La Bourgogne est un paquebot et navire postal de la Compagnie générale transatlantique (CGT), mis en service en 1886 pour assurer la liaison . Il est détenteur, dès son voyage inaugural, du record de la traversée de l'Atlantique en direction de l'ouest. Avec ses de jauge brute, il est le plus gros paquebot de cette compagnie maritime. Le navire, luxueux, est surnommé « le palace flottant français ». Le , après son départ de New York, et alors qu'il navigue à vitesse excessive dans un brouillard dense au large de Terre-Neuve, il subit un violent abordage par le trois-mâts écossais Cromartyshire, et coule peu après.
Le naufrage de La Bourgogne est le drame le plus lourd de l'histoire de la CGT en temps de paix, et un des plus grands malheurs de l'histoire des compagnies maritimes françaises. Le naufrage fait en effet 565 morts parmi les 725 personnes à bord. Une seule femme survit au naufrage. Parmi les nombreux enfants à bord, aucun n'a survécu.
Certains survivants accusent les officiers et membres d'équipage de La Bourgogne d'avoir failli à leur devoir, et d'avoir, pour certains, provoqué la mort de passagers.
Des nombreuses actions en justice intentées contre la CGT par la compagnie propriétaire du Cromartyshire et par les familles de nombreuses victimes, seule, ou presque, celle de la compagnie aboutit. Les poursuites continuent jusqu'en 1908, date de l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis qui statue que la CGT n'était pas responsable de l'erreur de La Bourgogne.
Construction En 1885 et 1886, la CGT prend livraison d'une série de quatre nouveaux paquebots transatlantiques. Cette série, dite « série des provinces », est subventionnée par le ministère français des Postes et Télégraphes pour assurer un service postal entre Le Havre et New York.
Les Chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, construisent La Champagne et La Bretagne, tandis que La Bourgogne et La Gascogne sont construits par la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) à La Seyne-sur-Mer.
Structure et dimensions La Bourgogne est construite en partie en fer et en partie en acier. Sa longueur hors tout est de , et sa longueur enregistrée . Son maître-bau fait , sa profondeur , et le creux sur quille .
La Bourgogne jauge en jauge brute et en jauge nette. Sa coque a 10 ou 11 cloisons transversales (les sources diffèrent), et un double fond avec des ballasts d'une capacité de 650 tonnes.
La propulsion Les quatre groupes de trois chaudières simples, totalisant 36 foyers, assurent la production de vapeur pour alimenter trois machines à vapeur compound à double expansion. Leurs cylindres ont un diamètre respectif de et , et la course du piston fait . Ces machines développent une puissance nominale de chevaux, et entrainent une unique hélice. Cette hélice quadripale, qui est en partie en bronze, mesure de diamètre.
Lors d'essais officieux le , il faut à La Bourgogne, pour faire un tour entier, sur bâbord et sur tribord (le pas de l'hélice est à droite).
Lors de ses essais officiels en mer du , La Bourgogne, ainsi dotée, atteint une vitesse moyenne de , bien au-dessus de la vitesse exigée dans le contrat du gouvernement français. Le navire développe, lors de ces essais, une puissance maximale de , à 63 tours.
Le paquebot a deux cheminées.
Gréement À sa construction, La Bourgogne possède quatre mâts métalliques. Son mât de misaine et son grand mât sont gréés en carré avec vergues, mais son artimon et son artimon de dandinette sont gréés uniquement pour des voiles auriques.
Equipements Comme ses trois navires jumeaux, La Bourgogne est conçue pour être armée de canons comme des croiseurs marchands armés.
Côté sécurité, La Bourgogne transporte douze canots de sauvetage, des radeaux de sauvetage, ainsi que des gilets de sauvetage.
Il n'y a, à cette époque, pas de T.S.F. à bord des paquebots.
