Antonio Ortiz Ramírez, né le à Barcelone et mort le , est un militant libertaire anarcho-syndicaliste catalan. Charpentier-menuisier, il adhère à quatorze ans à la Confédération nationale du travail puis plus tard à la Fédération anarchiste ibérique. Il est un des membres des groupes anarchistes Los Solidarios et Nosotros.
Lors de la Révolution sociale espagnole de 1936, il prend la tête de la colonne « Sur-Ebro », avant de devenir, à la suite de la militarisation des milices, commandant de la républicaine.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il s'enrôle comme volontaire dans les Forces françaises libres et combat en Afrique puis participe au débarquement de Provence le . Décoré à plusieurs reprises, il est alors sergent dans l'armée française.
Au début des années 1950, après avoir conçu et raté un attentat contre Franco, il émigre en Amérique du Sud, avant de revenir en Espagne en 1987 après la mort du dictateur.
Biographie
Premiers engagements
Natif du quartier de Poblenou à Barcelone, il quitte l'école primaire à 11 ans pour travailler comme menuisier.
À quatorze ans, en 1921, il adhère au syndicat du bois de la CNT.
En 1923, il rejoint le groupe Los Solidarios formé à Barcelone par Buenaventura Durruti, Joan García Oliver, Francisco Ascaso et Ricardo Sanz en réponse aux attentats menés par des hommes de main contre les syndicats ouvriers, dans le cadre de la lutte des classes de l'époque (pistolérisme).
En 1931, après la proclamation de la Seconde République espagnole, il est membre du comité syndical du quartier de Poblenou.
En , il est élu président de l'Union syndicale du Bois au moment où éclate la grève des menuisiers ébénistes qui dure de à .
Après l'insurrection du 8 janvier 1933, il est arrêté en possession d’armes avec Juan Garcia Oliver et Gregorio Jover Cortes. Il est incarcéré à la Préfecture de police où ils sont tous les trois torturés. En prison, il défend des positions radicales, et se rapproche de plus en plus de Juan García Oliver. Il rejoint, en 1934, le groupe d’action Nosotros de la Fédération anarchiste ibériqueAbel Paz, Durruti, 1896-1936, A. Lorenzo, 1996, page 188., qui prolonge les actions du groupe Los Solidarios avec Durruti, Juan Garcia Oliver, Francisco Ascaso, Gregorio Jover, Ricardo Sanz, José Pérez Ibáñez “El Valencià”, Quico Sabaté et Aurelio Fernández.
En 1935, il est à nouveau emprisonné.
Durant le premier semestre de 1936, il participe à de nombreux meetings à travers la Catalogne.
Après le soulèvement nationaliste des 17 et 18 juillet 1936 en Espagne, il participe, les 19 et à Barcelone, à l'assaut contre les casernes rebelles.
La révolution espagnole
vignette|droite|Antonio Ortiz, sans doute, en 1937.
Le 24 ou , quelques jours après le départ de la colonne Durruti, il dirige la colonne Sur-Ebro., forte de 800 combattants, également appelée Colonna Roja y Negra (rouge et noire) qui prend la direction de Caspe sur le front nord et libère une partie de l'Aragon, permettant le développement des collectivités agricoles libertaires.
Une organisation de type autogestionnaire et fédéraliste non-étatique se substitue alors aux anciennes institutions politiques. En , il participe à la réunion décisive de Bujaraloz qui sera à l'origine de la création du Conseil régional de défense d'Aragon avec à sa tête Joaquín Ascaso (cousin de Francisco Ascaso). Il est un des six membres du Comité de guerre du front d'Aragon qui joue le rôle d'état-major généralCésar M. Lorenzo, Les anarchistes espagnols et le pouvoir (1868-1969), Le Seuil, Paris, 1969, page 109..
Après la militarisation des milices imposée par le gouvernement républicain sous la pression des communistes, il est nommé commandant de la ..
