L est une rivière française située dans les départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. C'est le troisième plus important affluent du Var après la Tinée et la Vésubie, le plus important en rive droite.

Long de ( avec ses affluents), sa source est située à sous le mont Teillon (qui culmine à ). Il forme d'abord un alimenté par divers affluents qui ont creusé une vallée parfois très encaissée puis il s'élargit. Son cours est globalement orienté de l'ouest vers l'estINPN/Museum ZNIEFF 930020165 L'Esteron (hormis sur la section de la Clue de Saint-Auban, qui est orientée nord-sud).

Les eaux sont souvent claires, plutôt fraîches et bien oxygénées, plutôt minéralisées. Selon la partie du cours d'eau elles sont de qualité moyenne (classée 2 à l’aval de Saint-Auban et à l’aval de Roquestéron) à bonne (classée 1B sur le reste de son cours) alors qu’on pourrait s’attendre à une très bonne qualité dans une rivière aussi peu aménagée et dont les affluents sont restés très sauvages. En tête de bassin, les affluents de l’Estéron érodent le substrat marneux et apportent une quantité significative de matériaux en suspension, qui se déposent ou concrétionnent sur le fond (hormis dans les clues où le courant est trop important).

Parmi les curiosités et phénomènes érosifs observables dans la vallée de l'Estéron, outre les Clues figurent la cascade du Végay, les Cinq Baumes, la grotte Saint-Martin, le mont Auvière (qui domine l'est de l'Estéron à )CORBIN D., Henri MICHAUD, LAURANSON C., NOBLE V., Stéphane BELTRA, THUILLIER L., Benoît OFFERHAUS, Stéphane BENCE, Julien RENET, .- 930020166, VALLÉE DE L'ESTERON ORIENTAL D'AIGLUN À GILETTE. - INPN, SPN-MNHN Paris, 19P. https://inpn.mnhn.fr/zone/znieff/930020166.pdf.

Histoire Si la présence de l'homme est attestée dès le Paléolithique sur les bords du Var (Carros), elle l'est pour la vallée du Néolithique à l'age du fer : outils de pierre polie à Sigale, objets de bronze à Roquestéron, oppidum laténien à Gilette, onomastique pré-latine (Sigale, Cuébris, Bézaudun, etc.). Parmi les peuplades ligures ou celto-ligures mentionnées sur le Trophée des Alpes et voisines des Eguituri, les Suetri, « atroces et bandits » selon Florus, peuvent avoir peuplé la haute-vallée, et les Velauni à Aiglun et Sigale, voire aux anciens lieux-dits de Roquestéron Velaclé et Velostine (et des Gallitae à Gilette), jusqu'au Var. Mais la situation géographique de ces peuples demeure hypothétique. G. Barruol place dans la vallée sans certitude Eguituri ou Velauni, les Suetrii étant plus à l'ouest ; J.E. Dugand et André Compan y voient aussi les Velauni.

Velauni, ou Eguituri, cette peuplade est en tout cas délimitée à la vallée, avec à l'est les Suetri et la « Civitas de Brigomagus », au sud les Nerusii (Vence) et au nord les Veaminii. Elle mérite, sans doute plus que les tribus de l'Est du Var, l'appellation de celto-ligure, si l'on se fonde sur certains toponymes celtisés (outre le nom même des « Vellaves », bien qu'il n'y ait peut-être aucun rapport entre les Vellaves du Velay et les Velauni des Alpes-Maritimes) : Brigomagus/Briançonnet, Gallitae à Gilette, Besaldunum/Bezaudun, Aigledunum/aiglun, peut-être aussi Sigale et Cobrio/Cuébris. Ils ont établi des fortifications sur les points de passage stratégiques (castellaras à trois murs d'enceintes de la Cime de la Cacia à Sigale, enceintes pastorales ou postes d'observations à Sallagriffon, Revest-les-Roches, Toudon, peut-être aussi à Cuébris et au Peïroulet de Roquestéron) le long d'une voie de communication où plus tard semble avoir été créée une voie romaine allant de Vence à Castellane, via RoquestéronOu plutôt une voie secondaire à la Via Vintia, allant jusqu'à Glandèves. cf. Francis Fumas, Les noms de lieux de la commune de Vence, Association pour la défense et la promotion du patrimoine vençois, 1988..

