thumb|Conteneur de bombe à chauves-souris de l'armée de l'air américaine, utilisé par la suite comme abri d'hibernation des chauves-souris.

La bombe à chauves-souris est une arme expérimentale de la Seconde Guerre mondiale développée aux États-Unis. Les bombes étaient constituées d'un réservoir en forme de bombe et contenant de nombreux compartiments. Chacun d'eux contenait une chauve-souris de l'espèce des tadarides du Brésil (Tadarida brasiliensis), équipée d'une petite bombe incendiaire reliée à un système de déclenchement à retardement. Largué à l'aube depuis un bombardier, le conteneur devait déployer un parachute à mi-chute, puis s'ouvrir pour libérer les chauves-souris. Celles-ci iraient alors se percher dans les corniches des toitures et les greniers. Des incendies se déclareraient alors dans les endroits inaccessibles des maisons majoritairement constituées de papier et de bois, dans les villes japonaises, cibles désignées de cet armement.

Aperçu

Les bombes à chauves-souris furent conçues initialement par un dentiste de Pennsylvanie du nom de Lytle S. Adams, qui se trouvait être un ami d’Eleanor Roosevelt, la femme du président, et qui soumit l'idée à la Maison-Blanche en . Par la suite, elle reçut l'approbation du président Franklin Roosevelt conseillé par Donald Griffin.

Le Adams avait observé que les infrastructures japonaises étaient particulièrement vulnérables aux incendies, la plupart des bâtiments étant constitués de papier, de bambou et d’autres matériaux hautement inflammables. Il avait été prévu de lâcher des bombes à chauves-souris, chacune munie d'une petite bombe incendiaire au napalm avec retardateur, au-dessus de villes présentant des cibles industrielles très disséminées. Les chauves-souris se disperseraient loin de leur point de libération, puis à l'aube, elles iraient se cacher dans les bâtiments de la ville entière. Peu après, les mécanismes à retardement allumeraient les bombes, causant des incendies généralisés, générateurs de chaos.

Les États-Unis décidèrent de développer les bombes à chauves-souris pendant la Seconde Guerre mondiale, considérant quatre facteurs biologiques favorables à ce plan. Tout d'abord, les chauves-souris existent en grand nombre. Quatre grottes au Nouveau-Mexique sont chacune occupées par plusieurs millions d'individusCe site est aujourd'hui protégé, il s'agit du Parc national des grottes de Carlsbad.. Deuxièmement, les chauves-souris peuvent porter en vol plus que leur propre poids — les femelles emportent leur petit en vol, et parfois des jumeaux. Troisièmement, les chauves-souris hibernent, et, pendant leur sommeil, elles ne nécessitent ni soin ni alimentation. Enfin, elles volent dans l'obscurité, et trouvent ensuite des endroits retirés, souvent dans les bâtiments, pour se cacher durant la journée.

Détails du projet vignette|Vue aérienne du village japonais et du village allemand utilisé pour des tests d'armes incendiaires sur le terrain du Dugway Proving Ground. vignette|gauche|upright|Incendie d'un bâtiment de la base aérienne auxiliaire du champ d'aviation de l'United States Army Air Forces à Carlsbad, Nouveau-Mexique, causé malgré elles par des chauves-souris échappées de l'expérience.

