thumb|250px|right|La grande synagogue de Nuremberg La grande synagogue de Nuremberg a été construite en 1874 sur la Hans-Sachs-Platz, par la communauté juive réformée de Nuremberg.

Elle sera démolie par les nazis dès août 1938, à la différence de la majorité des synagogues d'Allemagne, qui seront détruites par le feu lors de la nuit de Cristal du 9 au .

Historique de la synagogue La construction de la synagogue: 1870-1874 La grande synagogue de Nuremberg est construite selon les plans de l'architecte renommé à l'époque, Adolf Wolff (1832-1885). Vers la fin des années 1860, la communauté juive de Nuremberg compte environ 300 familles: Magazine Der Israelit du 14 août 1867 et ce nombre continue de progresser. Après la mise en place d'un rabbinat municipal approuvé par le gouvernement royal, la communauté achète un terrain pour la somme de florins pour la construction de la synagogue ainsi que des bâtiments communautaires. La première pierre de l'édifice est posée en septembre 1870, et son inauguration a lieu le . Wolff construit la synagogue sur la Hans-Sachs-Platz qui donne directement sur la rivière Pegnitz, près du pont de l'hôpital, selon un plan presque carré.

Description de la synagogue Le magazine juif Allgemeinen Zeitung des Judentums décrit la synagogue dans son édition racontant l'inauguration: Au milieu de la magnifique construction réalisée dans le style mauresque, s'élève un grand dôme visible de très loin, encadré sur la façade du bâtiment par deux petits dômes. Un perron construit en grès conduit à une balustrade, qui mène vers le portail principal. Celui-ci repose sur plusieurs piliers décorés d'ornements sculpturaux. Au-dessus du portail, se trouve une rosace exécutée en pierre par des mains artistiquement expertes. En entrant à l'intérieur, l'œil est apaisé, avec admiration, par la lumière que laisse pénétrer d'en haut la coupole centrale (Les coupoles latérales ne sont pas visibles de l'intérieur). La voûte du plafond repose sur des arcs-doubleaux, qui s'appuient sur de puissants piliers adossés à des colonnes géminées. De gracieuses colonnes au chapiteau richement décoré à la manière orientaliste, supportent la galerie destinée aux sièges pour les femmes. En opposition avec l'ornementation multicolore de l'ensemble de la synagogue, l'Arche Sainte apparait en blanc avec des bordures or. Au-dessus de l'Arche Sainte, se trouve une rosace qui par ses verres colorés, répand une lumière magique. L'impression générale de l'ensemble du bâtiment est extrêmement favorable; malgré l'abondance d'ornementation en raison du style, celle-ci ne fait nullement surchargée.

