L'AKERON MP (Moyenne Portée), anciennement appelé Missile Moyenne Portée [MMP] est un missile antichar développé par MBDA pour remplacer le missile Milan dans l'armée de terre française à partir de 2017. L'AKERON LP est une version longue portée destinée à être lancée depuis un véhicule terrestre ou un vecteur aérien.

Historique

En 2009, l'armée de Terre française cherche à remplacer ses missiles Milan. En effet, le retour d'expérience d'Afghanistan a conduit l'état-major à faire évoluer le besoin opérationnel. La nécessité d'avoir des missiles de type « tire et oublie » capables d'être tirés à partir de milieux confinés (maisons, terrains obstrués) conduit, au détriment du projet Milan ER de MBDA, à l'achat en urgence opérationnelle de missiles. Javelin. Pour répondre à cette nouvelle exigence, MBDA décide de développer une toute nouvelle gamme de missiles, dont un premier membre, le MMP (pour Missile Moyenne Portée), sera lancé sur fonds propres. Une première proposition non sollicitée est transmise à la Direction générale de l'Armement [DGA] en .

Le , les programmes MMP et Anti-navire léger font l'objet d'un contrat de levée de risques avec la DGA., mais les lancements sont décalés en raison de l'alternance politique. Quelques mois plus tard, le projet de loi de financement du budget de la Défense énumère les caractéristiques attendues par la DGA :

Le , le général Bertrand Ract-Madoux, alors chef d’état-major de l’armée de Terre, est auditionné par la Commission de la défense nationale et des Forces armées au sujet du projet de loi de finances pour 2014. Devant la commission, il relève que ..

Le , la DGA notifie à la société MBDA France le contrat de développement et production du missile...... Quelques jours plus tard, le , la loi de programmation militaire 2014-2019 confirme que le missile antichar Milan sera remplacé à partir de 2017 par le missile moyenne portée (MMP)..

Le , la DGA réalise avec succès le premier tir d'essai du MMP, le missile détruisant une cible fixe distante de plus de quatre kilomètres sur le site de la DGA Techniques terrestres de Bourges.. Au total, une vingtaine de tirs de développement et de qualification et de nombreux essais au sol ont permis de valider l’ensemble des performances requises par les Forces armées françaises. Un dernier tir réalisé le ouvre la voie à la qualification du missile.

L'armée française a reçu ses postes de tir et ses missiles entre le 15 et le . Le système d’armes remplacera progressivement les missiles Milan, ainsi que le VAB Mephisto et en partie l'Eryx. Il équipera les unités d’infanterie et de cavalerie de l’armée de Terre dont les EBRC Jaguar, ainsi que les forces spéciales des trois armées. Les premiers matériels livrés avec leurs moyens de simulation servent à la formation des futurs utilisateurs.

Le , on annonce deux tirs réussis sur des cibles à cinq km.. Du au , la DGA, la Section Technique de l'armée de Terre (STAT) et MBDA ont organisé une campagne de test afin d’évaluer les performances du MMP en environnement chaud. Neuf tirs au cours de scénarios opérationnels ont été effectués et tous les missiles ont atteint leur cible. La force maritime des fusiliers marins et commandos en a profité pour conduire, avec succès, deux tirs depuis l’embarcation commando à usage multiple embarquable (ÉCUME)..

L’armée de Terre déploie le MMP en opérations à partir de lors d’une opération menée par le Groupement tactique Désert [GT-D] « Picardie », constitué autour du d’Infanterie au Sahel, dans la zone dite des trois frontières, car située aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Le premier tir opérationnel est effectué au printemps 2019 par la Task Force Hydra..

Début 2019, en Suède, la DGA et la STAT ont organisé une campagne dite « temps froid » afin d’évaluer les performances du MMP dans un environnement aux températures comprises entre et . Trois tirs ont été effectués avec succès.. En 2021, une lettre d’intention est signée avec la France pour développer leur partenariat.

En , MBDA annonce que le venait d’être remis au Service interarmées des munitions.

Au début du mois de , MBDA renomme le MMP en AKERON, une famille de missiles antichars qui comprend l'AKERON MP (Moyenne Portée) et l'AKERON LP (Longue Portée).

Le , la Direction générale de l’armement indique avoir passé commande de 200 AKERON MP supplémentaires à MBDA.

En , la Suède signe un accord de développement, en vue d'intégrer le missile dans son armée, renommé « Rbs 58 » dans la nomenclature suédoise. En décembre de cette même année, la France et la Suède élargissent encore leur coopération : développement commun et production d’un chercheur de nord, permettant de fixer un cap en s’affranchissant du GPS ; recherches pour augmenter la létalité du missile sur différentes cibles et de ses capacités en général (non précisées). Les formations aux profit d’unités suédoises devraient démarrer en 2023, le système devant être livré à partir de 2025.

Lors du salon Eurosatory 2024, MBDA propose le Ground Warden, un module externe qui permet d'améliorer le ciblage par une intelligence artificielle (IA). L'idée est d'exploiter la vidéo fournie lors d'un premier tir pour détecter d'autres cibles potentielles, les désigner au tireur et de guider d'autres tirs, même si les cibles ont bougé. La vidéo d'un drone peut elle aussi être exploitée et voir ainsi sa désignation améliorée. Il est relié au Système d’information du combat de Scorpion (SICS), permettant d'informer toute la chaîne du commandement.

