Heidegger a été un lecteur attentif de Nietzsche et de sa philosophie, nous dit Michel Haarvoir sur ce conflit Pierre Caye Destruction de la métaphysique et accomplissement de l'homme (Heidegger et Nietzsche) dans Heidegger et la question de l'humanisme Faits, concepts débat direction Bruno Pinchard Themis Philosophie PUF 2005 page 154, l'adversaire du suprême combat, l, précisera Pierre Caye ( ). Il consacre six séminaires à l'étude de son œuvre de 1936 à 1942, qui seront recueillis en deux tomes : Nietzsche I et Nietzsche II en 1961. En 1943, il prononce la conférence , reprise dans les Chemins qui ne mènent nulle part. En 1953, il prononce la conférence , reprise dans les Essais et conférences.

De toutes les études que Heidegger a consacrées aux grands penseurs (Hegel, Kant), aucune n’est aussi vaste, considérable et détaillée que son explication () avec Nietzsche, étude rendue publique à partir des années trente et publiée en grande partie dans les deux tomes du Nietzsche en 1961, qui comprennent les cours donnés durant les années de 1936 à 1940 à l'Université de Fribourg-en-Brisgau. Pour Hans-Georg Gadamer, ces deux tomes de par leur importance constituaient le véritable pendant à Être et Temps et le compte rendu du débat entretenu avec l'interlocuteur redoutable qu'il s'était inventé en la personne de Nietzsche, qu'il poussait jusqu'à ses conséquences métaphysiques ultimesHans-Georg Gadamer, Les Chemins de Heidegger, Textes Philosophiques, VRIN, 2002, page 136 et 163.

Dans Être et Temps, Nietzsche n'est cité que deux fois, alors que son influence souterraine est profonde et certainevoir sur cette présence réelle de Nietzsche dans Être et Temps l'article de Jacques Taminiaux dans- Être et Temps de Martin Heidegger collectif Questions de méthode et voies de recherches SUD 1989, par exemple au § 53, alors que Heidegger traite de l’, ainsi lorsqu'il est dit du qu’il empêcherait le de (ET, 264) où il s’agit d’un mot du Zarathoustra, tiré d’un chapitre intitulé Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, GF-Flammarion, 1969, , ce qui laisse entendre que Heidegger aurait reconnu en Nietzsche un précurseur dans la pensée de la FinitudeNietzsche et le Tournant dans la pensée de Martin Heidegger ; Examen d'une thèse de Hannah Arendt- Olivier Huot-Beaulieu https://www.academia.edu/784608/Nietzsche_et_le_tournant_dans_la_pensee_de_Martin_Heidegger_Examen_dune_these_de_Hannah_Arendt. page2.

Ce serait aussi dans son face-à-face avec Nietzsche que Heidegger aurait mis en évidence pour la première fois les catégories métaphysiques qui sont celles de la technique moderne. Cette confrontation aurait été l'occasion de la découverte de la véritable essence du nihilisme comme relevant de l’« oubli de l’être » inhérent au mode de penser métaphysique, autrement dit des thèmes essentiels qui ont conduit au TournantExamen d'une thèse de Hannah Arendt lien cité page 30.

Enfin ce sont les questions posées par Nietzsche qui ont conduit Heidegger à s'interroger sur ce qu'il y avait en amont de la métaphysiqueHans-Georg Gadamer 2002 page 171.

Il ne s'agira pas ici d'étudier la doctrine de Nietzsche en soi, mais de tenter de résumer l'interprétation qu'en donne Heidegger. Ceci d'un point de vue très particulier mais absolument fondamental pour lui, à savoir le thème de l'achèvement de la métaphysiquePour en marquer l'importance il suffit de signaler l'essai qui y est consacré sous l'appellation de « Dépassement de la métaphysique » dans Martin Heidegger essais et conférences, TEL Gallimard 1993, résumant et clôturant l'histoire de la philosophie à partir duquel Heidegger interprètera la pensée de Nietzsche.

