L'église Saint-Symphorien est une église catholique paroissiale située à Nesles-la-Vallée, en France.
C'est l'une des églises rurales de la seconde moitié du fortement influencées par les premières cathédrales gothiques. D'une rare homogénéité, elle a été édifiée pendant une unique et courte campagne de construction entre 1185 et 1200 environ. Seul le clocher roman est plus ancien ; bâti vers 1130 / 1140 alors qu'existait encore la précédente église, il a été remarqué par Eugène Viollet-le-Duc pour ses proportions harmonieuses et son ornementation adroite.
La nef présente à l'intérieur une élévation à trois étages avec un triforium véritable, et les voûtes sexpartites permettent un abondant éclairage. Normalement des voûtes sur croisées d'ogives simples (quadripartites) suffisent dans les petites églises, et l'application de ce type de voûtement plus complexe dans l'église Saint-Symphorien a suscité des questionnements. Mais les documents qui auraient permis de retracer l'histoire de la paroisse et de l'église sont perdus, et tout ce que l'on peut dire est qu'elle témoigne de la prospérité du village au milieu du et de la foi de ses habitants, qui ont eux-mêmes pris l'initiative d'édifier une nouvelle église. Le chœur est la dernière partie construite et son élévation ne comporte plus que deux niveaux. Dans sa simplicité, il offre une composition équilibrée. Des chapelles le flanquent au nord et au sud, mais il n'y a pas de transept. Hormis le clocher richement décoré, l'extérieur de l'église est moins intéressant que l'intérieur, mais le portail occidental malheureusement mutilé est souvent cité en exemple pour la pureté de son style.
L'église Saint-Symphorien a traversé les époques sans subir des dommages de guerre notables. Son intérêt est reconnu assez tôt par Viollet-le-Duc et ses élèves, et elle est classée monument historique par liste de 1862.. Mais son mauvais état retarde le début de la restauration, et l'État se désengage en 1879 en la faisant déclasser, sauf le clocher. La restauration débute malgré tout quelque temps après. Dirigée par un architecte local, elle est critiquée pour son approche trop radicale et l'absence de respect pour l'authenticité de l'édifice. Le clocher et les deux travées occidentales sont restaurées d'une façon plus heureuse, et l'église a pu être classée de nouveau en 1910. Elle est aujourd'hui au centre d'une grande paroisse qui couvre la partie orientale du plateau du Vexin français.
Localisation L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, dans le parc naturel régional du Vexin français, au centre de la commune de Nesles-la-Vallée, place de l'Église. L'impressionnante élévation méridionale donne sur cette place de plan triangulaire, délimitée par la rue Pierre-Pilon (au sud-ouest) et le boulevard Pasteur (à l'est). La place est engazonnée et bordée d'arbres côté sud-ouest. Ainsi l'église en bien mise en valeur, et l'on peut faire le tour de l'édifice. La façade occidentale donne sur la rue Pierre-Pilon, et le chevet sur le boulevard Pasteur. Un parking se trouve au nord de l'église.
Historique thumb|upright|left|Clocher, vue depuis le sud. thumb|upright|left|Vue générale intérieure depuis le sanctuaire.
L'église est dédiée à saint Symphorien d'Autun. Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse fait partie du diocèse de Beauvais et la cure est à la nomination exclusive de l'évêque de Beauvais. La dîme du village est partagée entre le seigneur de Nesles, le chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, le chapelain de la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste et les prieurs de Conflans-Sainte-Honorine et de L'Isle-Adam. Vers 1130 / 1140, l'église d'alors est dotée d'un nouveau clocher de style roman tardif. C'est l'unique élément de cette précédente église dont l'on ignore pratiquement tout. D'après Louis Régnier, son chœur devait se trouver déjà à l'emplacement actuel, car un escalier en colimaçon depuis longtemps condamné existe dans le massif entre la chapelle à l'est du clocher et l'abside. Cet escalier est homogène avec le clocher, mais sa situation ne correspond pas à celle d'une tourelle d'escalier externe. En outre, l'arcade occidentale de la base du clocher a été abaissée et ses chapiteaux ont été portés à un niveau plus bas, afin de donner à la petite travée à l'ouest du clocher la hauteur prévue pour les bas-côtés de la nef actuelle. Pour Louis Régnier, il paraît aussi évident que la chapelle et la petite travée ont comme principale fonction de contrebuter le clocher. Malgré cette démonstration, Bertrand Monnet est persuadé que la disposition des contreforts indique que le clocher était initialement implanté hors œuvre, comme à Mareil-Marly, Oulchy-le-Château et Oulchy-la-Ville. Pour Bertrand Monnet, le clocher est la première partie construite d'une nouvelle église et non la dernière partie conservée de la précédente église, qu'il voit également au même emplacement. Cette position soulève des contradictions, mais Monnet n'a pas examiné l'église d'aussi près que Régnier et ne s'en rend pas compte...
