vignette|Juin 1945 – procès-spectacle de Moscou contre 16 dirigeants civils polonais et de l'Armée de l'Intérieur. Ils furent condamnés pour « planification d'une action militaire contre l'U.R.S.S. ». En , ils avaient été invités à participer à l'organisation d'un Gouvernement polonais d'unité nationale avant d'être arrêtés par le NKVD soviétique. Malgré la clémence du tribunal, six ans plus tard, seuls deux d'entre eux étaient encore en vie. L'Armia Krajowa (« Armée de l'intérieur », AK) est le plus important mouvement de résistance en Pologne sous l'occupation allemande entre et et sous l'occupation soviétique entre et . Elle est active principalement de à , même si certains partisans continuent la lutte après la Seconde Guerre mondiale, qui voit la domination de la Pologne par l'URSS stalinienne. Elle forme l'aile armée de ce qui est connu sous le nom d'État polonais clandestin ().
À partir de janvier 1945 et l'arrivée des Soviétiques à Varsovie, l'AK est brutalement démantelée par l'Armée rouge et le NKVD. De nombreux anciens membres de l'AK sont emprisonnés, des centaines sont exécutés sans procès, d'autres enfin envoyés dans des camps en Sibérie et le reste est intégré dans la nouvelle armée polonaise contrôlée par le Parti ouvrier polonais (, PPR).
Histoire
Origine L' dérive du (« Service pour la victoire de la Pologne »), créé le par le général Michał Karaszewicz-Tokarzewski. Le , le général Władysław Sikorski remplaça cette organisation par le (« Union de la lutte armée »), qui devint par la suite l'AK après la fusion avec le (« Union polonaise de la résistance »). L'AK est officiellement née le .
Stefan Rowecki (nom de guerre Grot, « pointe de flèche » en polonais) fut le premier commandant de l'AK jusqu'à son arrestation en 1943 ; Tadeusz Komorowski (nom de guerre Bór, « forêt ») la commanda de jusqu'à sa capture par les Allemands, à la fin de l'insurrection de Varsovie, le . Leopold Okulicki (pseudonyme Niedźwiadek, « petit ours ») dirigea l'organisation jusqu'à sa dissolution officielle, le , une semaine après le début de la grande offensive de l’Armée rouge. Le général Okulicki souhaitait éviter un conflit armé avec les Soviétiques et par là même une guerre civile. Mais, ayant conscience que la lutte n’était pas terminée, il ordonna toutefois le maintien des structures décisionnaires et la dissimulation des armes. Cependant, de nombreuses unités décidèrent de continuer leur combat dans de nouvelles circonstancesBorejsza Jerzy W. La résistance Polonaise en débat. In: Vingtième Siècle, revue d'histoire, n°67, juillet-septembre 2000. pp. 33-42. Lire en ligne.
Structure
La branche exécutive de l'AK était le commandement opérationnel, composé de nombreuses unités. Les estimations des effectifs de l'AK durant la seconde moitié de 1944 oscillent entre , dont plus de . La plupart des autres mouvements armés polonais clandestins fusionnèrent avec l'AK : Konfederacja Narodu (Confédération du Peuple) (1943), Bataliony Chłopskie (Bataillons des Paysans), Narodowe Siły Zbrojne (Forces armées nationales ou NSZ), créées à partir de membres du Camp national-radical Socjalistyczna Organizacja Bojowa (Organisation de Combat Socialiste), créé par le Polska Partia Socjalistyczna (PPS, Parti socialiste polonais), Narodowa Organizacja Wojskowa (Organisation Militaire Nationale), créée par le Stronnictwo Narodowe (Parti National),
L’AK était organisée sur le modèle d’une armée régulière, avec un état-major, sa police militaire et ses organes de justice militaire, une aumônerie et une administration territoriale. Elle fonctionnait en Pologne occupée mais aussi en Allemagne, en URSS et en Hongrie où elle menait également des actions de diversion et d’espionnage.
L'AK était divisée en 60 commandements régionaux, qui eux-mêmes se divisaient en 89 inspections, puis 278 districts. Le commandement suprême définissait les tâches prioritaires de l'AK comme étant la préparation de l'action et le soulèvement général à la fin de l'occupation allemande, jusqu'à la victoire. À ce point, les plans prévoyaient la prise du pouvoir en Pologne par la création d'une delegatura, soit une délégation des représentants du Gouvernement polonais en exil à Londres puis par le gouvernement en exil lui-même, une fois celui-ci rentré en Pologne.
Armes et équipement En tant qu'armée clandestine opérant dans un pays occupé par l'ennemi, séparé des territoires alliés par des milliers de kilomètres, l'AK dut faire face à un problème, unique dans l'histoire, concernant l'acquisition d'armes et d'équipement. Elle réussit à dépasser ces difficultés et à armer à un certain degré des dizaines de milliers de soldats dans la campagne et surtout dans des maquis en forêts. Cependant, les conditions hostiles firent que seules des unités d'infanterie légèrement armées purent être constituées. Aucune artillerie, aucun blindé ou aucune aviation n'était évidemment disponible (à quelques exceptions près lors de l'insurrection de Varsovie). Mais à l'intérieur même de ces unités d'infanterie légère, l'équipement disponible était hétéroclite et partiel, composé d'armes de différents types, le plus souvent en quantité suffisante pour armer seulement une fraction des soldats.
Par opposition, leurs adversaires, les forces armées allemandes (Wehrmacht et unités de la SS) et leurs alliés, étaient équipées uniformément et à profusion en armes et en munitions. De plus, elles pouvaient compter sur le soutien de nombreuses forces d'appui (artillerie, aviation…). De fait, les Allemands disposaient d'une supériorité matérielle écrasante sur l'AK, ce qui restreignait sévèrement les opérations qu'elle pouvait réussir.
