Andrej Babiš, né le à Bratislava, est un homme d'affaires et homme d'État tchèque, président du gouvernement de 2017 à 2021 et depuis le .
Pendant sa carrière dans le monde des affaires, il fonde et dirige le groupe agroalimentaire Agrofert. Devenu milliardaire, il est considéré comme le deuxième homme le plus riche de la Tchéquie.
En 2012, il entre en politique en fondant l'Action des citoyens mécontents (ANO), une formation de centre droit libérale et populiste dénonçant la corruption et l'archaïsme du personnel politique. Après que son parti a obtenu un résultat significatif lors des élections législatives de 2013, il conclut un accord avec les sociaux-démocrates et devient vice-président du gouvernement et ministre des Finances du gouvernement Sobotka.
Ses prises de position et les polémiques associées à sa carrière dans les milieux d'affaires contribuent à son limogeage du gouvernement quelques mois avant les élections législatives de 2017. Lors de ce scrutin, l'ANO devient le premier parti du pays, ce qui conduit le président Miloš Zeman à le nommer à la tête du gouvernement.
Quelques jours après avoir été mis en cause dans les Pandora Papers, il perd de justesse les élections législatives de 2021 face aux coalitions centristes Ensemble et Pirates et maires. Battu au second tour de l'élection présidentielle de 2023, il remporte les élections législatives de 2025 et redevient président du gouvernement.
Famille Origines Né à Bratislava, aujourd'hui en Slovaquie, Andrej Babiš est le fils d'un diplomate tchécoslovaque d'origine slovaque représentant son pays pour les négociations du GATT. Durant cette période genevoise, il étudie une année au moins au Collège Rousseau.
Vie privée et familiale vignette|gauche|redresse|Andrej Babiš avec Monika en 2015. Dans les années 1970, il épouse Beata Adamičová. Ils ont deux enfants : Adriana (née en 1979) et Andrej (né en 1982). Depuis les années 1990, il vit avec Monika Herodesová (née en 1974), qu’il épouse en 2017. Ils ont ensemble deux enfants : Vivien et Frederik.
Vie professionnelle Formation Il fait ses études supérieures à l'université d'économie de Bratislava où il étudie le commerce international.
Carrière Après l’obtention de son diplôme en 1978, il rejoint la compagnie internationale de commerce slovaque (sous contrôle communiste) Chemapol Bratislava qui deviendra plus tard Petrimex. En 1985, il est nommé représentant de la compagnie au Maroc. Il rejoint le Parti communiste tchécoslovaque (KSČ) en 1980.
Il est accusé durant les années 1980 d'être à la fois un agent important de la Sécurité d'État (StB, la police politique du régime tchécoslovaque) et en lien avec le KGB.
Lors de la chute des régimes communistes d'Europe de l'Est, il est chargé de l'approvisionnement en marchandises stratégiques. Après la révolution de velours, Babiš quitte le Maroc, puis s’implante en Tchéquie une fois la Tchécoslovaquie dissoute. Il utilise dès lors sa position privilégiée et ses contacts pour prendre possession de la compagnie nationale slovaque d’agrochimie Petrimex. Par la suite, il rachète d’autres entreprises d'État bradées et sous-évaluées durant le processus de privatisation. Son biographe Jakub Patocka remarque qu'il « a notamment construit sa fortune en utilisant les subventions européennes en sa faveur ».
Agrofert Fondation Directeur de Petrimex, il initie la création d’Agrofert en 1993, nouvelle filiale de Petrimex en Tchéquie, dont il devient le directeur exécutif.
Agrofert est recapitalisée par OFI, une société anonyme basée à Baar, en Suisse. Petrimex licencie par la suite Babiš et le poursuit sans succès en justice pour avoir permis la dissolution de la part de Petrimex dans Agrofert. Peu de temps après, Babiš devient propriétaire à 100% d’Agrofert. La source du financement initial pour l’OPA de Babiš sur Agrofert aux dépens de Petrimex n’est toujours pas connue, Babiš affirmant que l’argent venait de ses anciens camarades de classe suisses..
Développement Babiš développe Agrofert, jusqu'à en faire une des plus grandes entreprises du pays. Commençant comme une compagnie de vente en gros, Agrofert développe ou acquiert différentes sociétés agricoles, chimiques et de transformation alimentaire. En 2011, la holding Agrofert possède plus de 230 compagnies principalement en Tchéquie, Slovaquie et Allemagne. C’est, en revenus, la quatrième plus grande entreprise tchèque. Cette réussite contribue à la position financière de son dirigeant : Babiš est, à la fin des années 2010, le deuxième homme le plus riche de Tchéquie et le premier employeur de son pays. Il est surnommé le ; le magazine Forbes estime sa fortune à près de 3,5 milliards d'euros en 2017, soit près d'un milliard de plus que Donald Trump..
L’histoire d’Agrofert, détaillée dans le livre du journaliste Tomáš Pergler, est étroitement liée à son contrôle de l’industrie pétrochimique tchèque. explique que le livre . À son entrée en politique Babiš démissionne de son poste de PDG, mais reste le seul propriétaire de l'entreprise jusqu’en , quand il devient légalement obligé de placer ses parts dans deux trusts pour conserver ses fonctions de ministre des Finances. Or, un audit des services juridiques de Bruxelles conclura fin 2018 que Babiš est le « seul bénéficiaire » de ces deux trusts.
Les activités de Babiš se concentrent initialement sur l’agriculture, mais il acquiert par la suite un large empire médiatique. En 2013, Agrofert achète la compagnie MAFRA, éditeur des plus gros journaux tchèques, Lidové noviny et Mladá fronta DNES, et opérateur de l'entreprise de télévision Óčko.. Agrofert possède également Radio Impuls, la radio la plus écoutée de Tchéquie à la fin de l'année 2014. Ces acquisitions soulèvent des critiques quant aux intentions politiques de Babiš, à la concentration excessive de pouvoirs entre ses mains et un traitement orienté des médias en sa possession.
