Hildebrand Gurlitt ( à Dresde – à Düsseldorf) est un marchand d'art et historien de l'art allemand, profiteur de guerre. Il dirige le de Zwickau et l'association artistique de Hambourg. Il prend part à la vente de l'« art dégénéré » pendant l'ère national-socialiste et est considéré comme s'étant enrichi grâce à la Seconde Guerre mondiale.
En 2011, plus de qu'on soupçonne d'avoir été spoliées sont découvertes chez son fils Cornelius Gurlitt, dont fait partie de l'exposition nazie Art dégénéré Meisterwerke zwischen Müll – Fahnder entdecken in München Nazi-Schatz in Milliardenhöhe article sur www.focus.de, publié le 4 novembre 2013.. Cette affaire est révélée au public le par le magazine allemand Focus.
Biographie Famille Hildebrand Gurlitt vient de Dresde. Il est le fils de l'historien de l'art Cornelius Gurlitt. Son grand-père est le peintre paysagiste Louis Gurlitt. Un de ses frères est le musicologue Wilibald Gurlitt, et un de ses cousins est le marchand d'art . Par sa grand-mère Elisabeth Gurlitt (née Lewald), il est issu d'une famille d'origine juive Degenerate Art and the Jewish Grandmother, Walter Laqueur, mosaicmagazine.com, 4 décembre 2013.
Il épouse en 1923 la danseuse Helene (« Lena ») Hanke, connue sous le nom de scène « Bambula », une des premières élèves de Mary Wigman. Il a avec elle un fils, Cornelius Gurlitt, né en 1932 à Hambourg (et mort en 2014 à Munich), et une fille Nicoline Benita Renate, née en 1935 à Hambourg et vraisemblablement décédée en 2012 Phantom Collector: The Mystery of the Munich Nazi Art Trove, Spiegel Online International, 11 novembre 2013 Alison Smale et Melissa Eddy, Pressure Mounts to Return Nazi-Looted Art, New York Times, 10 novembre 2013 Document de 1948: Biographical Declaration of Hildebrand Gurlitt.
Études Il étudie l'histoire de l'art, tout d'abord à Dresde, puis à partir de 1919 à Berlin, et ensuite à l'Université de Francfort-sur-le-Main, où il soutient en 1924 sa thèse de doctorat sur l'histoire architecturale de l'église d'Oppenheim auprès de Rudolf Kautzsch.
Au musée de Zwickau vignette|Musée de Zwickau Entre le et le , Hildebrand Gurlitt dirige le de Zwickau inauguré le . Ce musée municipal, qui héberge de nos jours une , avait été construit pour accueillir la bibliothèque de l'école municipale, qui a fait don en 1868 de sa collection de minéraux, des manuscrits des archives municipales, des œuvres d'art appartenant à la ville, ainsi que de la collection de l'association des amateurs d'antiquités. La nomination de Hildebrand Gurlitt en tant que premier directeur titulaire du musée doit marquer le début de la constitution ciblée d'un collection d'art moderne. Il met l'accent sur des œuvres de peintres contemporains et organise de nombreuses expositions Kunstsammlungen Zwickau, page d'accueil du musée, section Histoire.
Hildebrand Gurlitt expose ainsi en 1925 des œuvres de Max Pechstein dans une grande exposition pour laquelle il acquiert aussi des œuvres pour le musée. En 1926, c'est le tour de Käthe Kollwitz et de la jeune école de Dresde. En 1927, il montre des œuvres de Erich Heckel et de Karl Schmidt-Rottluff. En 1928, il dédie une exposition à Emil Nolde. Dans le même temps, il s'intéresse aux peintres Oskar Kokoschka, Emil Nolde, Lovis Corinth, Max Liebermann, Max Slevogt, Ernst Ludwig Kirchner, Otto Dix, Lyonel Feininger, Paul Klee et Wassily Kandinsky.. Il est en contact personnel avec de nombreux artistes de son époque, par exemple avec Ernst Barlach.
Hildebrand Gurlitt confie à l'institut Bauhaus l'agencement et la décoration du musée, rénovation présentée au public en 1926 qui connaît un large succès, jusqu'au plan national. La presse locale est elle, en partie du moins, plus critique sur la rénovation du musée et surtout sur les goût modernes de Gurlitt. Une campagne de presse s'en prend aux acquisitions d'Art moderne de Gurlitt et souligne la situation financière de la ville de Zwickau, ce qui influera sur son licenciement le .