Nietzsche, le dernier des métaphysiciens À partir de 1936, au terme de sa relecture de l’œuvre de Nietzsche, Heidegger, fait état de l', de la métaphysique et postule la nécessité d'un , andersanfängliches DenkenJean Greisch, Regarder la métaphysique en face, page 3. Il apparaît que c'est sous l'influence de Nietzsche que Heidegger serait passé du point de vue de la recherche d'un fondement de la Métaphysique, qui avait été le sien jusques et y compris dans Être et Temps, à celui de son dépassement. C'est d'ailleurs à travers ce thème de , résumant et clôturant l'histoire de la philosophie que Heidegger interprétera la pensée de Nietzsche.

Pour Heidegger, cette fin n'est donc plus, à proprement parler, une fin mais un aboutissement et l'attestation d'un succès universel de la métaphysique de la Volonté de PuissanceDans « La question de la technique » des essais et conférences, Heidegger parle d'arraisonnement, de mise en demeure de l'étant, qui sont les manifestations de la métaphysique de la volonté de puissance. Ce n'est pas dans ce texte que se trouve lié le plus étroitement possible les deux notions mais dans « Dépassement de la métaphysique » toujours dans les essais et conférences page 92. . , résume Olivier Huot-BeaulieuNietzsche et le Tournant dans la pensée de Martin Heidegger ; Examen d'une thèse de Hannah Arendt- Olivier Huot-Beaulieu page 442 https://www.academia.edu/784608/Nietzsche_et_le_tournant_dans_la_pensee_de_Martin_Heidegger_Examen_dune_these_de_Hannah_Arendt. page2.

Il s'agit, comme le décrypte Françoise Dastur, d'accepter, selon l'expression de Heidegger, la métaphysique en ce qu'elle est véritablement, c'est-à-dire : l'expérience authentique de l'oubli de l'être, dans la mesure où cet oubli n'est plus oubliéFrançoise Dastur, Modernité, Technique, Éthique dans Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses VRIN 2011 page 125. Au terme de dépassement Überwindung Heidegger va préférer celui d'assomption Verwindung qui souligne la capacité d'accepter la métaphysique en ce qu'elle est et d'accéder à sa véritéFrançoise Dastur Heidegger Bibliothèque des Philosophies VRIN 2007 page 207Qu'est-ce qu'alors que l'on doit entendre dans l'expression : Heidegger Nietzsche II page 161.

Pour Heidegger, loin d'avoir « renversé la métaphysique », Nietzsche, en est le dernier et le plus illustre représentant. Dans son travail Olivier Huot-Beaulieu, le cite Examen d'une thèse de Hannah Arendt lien cité page44. La lecture heideggerienne présente Nietzsche comme en en résumant et en clôturant les grandes époques de son histoire pour ouvrir l'époque ultime de l'arraisonnement et du non-sens que nous vivonsMichel Haar, la fracture de l'Histoire Douze essais sur Heidegger Collection Krisis MILLON 1994 p.143. Accessoirement, note Heidegger, Nietzsche, bien qu'il s'en défende, reproduit le schéma en 5 points de la métaphysique classiqueMichel Haar insiste aussi sur la quintuple structure des thèses de nietzschéennes qui les rapprochent des thèses traditionnelles Michel Haar, la fracture de l'Histoire Douze essais sur Heidegger Collection Krisis MILLON 1994 , en distinguant la « volonté de puissance », l'Éternel retour, la justice, le nihilisme et le surhomme, auxquels il tente de faire correspondre, l'essence, l'existence, la vérité, l'histoire de la vérité et l'humanité de la traditionJoseph Vande Wiele Revue Philosophique de Louvain Lien : https://www.persee.fr/wb/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445 pages 436La « volonté de puissance » désigne l'être de l'étant en tant que tel, l' essentia de l'étant. Nihilisme est le terme pour l'histoire de la vérité de l'étannt ainsi déterminé. L'« Éternel retour du même » exprime la manière dont l'étant dans sa totalité est l' existencia de l'étant. Le « Surhomme » caractérise cette humanité qui est requise par cette totalité. « Justice » est l'essence de la vérité de l'étant en tant que « volonté de puissance » Michel Haar, la fracture de l'Histoire Douze essais sur Heidegger Collection Krisis MILLON 1994 page 200.