La majeure part des villages de la vallée témoigne de la présence gallo-romaine, affiliés au haut Moyen-Âge à l’évêché de Glandèves.

L'Estéron a été choisi en 1760 comme frontière entre le Royaume de France et le comté de Nice (Royaume de Piémont-Sardaigne), entre Aiglun et Le Broc, par le traité de Turin. Ses articles VIII et IX établissent, entre autres, l'Estéron comme limite entre les deux royaumes. Par l'article X, le comté de Nice obtient neuf communautés, contre sept à la Provence. L'article XI exige le démantèlement des fortifications. Un bornage frontalier est mis en place le ; il comporte 44 bornes dont 31 en pierre hors-sol, 11 gravées sur rochers ou dalles naturels, et 2 sur poteaux de chêne, dont le n° 1 sur le Pont de France à Roquestéron. En 1823, un nouveau bornage instaure 78 bornes. Le rattachement de Nice à la France en 1860 met fin à cette frontière située sur la ligne de partage des eaux. Ironie de l'Histoire, signifie en langue italienne « (l')étranger », « extérieur » ; vocables significatifs pour une limite entre deux États.

Étymologie Le nom de cette rivière encaissée semble apparenté au latin sterilis ou tribu des Sueltiri, en Provence également, ainsi qu'à l' en Bavière (pré-celtique ester) et à la base * ezter - « gorge » des toponymes basques Ezterenzubi, Ezterengibel (Morvan, Dict. étymol. basque, Internet.), Esteribar en Navarre. L'origine onomastique pourrait ainsi être pré-indo-européenne, ou tout au moins pré-latine avec le radical est- que l'on retrouve en oronymie (et parfois hydronymie) dans Estavar (Stavar au ), Estos, Estensan et Esterre dans les Pyrénées, ou encore Esteil et Esténos.

Il a été néanmoins remarqué que le nom Estero n'apparaît qu'au Dans sa Vida de Sant Honorat (1300), Raymond Féraud provençalise le nom latin en Esteron/Estaron., les mentions antérieures (Staro fluvius, pagus Staroni et Roca-Staroni, Roccha de Sterono, Rocca Steronis) usant des radicaux *star- *ster- ; l'étymologie en découlerait donc (TRENTA, 1995) : *stā-/stare - se tenir fermement/hérissé ; *ster - étendre, répandre ; *(s)terə- : puissant, rigide ; *(s)ter- : excréments, eau sale.

Précédemment avaient été proposées des racines fondées sur les peuplades celto-ligures Eguisteros/Éguitures (LAPEYRE, 1971) ou Suetri/Sueltiri (RAYBAUT, s.d.) ; le latin hasta - lance (BOURRIER, 1979) ; le radical est - pierre, rocher (L.A.S. Raoul Blanchard, 1991)E. Trenta, Roquestéron de 1914 à 1945, U.F.R Lettres Nice ; E. Lapeyre, Lueurs sur l'ancienne Roque, s.l. dact. ; P. Raybaut, Notes d'histoire du val d'Estéron, s.l. ; M. Bourrier, L'Estéron, Préalpes de Grasse et son architecture, D.D.A Nice ; Roquestéron, Roquestéron-Grasse, communes du Moyen-Pays des Alpes-Maritimes, U.F.R espaces et cultures, Nice..

Géographie vignette|gauche|Le confluent de l'Estéron et du Var..

L'Estéron naît sur le territoire de la commune de Soleilhas dans le département des Alpes-de-Haute-Provence à six ou sept kilomètres à l'est-nord-est de Castellane, à l'est de la crête du Teillon (), à , et prend presque d'emblée la direction de l'est. Il franchit rapidement la limite avec le département des Alpes-Maritimes. Sa surface en eau couvre quant à elle 53 hectares.

De , il traverse et longe successivement vingt communes (voir liste ci-dessous). Sur une grande partie de son trajet la pente de l’Esteron est faible, mais plusieurs ruptures de pentes importantes correspondent au passage de plis anticlinaux, où la rivière a creusé des gorges qui dans cette région sont dénommées« clues » ; de faible longueur mais parfois très profondes (jusqu'à 700 m pour la clue de Saint-AubanZNIEFF 930012689 - Clue et forêt domaniale de Saint-Auban], et description (PDF) ) où les flancs des gorges montrent parfois des ouvertures de grottes, propices aux chauves-souris et à d'autres espèces cavernicoles. La confluence avec le Var est située au niveau des communes du Broc, de Gilette et de Saint-Martin-du-Var, une vingtaine de kilomètres en amont de Nice, à .

