Dans le domaine de la gestion cynégétique, le repeuplement désigne l'activité d'introduction dans la nature d'animaux destinés à servir de gibier pour la chasse de loisir. Il est en quelque sorte à la chasse ce que le « réempoissonnement » est ou était (car il se fait plus rare) à la pêche de loisir. Selon l'ONCFS, ONCFS La Perdrix rouge Alectoris rufa consulté 2013-11-11.

Les animaux concernés sont légalement chassables, et le plus souvent issus d'élevage spécialisés. Plus rarement il s'agit de transferts de petites populations par exemple de lapin piégés à l'aide de furets, ou de sangliers ou de cervidés extraits de propriétés où ils étaient jugés indésirables ou trop nombreux pour être introduits dans un territoire dépeuplé où ils pourront servir de géniteurs et/ou être chassés ; dans ce dernier cas on parle alors plutôt de « translocations ».

En Europe, sur les dizaines de millions d'animaux sont ainsi chaque année relâchés dans la natureBirkan, M. G. (1977). Lâchers de perdrix grise d’élevage, Perdix perdix L., valeur pour le repeuplement. Les lâchers de jeunes perdrix en été. Bull. Off. Nat. Chasse, num. spec, 47-83., voire en hiver.

Cette pratique pose des questions de modèle économique et cynégétique, des questions sanitaires et écoépidémiologiques concernant certains risques de zoonoses ainsi que des questions écologiques, éthiques ou de bioéthique car toutes les études disponibles concernant les effets à long terme des repeuplements pointent une très forte mortalité au sein des animaux relâchés, ainsi que des risques sanitaires et/ou des problèmes de pollution génétique qui pourraient expliquer l'inefficacité voire la contre-productivité de la plupart des opérations dites de « repeuplement ».

Importance quantitative des relâchés Les repeuplements sont couramment pratiqués en Europe et en Amérique du Nord, généralement aux frais des sociétés de chasse locales ou d'organismes régionaux pour les besoins de la chasse récréative qui est aussi (en Europe et Amérique du Nord) une source de revenus importants pour ceux qui louent leurs terres et forêts à la chasse et pour ceux qui vendent ces animaux. En Europe, plusieurs dizaines de millions d'animaux sont ainsi chaque année élevés et relâchés dans la nature. Ils le sont principalement au printemps ou en été et plus rarement en hiver.

À titre d'exemple aux alentours de l'an 2000 environ 3 millions de perdrix rouges étaient relâchées chaque année en Espagne essentiellement comme gibier de repeuplement et de chasse (plutôt en Automne et parfois au printemps) ; Un petit nombre de perdrix d'élevage est aussi consacré à l'entrainement des chiens de chasse ou utilisé lors de « parties de tir » dit « traditionnelles » à la perdrix.

Méthode de production des animaux La plupart des animaux de repeuplements sont issus d'élevages intensifs semi-industriels. Ces élevages doivent en France faire l'objet d'une autorisation administrative. Mais le suivi vétérinaire de ces animaux d'élevage est moins poussé que pour ceux qui produisent des animaux envoyés dans les abattoirs, notamment juste avant leur consommation par l'Homme.

De plus pour accoutumer les oiseaux à leur environnement futur, les volières puis éventuelles volières de pré-lâcher sont souvent situées en forêt ou dans des milieux semi-naturels. Dans cet environnement non choisi par l'animal, et où il sera durant plusieurs mois contraint de vivre dans une cage et/ou en promiscuité avec ses congénères dans un petit espace, ses parasites (nématodes, puces, tiques et autres acariens, notamment...) et certains pathogènes peuvent trouver des conditions favorables d'infestations.

Tendances Depuis les années 1950, au moins pour certaines espèces, on observe à la fois que les effectifs relâchés sont plus nombreux, et qu'ils se font sur un territoire de plus en plus vaste.