Les successeurs de Gurlitt et Rudolf von Arps-Aubert auront sous le nazisme une attitude nettement plus retenue et privilégieront des thèmes de collection anodins.
À l'association artistique de Hambourg vignette|Le tableau de Otto Mueller est passé entre les mains de Hildebrand Gurlitt avant d'être restitué en 1999 aux héritiers originels. Il a pu être acquis par le Musée Ludwig. Hildebrand Gurlitt n'a pas perdu sa position à Zwickau seulement à cause de son engagement pour un art moderne alors banni et pour son côté dépensier, mais aussi à cause de son sang non purement « aryen ». Sa grand-mère était Elisabeth Gurlitt, née Lewald, une sœur de l'écrivaine juive Fanny Lewald, qui descendait d'une famille juive. Entre et , il est directeur de l'association artistique de Hambourg.
À Hambourg aussi, les nazis font front contre la conception de l'art de Hildebrand Gurlitt. Le sculpteur national-socialiste et haut fonctionnaire de l'« Union de lutte pour une culture allemande » (Kampfbund für deutsche Kultur) Ludolf Albrecht, qui avait été nommé le représentant de l'association du Reich des artistes visuels d'Allemagne () pour la région Nord-Ouest, déjà mise au pas, déclare ainsi que l'association artistique de Hambourg « favorise le courant artistique international et bolchévique ». Gurlitt peut encore mettre en place une exposition sur l'art moderne italien en , avec le soutien temporaire du Erster Bürgermeister (premier maire) national-socialiste de Hambourg en place depuis le , dans laquelle il glisse également des œuvres modernes allemandes. Mais les pressions deviennent rapidement trop fortes, entre autres parce que son protecteur Carl Vincent Krogmann, qui n'était pas opposé à l'art moderne, poursuit ses propres objectifs nationaux-socialistes. Il cesse de protéger Hildebrand Gurlitt et commence à dissoudre l'association culturelle. Gurlitt est contraint de démissionner de son poste le .
Son successeur est le bon ami du Gauleiter de Hambourg Karl Kaufmann, .
Marchand d'art à Hambourg Après en être licencié, il gagne son indépendance en s'établissant comme marchand d'art à Hambourg avec la société Kunstkabinett H. Gurlitt. Il a beaucoup de succès : . Comme le commerce de l'art « dégénéré » était interdit, Hildebrand Gurlitt menait à bien ces affaires dans le sous-sol afin que personne ne se rende compte des transactions illégales.
En 1937, un scandale éclate au sujet d'une exposition de tableaux de Franz Radziwill. L'association étudiante nationale-socialiste se retourne contre le professeur Wilhelm Niemeyer de l'académie des beaux-arts (Kunsthochschule), qui a tenu le discours d'inauguration. Pour Gurlitt, cela constitue une menace de fermeture de son « atelier ». Des officiers du Parti font savoir ce qu'ils savent de la grand-mère juive de Gurlitt, et la menace ne porte à présent plus seulement son commerce de l'art, mais toute son existence, puisqu'il est considéré comme « métis ». Mais comme les puissants à Hambourg faisaient des affaires lucratives avec lui et par la suite, et ont ensuite utilisé ses connaissances dans les acquisitions d'art pillé, ces accusations n'ont jamais été faites de manière officielle ni publique.
La même année, Hildebrand Gurlitt a tenté de gagner Hans Barlach à sa cause pour la décoration du tympan de l'église Saint-Pierre de Hambourg, ce que Barlach refuse pour ne pas gêner ses mécènes, dont le cigarettier Hermann Bernhard Fürchtegott Reemtsma (1892–1961). Il a aussi demandé à Barlach une ébauche d'un font baptismal pour l'Église Saint-Jean (Johanneskirche) à Hamm.