Inauguration de la synagogue L'inauguration de la synagogue a lieu les 8 et : Magazine Allgemeinen Zeitung des Judentums du 29 septembre 1874: Le 8 et le a eu lieu l'inauguration de deux grands temples magnifiques, à Nuremberg et à ParisLa synagogue de la Victoire, dont l'intérêt est si important, que nous allons en donner une description détaillée dans les éditoriaux de ce journal. Nous nous réfèrerons aux détails parus dans les journaux de Nuremberg ainsi que dans les Archives israélites… En décembre 1849, l'émancipation des israélites a été décidée dans le Land de Bavière, et dès le printemps suivant, un marchand israélite se fait enregistré comme citoyen de Nuremberg, exactement 500 ans après la date où les israélites, comme presque partout ailleurs, ont été soumis à de terribles persécutions dans la ville impériale de Nuremberg et que leur synagogue ait été confisquée pour être remplacée par l'église Notre-Dame, à l'instigation de l'empereur Charles IV…. Dès lors, le nombre des israélites va augmenter et atteindre environ âmes à Nuremberg. Il était donc tout naturel que le désir d'avoir sa propre maison de Dieu se fasse bientôt sentir pour cette nombreuse communauté. Aussi, depuis 1869, nous voyons sur la Spitalplatz, à l'emplacement de l'ancien Harsdorfer-Hof, que la communauté a acheté, s'élever un magnifique bâtiment, qui peut être considéré comme un ornement de la ville; c'est la nouvelle synagogue, conçue en style mauresque par Baurat Wolff de Stuttgart, qui a aussi construit la synagogue de sa ville. La synagogue compte 546 sièges numérotés pour les hommes et 389 sièges numérotés pour les femmes. Malgré les limitations imposées par le nombre de places et le fait que tous les hommes de la communauté juive voulaient obtenir une place, les personnes impliquées dans la construction d'autre part, ainsi que les autorités civiles et militaires, les rabbins étrangers et au moins les représentants des plus grosses communautés israélites de Bavière, enfin les représentants de la presse munie de titre devaient être pris en considération; toutes les demandes pour des cartes d'entrée devaient être satisfaites; aussi, on s'est efforcé, sur instruction du conseil, de fournir autant que possible des places debout, tout en s'assurant que toutes les femmes inscrites à temps obtiennent un siège. Beaucoup d'invitations avaient été envoyées pour participer à l'inauguration, et de nombreuses députations des autorités royales et municipales, avec à la tête de cette dernière, le bourgmestre, baron von Stromer, ont assisté aux actes solennels. Les autorités protestantes étaient représentées par le pasteur Seiler (en habit sacerdotal) et le pasteur Baer. Le curé de la paroisse catholique, Burger du conseil ecclésiastique, s'était déjà expressément excusé en raison de sa longue maladie. Une députation du corps des officiers de la garnison, avec le colonel Michels, était aussi présente. Von Morett, conseiller du gouvernement, représentait von Feder, président du gouvernement de Moyenne-Franconie. Peu avant 10 heures, les portes latérales furent fermées, et résonnèrent bientôt les sons d'une procession religieuse, qui annonçaient l'arrivée du cortège provenant de l'ancienne salle de prière. Après qu'ai eut lieu, sur le perron côté ouest, la remise de la clef par l'architecte, Wolff, au président de la communauté, et de celui-ci au bourgmestre Stromer, le cortège, avec devant les confirmandes avec des branches de palmier, les confirmands tenant des bougies allumées, puis les rabbins portant les rouleaux de Torah, enfin l'architecte Wolff comme bâtisseur de la synagogue avec les chefs de chantier et les contremaîtres, les invités à la fête et enfin les membres titulaires et les remplaçants de la direction et de la commission de construction, se mit en marche et entra par la porte principale ouverte dans la maison de Dieu, accueilli par des psaumes: « Béni soit celui qui vient au nom de l’ÉternelPsaume 118;26; traduction de Louis Segond; 1910 ! », chantés, comme tous les autres chants, par les membres de l'association de chant, sous la direction de Monsieur le Directeur Emmerling. Ceux-ci sont suivis part des chants festifs, la bénédiction et par la procession solennelle accompagnée du chant solo du talentueux chantre principal Singer, (élève du conservatoire de Prague), à la voix baryton-basse, belle et sonore. Après cela, se sont déroulées les cérémonies d'ouverture de l'Arche Sainte et d'allumage de la lampe éternelle (Ner Tamid) pendant le chant du Psaume 84: « Que tes demeures sont aimables, Éternel des arméesPsaume 84;2; traduction de Louis Segond; 1910 ! » et le sermon d'inauguration par le Levin, rabbin de la communauté locale...Le sermon est suivi par la prière de consécration et la bénédiction du souverain de Bavière et du chef de l'Empire allemand, des autorités de la ville, etc., ainsi que de l'architecte de la synagogue et de tous ceux qui ont travaillé à sa construction ou qui l'ont encouragée. Le chant du Psaume 150: « Louez l’Éternel ! Louez Dieu dans son sanctuairePsaume 150;1; traduction de Louis Segond; 1910 !… » termine la cérémonie qui restera en mémoire de tous ceux qui y ont participé. L'après-midi, vers 14 heures, se tient le repas de fête, où les différents participants lèvent un toast. Le bourgmestre, von Stromer, fait un exposé historique sur les relations de la ville avec la communauté juive, et indique qu'au Moyen Âge, un de ses ancêtres, Ulrich Stromer, avait chassé les Juifs de Nuremberg par le feu et l'épée, et le bourgmestre termine par: Maintenant, à l'opposé de la vision médiévale, il est généralement admis que la solution à la dite question juive va de pair avec le développement et la propagation de la civilisation et de l'humanisme parmi les nations et les individus. thumb|250px|right|La grande synagogue et la Hans-Sachs-Platz La vie de la synagogue La synagogue sera le centre de la vie cultuelle et culturelle de la communauté juive réformée pendant 64 ans.

