L'art du Moyen empire correspond à la période du Moyen Empire de l'Égypte antique, entre 2030 et 1710 ou 1650 avant l'ère commune.

Si l'art égyptien donne l'impression d'une étonnante continuité sur des millénaires, l'étude d'une période comme celle du Moyen Empire prouve qu'avec une certaine flexibilité sur une trame permanente, de nouveaux principes, de nouvelles idées se sont greffées sur la trame qui persiste au fil du temps, produisant une société d'une complexité croissanteAndela Oppenheim, curatrice de l'exposition du Metropolitan Museum of Art, Ancient Egypt transformed: The Middle Kingdom, 12 octobre 2015.

Après les désordres de la Première Période intermédiaire, si l'on se réfère aux textes qui subsistent datant du Moyen Empire, la peur des forces chaotiques était plus prononcée qu'avant et l'accent était mis sur l'unité au sein du pays. Dans le même temps, le souvenir des bouleversements qui ont souvent traversés le pays peut avoir inspiré les anciens Égyptiens, car il leur a montré qu'ils pouvaient se remettre de périodes de désordre. C'est peut-être au moins en partie la raison pour laquelle le Moyen Empire a été considéré dans les époques ultérieures comme une époque idéale. En tout cas l'art s'y manifeste avec une remarquable maîtrise et en se distinguant nettement de la période précédente, avec parfois des références appuyées aux solutions formelles de l'Ancien Empire.

Précisions chronologiques Cette période correspond aux règnes des , et s (sachant que les rois de la et leurs dates sont incertaines) ou jusqu'à la fin de la qui est exceptionnellement contemporaine de la , en raison de la confusion qui marque la fin du Moyen EmpireCes dates varient selon que l'on intègre (Adela Oppenheim, 2015) ou que l'on exclue (Andreu-Lanoë, 2013) la , alors intégrée au début de la Deuxième Période intermédiaire : Metropolitan Museum of Art, 2015. Le Moyen Empire est compris, traditionnellement, entre la Première et la Deuxième Période intermédiaire.

Remarques générales Entre la et la il existe de fortes différences. Cela tient, tout d'abord, au fait que, pour la première, de grandes disparités se manifestent encore entre les régions qui s'étaient affrontées lors de la période précédente. Ainsi l'art thébain, du Sud, au tout début du Moyen Empire présente des traits locaux caractéristiques, par exemple des figures dont les membres supérieurs sont curieusement courts avec des yeux accentués. Certaines représentations bidimensionnelles qui semblent avoir peu de précédents sont spécifiques à la région thébaine, notamment des représentations de rites singuliers liés à la déesse Hathor. Toujours dans la région de Thèbes, Les tombes et les temples ont des façades à colonnes spectaculaires, et celles-ci sont posées contre les falaises de calcaire verticales qui sont une caractéristique impressionnante du paysage du Sud. Après la réunification, sous , des liens plus étroits se sont établis avec le Nord et ses traditions, et les œuvres d'art thébaines témoignent alors de la fusion des styles et de l'iconographie des deux régions.

Un début de renaissance ou de ré-emploi des formes prestigieuses issues de l'Ancien Empire apparait au début de la sous les rois et , lorsqu'une nouvelle capitale est établie dans le Nord à Ititatouy (site de Licht), près du centre du pouvoir politique de l'Ancien Empire. La sculpture, le relief, la peinture et l'architecture montrent des affinités claires avec les traditions de l'Ancien Empire, bien qu'il subsiste certaines traces issues de la . Ces rois renouent avec l'ancienne pratique des constructions d'ensembles de pyramides, accompagnées de mastabas, construits comme monuments commémoratifs et lieux de sépulture pour l'élite.

Architecture De nombreux monuments du Moyen Empire sont mal conservés, ce qui contribue au manque relatif de notoriété de cette époque aujourd'hui. Comme les temples égyptiens dédiés aux divinités étaient souvent remplacés par les rois qui se succédaient, presque aucun temple du Moyen Empire ne subsiste. Par ailleurs, de nombreuses pyramides du Moyen Empire ont été construites avec des noyaux en briques de terre séchée, qui se sont érodées après que leur couverture en calcaire ait été enlevée par d'anciens voleurs de pierres.