L'interprétation heideggerienne des concepts nietzschéens Et la question centrale qui, d’après Heidegger, domine, cette pensée, serait l'énigme de la connexion entre les que sont la « Volonté de Puissance » et « l'Éternel retour du même », nous dit Jean Beaufret . La Philosophie des valeurs

Contrairement aux interprètes habituels, Heidegger ne se contente pas d'une description de l'usage que Nietzsche fait de la théorie des valeurs comme . En priorité et conformément à son point de vue général il cherche d'abord à déterminer la place du penseur dans l'histoire de la métaphysique. Jean Beaufret , dans un long chapitre, de son livre consacré au concept de valeur, d'où sont résumés les deux ou trois paragraphes ci-après, donne l'historique complexe de cette notion depuis Platon, en passant par Descartes, Kant, Lotze et enfin Nietzsche. Au départ les Grecs anciens n'ont aucune idée d'une quelconque échelle de valeurs, ce dont ils font l'expérience c'est celle d'une « Phusis » ou , que Heidegger comprend comme l'autre nom de l'Être, riche en différences radicales entre le beau, le plaisant et l'utile. La métaphysique commence lorsque la question est posée de savoir par « où une chose est dite bonne? » ou par où « une chose est dite belle? », elle commence donc au passage de la prise en vue des biens à l'optique des valeurs. La figure terminale d'un tel destin est la mutation de la vérité en valeur dans la métaphysique de Nietzsche, moins comme « achèvement », que comme « aboutissement » de ce à quoi avait préludé dès longtemps, le virage cartésien souligne Jean Beaufret.

La Volonté de Puissance Pour comprendre la « volonté de puissance », , , il faut d'abord se débarrasser du contresens traditionnel sur une qui serait l'équivalent de l'appétit de pouvoirMichel Haar, Nietzsche et la métaphysique, Gallimard, TEL, 1993 page 23-24. . L'équivalent de sens le plus proche pourrait être donné par l'expression, largement utilisée par les traducteurs de « volonté de volonté ». La « » se dépasse elle-même parce que c'est elle, en tant que telle qui se veut, au-delà de toute considération de sens de but ou d'objet. De ce fait, « l'être de l'étant » compris comme « volonté de puissance », cherchant à se dépasser éternellement, sera compris dorénavant par Nietzsche comme .Dans l'article « Volonté de puissance » sont déclinés toute une série de citations de Nietzsche sur l'idée complexe qu'il se fait de ce concept. La structure du concept de « Volonté de puissance » , elle devient essentiellement la perspective projetée par la vue calculatrice de la « volonté de puissance », afin qu'elle puisse s'épanouir, en créant les conditions du maintien et de l'augmentation de la puissance (N II p 269) Michel Haar Nietzsche et la métaphysique TEL Gallimard 1993 p 29. Les Sciences, la religion, l'art, la politique et même la philosophie sont des formes, des perspectives complexes, à durée de vie relative, destinées à permettre l'épanouissement de la « volonté de puissance » lire en ligne. Le monde est essentiellement chaos mais il implique la volonté de puissance comme principe de position des valeursHeidegger et Nietzsche le problème de la métaphysique revue philosophique de Louvain Persée page 440 lien: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445.

, ou le Tout de l'étant, bien que absolument dépourvu de sensNietzsche insiste particulièrement sur ce point en excluant toute forme d'humanisation, autant l'explication morale du monde à partir de la création d'un créateur que son explication technique à partir de l'œuvre d'un démiurge qui introduit, l'ordre, l'articulation des parties, la beauté, la sagesse dans le monde voir Nietzsche I page 271-Martin Heidegger Nietzsche I traduction Pierre Klossowski NRF Gallimard 1984, reste néanmoins le théâtre de la « volonté de puissance »; il est la transcendance la vie dynamique qui devient, origine de valeur et d'intelligibilité, que Heidegger tentera de rapprocher de sa propre vision de l'alètheia.

Comme le note Françoise Dastur . Au surplus et, à l'inverse de la tradition, Nietzsche accorde la primauté aux pulsions corporelles et à l'animalité.

La « Volonté de puissance » dans l'art