Les Opiliones, en français Opilions, sont un ordre d'arachnides, comme les araignées, les scorpions ou les acariens. Le nom « opilion » provient du latin opilio désignant un « berger sur échasses », par allusion à leurs pattes longues et fines, et leur a été donné par le naturaliste Martin Lister, en référence au nom vernaculaire anglais , « araignée bergère ».. En français, ils sont mieux connus sous le nom vernaculaire de « faucheurs », « faucheux » ou « faucheuses », peut-être en raison du fait qu'ils apparaissent dans les champs à l'époque des moissons et se déplacent en agitant leurs pattes comme des fauxBerland, 1968 ; Pinto-da-Rocha et al., 2007..
Description vignette|Détail du corps d'un opilion. Les opilions se distinguent des araignées par l'absence de venin et de soie, et par le fait que leur abdomen segmenté et leur céphalothorax sont fusionnés, formant un corps brunâtre ou grisâtre, avec une bande plus ou moins foncée sur le dos nommée « selle ». Il existe aussi dans la zone intertropicale des opilions très colorés. Leur corps est globuleux, long d'un milimètre (Sironidae) à 2,2 centimètres (Trogulus torosusSimon, 1885.).
Ils se déplacent sur quatre paires de pattes filiformes : avec ces pattes, l'envergure de certaines espèces peut atteindre 18,5 cm (Gonyleptidae). Comme tous les arachnides, ils ont deux chélicères et deux pédipalpes. Généralement deux petits yeux, dont la fonction semble uniquement la photoréception rythmant les activités diurnes et nocturnes, occupent une petite bosse dorsale appelée « mamelon oculaire » ou , à l'avant du céphalothorax.. Certains genres possèdent trois épines placées sur la partie antérieure du céphalothorax, juste devant l', nommées « trident ».
Biologie vignette|droite|Le céphalothorax et l'abdomen fusionnés de l'Opilion le distinguent des araignées. Les opilions sont observables un peu partout dans le monde hormis dans des biotopes particulièrement humides (mers, fleuves, torrents, etc.) ou trop froids comme l'Antarctique. Certaines espèces sont cavernicoles et d'autres fortement anthropisées. On les trouve souvent au sol, sur des arbustes, voire des arbres pour certaines espèces arboricoles, sous des objets divers (pierres, morceaux de bois), dans des morceaux de bois, dans les fissures des pierres, etc.
Les opilions sont plutôt des solitaires errants, mais plusieurs espèces de Leiobunum peuvent former des rassemblements de milliers d'individus dans des abris, généralement en période de froid.
La reproduction est généralement sexuée mais la parthénogenèse est connue chez cet ordre d'arachnide. La fécondation est interne et s'effectue directement (le mâle possédant un pénis) ou pour certaines espèces plus primitives à l'aide d'un spermatophore (Cyphophthalmi). Certains mâles possèdent des appendices plus développés comme des pattes postérieures plus imposantes ou des apophyses sur les chélicères [Phalangium opilio Linnaeus, 1758 ; Rilaena triangularis (Herbst, 1799)]. Des combats rituels peuvent parfois opposer les mâles avant la parade amoureuse, brève, et l'accouplement.
Juste après avoir été fécondée ou quelques mois plus tard, la femelle pond ses œufs à l'aide d'un ovipositeur, dans les sols, les fissures ou peut les déposer sur les parois des grottes ou sur ou sous des objets divers comme des feuilles ou des morceaux de bois. Il arrive qu'un des deux sexes ou les deux prennent soin des œufs.
Quelques jours ou quelques mois plus tard, les jeunes naissent. Le développement post-embryonnaire varie de quelques semaines à de nombreux mois en passant par 4 à 8 mues. Les adultes vivent quelques semaines ou plusieurs mois voire parfois plusieurs années. Contrairement aux araignées, qui ne consomment que le produit de leur chasse, les opilions peuvent se nourrir de cadavres d'insectes et d'autres petits animaux. Opportuniste, le régime alimentaire des opilions est généralement omnivore (carnivoreLes genres Ischyropsalis et Trogulus consomment même des escargots., détritivore, végétarien).
Les prédateurs et les parasites des opilions sont nombreux, telles les araignées, d'autres opilions (le cannibalisme reste rare), les fourmis, les batraciens, les reptiles, les oiseaux et quelques mammifères. Quelques acariens et diptères Ceratopogonidae sont hématophages. Des bactéries, des champignons, des protozoaires, des nématodes peuvent aussi les parasiter.