Ascension politique Fondateur d'ANO 2011 Il est membre de la branche slovaque du Parti communiste tchécoslovaque de 1980 à 1989.
Le , il fonde l'Action des citoyens mécontents (ANO 2011), parti de centre droit dont il prend la présidence après une campagne électorale appuyée sur les conseils du cabinet américain Penn Schoen Berland..
Ministre des Finances À la suite des élections législatives d', lors desquelles son parti arrive en deuxième position, il négocie la formation d'une coalition avec le Parti social-démocrate tchèque (ČSSD) et l'Union chrétienne démocrate - Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL). Le , il est nommé premier vice-président du gouvernement et ministre des Finances dans le gouvernement Sobotka. Il est à l’origine de plusieurs décisions comme l’enregistrement électronique des ventes (EET), et une réforme du fonctionnement de la TVA. Ses critiques lui reprochent de durcir la réglementation sur les petites et moyennes entreprises et les entreprises individuelles tout en fermant les yeux sur les grosses sociétés, dans l’intérêt de sa holding Agrofert.
En , après la décision gouvernementale d’élargir la réduction de la taxe sur les biocarburants (un segment du marché énergétique bien représenté par plusieurs entreprises détenues par Agrofert), l’opposition lance un vote de défiance contre l'exécutif.. Le , Babiš se défend devant la Chambre des députés en renvoyant la balle sur la corruption supposée du gouvernement précédent, malgré les accusations lors des débats évoquant des ou ..
En , Babiš répond aux critiques sur les liens supposés entre CEFC China Energy, le Parti social démocrate et Bohuslav Sobotka, en affirmant que l’intérêt de CEFC pour les compagnies tchèques .
Il est limogé du gouvernement en , sur demande de Bohuslav Sobotka, après de nombreuses controverses à son sujet. Il est notamment soupçonné d'avoir procédé à des transactions financières douteuses, à une fraude fiscale sur son salaire de président directeur général d'Agrofert en 2012 et d'avoir été plusieurs fois en situation de conflits d'intérêts.
Président du gouvernement de 2017 à 2021
Élections générales de 2017 et formation du gouvernement L'Action des citoyens mécontents (ANO) remporte les élections législatives d' avec 29% des voix, et 78 sièges sur 200, après une campagne hostile à l'adoption de l'euro et à l'intégration européenne.. Le Parti démocratique civique et d’autres partis refusent ensuite de rejoindre la coalition gouvernementale que Babiš tente de mettre sur pied, en rappelant la procédure d’enquête en cours dont il fait alors l'objet sur une possible fraude aux subventions européennes. Par conséquent, le Babiš annonce sa volonté de former un gouvernement minoritaire. Le parti Liberté et démocratie directe (SPD) et le Parti communiste font cependant part de leur souhait de rejoindre le gouvernement, mais Babiš leur adresse une fin de non-recevoir.
Le , il est chargé par le président Miloš Zeman de mener des négociations en vue de former un nouveau gouvernement.. Le , la Chambre des députés refuse la confiance au gouvernement Babiš I, par 117 voix contre 78 et cinq abstentions. La démission du gouvernement est présentée le . Le gouvernement est alors chargé d'expédier les affaires courantes. Le , à deux jours du second tour de l'élection présidentielle, Babiš est de nouveau chargé par le président Zeman de former un gouvernementhttps://www.ouest-france.fr/europe/republique-tcheque/republique-tcheque-babis-nouveau-nomme-premier-ministre-par-zeman-5521428.
Après la réélection de Zeman et la signature d'un accord de gouvernement avec le Parti social-démocrate tchèque (ČSSD), Babiš est de nouveau formellement nommé président du gouvernement et doit former un gouvernement dans les 15 jours. Il forme le son gouvernement, qui obtient la confiance de la Chambre des députés le .
Politique étrangère vignette|Andrej Babiš et Sebastian Kurz, Vienne, février 2015
En , une crise diplomatique éclate entre la Tchéquie et la Russie au sujet de la responsabilité des services de renseignement de l’armée russe (GRU) dans les explosions des entrepôts de munitions de Vrbětice de 2014 ayant causé la mort de deux personnes. Invoquant de la responsabilité du GRU dans cet événement, Andrej Babiš fait expulser russes pour espionnage.. En réponse, Moscou dénonce et expulse vingt diplomates tchèques.. Le président Zeman intervient pour mettre en garde contre anti-russe et appelle à attendre les conclusions d'une enquête officielle..
Il est proche du Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orbán mais est également perçu comme pro-européen, son parti siégeant au sein du groupe Renew Europe. Pendant la campagne électorale de 2021, il met toutefois en cause l'Union européenne qu'il accuse de vouloir forcer la République tchèque et à s'..
Contestations et défaite aux élections de 2021 Entre avril et , une série de manifestations a eu lieu contre les tentatives d’Andrej Babiš de remplacer le ministre de la Justice par Marie Benešová, membre de son parti politique et contre la corruption supposée du chef du gouvernement. Une nouvelle manifestation d’envergure a lieu le ..
En , le Parti communiste de Bohême et Moravie (KSČM) retire son soutien au gouvernement minoritaire d’Andrej Babiš, reprochant à celui-ci de ne pas respecter l'accord signé trois ans auparavant. L’opposition renonce cependant à déposer une motion de censure à la Chambre des députés, craignant que son adoption ne renforce les pouvoirs du président Zeman à six mois de la tenue d’élections législatives..