La tour Saint-Rieul est une ancienne église catholique située à Louvres, en France. C'était la deuxième église de Louvres en plus de l'église voisine Saint-Justin. L'on ignore pourquoi un bourg modeste comme Louvres avait deux églises ; dans le pays de France, seul Gonesse était dans le même cas. L'église Saint-Rieul a été désaffectée au culte à la Révolution française, et sa nef et son unique bas-côté ont été démolis en 1801. Subsistent un clocher et un chœur roman de la première moitié du , ainsi qu'au sud, deux travées du sans grand caractère. Cet ensemble a servi de prison de 1796 jusqu'au début de la Troisième République. Depuis la fermeture de la prison, la tour est devenue le clocher de l'église Saint-Justin, qui en a toujours été dépourvue. En même temps que l'église voisine, la tour Saint-Rieul a été classée monument historique par arrêté du . Entre 1979 et 2008, le rez-de-chaussée a abrité le Musée intercommunal d'archéologie et d'histoire, transféré ensuite dans un nouveau bâtiment et devenu le musée Archéa.
Localisation
La tour Saint-Rieul est située dans le département français du Val-d'Oise, en pays de France sur la commune de Louvres, au centre ancien du bourg, à l'angle des rues Saint-Justin et des Deux-Églises. L'élévation occidentale empiétait légèrement sur la rue Saint-Justin, qui délimitait anciennement la façade quand l'église était encore complète. L'élévation septentrionale donne sur la rue des Deux-Églises, où l'église Saint-Justin lui fait face. Le chevet et l'élévation méridionale ne sont que partiellement visibles depuis la voie publique.
Historique thumb|upright|left|Vue sur la tour depuis la rue du Milton, au sud. thumb|upright|left|Dalle funéraire d'un laboureur et de sa femme, exposée dans la tour, date 1573. thumb|Sépulture dans le faux croisillon sud.
La tour Saint-Rieul au sud de l'église Saint-Justin constitue un important vestige de la deuxième église de Louvres. Construite en deux étapes pendant la première moitié du , elle comprenait un clocher et un chœur de style roman, ainsi que deux travées gothiques ajoutées au sud, qui avaient été rebâties dans le style style classique au . L'église était placée sous la double invocation de saint Rieul de Senlis et de la Vierge Marie. La coexistence de deux églises se côtoyant dans un petit bourg rural tel que Louvres soulève des interrogations. Dans tout le pays de France, seulement Gonesse et Saint-Denis avaient possédé deux ou plusieurs églises paroissiales. Luzarches et Montmorency avaient une église paroissiale et une église collégiale, où des chanoines priaient pour le salut des âmes des membres de la famille seigneuriale. Comme explication de la particularité à Louvres, certains auteurs évoquent le partage du bourg entre deux seigneurs, ce qui par contre n'a rien d'exceptionnel et n'a habituellement pas d'incidence sur le nombre d'églises. Charles Huet n'exclut pas que la fondation des deux églises remonte aux deux saints auxquels elles sont consacrées, Rieul de Senlis et Justin, martyrisé à Louvres au . Les liens des deux saints avec Louvres auraient donc été aussi forts que la population aurait construit une église pour chacun parmi eux. L'abbé Lebeuf n'est pas persuadé de l'authenticité de la légende selon laquelle il y aurait fait tomber une idole de Mercure en prononçant le nom de Notre Seigneur, et situe l'événement à Montmélian car il y a question d'une montagne....
