vignette|redresse=1|Un « téléphone rouge » sans cadran exposé à la Jimmy Carter Library and Museum.Ce téléphone est en fait un accessoire fictif, représentant à tort la ligne directe entre Washington et Moscou « The red phone that was NOT on the Hotline », sur electrospaces.blogspot.nl, 30 août 2013..

Le téléphone rouge (appelé officiellement, en anglais : et de façon moins formelle « » ; en russe : , « Goriatchaïa linia Vachington-Moskva ») est une ligne de communication directe établie le entre les États-Unis et l’Union soviétique à la suite d'un accord signé entre les deux pays et entré en vigueur le .

Cette dénomination de « téléphone rouge » est en réalité un raccourci lexical repris et popularisé par les médias occidentaux, la ligne étant au départ une ligne de téléscripteur, sa supposée couleur rouge symbolisant simplement le fait qu’il s’agissait d’une ligne d’urgence. Cette ligne de communication, reliant la Maison-Blanche au Kremlin, permet par la suite de désamorcer des situations conflictuelles mettant aux prises les deux blocs que sont l'URSS (devenue en la fédération de Russie) et les États-Unis d'Amérique lors de la guerre froide.

Si un « téléphone rouge » est souvent présenté comme un dispositif permettant de prévenir les crises et l'escalade, sa mise en place peut être faite dans un but essentiellement psychologique et politique : rassurer les populations contre le risque de guerre accidentelle, montrer une amélioration des relations entre deux États et, pour ceux-ci, en faire une question de prestige, la ligne de communication directe démontrant l'importance de son pays par rapport aux autres.

Par la suite, d'autres lignes de communications ont été installées dans divers pays : liaisons Inde-Pakistan (2004 et 2011), liaisons Chine-États-Unis (2007 et 2015) et liaison Corée du Nord-Corée du Sud (2018).

Liaison États-Unis-Russie Historique L'idée d'un lien de communication direct entre les dirigeants des deux superpuissances est attribuée à Thomas Schelling qui, en , travaille sur le projet du département de la Défense des États-Unis, mais Schelling pense plutôt que l'idée s'est peu à peu répandue dans le gouvernement grâce au roman populaire pour sauver le monde de Peter George, sorti en (et qui inspirera le film de Stanley Kubrick sorti en 1964, Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe).

Le , Jess Gorkin, du magazine Parade, enthousiasme ses lecteurs après avoir publié une lettre ouverte sur ce sujet au président américain Dwight D. Eisenhower et au dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, parvenant même à interpeller ce dernier lors de sa visite aux États-Unis.. Évoquant un « téléphone blanc », Khrouchtchev est d'ailleurs favorable à l'idée d'un lien direct et en fait ouvertement la promotion lors d'une discussion avec le ministre japonais de la Pêche en , quelques mois avant la crise des missiles de Cuba.

Par la suite, l'idée d'un « téléphone rouge » entre les deux pays végète mais, après la crise des missiles de Cuba en , qui mène le monde au bord d'une possible guerre mondiale, la proposition est officiellement envisagée. Durant cette crise, les communications entre Khrouchtchev et le président Kennedy mettent plus de six heures à arriver au destinataire par voie diplomatique, illustrant ainsi la question finale de la lettre ouverte de Gorkin publiée deux ans plus tôt : .

Le , le « protocole d'accord entre les États-Unis d'Amérique et l'Union des républiques socialistes soviétiques concernant l'établissement d'une liaison de communication directe » est signé à Genève.. Cette entente initiale est renouvelée et mise à jour au fil des décennies par des accords subséquents : le , le , le , le , le et le .

Réalisation de la liaison vignette|Salle avec l’équipement hotline dans l'aile est de la Maison-Blanche, avec deux téléimprimeurs occidentaux et deux en cyrillique (en clair), ainsi que quatre machines de chiffrement ETCRRM II (en noir). vignette|Badge russe intitulé « 50 ans en contact direct », créé en à l'occasion du de la création de la ligne directe reliant Moscou et Washington.

Première génération La première génération du système de liaison par communication directe entre les deux pays ne transmet pas la voix, car on estime que les communications verbales spontanées peuvent mener à de mauvaises interprétations.. Il transmet des messages à la vitesse de ou par minute via une ligne télégraphique duplex. La ligne suit le trajet Washington – Londres – Copenhague – Stockholm – Helsinki – Moscou. Au départ, la liaison Washington – Londres transite par le câble TAT-1, le premier câble téléphonique transatlantique. Il existe aussi une liaison radio secondaire, Washington – Tanger – Moscou, utilisée pour les communications de service et la coordination des opérations entre les deux points terminaux, mais aussi comme liaison alternative en cas de coupure de la liaison filaire.

Le chef d'État émetteur formule son message dans sa propre langue, puis celui-ci est traduit par le destinataire avant d'être transmis au chef d'État concerné, avec le message original.

Aux États-Unis, le terminal est situé au au Pentagone. Selon Léonid Brejnev, le terminal soviétique est géré par des civils au quartier général du parti communiste.

Seconde génération En , alors que de nouvelles technologies sont désormais disponibles, les deux camps décident d'améliorer le système car l'URSS craint qu'une guerre nucléaire puisse être déclenchée sur un malentendu causé délibérément par la Chine.

La première ligne télégraphique est complétée par deux liaisons radio par satellite, l'une composée de satellites américains Intelsat et l'autre de satellites soviétiques .. La mise à niveau du système dure de à et, à cette occasion, la liaison radio Washington – Tanger – Moscou est fermée.