Confort et intérieurs À sa construction, ses 85 cabines de première classe offrent des couchettes pour 225 passagers. La deuxième classe peut accueillir 72 passagers, répartis dans 12 cabines. La troisième classe, ou entrepont, peut accueillir 900 personnes.
Ses espaces communs comprennent un grand salon de première classe de forme carrée, éclairé par une verrière. Les quatre navires jumeaux sont meublés par le décorateur d'intérieur parisien Jules Allard et Fils, l'un des décorateurs d'intérieur les plus populaires de son époque, particulièrement connu pour ses créations de mode extravagantes.
Livraison La Bourgogne, enregistrée par la CGT au Havre, est lancée le , puis achevée en , pour un coût de . Les quatre navires-jumeaux sont mis en service en 1886, La Bourgogne l'est en .
Carrière 200x200px|vignette|gauche|La Bourgogne gouache-aquarelle von James Scott Maxwell (1886). Voyage inaugural Pour son voyage inaugural, La Bourgogne, sous la direction du capitaine Leboeuf, quitte Le Havre le matin du .
Le paquebot arrive au large de Sandy Hook, dans le New Jersey, le matin du , après avoir effectué la traversée en sept jours, , ce qui établit un nouveau record de la traversée de l'Atlantique en direction de l'ouest, du Havre à New York.
En 1886-1887, la vitesse moyenne des quatre sister ships sur un semestre est supérieure à ( pour La Bourgogne). Pour la première fois, la poste américaine confie la malle anglaise à la CGT, pour le livrer en Angleterre via Le Havre. Ces premières lettres, transportées par La Bourgogne, sont distribuées à Londres, un jour avant l'arrivée du paquebot Gallia, de la Cunard, à Queenstown.
Incidents de mer
Collision avec le Torridon Lors d'une traversée vers l'ouest en , La Bourgogne entre en collision avec le cargo britannique Torridon lors d'une tempête dans la Manche. Le paquebot endommage gravement la poupe du Torridon, et inonde le compartiment avant de sa proue. Le Torridon demande à être remorqué dans un port anglais. Le capitaine Frangeul, de La Bourgogne refuse, pour éviter une caution qu'exigeront les autorités britanniques. Il propose le remorquage vers un port français, que le Torridon refuse. La Bourgogne fait alors escale à Sainte-Marie, dans les îles Scilly, pour demander par télégramme de l'aide au cargo. Le paquebot doit faire face à de nouvelles intempéries pendant sa traversée et atteint New York le . Il retourne ensuite à Saint-Nazaire pour des réparations, dont le coût est estimé à .
Collision avec le Tigre Le , lors d'une traversée vers l'est, La Bourgogne entre en collision avec le vapeur français Tigre dans la rade du Havre, par un épais brouillard. Aucun des deux navires n'est sérieusement endommagé.
Collision avec lAilsa Le , quatre incidents maritimes se produisent dans le brouillard à New York et dans ses environs. Le remorqueur ES Atwood est endommagé lors d'une collision avec le ferry Arizona. Le George W. Clyde de la Clyde Steamship Company s'échoue à Fort Hamilton pour éviter le naufrage après une collision avec le Guyandotte de la Dominion Line. Le New York de l'American Line s'échoue dans le Lower New York Bay. Enfin, le vapeur Ailsa, de la compagnie maritime britannique Atlas Steamship Line, coule après une collision avec La Bourgogne dans le détroit de The Narrows.
LAilsa () quitte son quai sur la North River à midi, mais se retrouve dans le brouillard. Vers , il jette l'ancre au large de Fort Wadsworth pour attendre que le brouillard se dissipe. Vers ou , La Bourgogne heurte Ailsa à environ derrière l'étrave de ce dernier, sectionnant sa cloison d'abordage. Chaque navire est alors sous le commandement d'un pilote new-yorkais. LAilsa prend rapidement de la gîte. Une douzaine de membres de son équipage mettent à l'eau un canot de sauvetage. Ses passagers et une partie de son équipage escaladent son gréement. LAilsa commence à hisser son ancre à l'aide de son treuil à vapeur et, au même moment, se dirige vers la côte de Long Island, mais coule en eau peu profonde, seuls ses mâts et le haut de sa cheminée émergeant de l'eau. Aucune vie n'est perdue. Le remorqueur Harold secourt tous les passagers et l'équipage du Ailsa, qu'il débarque à Battery Park.