En 1875, un orgue est installé dans la synagogue, et lors de son inauguration, un incendie se déclare qui sera vite maîtrisé. Les dégâts causés sont négligeables, mais l'évènement sera pris de façon ironique par la communauté orthodoxe, adversaire de l'orgue dans les synagogues: Magazine Der Israelit du 28 avril 1875.

En 1886, le prince-régent Luitpold de Bavière (1821-1912), lors d'un séjour à Nuremberg, se rend dans différentes églises de la ville, puis visite la grande synagogue: Magazine Allgemeinen Zeitung des Judentums du 17 octobre 1886.

En septembre 1897, c'est au tour de l'empereur Guillaume II de visiter la synagogue: Magazine Allgemeinen Zeitung des Judentums du 17 septembre 1897: L'empereur et l'impératrice ont visité aujourd'hui avec le prince-régent et la princesse Louis la synagogue locale. Là, l'empereur posa des questions sur la situation de la communauté juive et indiqua qu'il avait aussi visité la synagogue de Prague. En sortant de la synagogue, l'empereur et le prince-régent serrèrent la main du rabbin, le Ziemlich: Magazine Im deutschen Reich de septembre 1897..

La destruction de la synagogue en 1938 Pendant des décennies, la vue de l'île Schütt sur la Pegnitz et les maisons de la rive opposée, avec en arrière-plan la grande synagogue, avait été considérée comme particulièrement pittoresque. De nombreuses cartes postales avec ce motif sont en circulation.

Après l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933, Nuremberg est choisi comme la «ville des congrès du Parti", ce qui va avoir de lourdes conséquences pour la communauté juive de la ville dans les années suivantes. Les autorités municipales nazies et le führer de Franconie autoproclamé Julius Streicher, parlent dans leur discours de l'élimination de la « pollution visuelle dans le Vieux-Nuremberg » ou de remédier à la « défiguration de la vieille ville de Nuremberg » en parlant des bâtiments juifs ainsi que des œuvres données par des Juifs comme la fontaine de Neptune sur la place du marché principal.

Toute la haine des nazis se focalise en premier lieu sur la grande synagogue de la Hans-Sachs-Platz. Lors du nouvel an juif (Roch Hachanah) 1934, 300 à 400 membres de la SA manifestent devant la synagogue. Ils harcèlent les fidèles et tentent de pénétrer dans le bâtiment, avant d'être finalement dispersés par la police.

La même année, le responsable de l’urbanisme, Walter Brugmann écrit un article intitulé « Pollution visuelle dans le Vieux-Nuremberg »: Dans l'image harmonieuse de la Hans-Sachs-Platz s'élève de façon épouvantable la synagogue. Une erreur urbaine grave, sans parler de l'ambiance mortelle du style mauresque dans lequel a été habillé le bâtiment.... Peut-on au moins y remédier en ajoutant un avant-corps? L'historien d'art Wilhelm Schwemmer écrit en 1936 dans le journal nazi Fränkische Tageszeitung: L'effet harmonieux de la Hans-Sachs-Platz a été complètement détruit par la synagogue des Juifs de style byzantin." Le , parait dans le même journal une attaque encore plus violente contre la synagogue: