La bataille navale de Guadalcanal, qui eut lieu entre le 13 et le , fut l'engagement naval décisif entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale. Elle est également appelée troisième et quatrième batailles de l'île de Savo, bataille des Salomon, bataille du vendredi 13 et dans les sources japonaises.

Les forces alliées, essentiellement américaines, avaient débarqué sur Guadalcanal le et s'étaient emparées d'une base aérienne en cours de construction par les Japonais, par la suite appelée Henderson Field. Plusieurs offensives terrestres et maritimes japonaises pour reprendre l'aérodrome avaient échoué et au début du mois de , les Japonais organisèrent le transport naval de soldats et de leurs équipements pour réaliser une nouvelle attaque. Plusieurs navires japonais devaient bombarder l'aérodrome pour détruire les avions alliés qui menaçaient le convoi. Ayant appris cet objectif, les forces américaines déployèrent des appareils et des navires pour défendre Henderson Field et empêcher les soldats japonais de débarquer à Guadalcanal.

Au cours de la bataille qui suivit, les deux camps subirent de lourdes pertes lors de deux affrontements nocturnes. Les Américains parvinrent néanmoins à repousser les navires japonais devant bombarder Henderson Field et les avions alliés coulèrent la plus grande partie du convoi et empêchèrent la majorité des troupes japonaises de débarquer sur l'île. L'engagement fut la dernière grande tentative japonaise pour chasser les forces alliées de Guadalcanal et des îles alentour et la campagne de Guadalcanal se termina en par l'évacuation des derniers soldats japonais.

Contexte

Le , soldats alliés, principalement américains, débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et sur les Îles Florida dans les Îles Salomon occupées par les Japonais depuis mai. Les débarquements sur ces îles devaient permettre d'empêcher les Japonais de les utiliser pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Leur contrôle pouvait également servir à isoler la grande base japonaise de Rabaul et jouer un rôle de soutien pour la campagne de Nouvelle-Guinée. Les Américains capturèrent rapidement une base aérienne en cours de construction par les Japonais qui fut renommée Henderson Field et y déployèrent une force aérienne appelée Cactus Air Force (CAF) d'après le nom de code allié pour l'île de Guadalcanal. Au cours des deux mois qui suivirent, soldats américains furent déployés pour protéger l'aérodrome ; ; .

En réponse, le quartier-général impérial japonais chargea la japonaise basée à Rabaul et commandée par le lieutenant-général Hyakutake Haruyoshi de reprendre Guadalcanal. Les premières unités arrivèrent à Guadalcanal le pour chasser les forces alliées de l'île ; ; . Du fait de la menace posée par les appareils de la CAF sur Henderson Field, les Japonais ne pouvaient pas utiliser les grands et lents transports pour approvisionner des troupes et du ravitaillement sur l'île. Ils furent donc contraints d'utiliser des navires rapides basés à Rabaul et dans les îles Shortland. Ces derniers, essentiellement des destroyers et des croiseurs légers issus de la commandée par le vice-amiral Gunichi Mikawa, pouvaient faire l'aller-retour dans le détroit de Nouvelle-Géorgie pendant la nuit quand les capacités aériennes américaines étaient limitées. Ces navires n'étaient cependant pas adaptés au transport et il n'était pas possible d'acheminer des équipements lourds comme l'artillerie ou les véhicules et une grande partie du ravitaillement. Ces convois rapides furent surnommés « Tokyo Express » par les Alliés et « Transport Rat » par les Japonais.

thumb|left|Vue aérienne de Henderson Field sur Guadalcanal à la fin du mois d'août 1942. La première tentative japonaise pour reprendre Henderson Field échoua quand une attaque de 917 hommes fut repoussée lors de la bataille de Tenaru le et une seconde les 12 et échoua avec de lourdes pertes.

Le , deux cuirassés japonais réalisèrent un bombardement nocturne dHenderson Field qui détruisit une grande partie des appareils et des équipements. Cela permit aux Japonais de mettre en place un important convoi de transport classique qui achemina hommes supplémentaires ainsi que leur équipement lourd. Les Américains réparèrent néanmoins rapidement les dégâts et remplacèrent les appareils détruits de la base aérienne qui redevint opérationnelle durant les semaines qui suivirent ; .

Les troupes japonaises renforcées tentèrent à nouveau de reprendre l'île entre le 20 et le mais elles furent encore une fois repoussées avec des pertes importantes lors de la bataille d'Henderson Field. Dans le même temps, le vice-amiral Nagumo, commandant de la Flotte, durant la bataille des îles Santa Cruz, réussit à contraindre l', endommagé, à se replier, et à couler l'. La flotte japonaise avait cependant subi de lourdes pertes et dut rentrer à Truk et à Rabaul, et envoyer ses porte-avions au Japon pour y être ravitaillés et rééquipés.

thumb|350px|Carte des îles Salomon. Le détroit de Nouvelle-Géorgie (The Slot) passe au centre des îles de Bougainville et Shortlands au nord jusqu'à Guadalcanal au sud. L'armée japonaise planifia une autre attaque sur Guadalcanal en mais de nouveaux renforts étaient nécessaires avant qu'elle ne soit lancée. L'armée demanda le soutien de la Marine impériale pour acheminer les renforts sur l'île et soutenir l'offensive prévue. L'amiral Yamamoto fournit 11 grands navires de transport pour transporter soldats de la d'infanterie, leurs munitions, leur ravitaillement et leurs équipements lourds de Rabaul à Guadalcanal. Il assigna également une force navale de soutien, qui est allée relâcher à l'atoll d'Ontong Java et qui comprenait deux cuirassés rapides. Ces derniers, le Hiei et le Kirishima, étaient équipés de projectiles à fragmentation spéciaux afin de détruire Henderson Field dans la nuit du 12 au pour permettre au lent convoi d'atteindre Guadalcanal ; . Cette flotte de bombardement était commandée par le vice-amiral Hiroaki Abe récemment promu à bord du Hiei.

Même s'ils disposaient d'une certaine supériorité aérienne, les Alliés avaient cependant des difficultés pour ravitailler et renforcer leurs forces du fait de la menace des Japonais sur mer et dans les airs. Au début du mois de , les renseignements militaires alliés apprirent que les Japonais préparaient une nouvelle attaque. Les États-Unis déployèrent alors un large convoi de ravitaillement et de renforts commandé par le contre-amiral Richmond K. Turner le . Ces navires étaient escortés par deux forces opérationnelles commandées par les contre-amiraux Daniel J. Callaghan et Norman Scott et protégés par les appareils de la CAF basés à Guadalcanal ; ; ; . Les transports furent attaqués à plusieurs reprises les 11 et près de Guadalcanal par des appareils japonais basés à Buin sur l'île de Bougainville mais ils débarquèrent leur chargement sans avoir subi de dégâts importants. Douze appareils japonais furent abattus par les canons antiaériens des navires américains ou par les chasseurs basés à Henderson Field ; ; .

Première bataille navale de Guadalcanal : 13 novembre Prélude 300px|thumb|Carte de Guadalcanal La flottille d'Abe se rassembla à l'est de l'île Santa Isabel et se mit en route vers Guadalcanal le avec une arrivée estimée le matin du . Le convoi de transport plus lent escorté par 12 destroyers sous le commandement de Raizō Tanaka commença son avancée dans le détroit de Nouvelle-Géorgie et devait arriver dans la nuit du 13 ; ; . En plus des croiseurs de bataille Hiei (le navire amiral d'Abe) et Kirishima, la flottille d'Abe comprenait le croiseur léger et 11 destroyers (Samidare, Murasame, Asagumo, Teruzuki, Amatsukaze, Yukikaze, Ikazuchi, Inazuma, , Harusame et Yudachi ; . Trois autres destroyers (Shigure, Shiratsuyu et Yugure) fournissaient une arrière-garde dans les îles Russell durant la progression d'Abe près de l'île de Savo dans ce qui fut surnommé lIronbottom Sound (« détroit au fond de ferraille ») en raison des affrontements qui eurent lieu dans la zone. Les appareils de reconnaissance américains repérèrent l'approche des navires japonais et en informèrent le commandement allié ; . Turner détacha alors tous les navires disponibles pour protéger les troupes au sol contre l'attaque japonaise imminente et ordonna à tous les navires de ravitaillement situés à Guadalcanal de quitter l'île au plus tard dans la soirée du . Callaghan était de quelques jours plus ancien que le plus expérimenté Scott et il fut par conséquent placé à la tête de l'ensemble des opérations ; ; . Turner et les navires de transport arrivèrent sains et saufs à Espiritu Santo le .

Callaghan prépara sa force pour affronter les Japonais dans le détroit pendant la nuit. Celle-ci comprenait deux croiseurs lourds ( et ), trois croiseurs légers (, et ) et huit destroyers (, , , , , , et ). L'amiral Callaghan commandait depuis l'USS San Francisco.

Durant leur approche de Guadalcanal, les forces japonaises franchirent un important grain ce qui, associé à une formation complexe et aux ordres contradictoires d'Abe, entraîna la dislocation de la formation en plusieurs groupes ; . Dans le même temps, les forces américaines formant une colonne avec les destroyers à l'avant et à l'arrière et les croiseurs au centre progressaient dans lIronbottom Sound. Cinq navires disposaient du nouveau radar SG bien supérieur mais aucun ne se trouvait à l'avant de la colonne et le navire amiral de Callaghan n'en possédait pas non plus. Callaghan ne fournit pas non plus de plan de bataille à ses capitaines ; ; .

Combat thumb|left|450px|Trajets approximatifs de la force japonaise d'Abe (ligne rouge) et de la force américaine de Callaghan (ligne noire) dans le « détroit au fond de ferraille » entre l'île de Savo, le cap Espérance et Lunga Point sur Guadalcanal le 13 novembre. Le rond vert indique l'emplacement dHenderson Field. À environ le , dans une obscurité presque totale du fait du mauvais temps et de la nouvelle lune, les navires japonais entrèrent dans le détroit entre l'île de Savo et Guadalcanal et se préparèrent à bombarder Henderson Field avec des obus explosifs spécialement fournis pour cette mission. À la différence des forces navales américaines, les Japonais s'entraînaient intensément de nuit et réalisaient de fréquents exercices de tirs nocturnes et cette expérience fut payante non seulement dans le combat à venir mais également dans plusieurs autres affrontements au large de Guadalcanal dans les mois qui suivirent.

Plusieurs navires américains repérèrent les navires japonais grâce à leurs radars à partir de mais des problèmes techniques ou l'inexpérience des opérateurs ralentirent la transmission ; ; . Un message fut envoyé et reçu mais Callaghan était peu familiarisé avec le radar et en particulier avec sa précision. Il perdit encore plus de temps en essayant en vain de concilier les distances et les positions fournies par le radar avec les données visuelles limitées en particulier parce que l'opérateur radar donnait des informations sur des navires hors de vue et que Callaghan essayait de coordonner la bataille depuis la passerelle et non depuis une salle de commandement. Les analyses réalisées après la bataille permirent de mieux former les équipages et de créer des salles de commandement modernes qui devinrent la norme à partir de 1943.