La pièce de de dollar américain Buffalo, également appelée nickel Buffalo ou nickel est une pièce en cuivre-nickel frappée par la Monnaie des États-Unis de 1913 à 1938. Elle est conçue par le sculpteur James Earle Fraser.
Dans le cadre d’un mouvement visant à embellir la monnaie, cinq dénominations de pièces américaines reçoivent de nouveaux dessins entre 1907 et 1909. En 1911, les responsables de l’administration Taft décident de remplacer le motif de Charles E. Barber pour le nickel, et ils confient la tâche à Fraser. Ils sont impressionnés par ses modèles représentant un Amérindien et un bison américain. Les dessins sont approuvés en 1912, mais leur émission est retardée de plusieurs mois en raison des objections de la , qui fabrique des mécanismes destinés à détecter les contrefaçons dans les machines fonctionnant avec des nickels. L’entreprise n'est pas satisfaite des modifications apportées par Fraser, et, en , le secrétaire au Trésor Franklin MacVeagh décide de mettre les pièces en circulation malgré ces objections.
En dépit des tentatives de la Monnaie pour améliorer le dessin, les pièces se frappent de façon peu nette et s’usent rapidement : les dates disparaissent facilement en circulation. En 1938, après l’expiration de la période minimale de durant laquelle le dessin ne peut être remplacé sans autorisation du Congrès, il est remplacé par le nickel Jefferson, conçu par . Le dessin de Fraser est aujourd’hui encore admiré et est repris sur des pièces commémoratives ainsi que sur la série en or .
Contexte En 1883, le nickel est émis, avec des motifs réalisés par le graveur de la Monnaie Charles E. Barber. Après la mise en circulation des premières pièces, le dessin est modifié pour ajouter le mot « » au revers, car la ressemblance de taille avec le permet à des escrocs de dorer les nouveaux nickels et de les faire passer pour des pièces de cinq dollars. Une loi votée par le Congrès, entrée en vigueur le , impose que les motifs des pièces ne puissent être modifiés avant une période d’utilisation de , sauf autorisation expresse du Congrès. Cette loi fait toutefois exception pour la pièce de cinq et le dollar en argent, qui peuvent être redessinés immédiatement. Néanmoins, la Monnaie continue de frapper le en grandes quantités durant la première décennie du .
En 1904, le président Theodore Roosevelt exprime son mécontentement quant à l’état artistique des monnaies américaines, et souhaite engager le sculpteur Augustus Saint-Gaudens pour les redessiner toutes. Contraint par la loi de 1890, la Monnaie chargee finalement Saint-Gaudens de ne refaire que le et les quatre pièces d’or. Saint-Gaudens réalise les dessins de l’ et du , qui entrent en circulation l’année de sa mort, en 1907 ; le , le et le sont conçus par d’autres artistes et mis en circulation en 1909. À cette date, le nickel circule depuis plus de et peut donc être redessiné. En 1909, le directeur de la Monnaie Frank Leach demande à Barber de préparer des essais pour de nouveaux nickels. La plupart représentent le premier président, George Washington. La presse apprend l’existence de ces pièces et spécule sur leur mise en circulation avant la fin de l’année. La Monnaie reçoit même des commandes de banques dans l’attente du futur nickel Washington nickel. Toutefois, le projet est abandonné lorsque Leach quitte son poste, le , et est remplacé par Abram Andrew.
Andrew est insatisfait du nouveau et envisage de solliciter l’autorisation du Congrès pour le remplacer par un dessin du sculpteur James Earle Fraser. Bien que le n'est finalement pas modifié, selon l’historien numismatique Roger Burdette, .
Préparation
Nouveau dessin alt=Un homme âgé en costume, cheveux courts et blancs, moustache blanche.|vignette|Franklin MacVeagh, secrétaire au Trésor sous la présidence de William Howard Taft. Une lettre que lui adresse son fils pourrait être à l’origine du nickel Buffalo. Le , Eames MacVeagh, fils du secrétaire au Trésor Franklin MacVeagh, écrit à son père :Peu de temps après la lettre de MacVeagh, Abram Andrew annonce que la Monnaie va solliciter de nouveaux dessins pour le nickel. James Earle Fraser, qui a été l’assistant d'Augustus Saint-Gaudens, se rapproche de la Monnaie et produit rapidement des concepts et des esquisses. Le nouveau directeur de la Monnaie, George E. Roberts, qui remplace Andrew, est d’abord favorable à un dessin représentant le président assassiné Abraham Lincoln, mais Fraser développe bientôt un projet représentant un Amérindien sur une face et un bison sur l’autre. Andrew et Roberts recommandent Fraser à MacVeagh et, en , le secrétaire approuve l’idée d’engager Fraser pour concevoir un nouveau nickel. L’approbation officielle se fait cependant attendre : ce n'est qu’en que MacVeagh demande à Roberts d’informer Fraser qu’il est officiellement chargé du projet. MacVeagh écrit : . Roberts transmet la nouvelle, puis adresse au sculpteur une longue liste d’instructions, dans laquelle il précise : .
Fraser achève les modèles en et prépare des électrotypes au format des pièces. Il apporte les modèles et les électrotypes à Washington le , où ils reçoivent l’enthousiaste approbation du secrétaire MacVeagh.
