Le Hêtre commun, Fagus sylvatica, couramment désigné simplement comme le hêtre, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Fagaceae, tout comme le chêne et le châtaignier. C'est un arbre à feuilles caduques, indigène d'Europe.

Il est l'une des principales essences forestières constitutives des forêts tempérées caducifoliées d'Europe où on peut le trouver en peuplements exclusifs de hêtraies pures ou le plus souvent associé à d'autres espèces majeures dans des forêts feuillues, principalement avec le Chêne rouvre, ou dans des forêts mixtes avec le sapin blanc ou l'Épicéa commun.

C'est une essence bioindicatrice d'un climat tempéré humide. Les forestiers en pratiquent de longue date la sylviculture pour produire du bois de futaie principalement destiné à l'ameublement. Il est également utilisé comme source de bois de chauffage, surtout en zone de montagne.

Dénominations Étymologies vignette|redresse|Une hêtraie en mai (Bøgeskov i maj), tableau de Peter Christian Skovgaard. vignette|redresse|Écorce de hêtre atteinte du chancre.

Le nom latin du hêtre, fāgus, a donné en (ancien) français et dialectal fou, fāgeus a donné faggio en italien et fāgea > haya en espagnol, etc. Il est issu de l'indo-européen *bʰeh₂g-o- « hêtre »Michiel de Vaan, Etymological Dictionary of Latin and the Other Italic Languages, Leyde, Brill, 2008, p. 199.Le passage du bh au b puis au f s'explique par une lénition classique en latin (cf. latin frater, français frère, pour anglais brother)., duquel procèdent le grec ancien phēgós « chêne » et le germanique *bōk- (cf. le néerlandais beuk, allemand Buche, anglais beech, suédois bok, tous au sens de « hêtre »). Les Germains ont utilisé des bâtonnets en bois de hêtre pour écrire les runes, d'où l'allemand Buchstabe « lettre », mot-à-mot « bâton de hêtre », et Buch « livre », même parenté entre l'anglais beech « hêtre » et book « livre » (cf. vieil anglais bōcstæf « lettre, caractère écrit » > anglais bookstaff, -stave, plutôt rare et archaïque), le néerlandais beuk « hêtre » et boek « livre ».

Le nom vernaculaire du hêtre est issu du vieux bas francique *haitr (non attesté) ou directement du vieux néerlandais hēster, heister (d'où aussi le néerlandais « arbuste »), composé d'un radical germanique *χais- « buisson d'arbustes, fourré » (conservé dans la toponymieF. Debrabandere, « Hees(t), Heis(t), Heester(t) en Estre », in De Leiegouw, 1993, t. 35, p. 179-186. : Hees, l'un dans l'Utrecht, l'autre dans le Brabant-du-Nord) et du suffixe -ter qui est la forme de *dra « arbre » provenant d'une forme *trewam (qui a donné aussi en anglais le mot « arbre » ou en allemand la syllabe finale -der du mot Holunder « sureau »). Par antonomases successives, il a désigné un buisson, puis probablement une clôture de branches de hêtre puis le tronc et l'arbre lui-même : cette évolution est attestée par la racine *hais romanisée en *hasia qui se retrouve aussi dans le vieux mot hazier ou l'ancien français haise qui désigne une « barrière de branches entrecroisées » ou haiset une « petite porte rustique en branches de hêtre ».

Albert Dauzat considère que le francique *haistr ne supplante l’ancien français fou qui est le terme le plus fréquemment utilisé au Moyen Âge mais abandonné par la suite, à cause de son homonymie avec le terme fou « personne atteinte de folie », puis fayard (franco-provençal) ou fouteau (Normand foutel), termes dérivés à partir de l'étymon latin fagus. Hêtre apparaît dans un texte de 1210 (cartulaire de Saint-George), sous la forme latinisée hestrum, désignant « un petit hêtre » : les jeunes troncs étaient coupés pour servir de balai, de fouet ou de protection. Le terme hêtre a fini par désigner l'arbre adulte (ce sens est attesté dès 1301) et, par métonymie, le bois de cet arbre. L’ancien français fou puis fayard ou fouteau coexistent avec hestre jusqu'au et sont encore employés dans le français régional.

Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, illustre cette évolution par différentes citations littéraires :

Le nom scientifique Fagus est formé directement à partir du nom fāgus qui désignait le hêtre en latin (de ce terme latin dérivent les mots fouet fait à l'origine d'une baguette de hêtre ; fouine friande de faînes, passe pour loger de préférence dans cet arbre; fayard, bois de hêtre ou grand hêtre servant à la reproduction ; faîne, fruit du hêtre). Quant à l’épithète spécifique sylvatica, au sens originel, c'est un dérivé du latin silva « forêt » avec le double suffixe -at-ica qui signifie à la fois « qui est fait pour le bois » et sauvage.

Appellations et toponymes vignette|redresse|Fagus par Pietro Andrea Mattioli, Kreutterbuch de Johan Feyerabendt (1590). Le terme « hêtre », sans autre précision, est bien employé généralement pour désigner l'espèce Fagus sylvatica. Pour le distinguer le cas échéant des autres représentants du genre Fagus, on peut alors préciser qu'il s'agit du « Hêtre commun ». L'appellation « hêtre européen » est en revanche un anglicisme, une traduction littérale de European beech.

On trouve, selon les régions, de nombreuses dénominations locales dérivées de son nom latin fagus : fou, foutel, fouteau, faye, foyard, fau, faon, fayard (mot francoprovençal et nord-provençal), fayaud, favinier, faou, etc.

Outre un usage répandu dans une grande partie sud-est de la France, ainsi qu'en Suisse romande, l'appellation fayard (ou sa variante foyard) est également employée par les forestiers lors des inventaires ou des martelages, lorsqu'il faut désigner à voix haute l'espèce, à la place du mot hêtre, trop peu sonore.

La racine norroise bóki se retrouve dans les toponymes normands Bouquelon, la Bouquelonde (littéralement « hêtraie ». cf. norvégien bøkelund « hêtraie ») et Bouquetot, très nombreux au nord-est de la Normandie où cet arbre est plus commun qu'à l'ouest. Il est cependant en concurrence avec les types romans que l'on trouve partout dans la France du nord : ; , c'est-à-dire « hêtraie ». On y trouve également la variante la Fontelaye, la Foutelaye, dérivé de foutel « hêtre ». Dans les langues slaves, on trouve notamment le mot buk en tchèque pour désigner le hêtre, qui aurait donné son nom à la Bucovine, littéralement « hêtraie » ou « pays des hêtres ».

La langue occitane a fourni un autre type toponymique pour désigner une hêtraie, il s'agit de Fage, d'où ou encore en occitan gascon Lahage (Haute-Garonne). Ces toponymes reposent sur le nom du hêtre en occitan : ancien occitan *fag (languedocien fau) dérivés en -ia, d'où la terminaison francisée -e. Le provençal utilise les termes de fauFrédéric Mistral, Lou Tresor dou Felibrige, 1878, voir Fau, https://www.lexilogos.com/provencal/felibrige.php?q=fau et faiardFrédéric Mistral, Lou Tresor dou Felibrige, 1878, voir Faiard, https://www.lexilogos.com/provencal/felibrige.php?q=faiard. Dans le texte Kalenda Maya de Raimbaut de Vaqueiras on retrouvait l'appellation de faya pour désigner le hêtreAubry, La Revue musicale, 1904, Kalenda Maya de Raimbaut de Vaqueiras, voir la page 308, http://www.examenapium.it/cs/biblio/Aubry1904.pdf.

Une forêt où le hêtre domine est une hêtraie (en wallon : faweux).

Synonymes scientifiques Le binôme Fagus sylvatica apparaît sous la plume de Carl von Linné dès la première édition de Species Plantarum en 1753. Auparavant c'était tout simplement Fagus, comme mentionné par Joseph Pitton de Tournefort en 1698 dans son Histoire des Plantes.