Ainsi en France des milliers de perdrix rouge sont aujourd'hui lâchées dans des note l'ONCFS qui précise qu'en 1984 les lâchers se faisaient dans 37 départements, tous situés dans la zone de répartition naturelle de l'espèce en 1984, alors qu'en 1998 elles sont relâchées dans au moins 73 départements. Les effectifs relâchés sont aussi en forte hausse (passés de par an en 1970 et 1975 à par an 10 ans plus tard. En 1996, l’estimation était de 2,5 millions de perdrix rouges d'élevage relâchées en France .

Évaluation d’efficacité/inefficacité des repeuplements Aux moyens classiques d'évaluation et de suivi (technique de marquage et capture-recapture), se sont ajoutés de nouveaux moyens de suivi par télémétrie, ainsi que de nouveaux moyens d'analyses génétiques. Ils ont permis, depuis les années 1990, que les études scientifiques deviennent plus fiables et précises. Toutes les études scientifiques et cynégétiques disponibles concluent à l’inefficacité à moyen et long terme des opérations se repeuplement telles qu’elles ont été pratiquées depuis plusieurs décennies. D'autres études ont abouti aux mêmes conclusions pour les réempoissonnements faits à partir de poissons d'élevage, les échecs ayant semble-t-il des causes similaires dans les deux cas.

Une cause première et presque immédiate d'échec est la forte mortalité des animaux réintroduits : Par exemple, selon une étude espagnole publiée en 2000 : 40 % de des perdrix rouges d'élevage relâchées mourraient dans le premier mois, dont 25 à 30 % dans les premières 72 heures, essentiellement à cause de la prédation contre laquelle ils semblent plus démunis que les oiseaux, mais il existe d'autres causes (détaillées ci-dessous).

Causes connues d'échecs des repeuplement, et améliorations possibles Repeupler artificiellement un milieu agricole, naturel ou semi-naturel comporte des inconvénients et des risques, qui expliquent les nombreux échecs, et le fait même des repeuplements importants et renouvelée chaque année soient sans effets sur la population sauvage.

Effets pervers En dépit de millions d'animaux ainsi réintroduit, les populations en déclin ne sont généralement que très provisoirement confortée ou restaurée. Paradoxalement, les repeuplements peuvent parfois même affaiblir les populations relictuelles en appauvrissant leur patrimoine génétique, situation encore plus critique dans les contextes de changements globaux ou locaux qui demandent aux animaux sauvages de s'adapter rapidement à un environnement changeant (dérèglement climatique, perte de sélection naturelle par les grands prédateurs, maladies émergentes, pollutions, dont par les pesticides, disparition des mares, perturbation du cycle hydrique par l'artificialisation du territoire, etc.

Les animaux de repeuplement étant inadaptés à leur environnement, ils bénéficient plutôt aux prédateurs (renards et rapaces notamment dans le cas des perdrix) qu'aux populations relictuelles que l'on voulait démographiquement conforter. Dans le cas de la perdrix rouge, selon l'ONCFS (2013) . De plus, . En éliminant massivement les animaux d'élevage inadaptés (et souvent source de pollution génétique et/ou d'homogénéisation génétique), les prédateurs rendent en quelque sorte service aux restes de population sauvage, mais la pression de prédation artificiellement encouragée par les lâchers peut ensuite se retourner contre les individus sauvages, qui restent de plus soumis à la pression de chasse une fois que les animaux relâchés ont été décimés par les prédateurs et par la chasse. La prédation des chats et des chiens sur les perdrix ne doit pas non plus être sous-estimé rappelle l'ONCFS.