Une plaque de l'étrave tribord de La Bourgogne est endommagée, sur environ au-dessus de la ligne de flottaison. Après la collision, il dérive dans , et jette l'ancre pour la nuit. Un bateau transfère son courrier au paquebot , de la Cunard, que trois passagers choisissent également de prendre. La Bourgogne rentre au port le lendemain matin, où une plaque d'environ sur est rivetée à sa proue comme réparation temporaire.
Le , l'Atlas Line intente une action en justice pour contre La Bourgogne pour le naufrage de lAilsa. Le , un tribunal maritime commercial de Cherbourg, en France, exonère le capitaine de La Bourgogne, estimant que la collision était un « péril de mer ».
Sauvetage du Ernst Le , La Bourgogne aperçoit un trois-mâts barque allemand, lErnst. Le voilier est sur lest et navigue de Caernarfon (Pays de Galles), à Shédiac (Nouveau-Brunswick). Il fuit, l'une de ses trois pompes est tombée en panne, et les deux autres sont bloquées. Le paquebot s'approche de lErnst et met à l'eau deux canots pour secourir son équipage, mais le vent souffle fort et la mer est forte. Le premier canot chavire, projetant à la mer le second et deux hommes d'équipage, qui sont rapidement secourus. La mer forte rend également dangereuse l'approche de la barque. LErnst met à l'eau l'un de ses canots, d'où sept membres de son équipage sont transférés sur ceux de La Bourgogne. Les cinq autres membres d'équipage de la barque sautent à la mer, puis les canots français les secourent. La Bourgogne débarque les survivants à Ellis Island le .
vignette|L'actrice Georgia Cayvan|222x222px Personnalités à bord Durant ses douze années de service, La Bourgogne transporte de nombreuses personnalités : le révérend Abram Newkirk Littlejohn, évêque de longue date de l'diocèse épiscopal de Long Island, et l'inventeur américain Thomas Alva Edison. En , la missionnaire Françoise-Xavière Cabrini, canonisée en 1946, se rend pour la première fois aux États-Unis à bord de La Bourgogne. En 1889, le navire apporte le chef d'oeuvre L'Angélus de Jean-François Millet à travers l'Atlantique pour que l'American Art Association l'expose à travers les États-Unis.
En 1890, l'archevêque catholique romain Michael Corrigan, l'organiste Alexandre Guilmant et l'écrivain Aleko Konstantinov en 1893, et l'actrice en 1894. En 1893, La Bourgogne emporte 1 M$ en or de New York vers l'Europe, dont pour Lazard Frères. Réaménagement vignette|La Bretagne, navire jumeau de La Bourgogne, tel que construit, avec quatre mâts et des vergues sur son mât de misaine|202x202px|gauche
vignette|193x193px|La Bretagne après sa rénovation en 1895. La Bourgogne avait une apparence similaire après 1897, avec ses mâts réduits de quatre à deux. La Bourgogne est réaménagée en 1897. Ses moteurs compound obsolètes sont remplacés par deux machines à quadruple expansion, construits par les chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire. Leurs cylindres sont respectivement de ; ; ; . Leur puissance est de NHP, et augmentent sa vitesse à environ . La Bourgogne reçoit également un ensemble de 12 nouvelles chaudières écossaises, avec une pression de travail de . Les cheminées sont rehaussées. Les deux mâts médians sont retirés, ainsi que les vergues de son mât de misaine. Sa capacité d'hébergement en troisième classe est portée à couchettes.vignette|184x184px|Capitaine Louis Deloncle|gauche
Le capitaine Louis Deloncle