dans le transept. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives, sauf les petites chapelles, qui sont voûtées en berceau brisé. La première travée de la nef est subdivisée verticalement par une tribune en bois de facture assez sommaire. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef ou le portail latéral dans la seconde travée du bas-côté sud. La structure des toitures est particulière, car le collatéral nord et la nef sont couverts ensemble par un haut toit à deux rampants, tandis que le bas-côté sud est couvert par un toit en appentis. Des tuiles plates ont été utilisées comme éléments de couverture. Conformément à l'usage, les croisillons possèdent des toits en bâtière de pierre, perpendiculaires à l'axe de l'édifice. Les toits en appentis des chapelles et le toit à croupes du chœur sont également réalisés en pierre..

Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, vue vers l'ouest. thumb|upright|, vue vers l'ouest.

La nef possède une élévation à deux niveaux, à savoir l'étage des grandes arcades et l'étage des fenêtres hautes. Comme l'ensemble de l'église, elle est très sobre, l'ornementation se limitant aux chapiteaux. Jean Vergnet-Ruiz emploie les termes « sévère et presque nue ». Les grandes arcades, les perspectives qui s'ouvrent vers les parties attenantes et les supports des voûtes évitent en même temps toute monotonie. Mais depuis fort longtemps, le second et le troisième doubleau sont étayés (par erreur, Dominique Vermand parle de la seconde et de la troisième travée) ; déjà sur une photo publiée par Jean Vergnet-Ruiz en 1952, l'on voit ces étais.. Ils affectent lourdement l'ambiance dans l'intérieur de l'église et sont surtout pénibles pour la célébration des offices, d'autant plus que l'arc triomphal est lui aussi étayé, de même que la seconde et la troisième grande arcade du sud, ainsi que les deux doubleaux du bas-côté sud, et l'arcade faisant communiquer celui-ci avec le croisillon sud, soit un total de huit arcades étayées. Parmi les trois vaisseaux de l'église, seul celui du nord reste pour le moment libre d'étais, mais seulement la première travée de la nef et les deux premières travées du collatéral nord ne jouxtent aucune arcade étayée. De surcroît, la tribune au-dessus de la première travée de la nef est du plus mauvais effet.

Plusieurs particularités rendent la nef assez singulière. D'abord, l'élévation nord n'a pas été modifiée à la suite de la reconstruction du collatéral nord au , qui atteint depuis la même hauteur que la nef. Les fenêtres hautes du nord donnent donc sur le collatéral. Elles ne sont bien entendu pas vitrées. Toujours en plein cintre, elles sont à double ébrasement et s'ouvrent au-dessus d'un long glacis fortement incliné. Au sud, les fenêtres hautes sont toutes bouchées depuis le rehaussement du toit du bas-côté sud. Deuxièmement, la nef est extrêmement étroite, sa largeur n'étant que de (Jean Vergnet-Ruiz ne précise pas si la mesure a été prise entre les murs ou entre les piliers). D'autres nefs de la région datant du second quart du ont une largeur inférieure à , dont notamment Saint-Lucien de Bury, Saint-Étienne de Cambronne-lès-Clermont, Saint-Denis de Foulangues et Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Santeuil (cette dernière étant située en Vexin français). Troisièmement, la nef présente des voûtes d'ogives très anciennes. Datant des années 1140 d'après les recherches les plus récentes de Dominique Vermand, l'on a longtemps cherché à savoir si elles datent d'origine ou pas. Eugène Lefèvre-Pontalis avait justement expliqué l'étroitesse de certaines nefs du Beauvaisis par le voûtement d'ogives à une période précoce, où l'on hésitait encore à jeter des voûtes au-dessus de larges travées. Les voûtes d'ogives antérieures à 1130 se trouvent effectivement dans les bas-côtés, les croisillons où le chœur, exception faite de voûtes de de portée dans l'église Saint-Lucien de Beauvais, détruite à la Révolution. Mais cette hypothèse se heurte à une autre, formulée par Louis Régnier et expliquant l'étroitesse des nefs par la nécessité de contrebuter efficacement les clochers centraux se dressant au-dessus de la croisée du transept. C'est peut-être l'explication valable pour Saint-Vaast, car tout porte à croire que le voûtement n'était pas encore prévu au début de la reconstruction, vers 1140....