Causes d'échec Parmi les causes d'échecs (citées par la littérature et faisant consensus scientifique) : les animaux d'élevages sont presque toujours moins bien adaptés à la vie dans la nature que leurs congénères sauvages ; des problèmes de pollution génétique existent dans les élevages. Les progrès de la génomique et des analyses génétiques appliqués à la biologie de la conservation des ressources génétiques ont confirmé que les réintroductions à partir de souches d'élevages génétiquement trop homogènes et pauvres pouvaient poser de graves problèmes de pollution génétique et d'appauvrissement génétique ; certains problèmes sanitaires peuvent parfois générer des effets pervers ; Les opérations de repeuplement (à partir d'animaux d'élevage, et parfois de translocations) ne sont généralement pas précédées d'une analyse fine des causes de dépeuplement (Réintroduire des animaux dans un environnement dégradé, voire de plus en plus dégradé (dont par la grenaille de plomb) se solde par un risque plus élevé d'échec) ; la manière dont les animaux sont relâchés a une importance. Dans certains cas un parc (ou volière) d’acclimatation semble pouvoir améliorer le taux de survie et surtout le fait de ne pas lâcher les animaux de manière groupée peut améliorer leur survie (ex : sur 62 perdrix radio-marquées par Gortázar et al. (2000), la moitié a été relâchée groupée, et l'autre moitié sur des sites dispersés. Celles qui ont été relâchées individuellement et de manière dispersée ont été nettement plus nombreuses à survivre (6 fois plus à la fin du premier mois ; 37,4 ± 1,8 % contre seulement 5,8 ± 1,1 %). L'effet d’agrégation et l'inexpérience des animaux semble beaucoup faciliter la prédation (par le renard et l'aigle royal dans cette région et dans le cas de la perdrix rouge). Les auteurs ont conclu que le repeuplement n'est pas un outil adéquat pour la gestion de la perdrix rouge, mais qu'il pourrait au moins être amélioré (en termes de survie) par des lâchés sur des sites dispersésGortázar, C., Villafuerte, R., & Martín, M. (2000). Success of traditional restocking of red-legged partridge for hunting purposes in areas of low density of northeast Spain Aragón. Zeitschrift für Jagdwissenschaft, 46(1), 23-30.(résumé). les translocations comportent des risques de transferts de parasites et pathogènesFernandez-de-Mera, I. G., Gortazar, C., Vicente, J., Höfle, U., & Fierro, Y. (2003). Wild boar helminths : risks in animal translocations. Veterinary parasitology, 115(4), 335-341. qui peuvent être réduits par un suivi vétérinaire et des bilans de santé, une mise en quarantaine et des traitements antiparasitaires préventifs ; À cause du dérangement, d'odeurs nouvelles, du manque de points d'eau ou pour des raisons mal comprises, les animaux relâchés peuvent chercher d'autres lieux d'alimentation ou de cantonnement que ceux qu'on leur avait choisis. Pour les fixer géographiquement, on les relâche parfois d'abord dans un enclos d'acclimatation à leur nouveau territoire et/ou en leur offrant de la nourriture ou un gîte (garenne artificielle dans le cas du lapinPepin, D., & Cargnelutti, B. (1985). Dispersion et cantonnement de Lièvres de repeuplement (Lepus europaeus). Biology of behaviour, 10(4), 353-365. (Lien Inist-CNRS)). Les repeuplements en lapins ont été et sont encore fréquents, mais souvent soldés par des échecs, alors qu'ailleurs il arrive que ces mêmes lapins pullulent sans que les propriétaires arrivent à en réguler les populations. Des études et modélisations cherchent à définir les critères de réussite de telles réintroductionsLetty, J., Marchandeau, S., & Clobert, J. (1998). Étude expérimentale de différents facteurs affectant la réussite des repeuplements de lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus). Gibier faune sauvage, 15, 453-464.. Un nouveau moyen de sélectionner des génotypes de géniteursornuet, J.-M., Piry, S., Luikart, G., Estoup, A. & Solignac, M. 1999. New methods employing multilocus genotypes to select or exclude populations as origins of individuals. Genetics 153 : 1989-2000., de suivre l'efficacité ou les impacts négatif d'un repeuplement est d'utiliser les outils de biologie moléculaireLetty, J., Queney, G., Gautier, A., & Marchandeau, S. (2005) Évaluation de l’efficacité des repeuplements par suivi génétique: l’exemple du lapin de garenne. Faune sauvage, 265, 39-46.