Temples divins vignette|gauche|Pilier de . Face montrant Sésostris et Ptah, Haute-Égypte, Karnak, temple d'Amon, « cour de la cachette ». Calcaire. H. totale : , Musée égyptien du Caire« Une étreinte religieuse et politique : et Ptah » : . « Cour de la cachette », L. Coulon sur SITH, Projet Karnak (non daté). vignette|Chapelle blanche de à Karnak vignette|Bas-relief de style « classique ». Chapelle blanche de à Karnak vignette|Bas-relief de la porte du temple de Montou (Médamoud)

Bien qu'il existe des preuves que les rois de l'Ancien Empire aient contribué à la réalisation d'œuvres d'art dans les temples dédiés aux divinités, le patronage royal de ces monuments s'est considérablement étendu au Moyen Empire, il n'en reste, aujourd'hui que de faibles traces. En particulier, c'est sous le règne de que l'on rencontre les premiers vestiges substantiels de temples avec des murs en pierre, une vaste décoration en relief et des programmes de sculpture.

Thèbes-Karnak-Louxor Thèbes a été ainsi témoin de la création de l'un des plus grands temples de l'Égypte antique, le complexe de Karnak, dédié au dieu Amon, de plus en plus puissant à cette période. La présence de temples dédiés à des divinités, en des lieux importants répartis dans toute l'Égypte, peut également être comprise comme un moyen d'unifier la population et de souligner le rôle dominant du roi dans les centres régionaux.

Plusieurs exemples de temples aux divinités, construits à la , sont connus aujourd'hui, mais il n'en reste que bien peu de témoignages visibles.

Le temple de Tôd, où fut découvert un important trésor d'argenterie, aujourd'hui conservé au Louvre, fut établi par en l'honneur du dieu Montou. Il n'en reste actuellement que le plan au sol, qui est constitué de deux grandes salles : la première est une sorte de vestibule à quatre piliers, la seconde contient un naos au centre, entouré d'un couloir sur lequel ouvrent des pièces annexes. Le trésor, composé de lingots et de vaisselle d'argent, ainsi que de lapis-lazuli, se trouvait dans une de ces salles, qui devaient donc servir à des dépôts d'offrandes ou à la conservation de tributs.

C'est encore pour , à l'occasion de sa première fête-Sed, que fut élevée la chapelle blanche (Karnak), retrouvée entièrement démontée dans les fondations d'un pylône du temple d'Amon à Karnak, et actuellement remontée dans le musée en plein air à côté du temple. Cette chapelle est, en fait, un bâtiment cubique auquel on accède par deux rampes opposées. Elle présente des éléments tout à fait caractéristiques de l'architecture égyptienne, comme le toreTore (architecture) : moulure en demi-cylindre. et la corniche à gorge, mais également le premier exemple de mur-bahut.. Seize piliers extérieurs et quatre intérieurs soutiennent le toit plat. On peut comparer cette architecture à celle des chapelles situées à côté des temples pour recevoir la barque du dieu, et dont on a retrouvé un exemple aussi dans les fondations d'un pilier du temple d'Amon à Karnak.

Le décor de la chapelle blanche est en bas-relief, très soigné, une caractéristique du style thébain. Il marque la liaison religieuse entre le dieu Amon, représenté sous la forme ithyphallique d'Amon-Min, avec le pharaon. La fonction d'un tel bâtiment est discutée : non seulement, il servait dans les fêtes Sed, mais aussi dans des processions, accueillant la statue du dieu Amon de Karnak.

À Médamoud, à proximité de Louxor, édifia un temple consacré à Montou. Les vestiges de ce temple remanié plusieurs fois aux périodes qui suivirent le Moyen Empire, ont été dispersés dans différents musées du monde, dont notamment le Louvre et le Musée égyptien du Caire. Stylistiquement proche de la chapelle blanche de , on y a également retrouvé de nombreuses statues du roi sous différents aspects. Médamoud a été le plus grand centre de production de céramique d'Égypte dans l'Antiquité..

