La prison de Saint-Gilles (en néerlandais : Gevangenis van Sint-Gillis) est un établissement pénitentiaire belge situé aux confins des communes de Saint-Gilles, Ixelles, Forest en région bruxelloise. Elle est représentative du système cellulaire mis en place au cours du .
Localisation La prison de Saint-Gilles se situe au de l'avenue Ducpétiaux dans la commune de Saint-Gilles. L'arrière du mur d'enceinte borde l'avenue de la Jonction en face de la prison de Forest. Les deux prisons sont reliées par un passage souterrain. .
La région bruxelloise compte, au total, trois bâtiments carcéraux : la prison de Saint-Gilles, la prison de Forest et son quartier des femmes et la prison de Haren.
Ce site de la prison de Saint-Gilles est desservi par la station de prémétro Albert et la ligne de .
Histoire
Contexte historique Au moment de l'indépendance en 1830, le parc pénitentiaire belge était composé de bâtiments hétéroclites qui n'étaient pas destinés à devenir des lieux d'enfermement. C'était notamment le cas de nombreuses maisons religieuses confisquées comme biens nationaux après la seconde invasion française en 1794.
Il faut en effet rappeler que, dans les Pays-Bas autrichiens comme partout en Europe, les prisons n'étaient que des « salles d'attente » avant le jugement et l'exécution de peines corporelles. Après leur abolition progressive, la privation de liberté est devenue une fin en soi comme principale sanction des comportements criminels ou délictueux, tout en maintenant la peine de mort comme châtiment possible. Désormais, les peines se comptaient en années de prison, voire en perpétuité. Il fallait donc concevoir des bâtiments ayant à la fois une fonction symbolique et une fonction pratique : héberger les condamnés dans le long terme et dans des conditions de sécurité et d'hygiène satisfaisantes.
La création de la prison de Saint-Gilles avait pour objectif de remplacer la prison des Petits Carmes, située dans le centre de Bruxelles.
Premières années Conçue par l'architecte Joseph Jonas Dumont et réalisée, vingt ans après sa mort, par l'architecte François Derre, la prison a été construite de 1878 à 1884. La prison était le premier édifice important de la commune de Saint-Gilles qui, au , était encore essentiellement rurale comme le rappelle la toponymie dans les environs (carrefour de Ma Campagne).
À l'origine maison d'arrêt et maison de peine, elle recevait les personnes (hommes et femmes séparément) placées sous mandat d'arrêt dans le cadre de la détention préventive, ainsi que les condamnés à des peines de police ou correctionnelles pour l'arrondissement judiciaire de Bruxelles. Après qu'elle s'est avérée insuffisante pour remplir cette double fonction, la nouvelle prison de Forest assure, à partir de 1909, le rôle de maison d'arrêt.
Le premier directeur de Saint-Gilles se nommait Jean Stevens, disciple d'Édouard Ducpétiaux. Ce dernier fut le premier inspecteur des prisons de la Belgique indépendante. Ses écrits ont inspiré l'architecture et le régime carcéral belge de toutes les prisons construites jusqu'au début du , notamment Tongres (1844), Bruges-Saint André (1851), Louvain-central (1860), Tournai (1869), Audenarde (1919). Ayant lui-même connu la prison sous le régime hollandais, Ducpétiaux a souhaité la réformer en mettant en place un système plus soucieux des enjeux humains.
La Première Guerre mondiale (1914-1918) Durant la Première Guerre mondiale, hormis la portion de territoire derrière l'Yser, la Belgique était soumise à l'occupation allemande. Les Allemands incarcèrent à Saint-Gilles les personnes en attente de comparution devant le Conseil de guerre de Bruxelles.
Les individus faisaient systématiquement l'objet d'une peine d'emprisonnement. Certains ont été transférés en Allemagne pour exécuter leur peine.
Plusieurs témoignages rapportent les traitements violents dans le milieu carcéral bruxellois durant cette époque, parmi lesquels on compte des cas de brutalités physiques, des menaces de mort et d'autres actes d'intimidation.