Provenances des armes Les armes de l'Armia Krajowa provenaient de diverses sources :
Armes enterrées par les armées polonaises sur les champs de bataille après la campagne de Septembre (1939)
Des caches d'armes enterrées en , l'AK obtint lourdes, légères, , , 28 canons légers anti-tank, 25 fusils anti-tank et grenades. Cependant, du fait des conditions de conservation inappropriées, de l'urgence et du chaos dans lesquels avaient été faites ces caches d'armes, la plupart de ces armes étaient dans un état déplorable. Des armes ainsi retrouvées pour la préparation de l'opération Burza, seules 30 % étaient utilisables.
Armes achetées aux Allemands ou à leurs alliés
Les achats d'armes aux soldats allemands étaient très discrets. Ils étaient effectués par des unités de petit format ou par des soldats, qui agissaient à titre individuel. Au fur et à mesure que l'espoir d'une victoire allemande s'évanouissait et que le moral des unités allemandes baissait, le nombre de soldats prêts à vendre leurs armes augmentait. Aussi cette source d'armes prit-elle de l'importance avec le temps. Ces achats étaient extrêmement risqués car la Gestapo était au courant de ce marché noir des armes et tentait d'y mettre fin via des agents sous couverture. La plus grande part de ce trafic se limitait aux armes légères - pistolets, fusils, pistolets mitrailleurs -, mais de temps à autre, des mitrailleuses légères ou lourdes pouvaient être acquises. Il était beaucoup plus facile de traiter avec les unités italiennes et hongroises stationnées en Pologne qui vendaient volontiers leurs armes aux clandestins polonais, tant qu'il était possible de cacher ce trafic aux Allemands.
Armes volées aux Allemands ou à leurs alliés
Les efforts visant à capturer des armes allemandes allèrent jusqu'à des raids menés sur les trains approvisionnant le front ainsi que contre des postes de Feldgendarmerie. On récupérait aussi des armes sur des soldats allemands isolés. Durant l'insurrection de Varsovie, l'AK réussit même à capturer quelques véhicules blindés allemands.
Mais l'exploit le plus remarquable de la résistance polonaise eut lieu, en 1943, lorsqu'un raid sur un site de fabrication de fusées V2, lors de l'opération Most III, permit de s'emparer d'un nombre important de pièces constitutives de ceux-ci. Celui-ci était ainsi suffisamment complet pour que l'état-major britannique, prévenu par radio, envoyât un avion pour prendre livraison, de nuit en plein territoire occupé par l'ennemi, de l'engin ainsi que du rapport final, des analyses, des dessins et photos. Ils furent transportés à Brindisi par un avion Dakota de la Royal Air Force. À la fin de , les parties du V-2 furent livrées à Londres. C'est ainsi que les ingénieurs et les stratèges alliés purent examiner une arme qui devait rester secrète et à laquelle la plupart n'avaient pas voulu croire jusque-làOrdway, Frederick I., III. The Rocket Team. Apogee Books Space Series 36 (pp. 158, 173).
Armes fabriquées clandestinement par l'Armia Krajowa elle-même
D'autre part, des armes furent fabriquées clandestinement par l'AK dans ses ateliers secrets, ainsi que par ses membres travaillant dans les usines d'armement allemandes. De cette manière, l'AK put se procurer des mitraillettes (copies des Sten britanniques et des Blyskawica), des pistolets (Vis), des lance-flammes, des bombes, des mines, des grenades et même des véhicules de combat improvisés. Des centaines de personnes étaient impliquées dans cet effort de production.
Armes parachutées par les Alliés
La dernière source d'approvisionnement était les parachutages des Alliés. C'était la seule manière d'obtenir des armes venus de l'étranger et puissantes comme le plastic ou des armes anti-chars (PIAT). Durant la guerre, 485 avions alliés effectuèrent des parachutages à destination de l'AK, fournissant de matériel. Durant ces opérations, 70 avions et (dont 28 étaient polonais) furent perdus. En sus du matériel, les avions parachutaient également des instructeurs spécialisés, près de 346 Cichociemni. À cause de la très grande distance à parcourir depuis les bases en Grande-Bretagne et en Méditerranée, ainsi que d'une faible volonté politique alliée, les parachutages ne représentèrent cependant qu'une petite fraction de ceux effectués pour les mouvements de résistances français, belges, hollandais et yougoslaves.
Opérations vignette|Kotwica, l'un des symboles de l'Armia Krajowa - composé de lettres P et W : (« Pologne combattante »). Le but de l’armée clandestine était l’insurrection générale mais ses dirigeants, qui craignaient les représailles contre la population civile massivement pratiquées par les Allemands, s’opposaient aux activités militaires excessives, surtout à la guérilla. On se préparait pour le soulèvement national et on se bornait aux actions courantes à la propagande, au renseignement, à la diversion, au sabotage, à la défense de la population, à l’exécution des sentences contre les collaborateurs ou les plus dangereux représentants des autorités d’occupation. Entre 1940 et 1944, les troupes de l’AK (et du ZWZ) menèrent environ 730 actions de ce type.
Quand au milieu de l’année 1943 il fut de plus en plus évident que ce n’était pas les armées alliées occidentales qui entreraient en Pologne mais bien l’Armée rouge, la direction du gouvernement de Londres et ses représentants en Pologne occupée modifièrent leur conception de l’insurrection armée en faveur de batailles successives entreprises depuis l’Est à mesure du déplacement du front. On comprenait maintenant la lutte comme une déclaration de force à l’encontre des Russes qui avançaient et qui devaient trouver sur leur route des Polonais hôtes de plein droit.
vignette|Mémorial de Boernerowo à Varsovie, commémorant l'insurrection de Varsovie à partir d'.