Plusieurs terminaux sont ajoutés des deux côtés ; les Américains en installent deux supplémentaires, dont un situé à la Maison-Blanche qui a la capacité de neutraliser et de verrouiller les deux autres.

Troisième génération Le système est modernisé en . L’Union soviétique utilise alors des satellites géostationnaires de type Gorizont de la flotte pour remplacer les satellites . Par ailleurs, des fonctionnalités de fax à haute vitesse sont ajoutées. Ceci permet aux chefs d'État des deux pays d'échanger rapidement des documents et autres données à la vitesse de .

Quatrième génération Le , une liaison par fibre optique est mise en service, permettant ainsi des transmissions vocales et l'échange de messages par courriel..

Sécurité des communications La ligne de communication est sécurisée grâce au principe du masque jetable, à l'aide de machines de chiffrement dites (ETCRRM) fabriquées en Norvège...

Les Soviétiques fournissent leurs clés de chiffrement à l'ambassade des États-Unis à Moscou et les Américains à l'ambassade de l'URSS à Washington. Les clés sont changées à chaque communication et détruites lorsque celle-ci est terminée.

La technique du masque jetable est utilisée pour plusieurs raisons : c’est le seul chiffrement qui soit théoriquement inviolable si plusieurs conditions sont respectées et les valises diplomatiques sont une solution pratique pour un échange sécurisé des clés aléatoires. De plus, le principe de masque jetable était souvent utilisé par l’URSS et ses agents. Le masque jetable, système très simple et connu depuis , évitait d’avoir à divulguer le fonctionnement d’un algorithme secret de chiffrement à une tierce partie. Les États ont toujours jalousement gardé secrets les rouages de leurs algorithmes, même si cette pratique est potentiellement risquée (principe de Kerckhoffs).

Divers Le , afin de tester la liaison, les États-Unis envoient un premier message qui contient toutes les lettres de l'alphabet latin : . Les Soviétiques envoient une description poétique du soleil couchant sur Moscou ; dès lors, la liaison est testée toutes les heures par l'expédition d'un message quelconque, pourvu qu'il ne contienne pas d'insinuation susceptible de créer un incident diplomatique. Moscou envoie des passages littéraires et Washington des extraits de l'Encyclopædia Britannica. Les Soviétiques émettent aux heures impaires, les Américains aux heures paires ; les deux côtés échangent des vœux pour le nouvel an ainsi que tous les .

Le câble fut sectionné par un agriculteur finlandais labourant son champ, un chalutier de pêche ou encore par un bulldozer à Copenhague.

Durant les négociations des traités Salt sur la limitation des armements stratégiques (Salt ), le président Jimmy Carter envoie des messages personnels à Léonid Brejnev mais reçoit en réponse des messages qui semblent provenir d'une obscure bureaucratie plutôt que du dirigeant soviétique en personne. Le président américain utilise alors le « téléphone rouge » pour se faire entendre mais, la ligne ne devant être utilisée que dans un contexte de crise, les Soviétiques répondent « s'il vous plaît, ne faites plus jamais ça ! ».

Durant les essais de la liaison de seconde génération, les échanges (par un canal de service) entre les techniciens des deux pays, habituellement polis et sobres, prennent à partir de la fin de , une tournure plus joviale qu'à l'accoutumée : les Soviétiques débutent souvent les essais par « bonjour chers estimés collègues » et félicitent les Américains lors des jours de fête comme le , ces derniers félicitant leurs homologues russes à l'occasion de dates d'anniversaire, comme celle du lancement de Spoutnik.

Le , la Russie bombarde l’usine aéronautique ukrainienne Pivdenmach, située dans le centre de Dnipro, à l'aide d'un missile balistique à moyenne portée ( RS-26 Rubezh) équipé pour l'occasion d'explosifs classiques, mais qui est en mesure de porter des têtes nucléaires. Il s'agit de la première utilisation historique d'un tel type de missile dans un conflit. Le département de la Défense des États-Unis a annoncé avoir été informé par Moscou peu avant le lancement du missile via « les canaux de réduction du risque nucléaire », avant son tir, selon le porte-parole du Kremlin..

Liaisons Inde-Pakistan En , l'Inde et le Pakistan reprennent le principe du « téléphone rouge » en mettant en place une liaison directe entre leurs ministères des Affaires étrangères respectifs, en vue d'éviter un conflit. Ces deux pays, dotés chacun de la puissance nucléaire sont en état de tension sur le Cachemire depuis les années 1940..

En , les deux pays mettent en place une autre liaison directe, cette fois entre les ministères de l'Intérieur, dans le but de « contrer les menaces terroristes »..

Liaisons Chine-Russie Une ligne téléphonique est mise en place entre la Chine et l'URSS dans le cadre du pacte sino-soviétique, mais alors que le conflit entre les deux pays est sur le point de dégénérer, Alexis Kossyguine tente de joindre directement Mao Zedong le , sans succès : l'opérateur chinois refuse de transférer l'appel, qualifiant Kossyguine d'. Peu après, les autorités chinoises déclarent qu'étant donné l'état de leur relation, ..

Le , une liaison directe est ouverte entre le président russe et chinois, suivi en par un lien téléphonique entre les ministères de la Défense des deux États dans le but de « renforcer leur coopération bilatérale »..

Liaisons Chine-États-Unis Lors d'une réunion secrète tenue en à Pékin, Henry Kissinger alors secrétaire d'État, propose au Premier ministre chinois Zhou Enlai la mise en place d'une ligne directe entre leurs deux pays, mais la Chine refuse.