vignette|droite|Les armes de la ville de Forcalquier se blasonnent ainsi :De gueules à trois pals d'or.Cimier : couronne comtale et croix de ForcalquierDevise : « pus aut que les aup (plus haut que les Alpes) ». Ornement extérieur : Croix de guerre 1939-1945Historique : Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone et de Provence, concéda ce blason à la ville en 1217. vignette|droite

Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) est une petite ville du sud-est de la France.

Son territoire abrite des vestiges préhistoriques, dont le dolmen de la Fare, un des mieux fouillés du département. C’est au Moyen Âge que la ville est créée, et devient la capitale du comté de Forcalquier et un des deux sièges de l’évêché de Sisteron. À partir de la Renaissance, Forcalquier est un centre culturel.

À partir de la Révolution, Forcalquier est sous-préfecture.

Préhistoire

Les premières traces de vie humaine sur Forcalquier datent du , c'est-à-dire pendant la période du Néolithique. En 1991, un vase campaniforme a été découvert dans le quartier de La Fare : des gobelets céramiques en forme typique de cloche ont été trouvés dans une sépultureO. Lemercier, J. Cauliez, R. Furestier et alii, Site : halshs.archives-ouvertes.fr Le site Néolithique final de La Fare (Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence) résultats 1995-1999 et révision chronoculturelle, in H. Dartevelle (directeur de publication) : Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, , Clermont-Ferrand, 2002, Archéologie du sud-ouest, 2004, 445-455. . Les environs du bourg et la butte ont livré divers éléments, dont des silex et de la céramique, des fragments de tegulae, un pichet catalan des , une tête de statue du Bas-Empire () et une autre du Haut-Empire, le tout couvrant une époque allant du Néolithique à la fin de l'Empire romain. Ces découvertes, bien que ne permettant pas de conclure sur la forme, l'importance et une éventuelle continuité de l'occupation humaine à Forcalquier, attestent néanmoins d'une fréquentation et d'occupation antérieures au début du Moyen Âge.

La région de Forcalquier a connu très tôt une occupation humaine. Les Celtes se mêlèrent aux Ligures implantés dès le Ces peuples élurent domicile sur les éminences, comme en témoignent de nombreux oppida.

Antiquité thumb|Tracé de la Via Domitia.

Avec la colonisation romaine, les plaines et les grands axes de communication sont privilégiés. La voie Domitienne, de son nom latin Via Domitia, est construite en 118 a.v. J.-C. et permet de relier l'Italie à la péninsule Ibérique via la Gaule narbonnaise. Cette route, large de cinq à six mètres, a été aménagée à l'initiative du proconsul Gnaeus Domitius Ahenobarbus (Barbe d'Airain). À Forcalquier, elle passait à l'écart du site actuel, vers le quartier du Tatet, soit à quatre kilomètres du village. Dans Wikipédia, au moins quatre entités se réclament du nom de Forum Neronis : Carpentras et son marché (Vaucluse), Forcalquier, Lodève (Hérault) et Mens (Isère). (dénomination de Forcalquier à l'époque des Romains) était peu important en termes de population et de puissance administrative. Ce n'était pas le cas d'Apta Julia (Apt) et de Segustero (Sisteron), traversées par la Voie Domitienne.

Moyen Âge

Haut Moyen Âge

Alors que le sud-est de la Gaule était une terre burgonde, le roi des Ostrogoths Théodoric le Grand fait la conquête de la région entre la Durance, le Rhône et l’Isère en 510. La commune dépend donc brièvement à nouveau de l’Italie, jusqu’en 526. En effet, pour se réconcilier avec le roi burgonde Gondemar III, la régente ostrogothe Amalasonthe lui rend ce territoire..

Une agglomération très petite (hameau ou village) se constitue au sur une butte. Au ou au , un château important y est construit. En 925, il est déjà appelé castra, et il est assez sûr pour accueillir les reliques de saint Marius (ou Mary) et les mettre à l’abri des SarrasinsParc naturel du Luberon, Autour de l’An Mil en pays de Forcalquier, catalogue d’exposition, 2007, .. Ce transfert n'est pas daté précisément : la plus grande partie des historiens le situent en 925 ; il a lieu avant 967 et entraîne le changement de vocable de l'église Sainte-Marie.

L’église Saint-Promasse, qui relève de l’abbaye Saint-Victor de Marseille dès le ., et une villa agricole existent dès cette époque. Autour d’elle, se développe un petit bourg ecclésial. Autour de l’église un petit territoire constituait un protégé par l’église : cet habitat constitue probablement l'agglomération primitive qui allait devenir Forcalquier par la suite : au , la concentration des rôles militaire (le château), religieux (les reliques de saint Mary) et économique favorisèrent un transfert de population du bourg de Saint-Promasse vers le castrum. Il est probable également que le bourg de Saint-Promasse décline aux .

Bas Moyen Âge

En 1060, l’évêque de Sisteron Géraud Chevrier ne peut entrer dans sa ville après son élection par le concile d'Avignon, et se réfugie à Forcalquier. Il élève alors l’église Saint-Mary au rang de concathédrale.

Urbain II y séjourne le , en revenant de son prêche pour la première croisade.

vignette|110px|Blason des comtes de Forcalquierthumb|Partage de la Provence au entre comté et marquisat de Provence et comté de Forcalquier.