Affaire Hobbs alt=Médaille représentant un homme en costume aux cheveux courts, vu de profil droit.|gauche|vignette|Le directeur de la Monnaie George E. Roberts (représenté sur sa médaille de la Monnaie) fait de son mieux pour mener le nickel à bien, malgré le conflit entre James Earle Fraser et Clarence Hobbs. En , la nouvelle du nouveau dessin devient publique, et les fabricants de machines fonctionnant avec des pièces de monnaie cherchent à obtenir des informations. En réponse aux demandes, MacVeagh écrit qu’il n’y aurait aucun changement concernant le diamètre, l’épaisseur ou le poids du nickel. Cela satisfait la plupart des entreprises. Cependant, Clarence Hobbs, de la de Worcester, au Massachusetts, demande des précisions supplémentaires. Selon Hobbs, son entreprise fabrique un dispositif capable de détecter avec une précision totale les nickels contrefaits insérés dans les distributeurs automatiques.
Les discussions se poursuivent durant la majeure partie de l’année 1912, Hobbs exigeant diverses modifications du dessin, auxquelles l’artiste hésite à consentir. En , lorsque la soumet un dessin modifié du nickel, MacVeagh s’y oppose fermement. Le , Roberts approuve officiellement le dessin de Fraser, et le sculpteur est autorisé à le finaliser et le perfectionner, après quoi il doit recevoir pour son travail.
Le , le dessin approuvé de Fraser est utilisé pour frapper des pièces expérimentales ; le sculpteur écrit plus tard qu’il se souvient de plusieurs ouvriers remarquant que la nouvelle pièce se frappe plus facilement que l’ancienne. Par la suite, George E. Roberts demande à Fraser si la est satisfaite du dessin. L’artiste répond au directeur de la Monnaie que l’entreprise veut encore des modifications, et Fraser accepte de les rencontrer à nouveau. Au cours des deux semaines suivantes, Fraser travaille avec George Reith, le mécanicien de la qui a inventé le dispositif anti-faux jetons, afin de tenter de répondre aux préoccupations de l’entreprise. Le , Fraser télégraphe à la Monnaie depuis son atelier de New York pour annoncer qu’il soumet un dessin modifié, expliquant que le retard est . Le lendemain, le surintendant de la Monnaie de Philadelphie, John Landis, envoie à Roberts un exemplaire frappé du dessin révisé, déclarant : . alt=Un homme âgé, en costume, nœud papillon, cheveux courts et moustache.|vignette|Clarence W. Hobbs. Les objections de son entreprise retardèrent l’émission du nickel Buffalo pendant plusieurs mois. Malgré l’accord apparent, la continue à soulever des objections. Le graveur en chef Charles E. Barber est consulté ; il déclare que Reith, qui a assisté à la frappe d’essai, a disposé de tout le temps et des moyens qu’il a demandés pour tester les nouvelles pièces, et qu'il s'est dit satisfait. L’agent de la , C. U. Carpenter, suggère que Reith a été intimidé par les préparatifs déjà engagés pour l’émission du nickel modifié, .
Le , Hobbs envoie à Roberts une longue liste de modifications qu’il souhaite voir apportées à la pièce, et le sculpteur est convoqué à une réunion avec Hobbs et Reith. Le , à l’issue de la conférence, qui se termine sans accord, Fraser adresse à MacVeagh une lettre de dix pages, se plaignant que la lui fait perdre son temps et appelant le secrétaire à mettre fin à la situation. MacVeagh accepte d’organiser une réunion dans son bureau à Washington le . Lorsque la demande l’autorisation de faire venir un avocat, Fraser annonce qu’il ferait de même. L’entreprise sollicite des lettres de soutien auprès du monde des affaires, mais avec peu de succès ; les démarches de Fraser pour obtenir le soutien d’artistes à sa position sont, elles, plus fructueuses. Barber prépare des essais montrant à quoi ressemblerait le nickel si les changements exigés par Hobbs sont appliqués. MacVeagh mène la réunion comme une véritable audience juridique et émet une lettre le lendemain.
Le secrétaire note qu’aucune autre entreprise ne s’est plainte, que le mécanisme Hobbs n’a pas été largement commercialisé, et que les changements demandés nuiraient au mérite artistique de la pièce.Après avoir rendu sa décision, MacVeagh apprend que la Hudson & Manhattan Railroad Company, dont Hobbs affirme qu’elle a accueilli son dispositif avec enthousiasme, est en réalité en train de le retirer du service car jugé insatisfaisant. La décision du secrétaire ne met pas fin aux démarches de la , qui fait appel au président William H. Taft. À deux semaines de la fin de son mandat, le président n’a aucune intention d’interrompre la frappe du nouveau nickel, et MacVeagh écrit au secrétaire de Taft, : .
L’historien numismate et marchand de monnaies Q. David Bowers décrit l’affaire Hobbs comme .
Production alt=Deux pièces de monnaie très usées, une avec le profil droit d'un homme portant une coiffure à plumes, l'autre avec un bison.|vignette|Une pièce sans date, montrant les effets de la circulation sur le nickel Buffalo. Il s’agit d’un revers de type II. Les premières pièces sont distribuées le , lorsque William H. Taft préside la cérémonie de pose de la première pierre du à Fort Wadsworth, à Staten Island, à New York. Le mémorial, projet du magnat des grands magasins , n'est jamais construit, et l’emplacement est aujourd’hui occupé par une culée du pont Verrazzano-Narrows. Quarante nickels sont envoyés par la Monnaie pour la cérémonie ; la plupart sont remis aux chefs amérindiens qui y participent. Le paiement du travail de James Earle Fraser est approuvé le , dernier jour complet de l’administration Taft. En plus des convenus, Fraser reçoit pour travail supplémentaire et dépenses engagées jusqu’au .
Les pièces sont officiellement mises en circulation le , et reçoivent rapidement des commentaires positifs, car elles représentent des thèmes véritablement américains. Cependant, le déclare dans un éditorial que . La revue , dans ses éditoriaux de mars et , émet une critique tiède, suggérant de réduire la taille de la tête d’Indien et d’éliminer le bison au revers.