Les caractéristiques physicochimiques et de teinte bleu-vert opalescent de l'eau de l'Esteron sont intimement liées au caractère karstique et calcaire des substrats géologiques traversés, alors que le profil en long de la rivière et son orientation (globalement est-ouest) résultent de la topographie plissée de cette partie des Préalpes (Préalpes calcaires de Grasse faites de calcaires, parfois marneux, de dolomies, de marnes jurassiques et crétacés, et localement de sables éocènes, d'argiles et d'évaporites triassiques, ce qui n'est pas le cas de la majorité des autres affluents du Var. Les replats alternent avec de courtes et brusques ruptures de pente et en maints endroits les gorges creusées par l'Esteron mettent en évidence les couches géologiques (Crétacé).

Quatre grands faciès géohydromorphologues divisent la rivière dans son bassin : En amont : des tronçons de replats constituent les « vals perchés » du haut-Estéron et des affluents (principalement) ; Des « faciès torrentiels » (lotiques) sont les gorges (dites « clues ») ; Des replats des parties médiane et aval du bassin où en été la rivière forme des méandres ; Des ravins ouverts, dans les zones d’érosion en têtes de bassin. Sur les hauts vallons et plateaux les affluents présentent de faibles degrés de pente (moins de 2 %, correspondant à des faciès dits « lentiques », qui permettent aux ruisseaux de former des méandres dans un lit bien marqué).

Le fond est tantôt la roche-mère (dalles ou plis calcaires), tantôt constitué de tufs ou de graviers, ou tapissé de concrétions (et alors généralement pauvres en micro-habitats et en flore aquatique ; cette pauvreté est expliquée par un important concrétionnement algo-bactérien, qui correspond à un phénomène de biominéraliation organisé autour de la précipitation de carbonate de calcium, probablement exacerbé par des émergences karstiques dans le cours d'eau ou à proximité. Ce phénomène est sans doute aussi exacerbé, depuis des décennies par un débit diminué à cause des prélèvements d’eau. Dans sa moyenne et basse vallées, le lit s’élargit et est moins marqué, avec une pente plus faible (jusqu’à 2 % au maximum). Le fond est alors assez diversifié (galets, pierres et blocs calcaires et marneux enveloppés d’une matrice de sablons fins). Un limon argilocalcaire y forme souvent un dépôt important (qui peut colmater les frayères) et colorer l’eau. L’eau reste plutôt fraîche pour la région. Elle est moins minéralisée, moins calcaire qu’en amont (moins d’hydrogénocarbonates), assez claire, avec encore localement des apports karstiques. En 1954 le géologue Parent signale une série géologique (ensemble Crétacé-Tertiaire) renversée (à la confluence de l'Estéron dans le Var)Parent H (1954) Sur la presence d'une serie renversee devant le front de la nappe de Caussols. Bulletin de la Société Géologique de France, 6(7-9), 509-513.résumé.

Communes et cantons traversés vignette|droite|L'Estéron entre Roquestéron et La Roque-en-Provence. Dans les deux départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, l'Estéron traverse vingt communes : dans le sens amont vers aval : Soleilhas (source), Saint-Auban, Briançonnet, Gars, Les Mujouls, Collongues, Sallagriffon, Le Mas, Aiglun, Sigale, La Roque-en-Provence, Roquestéron, Conségudes, Pierrefeu, Les Ferres, Toudon, Bouyon, Gilette, Le Broc, Saint-Martin-du-Var.

Soit en termes de cantons, l'Estéron prend source dans le canton de Castellane, traverse les canton de Grasse-1 canton de Vence, canton de Nice-3 conflue dans le canton de Tourrette-Levens, le tout dans les arrondissements de Castellane, de Grasse et de Nice.

Bassin versant Il occupe à des altitudes faibles à modérées la partie sud du bassin versant du Var, sur une superficie d'environ 457 km.

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