Au milieu du Moyen Âge, Forcalquier était une possession des comtes de Provence, qui échut au comte Foulques Bertrand, qui s’intitula comte de Forcalquier et en fit sa ville principale. Au , le comté de Provence, possession indivise entre plusieurs comtes, fut partagée et l'une des trois parties revint à la comtesse Adélaïde, veuve d'un comte d'Urgell, qui prend le titre de comtesse en 1110.

Au , les comtes de Forcalquier font de leur ville la capitale d'un comté qui s'étendait des sources de la Durance aux portes de Cavaillon, et dont les villes principales étaient Embrun, Gap, Sisteron, Manosque, Pertuis, Apt et SaultAlpes-de-Haute-Provence, Encyclopédies du Voyage, Gallimard, . Ce siècle est l’âge d’or du Pays de Forcalquier, comme en témoignent les nombreux édifices romans de la région.

En 1193, le mariage de Garsende de Sabran et d’Alphonse II de Provence fait passer le comté de Forcalquier dans les mains des Provence, , et Forcalquier devient une de leurs résidences. En 1300, une petite communauté juive comptant 11 feux était établie à Forcalquier (soit environ une soixantaine de personnes).. Au printemps 1348, la Peste noire provoque une émeute où les maisons des juifs sont pillées.

Après la crise économique et démographique du , Forcalquier .

Tout le siècle suivant est marqué par les grandes épidémies de peste (dont la peste noire).

En 1414, la ville est très dépeuplée, et l'Église de Forcalquier appauvrie (conséquence des destructions, mais aussi de la disparition d'une partie de la population, qui ne paie donc plus les redevances). Ces deux circonstances mènent à la suppression de trois des quatre paroisses (Notre-Dame du Bourguet, Saint-Jean et Saint-Pierre), qui sont toutes rassemblées dans celle de Saint-Mary, église neuve et suffisamment vaste pour accueillir toute la maigre population du bourg.

Faute d'héritier au dernier comte de Provence, le roi René, le comté est réuni à la France, mais le titre de comte de Forcalquier est porté par les comtes de Provence et ensuite les rois de France jusqu'à Louis XVIII. Le rattachement a lieu en 1481 : Louis XI hérite du comté, mais doit assiéger Forcalquier, qui résiste trois semaines avant de tomber le , puis est mise à sac. L'église Saint-Mary est en partie détruite à ce moment.

La Charte de commune 150px|thumb|Raimond Bérenger IV de Provence Guillaume IV de Forcalquier étant en difficulté face au marquis de Provence et au comte de Toulouse, la ville devait leur fournir une milice. C'est ainsi qu'en échange, Forcalquier recevait des privilèges et exemptions de taxes, depuis le . Ces privilèges furent par la suite confirmés et étendus : en 1217, Raimond Bérenger IV de Provence confirme ces exemptions et donne en supplément aux Forcalquiérens le droit de vendre leur vin toute l’année (au lieu de devoir attendre que le comte ait vendu le sien comme auparavant) ; en 1225, il borne le droit de cavalcade à la Durance, ce qui limite l’aide militaire due par les Forcalquiérens à une défense de leur propre terroir ; en 1229, il oblige certains commerçants à passer par Forcalquier au lieu de prendre la route directe par Manosque. De plus, tout le commerce entre la Basse-Provence et le comté de Forcalquier devra passer par Peyruis et Forcalquier ; les anciennes routes par Cadarache et Les Mées, ou par Digne sont interdites, ce qui assure la prospérité de l’axe utilisant la rive droite de la Durance.

Ces droits sont considérablement étendus à la fin du . Après l’assassinat de la reine Jeanne de Naples par Charles de Duras, la Provence est en pleine guerre de succession. La reine Marie, veuve de Louis d’Anjou, accorde des chartes de commune aux villes du comté pour financer sa guerre. Forcalquier obtient la sienne le . Elle donne une très grande autonomie à la ville : les droits antérieurs sont confirmés (garde des clefs de la ville notamment) ; le conseil a une compétence générale (il est libre de délibérer de tout sujet) et sans tutelle ; les principaux domaines relevant du conseil municipal sont toutefois restreints aux sujets suivants : police et défense de la ville, santé publique, écoles ; monopole sur la boucherie et la boulangerie, et droit d’affermer ce monopole annuellement ; berger municipal pour chaque type de troupeau, sauf pour les moutons ; tous les citoyens, y compris les Juifs, ont les mêmes droits.

Le droit de vote n’est pas donné à tous les hommes libres, mais le collège électoral peut rassembler près de 75 % des chefs de feu. Tous les titulaires de charge, notamment les syndics (maires), sont réélus tous les ans, avec inéligibilité à leur sortie de charge.

Cette charte est ensuite précisée, notamment en 1452, quand sont définis comme citoyens les hommes libres ayant les deux tiers de leurs biens à Forcalquier et y passant les fêtes. La ville profite des difficultés financières de pour racheter les derniers droits féodaux en 1521.

Du : les Temps modernes

La Réforme est précoce à Forcalquier, puisque les premières conversions se font avant 1512, date où ont lieu les premiers vandalismes : des oratoires sur les chemins sont rompus.. Pendant les guerres de religion, la ville reste majoritairement catholique, mais avec une partie non négligeable de la population qui se convertit au protestantisme. Le premier consul protestant est élu en 1559, et à cette date les protestants utilisent la chapelle Saint-Promasse pour célébrer leur culte. D’autres troubles se produisent, dont des rixes.