En , à la suite des affrontements entre anarchistes et communistes lors des journées de mai 1937 à Barcelone, de la dissolution du Conseil d’Aragon et de l’occupation militaire du terrain par les troupes du général Enrique Líster, il est destitué du commandement de la 1936-1975 Los de la sierra, dictionnaire des guérilleros et résistants antifranquistes : notice biographique..
En , il intègre l'école populaire de l'état-major puis est nommé, en , à la tête de la à La Seu d'Urgell dans les Pyrénées catalanesJosé Peirats, Chris Ealham, The CNT in the Spanish Revolution, Volume 3, ChristieBooks, 2006, page 7..
Le , il est à nouveau destitué de son commandement alors que courent des rumeurs de son assassinat par les communistesAlain Léger, Les indésirables : l'histoire oubliée des Espagnols en pays charentais, Le Croît vif, 2000, page 303..
Il passe alors rapidement en France avec Joaquín Ascaso et dix autres militants anarchistes. Une fuite qui provoque de virulentes critiques de la part des dirigeants de la CNT qui l'accusent de désertion.
Le gouvernement républicain demande au gouvernement français son extraditionFreddy Gomez, La folle épopée d’Antonio Ortiz, A contretemps, , novembre 2001, texte intégral. afin de le poursuivre pour désertion et vol de biens publics. Ortiz affirme avoir été victime alors, avec Joaquín Ascaso, d'une tentative d'empoisonnement.
Selon Freddy Gómez : « […] après l’inversion définitive du rapport des forces en faveur des staliniens, en , la destruction des collectivités d’Aragon et la mise hors la loi de son Conseil, Ortiz se voit destitué par sa propre organisation au profit de García Vivancos, ancien membre du groupe « Los Solidarios ». Lâché par ses propres camarades - dont certains négociaient un retour au gouvernement républicain dirigé par le pro-stalinien Negrín -, il rejoint Barcelone. Pressenti pour remplacer Ricardo Sanz à la tête de l’ex-colonne Durruti, il sent un coup fourré des staliniens - dont Mariano Vazquez, secrétaire de la CNT, est complice - et refuse. Fin , Ortiz est nommé commandant de la division dans les Pyrénées catalanes, puis de nouveau destitué. Devant un tel acharnement, il décide de passer en France avec Joaquin Ascaso, ex-président du Conseil d’Aragon. Accusé de désertion, il tombe sous la loi mafieuse d’un mouvement anarchiste catalan peu glorieux, très largement discrédité par ses propres compromissions, et livré à des individus peu recommandables, comme Escorza, le « bossu de la FAI », chargé des basses œuvres de police en son sein. Rattrapés par ses sbires, Ortiz et Joaquín Ascaso sont victimes d’une tentative d’empoisonnement. Ils s’en tirent, mais l’affaire ne s’arrête pas là. Alors qu’ils tentent de rejoindre Marseille, ils apprennent que le gouvernement républicain, présidé par Negrín et étroitement contrôlé par les staliniens, a procédé à une demande d’extradition auprès du gouvernement français. Traqués, livrés à eux-mêmes, ils ne devront leur salut qu’à la chute de la République espagnole. Incroyable destin ! »
Soldat de la France Libre thumb|right|Antonio Ortiz à Alger en 1943.
Arrêté en France, il est emprisonné 9 mois à Aix-en-Provence, puis après la Retirada, interné à partir de dans différents camps du sud de la France : Saint-Cyprien, Le Vernet puis à la prison de Collioure.
Grégory Tuban, dans Les séquestrés de Collioure en parle en ces termes : « Antonio Ortiz, ancien commandant de la division, était pourtant libre à la déclaration de la guerre. Réfugié en France depuis l'été 1938, il est interpellé au début du mois de à Perpignan et transféré sur le camp de Saint-Cyprien. Ce célèbre libertaire, membre fondateur du groupe Nosotros, faisait alors partie de cette fameuse liste des "suspects au point de vue national" dressée par le ministère de l'Intérieur. À la suite de son internement, il est rapidement dirigé vers le Château royal de Collioure où il restera jusqu'au mois de . Après un passage au camp du Vernet-d'Ariège, Antonio Ortiz sera déporté au camp de Djelfa en Algérie. ».