Le commerce de « l'art dégénéré » vignette|Louis Marcoussis : Grappe de raisins, négocié par Hildebrand Gurlitt (après saisie en 1937). La vente d'œuvres d'avant-garde ou relevant de l'art moderne est rendue possible par la « loi du sur le retrait des œuvres d'art dégénéré » (Gesetz über die Einziehung von Erzeugnissen entarteter Kunst) qui dispose que les œuvres précédemment en possession de ressortissants du Reich ou de personnes juridiques du Reich peuvent être confisquées au bénéfice du Reich. Les œuvres supposées pouvoir être converties en devises à l'étranger sont entreposées au château de Schönhausen. Dans le cadre de cette vente (Verwertungsaktion), les ventes et échanges sont confiés à quatre marchands d'art, dont Hildebrand Gurlitt .
Malgré le tort causé par les nazis en lui faisant perdre sa place à Zwickau et à Hambourg, il est embauché comme acheteur pour le « Führermuseum » et il est en plus chargé par le ministère de la propagande de vendre l'« art dégénéré » des musées allemands à l'étranger. Dans le cadre de cette charge, il réussit aussi à vendre des œuvres confisquées à des collectionneurs allemands. Le Musée Sprengel de Hanovre fait partie de ceux qui en ont profité. Le tableau de Karl Schmidt-Rottluff Marschlandschaft mit rotem Windrad fait partie de ceux que ont acquis de cette façon, cité par : Gabriele Anderl: „Entartete“ Kunstgeschäfte. In der NS-Zeit bewahrte der Schokoladenfabrikant Sprengel „entartete“ Kunst vor der Vernichtung., Der Standard, 6 août 2008..
La destinée de nombreuses œuvres qui changèrent de propriétaires ou qui furent entreposées dans les caves du Ministère de la Propagande n'est pas élucidéeBase de données „Entartete Kunst“ de l'Université libre de Berlin.
Acquisitions d'œuvres d'art en France En 1943, Hildebrand Gurlitt est désigné comme acheteur principal en France par Herrmann Voss, responsable du projet de musée géant Führermuseum à Linz (Sonderauftrag Linz). Gurlitt devient ainsi un acteur majeur du projet. En France, diverses administrations étaient chargées de la spoliation de biens culturels possédés par des institutions publiques ou privées (Musée de l'Armée, Bibliothèque polonaise, consistoires et associations religieuses, etc.), des particuliers juifs, des francs-maçons ou toute personne considérée par les autorités nazies comme ennemis de l'État (en allemand : Staatsfeind). L'ambassade du Reich à Paris, sous l'autorité d'Otto Abetz, est la première qui soit impliquée dans la saisie de collections privées, dès . Puis c'est au tour de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), placée théoriquement sous l'autorité d'Alfred Rosenberg, mais en réalité sous celle d'Hermann Goering, notamment via le directeur de ce service à Paris, Kurt von Behr, et via son représentant personnel dans ce service, Bruno Lohse. L'ERR s'installe à Paris à l'automne 1940. D'autres services ont également été impliqués dans les pillages de collections, comme le Devisenschutzkommando, chargés de vider les coffres-forts de banques loués par des particuliers, ou encore le Sonderkommando Künsberg et le Sonderauftrag Linz. Le corps militaire Kunstschutz participa partiellement au pillage d'œuvres possédées par des juifs pour les remettre à l'équipe de Rosenberg Anja Heuss: Kunst- und Kulturgutraub. Eine vergleichende Studie zur Besatzungspolitik der Nationalsozialisten in Frankreich und der Sowjetunion. Winter, Heidelberg 2000, , ..
L'après-guerre vignette|Déclaration sous serment du 10 juin 1945 par Hildebrand Gurlitt aux forces alliées : Gurlitt y décrit son activité avant et pendant la guerre, et donne la liste des œuvres en sa possession. Après le bombardement de Dresde en , la famille emménage provisoirement chez sa mère à près de Dresde Déclaration sous serment de Hildebrand Gurlitt du 10 juin 1945, sur Commons, 11 pages. À partir de là, Hildebrand Gurlitt, sa femme et ses deux enfants prennent un avion et arrivent le en camion au château de Freiherr Gerhard , qu'il avait connu à Berlin, à près de Bamberg Amerikaner hatten Liste der Gurlitt-Gemälde, mdr.de, 8 novembre 2013. Là, il est arrêté par l'armée américaine et placé en résidence surveillée ALIU LIST OF RED FLAG NAMES, Art Looting Intelligence Unit (ALIU) Reports 1945-1946, texte intégral sur lootedart.com.