Parmi les femmes incarcérées, les plus emblématiques sont Edith Cavell et Gabrielle Petit. 250px|vignette|gauche|La prison de Saint-Gilles au début du .
La Seconde Guerre mondiale (1940-1945) Durant l'occupation, de très nombreux opposants au régime du Parti national-socialiste allemand ont été emprisonnés à Saint-Gilles, soit à la disposition des polices allemandes, soit pour y purger une peine, soit encore avant leur déportation en Allemagne, le plus souvent vers Buchenwald.
Une infirmerie était instituée à la prison de Saint-Gilles durant la guerre, ce qui a permis d'accueillir des détenus venant du Fort de Breendonk pour y être soignés.
Après le conflit, le général Alexander von Falkenhausen, gouverneur militaire de la Belgique et du Nord de la France durant l'occupation, y a été détenu de 1948 à 1951.
Description Dans ses éléments décoratifs, surtout extérieurs, la prison de Saint-Gilles fait largement appel à un Moyen Âge imaginaire tel que les romantiques du l'affectionnaient, avec baies en arc brisé, créneaux, machicoulis La façade à front de l'avenue Ducpétiaux qui évoque un château médiéval, participe à une des fonctions attribuées à la prison - au sens moderne - : l'intimidation.
Les bâtiments dans leur ensemble permettaient d'héberger les détenus suivant les principes du régime cellulaire, tels qu'Edouard Ducpétiaux les avaient élaborés en tenant compte des expériences observées à l'étranger, notamment en Amérique du Nord dans l'Etat de Pennsylvanie.
C'est erronément qu'une source affirme que « Le système appliqué est le panoptique, qui prescrit une disposition des espaces permettant la surveillance optimale de l'ensemble des détenus à partir d'un point central ».
Le régime cellulaire repose sur l'isolement de jour et de nuit dans des cellules individuelles. C’est une idée due à la philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, bâtie autour de l'idée que l'Homme est naturellement bon et que la société le corrompt. Il faut bannir la promiscuité qui était une plaie des systèmes antérieurs. La structure de base (la cellule) sera dès lors reproduite dans les autres lieux de vie : parloirs individuels pour les visites, préaux individuels pour la promenade quotidienne, et même logettes individuelles à la chapelle permettant à chacun de suivre les offices sans contact avec ses voisins. Durant les déplacements nécessaires, les détenus portent une cagoule pour les empêcher de se reconnaître.
Un plan fonctionnel Quasi toutes les « prisons Ducpétiaux » sont bâties suivant un même plan de base, plus ou moins développé, selon la capacité qui a été déterminée. Cette capacité est exprimée en nombre de cellules regroupées par ailes. À Saint-Gilles, dans la configuration d'origine, on trouvait cinq ailes de chacune, pour une capacité totale de .
La prison est entourée d’un mur d’enceinte, percé d'une seule porte, de forme rectangulaire et jalonné de cinq tourelles de surveillance correspondant aux cinq ailes. L'ensemble comporte aussi de nombreux jardins destinés soit à la culture de légumes pour la cuisine, soit à l'agrément pour chaque habitation de fonction.
L'avant de l'établissement
Il regroupe plusieurs fonctions. La première est celle du portier assurée par un agent gradé, chargé de contrôler toute personne et véhicule entrant et sortant de l'établissement et leur autorisant ou non le passage.
Le porche d'entrée, fermé par deux doubles portes séparées par un espace formant sas, donne accès à une cour de forme rectangulaire, bordée par quatre maisons de fonction. Les façades et murs de clôture à front de rue sont ceux des deux principales habitations. Dans l’axe de l’entrée, se trouvent deux salles d’attente pour les visiteurs, entourant l'escalier à double volée qui amène au couloir administratif.
Ce couloir, en forme de T inversé, est jalonné dans le bras horizontal par les bureaux des membres de la direction, des aumôniers, de la comptabilité ; dans le bras vertical par le greffe et les parloirs d'avocats.