Les pattes des opilions se détachent facilement (autotomie), et il est fréquent de rencontrer des individus ayant moins de huit pattes. Un autre mécanisme de défense est la présence de glandes répugnatoires qui sécrètent des composés chimiques nocifs via des ozopores. Ils peuvent également faire vibrer leur corps, faire le mort (thanatose), rester immobiles, produire des sons, bouger leurs pattes épineuses ou se réunir en grand nombre.
Répartition genres et sont connus, répartis entre quatre sous-ordres. Les opilions se trouvent un peu partout dans le monde mais sont plus fréquents et diversifiés dans les forêts, particulièrement les forêts tropicales.
Registre fossile Les opilions constituent un groupe ancien, comme l'atteste la découverte de trois spécimens fossilisés dEophalangium sheari de la flore de Rhynie du Dévonien. soit au moins 400 millions d'années. Seuls 34 fossiles sont actuellement connus et restent rares car leur exosquelette peu minéralisé et leur biologie sont peu favorables à leur fossilisation.
Liste des familles Selon le World Catalogue of Opiliones (01/11/2021)World Catalogue of Opiliones (WCO-Lite 2.3.0) consulté le novembre 2021. : Cyphophthalmi Simon, 1879 (environ 240 espèces) Boreophthalmi Giribet, Sharma, Benavides, Boyer, Clouse, de Bivort, Dimitrov, Kawauchi, Murienne & Schwendinger, 2012 Sironidae Leach, 1816 Stylocellidae Hansen & Sørensen, 1904 Scopulophthalmi Giribet, Sharma, Benavides, Boyer, Clouse, de Bivort, Dimitrov, Kawauchi, Murienne & Schwendinger, 2012 Pettalidae Shear, 1980 Sternophthalmi Giribet, Sharma, Benavides, Boyer, Clouse, de Bivort, Dimitrov, Kawauchi, Murienne & Schwendinger, 2012 Neogoveidae Shear, 1980 Ogoveidae Shear, 1980 Troglosironidae Shear, 1993 Eupnoi Hansen & Sørensen, 1904 (environ ) Caddoidea Banks, 1893 Caddidae Banks, 1893 Phalangioidea Latreille, 1802 Globipedidae Kury & Cokendolpher, 2020 Neopilionidae Lawrence, 1931 Phalangiidae Latreille, 1802 Protolophidae Banks, 1893 Sclerosomatidae Simon, 1879 Kustarachnidae Petrunkevitch, 1949 Dyspnoi Hansen & Sørensen, 1904 (environ 410 espèces) Acropsopilionoidea Roewer, 1923 Acropsopilionidae Roewer, 1923 Halithersidae Dunlop, Selden & Giribet, 2016 Ischyropsalidoidea Simon, 1879 Ischyropsalididae Simon, 1879 Sabaconidae Dresco, 1970 Taracidae Schönhofer, 2013 Troguloidea Sundevall, 1833 Dicranolasmatidae Simon, 1879 Nemastomatidae Simon, 1872 Nipponopsalididae Martens, 1976 Trogulidae Sundevall, 1833 Eotrogulidae Petrunkevitch, 1955 Nemastomoididae Petrunkevitch, 1955 Laniatores Thorell, 1876 (environ ) Insidiatores Loman, 1901 Travunioidea Absolon & Kratochvíl, 1932 Cladonychiidae Hadži, 1935 Cryptomastridae Derkarabetian & Hedin, 2018 Paranonychidae Briggs, 1971 Travuniidae Absolon & Kratochvíl, 1932 Triaenonychoidea Sørensen, 1886 Buemarinoidae Karaman, 2019 Lomanellidae Mendes & Derkarabetian, 2021 Synthetonychiidae Forster, 1954 Triaenonychidae Sørensen, 1886 Grassatores Kury, 2002 Assamioidea Sørensen, 1884 Assamiidae Sørensen, 1884 Pyramidopidae Sharma, Prieto & Giribet, 2011 Trionyxellidae Roewer, 1912 Epedanoidea Sørensen, 1886 Beloniscidae Kury, Pérez-González & Proud, 2019 Epedanidae Sørensen, 1886 Petrobunidae Sharma & Giribet, 2011 PodoctidaeRoewer, 1912 Tithaeidae Sharma & Giribet, 2011 Gonyleptoidea Sundevall, 1833 Agoristenidae Šilhavý, 1973 Askawachidae Kury & Carvalho, 2020 Cosmetidae Koch, 1839 Cranaidae Roewer, 1913 Cryptogeobiidae Kury, 2014 Gerdesiidae