L'initiative pour la reconstruction de l'église précédente est prise par les paroissiens et non par les gros décimateurs, car elle débute par la nef qui était à leur charge, et non par le sanctuaire. Cette reconstruction témoigne de la prospérité de Nesles-la-Vallée au milieu du et de la taille non négligeable que le bourg atteint à cette époque. Malheureusement, aucun document relatif à la construction de l'église ne s'est conservé et l'on ignore pratiquement tout sur son histoire. Tous les renseignements sont à tirer de l'analyse archéologique de l'édifice. Tous les auteurs concordent que le chœur est élevé en dernier lieu, et que l'église résulte d'une unique campagne de travaux assez brève. Bertrand Monnet estime qu'elle débute pendant le dernier quart du et s'achève à l'extrême fin du ou au tout début du avec le chœur. Louis Régnier voit le début de construction à la même époque, soit approximativement en 1180, mais ne se fixe pas pour la fin de construction qu'il situe entre 1200 et 1220. Maryse Bideault et Claudine Lautier supposent que l'élévation intérieure de la nef soit influencée par l'église Saint-Yved de Braine achevée vers 1180, ce qui permet de fixer le début des travaux vers 1185. La grande homogénéité stylistique les fait plaider pour une construction menée à terme rapidement, sans un délai d'une quinzaine d'années. Comme Bertrand Monnet et sans contradiction avec Louis Régnier, elles datent la fin des travaux vers 1200. Seul le pignon de la façade occidentale a été remanié au et porte la date de 1581, époque de laquelle datent aussi les vantaux du portail..
Le clocher a attiré l'admiration d'Eugène Viollet-le-Duc, qu'il qualifie . Il trouve le clocher .. Il mentionne également le portail occidental dont il loue la pureté du style, la sobriété de l'ornementation et la physionomie novatrice pour l'époque, sans aucune erreur de goût.. Dans l'article consacré au terme Travée, il évoque une troisième fois Nesles-la-Vallée pour les voûtes sexpartites sans colonnes faibles, les branches d'ogives supplémentaires retombant sur des colonnettes qui se terminent au-dessus des grandes arcades.. L'église est classée monument historique par liste de 1862. thumb|Clé de voûte refaite de la travée du chœur ; à g., Viollet-le-Duc ; à dr., le curé.
Ce classement n'a pas d'incidence sur l'entretien de l'église. Un rapport dressé par l'architecte Edouard Danjoy en 1875 est alarmant et prévient de la proche ruine de l'édifice. La rosace de la façade occidentale est endommagée ; les murs extérieurs dépourvus d'arcs-boutants se sont déversés ; les sommiers des voûtes ont été détruits sous l'influence des infiltrations d'eaux pluviales et le clocher est profondément fissuré dans la hauteur. L'importance des travaux à entreprendre provoque le désengagement de l'État et l'église est déclassée en 1879 hormis le clocher. Malgré le désintérêt des pouvoirs publics et l'absence de subventions, sa restauration est néanmoins lancée peu de temps après. Le projet est confié à l'architecte Vernier de Beaumont-sur-Oise.. Entre 1881 et 1891, le chœur, la dernière travée de la nef et de nombreux détails architecturaux sont restaurés sous sa direction d'une façon qui ne tarde pas à susciter de vives critiques : (Bertrand Monnet).. Dans le chœur, les chapiteaux et bases sont trop grattés ou renouvelés et les moulures raclées. Dans la troisième et la quatrième travée de la nef, les badigeons sur les colonnes sont grattés trop énergiquement, ce qui réduit leur diamètre. Aucun témoin de l'état d'origine n'est laissé en place. Louis Régnier, tout en insistant sur le caractère désastreux de cette restauration, avance à la décharge de Vernier que les moulurations et détails sculptés s'étaient beaucoup dégradés ou détruits sous les badigeons, comme il a pu le constater lui-même dans les deux premières travées de la nef en 1885.. Quant au clocher, sa restauration est parallèlement menée par Danjoy en 1890. À partir de 1904, l'architecte Gabriel Ruprich-Robert se consacre à l'église et obtient qu'elle soit classée de nouveau en 1910. Les traces des restaurations trop radicales sont toujours facilement visibles, et dans tout l'intérieur de l'église, peu d'éléments n'ont pas été concernés, sauf peut-être la base du clocher restaurée avec plus d'égards par Danjoy. Dans les deux premières travées de la nef et des bas-côtés, le résultat est également plus heureux que dans les parties traitées par Vernier. Louis Régnier constate « plus de bonheur dans les résultats » et atteste que Ruprich-Robert a fait preuve de toute la réserve et toute l'économie désirables..
Après la Révolution française et la création du département de Seine-et-Oise, la paroisse de Nesles-la-Vallée est rattachée au nouveau diocèse de Versailles qui correspond exactement au territoire du département. Dans le contexte de la refonte des départements d'Île-de-France, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966, et Nesles-la-Vallée en fait partie à l'instar de toutes les autres paroisses du département. Le diocèse de Versailles se limite désormais au seul département des Yvelines. La paroisse de Nesles-la-Vallée a conservé son indépendance, et sous le titre de « Secteur Pastoral du Sausseron », elle regroupe aujourd'hui huit villages à l'est du plateau du Vexin : Arronville, Frouville, Hédouville, Labbeville, Menouville, Nesles-la-Vallée, Valmondois, Vallangoujard.
Description thumb|upright|Plan de l'église.
Aperçu général
Orientée un peu irrégulièrement vers le sud-ouest du côté de la façade occidentale, l'église se compose d'une nef de quatre travées barlongues accompagnée de collatéraux ; d'un chœur de deux travées, comportant une travée carrée et une abside à pans coupés ; de deux collatéraux du chœur bordant sa première travée ; et de deux chapelles au chevet plat flanquant l'abside. La longueur totale est de , dont incombent à la nef et . La largeur totale est de au niveau de la nef, qui elle-même est large de , voire seulement d'une colonne à l'autre. La hauteur sous les voûtes atteint les .. Un annexe ayant probablement servi de prison précède à l'ouest le bas-côté nord, et une sacristie occupe l'angle entre la chapelle latérale sud et l'abside. Ce sont les seules parties de l'église antérieures à 1210.