Le cellulaire C'est véritablement le cœur de l'établissement : lieu de vie pour les personnes privées de liberté; lieu de travail pour 80 % du personnel composé des agents chargés de la surveillance et des fonctions techniques.
Le cellulaire est organisé autour d’un noyau polygonal, communément appelé « le centre », où se raccordent les cinq ailes de forme rectangulaire, désignées par les lettres . Chaque aile est subdivisée dans le plan vertical en trois sections de . L'espace central de l'aile restant vide du rez-de-chaussée au plafond, l'accès aux et niveau se fait par des galeries courant le long du mur intérieur des cellules. Les cellules et sections étant numérotées, on parlera à de la pour les cellules 1 à 40, la section pour les cellules 41 à 80, la pour les cellules 81 à 120 ; et ainsi de suite jusqu'aux sections 13, 14 et 15 à l'aile E. Dans les années 1993-94, un bâtiment supplémentaire préfabriqué a été ajouté à l'extrémité de l'aile B.
Entre chacune aile, débouchent des couloirs qui mènent à différents services (cuisine, vestiaire, parloirs individuels, mess du personnel, Centre médico-chirurgical). À l'étage supérieur, se trouve la grande chapelle avec accès séparés pour chacune des ailes. La chapelle est couverte par un dôme qui répond, d'une certaine manière, à celui du Palais de Justice dans le paysage urbain.
Au fil du temps, chaque aile avait reçu une fonction particulière.
Aile A Jusqu'à la suppression de l'Auditorat et des Juridictions militaires (Loi du 01.01.2004), Bruxelles était le siège d'un conseil de guerre et de la Cour militaire. Celle-ci jugeait les appels interjetés contre les décisions rendues par les conseils de guerre séant en Belgique et les deux conseils de guerre dits « en campagne » pour les forces belges en Allemagne. Il fallait donc regrouper tous les militaires détenus, de carrière ou miliciens, en détention préventive sur réquisitoire de l'Auditeur militaire ou déjà condamnés.
Parmi ces derniers, on trouvait les Témoins de Jéhova qui refusaient, non seulement d'effectuer leur service militaire, mais aussi le statut d'objecteur de conscience. Celui-ci leur aurait permis d'effectuer un service civil de deux ans en Belgique ou en coopération. En conséquence, ils étaient condamnés, du chef d'insubordination, à deux ans de prison. Cette catégorie particulière a disparu en même temps que le service militaire lui-même.
Aile B Elle abritait, à partir de 1963, le Centre d'orientation pénitentiaire (COP).
Bien que « Le séjour des détenus dans le centre est organisé, dans l’idéal, par session de six à douze mois et par groupe de quinze », la rotation était bien moindre en réalité. De sorte qu'un groupe restreint des mêmes condamnés occupaient un espace conçu pour contenir . Les cellules du rez-de-chaussée () avaient d'ailleurs été transformées en bureaux et locaux de réunion à l'usage des nombreux collaborateurs.
En outre, , toutes choses inaccessibles pour les détenus séjournant dans les autres ailes. Ceux-ci mirent les locaux du COP à sac lors de la grande mutinerie de 1987. Ce qui, joint à d'autres causes endogènes, mit fin à une expérience qui avait duré près de vingt-cinq ans.
Aile C Elle présente la configuration la plus proche des plans originaux, ayant conservé ses préaux individuels pour la promenade, familièrement appelés quartiers de tarte. Ils se présentent sous forme d'espaces de forme triangulaire, séparés par des murs, fermés au ciel et à leur extrémité par des grilles. Ils sont disposés en arc de cercle autour d'une rotonde sur laquelle s'ouvrent les portes donnant accès à chaque préau. Cette disposition permet au détenu de marcher et de prendre l'air sans contact avec ses voisins. Le surveillant présent dans la rotonde doit aussi veiller au silence…