Vers , une espèce de chauve-souris convenant au projet avait été sélectionnée. Le projet avait été considéré comme suffisamment sérieux pour que Louis Fieser, l'inventeur du napalm militaire, conçoive des dispositifs incendiaires de 17 et de que porteraient les chauves-souris. On conçut également un réservoir à chauves-souris, similaire à une enveloppe de bombe, comptant vingt-six plateaux superposés, chacun contenant des compartiments pour quarante chauves-souris, soit un emport potentiel de mille-quarante animaux. Les conteneurs seraient largués à d'altitude. À l'altitude de , la bombe devait s'ouvrir, puis les plateaux se sépareraient, mais demeureraient suspendus à un parachute qui se déploierait à l'altitude de . Il était prévu que dix bombardiers B-24 portant chacun une centaine de conteneurs, et partant d'Alaska, pourraient libérer porteuses de bombes au-dessus de la cible, à savoir les villes industrielles de la baie d'Osaka. On mena plusieurs séries d'essais pour répondre à diverses questions opérationnelles. Lors d'un incident, un incendie se déclara le 15 mai 1943 sur la base aérienne auxiliaire du champ d'aviation de l'United States Army Air ForcesCoordonnées du site : , à proximité de Carlsbad, au Nouveau-Mexique. Des chauves-souris équipées avaient été libérées par accident. Elles mirent le feu à la zone d'essai et allèrent se percher sous un réservoir d'essence. À la suite de ce revers, le projet fut relégué à la Marine américaine en , qui le rebaptisa « Projet X-Ray », puis au corps des Marines en décembre. Celui-ci transféra l'opération à leur champ d'aviation d'El Centro (Californie). Après plusieurs expériences et ajustements opérationnels, l'essai définitif fut mené sur le « Village japonais », une réplique en réduction d'une ville japonaise construite par le Service de la Guerre chimique sur leur site d'essai du Dugway Proving Ground, dans l'Utah. Les observateurs en rendirent compte avec optimisme. Le chef des essais incendiaires de Dugway écrivit : . L'observateur du Comité de recherche de la Défense nationale (National Defense Research Committee, NDRC) affirmait : Le rapport du chimiste en chef (Chief Chemist) affirmait que sur la base du poids considéré, X-Ray était plus efficace que les bombes incendiaires standards utilisées à l'époque. .

D'autres essais étaient prévus pour l'été 1944 mais le programme fut annulé par l'amiral de la flotte Ernest J. King lorsqu'il entendit qu'il ne serait vraisemblablement pas prêt pour le combat avant la mi-1945. Le budget dépensé sur le projet jusqu'à ce moment a été estimé à de dollars. On pensait que le développement des bombes à chauves-souris avançait trop lentement et était dépassé dans la course vers une fin rapide de la guerre par le projet de bombe atomique.

Le Adams maintint que ces bombes à chauves-souris auraient été efficaces sans les effets dévastateurs de la bombe atomique. Il a dit :

Le Stanley P. Lovell, directeur de la recherche et du développement de l'Office of Strategic Services (OSS), évoqua ultérieurement le projet tristement célèbre d' comme .

Influences culturelles L'ouvrage Sunwing écrit par Kenneth Oppel est inspiré de ce plan ; La chanson The Story Of The Japanese Bat Bomb de l'album de 2008 Doris, Buzz and Friends, écrit par John Krane, est également basé sur ce projet, bien qu'il évoque son inventeur attristé par la détonation imminente de la bombe (il n'y a aucune preuve d'un tel sentiment) ; Adams et son projet de bombe à chauves-souris constituent le sujet du poème de Derrick C. Brown The Project Known as X-Ray (Le projet connu sous le nom de rayon X), dans le recueil Scandalabra ; Le roman d'Alan Scott The Anthrax Mutation (La mutation de l'anthrax), dont le titre original était Project Dracula, utilisait le concept de bombe à chauves-souris, mais avec des chauves-souris portant des poches remplies de bacilles de la maladie du charbon (anthrax en anglais) sous forme de poudre, une variété améliorée par génie génétique afin d'être particulièrement infectieuse, et résistante, tant aux effets de la lumière solaire qu'à la température ; Dans la bande dessinée Le Groom vert-de-gris (de la série Spirou et Fantasio), un Belge élève des chauves-souris, équipées de bombes, à aller au contact avec les avions allemands.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Projet Pigeon Chien antichar Projet Fugo Animaux de guerre

Liens externes

Bats in Military Service (Les utilisations militaires des chauves-souris).

Catégorie:Animal militaire Catégorie:Arme américaine de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Bombe aérienne des Forces armées des États-Unis Catégorie:Projet abandonné des Forces armées des États-Unis