Abydos édifia également en Abydos un temple cénotaphe consacré à Osiris, dont le plan et la structure annonce déjà ceux des temples divins du Nouvel Empire.

Fayoum

L'oasis du Fayoum fut une région particulièrement favorisée par les pharaons de la qui, outre les complexes funéraires édifiés à proximité de la nouvelle résidence fondée à Itj-Taouy (Licht), fondèrent plusieurs temples autour du lac Karoun qui occupe le centre de la dépression du Fayoum : celui de Qasr el-Sagah est de loin le plus énigmatique de par son architecture qui rappelle ceux de la et son aspect inachevé. Il reste cependant rattaché à la au vu des découvertes épigraphiques qui y ont été faites ; celui de temple de Rénénoutet à Médinet Mâdi, actuellement englobé dans des bâtiments d'époque ptolémaïque, était dédié au dieu Sobek ainsi qu'à sa parèdre Rénénoutet, et fut réalisé par et . Il contient lui aussi toutes les caractéristiques de l'architecture égyptienne (murs droits, corniche à gorge, tore, etc.), et un exemple intéressant de colonnes papyriformes fasciculées ; c'est encore qui fit ériger deux colosses à son image au bord du lac, sur le site actuel de Bihamou. Ces deux statues représentant le roi assis sur son trône, auxquelles on rendait un culte en tant que manifestation du Nil, faisaient face au lac. Seuls les vestiges des deux socles massifs qui les supportaient restent aujourd'hui encore visibles.

Architecture funéraire royale vignette|Maquette de l'ensemble funéraire et la pyramide de . Les petites pyramides sont celles des princesses.Metropolitan Museum of ArtPour un complément détaillé : voir dans les liens externes, les articles d'Angela Oppenheim de 2004, sur le site du Metropolitan Museum of Art. Les premiers souverains du Moyen Empire étaient enterrés dans la région de Thèbes, dans des hypogées creusées à même la roche. Le roi Nebhepetrê fit construire la sienne à Deir el-Bahari, à côté du futur temple d'Hatchepsout ().

Consacré en partie à Amon, ce complexe funéraire se compose d'un temple d'accueil, d'une grande cour avec en son centre une plateforme sur colonnes de vingt-deux mètres de côté, sur laquelle se trouvait un mastaba. Deux tombeaux furent creusés pour le roi, dans la falaise à partir d'un temple qui comportait également une cour à portiques et une salle hypostyle. Des statues royales longeaient les rampes d'accès à ce complexe remarquable par son immensité et le fait qu'il fut à moitié construit et moitié creusé dans la falaise. Des bas reliefs très marqués et anguleux sont à rapprocher de ceux de la Première Période intermédiaire.

La construction d'un ensemble aussi impressionnant rappelle que fut l'homme qui ramena l'unité et le calme en Égypte, et par là-même la possibilité d'utiliser les finances à de tels travaux.

La pyramide revient à la mode sous , qui fait édifier la sienne à Licht. Haute de , elle mesure de côté, et marque l'apparition des Textes des sarcophages en remplacement des Textes des pyramides. Le complexe est entouré d'une première grande enceinte, derrière laquelle se trouve la cour du temple funéraire. Une seconde enceinte enserre la partie privée, où des barques en bois et dix statues du roi ont été retrouvées.

La pyramide de se trouve à el-Lahoun : on peut encore y voir un beau sarcophage de granit rouge. À Dahchour est élevée celle de ( de côté, de haut), et à Hawara (dans l'oasis du Fayoum), celle d'. Ce dernier édifice, large de cent mètres, se compose d'un dédale de couloir, et contient une cuve monolithique en granit. Son temple funéraire, situé sur sa face sud, était gigantesque ( de côté) ; englobé dans une muraille, il se composait de douze cours parfois à colonnade, sur deux étages.

Architecture funéraire des particuliers