Nombreuses furent ensuite les tentatives d'élever au rang d'espèces à part entière les différentes formes et variétés mais elles se révélèrent toutes n'être que de simples variations de Fagus sylvatica.

La dénomination scientifique Fagus sylvatica est donc restée remarquablement stable. Le seul véritable synonyme homotypique reste celui résultant en 1772 de la proposition de Giovanni Antonio Scopoli de rattacher l'espèce aux châtaigniers sous le nom Castanea fagus.

Description Allure générale Le Hêtre commun est un grand arbre. Sur les sols de bonne fertilité, il peut s'élever facilement jusqu'à de hauteur et la circonférence de son tronc peut couramment atteindre chez des hêtres centenaires. Des sujets exceptionnels ont été mesurés jusqu'à de hauteur et on a répertorié certains troncs dont le tour dépasse les . Inversement, lorsqu'il croît en lisière haute des forêts de montagne et que de plus il est régulièrement brouté par le bétail ou par les cervidés, il peut alors rester prostré à hauteur d'homme.

La silhouette varie selon le traitement forestier et l'habitat. En futaie, le hêtre développe un tronc long et mince, dégagé de ses branches jusqu'à 15 ou de hauteur et le houppier est étroit avec des branches redressées à 60°. En situation isolée, le fût est très court et le houppier large et haut, aux branches étalées, pouvant couvrir .

Il rejette difficilement de souche : parfois à l'étage montagnard, pratiquement jamais à l'étage collinéen.

Écorce vignette|La mauvaise aptitude à l'autoélagage chez le hêtre commun se caractérise par la persistance sur la partie inférieure du tronc, de grosses branches qui forment un angle aigu avec le fût, de trous laissés par la chute tardive (et difficile) de ces branches, ou par une écorce parsemée d'étranges « yeux » (cicatrisations entourées des deux brins pendants, appelées « moustaches de chinois » à bouche ouverte).

Parmi les arbres d'Europe tempérée, le Hêtre commun se reconnaît facilement à son écorce mince et lisse qui persiste ainsi tout au long de la vie de l'arbre. La surface du tronc est régulière, contrairement au Charme (Carpinus betulus) dont l'écorce est également lisse mais la surface cannelée. Elle devient légèrement rugueuse (présence de petites fissures) à la base du tronc chez les vieux sujets. Très exceptionnellement, certains individus décrits comme Fagus sylvatica f. quercoides peuvent développer une écorce crevassée dont la survenue semble d'origine traumatique car non génétiquement transmissible. Le Hêtre a en effet un seul phellogène qui fonctionne pendant toute la durée de vie de l'arbre alors que chez la plupart des autres espèces (et au niveau de la base du tronc des hêtres âgés), ce sont plusieurs phellogènes qui se succèdent au cours de leur vie et sont à l'origine d'un rhytidome.

L'écorce présente une couleur qui varie du gris argenté (sujet jeune) au gris noirâtre ou gris-vert (arbre adulte), mais elle apparaît souvent recouverte d'une fine croûte de lichens qui donnent au tronc une teinte gris argenté caractéristique. Sous climat humide, la végétation épiphyte du tronc et des branches peut être plus exubérante, et se composer de lichens fruticuleux ou foliacés, de mousses, de petites fougères… Dans certaines régions, ou sous l'effet de la pollution atmosphérique, les lichens peuvent au contraire être remplacés par une pellicule verte d'algues microscopiques (comme Pleurococcus vulgaris).

La finesse de son écorce est due à une seule assise génératrice externe (le phellogène) pour toute la vie de l'arbre. Cette assise, . La fine écorce rend l'arbre particulièrement fragile aux blessures de toutes sortes. Des gravures au couteau de poche peuvent blesser le liber et freiner ou stopper la croissance de toute une partie de l’arbre.. Toujours en raison de cette finesse, l'écorce peut être affectée par de nombreuses maladies et dégâts.

Feuillage