Concepts et défis techniques Lors de son lancement commercial, pour marquer le saut technico-opérationnel réalisé par le MMP, MBDA a présenté celui-ci comme étant le premier missile de combat terrestre de génération. vignette|Caractéristiques des différentes générations de missiles Pour cela, il a fallu résoudre un grand nombre de défis techniques : le pilotage/navigation et la propulsion permettant des trajectoires basses ou hautes pour des portées allant de moins de à plus de lors d’un tir opéré par un fantassin, éventuellement à partir d’un espace confiné ;

les capteurs et le traitement d’images infrarouges et visibles en temps réel (utilisation d’un imageur non refroidi pour la voie infrarouge et TV pour la voie visible, utilisation de la simulation numérique pour la mise au point et la validation des algorithmes) ;

les algorithmes de traitement d’images permettant d’accrocher et de poursuivre dans des scénarios très variés, à la fois en visible et en infrarouge, des cibles de tous types, sur désignation avant tir comme sur désignation en cours de vol grâce à la transmission des images de l’autodirecteur du missile, ce qui permet à l’opérateur, s’il le souhaite, de conserver la totale maîtrise du missile pendant tout son vol ;

l’intégration d’une centrale inertielle dans la chaine de guidage confère au missile une capacité de tir au-delà des vues directes, sur coordonnées, d’autant plus pertinente que, le système étant entièrement numérisé, il s’intègre parfaitement à la doctrine de « guerre en réseau »;

la numérisation du missile pour disposer d’une charge militaire programmable et donc polyvalente. En reconnaissance de l’importance du saut technologique accompli, le , l’Association de l’Armement Terrestre (AAT) décernait le prix Ingénieur général Chanson au Responsable du programme MMP chez MBDA et au Directeur du programme MMP à la DGA pour leurs travaux sur le « système d’armes Missile Moyenne Portée MMP ». Ce prix est attribué tous les ans à des travaux ayant fait progresser le domaine de l'armement terrestre, comportant une part certaine d'innovation, mais suffisamment concrets pour être susceptibles d'applications pratiques...

Description vignette|Exposition des autodirecteurs des missiles FASGW(H)/ANL et MMT, fabriqués par Sagem Défense Sécurité. Le guidage du missile MMP est assuré par un autodirecteur bi-mode, visible et infrarouge, qui assure, selon ses fabricants, en toute circonstance des capacités d’accrochage inégalées, même en zone désertique où la cible et son environnement sont pratiquement à la même température. Le senseur infrarouge est du type microbolomètre « non-refroidi » ; cela évite la présence d’un système cryogénique avec réserve de gaz qu’il faut percuter plusieurs secondes avant le tir, et cela repousse jusqu’à la dernière limite les actions irréversibles de la séquence de tir.

Autre innovation marquante, le missile intègre une unité de mesure inertielle réalisée en technologie de microsystème électromécanique (acronyme anglais MEMS) dont les informations alimentent à la fois l'autodirecteur et le missile pour les fonctions de pilotage et de navigation. Combiné à la présence d’une liaison de données par fibre optique avec le poste de tir, ce capteur permet une multiplicité de trajectoires (tir tendu ou attaque par le haut, ce deuxième mode permettant d’attaquer la tourelle des chars qui est plus vulnérable), et de modes de tir (tire-et-oublie, homme dans la boucle, accrochage avant ou après tir) avec une efficacité optimale constante, y compris pour le tir au-delà de la vue directe.

Les capteurs visible et infrarouge de cet autodirecteur bi-mode sont montés dos à dos sur un axe réversible, un arrangement original qui a pour effet de doubler le champ de vision du missile par rapport à un arrangement où les deux capteurs seraient montés côte à côte. Avec un champ de vision plus large, l’autodirecteur du MMP est capable de détecter et poursuivre des cibles rapides ou à forte vitesse pendant son vol.

Enfin, le missile emporte une nouvelle charge militaire tandem de aux performances remarquables et qui intègre au choix deux modes de fonctionnement avec effet antipersonnel dans les deux modes : antiblindage ou anti-infrastructure avec une capacité de détruire des épaisseurs de plus de de béton armé ou plus d’un mètre de blindage homogène laminé (sigle anglais RHA (Rolled Homogenous Armour)) après ERA (Explosive Reactive Armour en anglais).. La charge est développée et produite par Saab Bofors Dynamics Switzerland (anciennement RUAG Warheads) à Thoune en Suisse.. Le contrat pour la production des charges a été attribué en , pour des livraisons dès 2017. Saab Bofors Dynamics était en concurrence avec TDW GmbH..

Le poste de tir du fantassin dispose d'un capteur infrarouge haute définition et d'une voie vidéo jour multichamps, d'un GPS, d'un chercheur du Nord, et, en option, d'un télémètre laser. Ces équipements intégrés distinguent le MMP des missiles des générations antérieures. Pour les tirs à vue directe, la désignation cible est originale et unique. Elle se fait grâce à la corrélation automatique entre les images du poste de tir et celles de l’autodirecteur missile, diminuant le temps de mise en œuvre avant tir, améliorant la capacité de verrouillage sur cible en particulier à portée longue, et limitant de fait les risques d’erreur.

Le pilotage est permis par quatre gouvernes déployables, et le missile utilise un système d'éjection permettant la mise en sécurité du tireur en cas de tir en espace confiné. Le propulseur (Roxel) est déclenché plus tard (lancement froid) et emporte le missile à une vitesse de croisière de .

Il permet ainsi des progrès notables par rapport au Milan, qui n'a pas de mode « tire et oublie » et qui ne permet pas le tir en espace confiné.

Le système MMP est portable par le fantassin, le missile ne pesant que dans son tube avec ses bouchons de protection et le poste de tir avec sa batterie et son trépied. Le même missile MMP peut être tiré depuis un véhicule blindé. centré|vignette|AKERON MP

Emplois potentiels