En , Ortiz est expédié par le régime de Vichy, avec cinquante anarchistes jugés particulièrement dangereux, au camp de Djelfa, en Algérie, dans le Sud saharien. À leur arrivée, le maton en chef leur déclare : « Messieurs, vous êtes ici pour mourir. »
En , à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, il est libéré du camp de Djelfa. En , il s'engage au Corps Franc d'Afrique et combat en Tunisie. À la dissolution de l'unité, il passe à partir de juillet aux Commandos d'Afrique à Dupleix (Algérie). En septembre le Commando s'installe à Staouéli et prend la place du Bataillon de Choc. , le Commando passe en Corse, en , Ortiz devient instructeur au Centre d'Organisation Spécial des Unités d'Assaut et de Choc de Staouéli (COSULAC). Il passe au Commando lourd (ou d' accompagnement) des Commandos de France.
En septembre 44, le Commando débarque à Saint-Tropez. Le a lieu le à Servance. Ortiz, qui est chef de la section de mitrailleuses lourdes du lourdLe lourd prend le nom de du de choc le 2 février 1945 à Colmar, combat en Alsace et en Allemagne. Blessé à Pforzheim le 45, il est évacué le 17. Antonio Ortiz et démobilisé le .
Résistance anti-franquiste
Après la Libération de la France, il s'installe à Saverdun, en Ariège, et monte une petite scierie.
Il propose alors à Laureano Cerrada de constituer une école et un camp d’entrainement militaire pour les militants libertaires partant combattre en Espagne. Ce projet est refusé par la CNT en exil.
Le , il prend part avec Primitivo Gómez et José Pérez à une tentative de bombardement avec un petit avion de tourisme, de la tribune officielle que doit occuper Franco, à San Sebastián. C’est lui en particulier, qui prépare les bombes incendiaires. Ils sont interceptés par des avions de chasse espagnols, mais parviennent cependant à revenir se poser en FranceCentre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice.Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice.. Ce n’est qu’en , à la suite de la découverte en de l’imprimerie clandestine de Laureano Cerrada, puis de l’avion, qu’il est arrêté pour cette affaire.
Ortiz s'exile alors en Amérique Latine : Bolivie en 1951, Pérou jusqu'en 1955, et Venezuela où, aux côtés de Joaquín Ascaso, Valeriano Gordo et Martín Terrer, il continue à militer.
En 1966, il est secrétaire de la coordination de la CNT vénézuélienne.
Après la chute du franquisme, en 1987, il retourne à Barcelone et obtient une pension de retraite comme ancien sergent de l'armée républicaineBiografía : Antonio Ortiz Ramírez, El Miliciano, Blog Anarcosindicalista y de difusión de ideas Libertarias, 11 avril 2010, texte intégral..
Antonio Ortiz Ramirez meurt le , à la maison de retraite du quartier de La Verneda à Barcelone. Il lègue son corps à la Faculté de Médecine de l'Université de Barcelone pour la recherche scientifique.
La presse libertaire passe la nouvelle sous silence, mais il est toujours des exceptions qui confirment la règle. Dans Polémica (numéro 62-63, été-automne 1996), Antonio Zapata termine sa courte nécrologie par ces mots : « J’ai osé griffonner ces quelques lignes pour protester contre l’oubli et le vide qui entourent la disparition de compagnons qui ont tant fait pour la CNT, alors qu’on en mythifie d’autres qui, vivants, auraient sans doute refusé de tels hommages… »
Controverses thumb|right thumb|upright
En 1995, l'historien José Manuel Márquez et Juan José Gallardo ont plusieurs entretiens avec lui et ont accès à ses archives personnelles, ce qui permet la rédaction d'une excellente biographie qui est aussi une critique documentée et exhaustive des activités dans le camp républicain et en particulier dans le mouvement anarchiste.
La publication de cette biographie intervient alors que certains milieux anarchistes tentent toujours de faire taire Ortiz, personnage controversé depuis sa fuite d'Espagne en 1938.
Le mouton noir