Bragagnolo, Hara & Pinto-da-Rocha, 2015 Gonyleptidae Sundevall, 1833 Manaosbiidae Roewer, 1943 Metasarcidae Kury, 1994 Nomoclastidae Roewer, 1943 Otilioleptidae Acosta, 2019 Prostygnidae Roewer, 1913 Stygnidae Simon, 1879 Stygnopsidae Sørensen, 1932 Phalangodoidea Simon, 1879 Phalangodidae Simon, 1879 Samooidea Sørensen, 1886 Biantidae Thorell, 1889 Samoidae Sørensen, 1886 Stygnommatidae Roewer, 1923 Sandokanoidea Özdikmen & Kury, 2007 Sandokanidae Özdikmen & Kury, 2007 Zalmoxoidea Sørensen, 1886 Escadabiidae Kury & Pérez-González, 2003 Fissiphalliidae Martens, 1988 Guasiniidae González-Sponga, 1997 Icaleptidae Kury & Pérez-González, 2002 Kimulidae Pérez-González, Kury & Alonso-Zarazaga, 2007 Zalmoxidae Sørensen, 1886 superfamille indéterminée Suthepiidae Martens, 2020 Tetrophthalmi Garwood, Sharma, Dunlop & Giribet, 2014 Hastocularidae Kury, Dunlop & Mendes, 2020 sous-ordre indéterminé Archaeometidae Petrunkevitch, 1949 famille indéterminée Arachnometa Petrunkevitch, 1949
Auxiliaire pour le biocontrôle Certains opilions sont des prédateurs des escargots et des limaces, ils sont ainsi très utiles comme auxiliaires carnivores qu’il est intéressant de pérenniser dans les jardins. Contrairement à la plupart des araignées, les opilions n’ont pas de venin et sont par conséquent complètement inoffensifs pour l’homme. L’espèce la plus répandue en France est certainement Dicranopalpus ramosus (opilion cerf) mais il est aussi possible de trouver des espèces de manière localisée dans certains départements comme Dicranopalpus caudatus dans les Pyrénées-Orientales..
Légendes Aux États-Unis, les opilions ont conservé une réputation de petites bêtes venimeuses, à tort car ils ne possèdent pas de venin et sont inoffensifs.
Ils ne tissent pas non plus de toile et leurs pattes ne se régénèrent pas.
En France, croiser un opilion porte chance suivant une légende ancienne, tandis qu'en Turquie il est annonciateur de bonnes nouvelles.
Publication originale Sundevall, 1833 : Conspectus Arachnidum. C.F. Berling, Londini Gothorum, .
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Lucien Berland, Ordre des Opilions, Traité de Zoologie 6, 1968, p. 784-792 Emmanuel Delfosse, Catalogue préliminaire des Opilions de France métropolitaine, Le bulletin de Phyllie, 20, 2004, p. 34-52 Emmanuel Delfosse, « Les Opilions ». Insectes, 177, 2015, p. 3-6 Jason A. Dunlop, David Penney & Denise Jekel, 2013. « A summary list of fossil spiders and their relatives » in : Platnick N. I. (Ed.), The World Spider Catalog, version 14.5, American Museum of Natural History R. J. Garwood , Prashant Pradeep Sharma, Jason A. Dunlop & Gonzalo Giribet. « A Paleozoic stem group to mite harvestmen revealed through integration of phylogenetics and development ». Current Biology, 24, 2014, p. 1017-1023 Paul D., « Hillyard. Harvestmen ». In : Synopses of the British Fauna, 4 (third edition), 2005, p. 1-167 Dick Jones, Guide des araignées et des opilions d'Europe, Delachaux et Niestlé, 1990, 384 p. Christian Juberthie. « Recherches sur la biologie des Opilions ». Annales de spéléologie, 19 (1), 1964, p. 1-237 Arturo Munoz-Cuevas, « Les Opilions (ou faucheurs) ». Pénélope, 16, 1995, p. 4-29 Ricardo Pinto-da-Rocha, Glauco Machado, Gonzalo Giribet. Harvestmen : The Biology of Opiliones, Harvard University Press, 2007: 597 p.
Liens externes
Classification de Adriano Kury 2007
Catégorie:Ordre d'arachnides (nom scientifique) * Catégorie:Arachnide décrit en 1833