Or, rien ne prouve l'existence de l'église Saint-Justin avant le , et Rieul a seulement été de passage à Louvres, pour faire de la prédication, avant qu'il ne devienne le premier évêque de Senlis. Au moins l'église Saint-Rieul remonte effectivement à l'évangélisation de la région. Dès cette époque, une vaste nécropole s'était formée autour de l'actuelle église, qui n'était pas qu'un simple cimetière de village : des fouilles ont mis au jour les sépultures de plusieurs personnages de haut rang aristocratique, contemporains et sans doute très proches du roi Clovis I. Le riche mobilier des fouilles est en partie exposé au musée Archéa. L'abbé Lebeuf mentionne la donation d'une terre à Louvres par sainte Fare, au ; elle tenait cette terre de son père Hagnéric, proche du roi Thibert II. La nécropole a pris une expansion considérable à l'époque mérovingienne, et en tant que cimetière paroissial, a continué d'être utilisée jusqu'au . L'on a donc tendance d'accorder à l'église Saint-Rieul une vocation de chapelle cimétériale, ce qui peut également expliquer ses dimensions modestes. Cette explication ne résout toutefois pas toutes les questions qui se soulèvent, car l'on ne connaît pas d'autres cas de cohabitation entre église paroissiale et chapelle cimétériale dans le nord de l'Île-de-France. Plusieurs constats faits par l'abbé Lebeuf sont compatibles avec la chapelle cimétériale : aucun pouillé du diocèse de Paris ne mentionne deux cures à Louvres, et les chartes et bulles qu'il a consultées (dont les plus anciennes de la fin du ) ne permettent pas de conclure à l'existence de deux églises. Il en résulte que l'église Saint-Rieul n'était pas paroissiale au Moyen Âge : les églises priorales, par exemple, ne sont pas non plus mentionnées dans les pouillés. La tradition orale locale affirmant l'antiquité de l'église Saint-Rieul, Lebeuf estime que c'était l'église paroissiale primitive, dédiée initialement à saint Justin, et que l'actuelle église Saint-Justin aurait été construite quand l'église Saint-Rieul était devenu trop petite. Ceci explique aussi l'absence de clocher sur l'église Saint-Justin. Mais l'abbé Lebeuf est conscient du fait que les façades des églises Saint-Justin et Saint-Rieul datent bien de la même époque, et il n'explique pas pourquoi l'église Saint-Rieul a été reconstruite après sa désaffectation comme église paroissiale. Il ne qualifie pas l'église Saint-Rieul comme désaffectée. Elle reste donc affectée au culte, mais il n'y a aucune mention relative à un deuxième curé ou une deuxième paroisse..
De différents sondages archéologiques ont permis de mettre au jour les fondations de trois chapelles édifiées successivement à l'emplacement de l'église romane actuelle. Leurs contours sont matérialisés dans le sol, et l'on peut s'étonner de leurs très petites dimensions, sachant que l'édifice actuel est lui-même très exigu. Le premier sanctuaire dépassait à peine la base du clocher ; il a été daté de la limite / et se terminait par un chevet plat, marqué en bleu. Le deuxième sanctuaire est carolingien ; il remonte au et est marqué en jaune. Finalement, les contours d'une chapelle pré-romane du (ou chapelle romane de la fin du si c'est de celle-ci que proviennent les chapiteaux et bases des arcatures aveugles) sont marqués en vert. L'église romane du second quart du , dont une partie subsiste à ce jour, ne se composait que d'une nef sans bas-côtés, d'un clocher central et d'une petite abside au chevet plat, ces deux derniers éléments entrant justement dans la composition de l'actuelle tour Saint-Rieul. La nef allait jusque dans la rue Saint-Justin et occupait essentiellement l'emplacement de l'actuel parvis. Le dernier étage du clocher est gothique, et a été ajouté au . Les murs au sud de la base du clocher et du chœur ont été percés d'arcades pour les faire communiquer avec un collatéral, dont les contreforts gothiques sont toujours visibles au sud. Ces deux travées ont été largement reprises au dans le style classique, sans doute dans le contexte de la construction du bas-côté au sud de la nef romane.
À la suite de la désaffectation de l'église sous la Révolution française, la nef est utilisée pendant quelques années comme fonderie de cloches. Puis l'édifice est transformé en prison en 1796. Deux cachots sont implantés au rez-de-chaussée, dans la base du clocher et le chœur, et deux salles pour les coupables de délits moins graves sont aménagées aux étages. La nef sert apparemment de cour de promenade. En raison de leur mauvais état et dans la perspective de récupérer les matériaux, la nef et le bas-côté sont abattus en 1801. On conserve seulement les murs à neuf pieds de hauteur pour servir de murs de clôture. La chapelle latérale sud est transformée en remise de la pompe à incendie, tandis que le chœur de l'église devient l'asyle de nuit pour les mendiants de passage, et la base du clocher accueille la salle de répétition de l'harmonie municipale. Ceci entraîne le percement d'une porte du côté nordCf. , photo de Félix Martin-Sabon. La porte au nord du chœur était plus tardive, apparemment postérieure aux premières restaurations ; cf. , photo de Jean-Eugène Durand.. Le comble du logement du sonneur de cloches, à l'est du clocher, conserve la vocation de prison. Celle-ci fait même l'objet de travaux de réparation à plusieurs reprises, et sert encore jusqu'en 1872. Un célèbre prisonnier est Eugène-François Vidocq en 1805. Le logement à l'étage bénéficie de travaux en 1850 et 1866. Une première restauration conservatoire des vestiges de l'église est entreprise en 1894/95. Les deux églises sont classées au titre des monuments historiques par arrêté du . Entre 1979 et 2008, la tour Saint-Rieul a abrité le Musée intercommunal d'archéologie et d'histoire, transféré ensuite dans un nouveau bâtiment et devenu le musée Archéa. La tour demeure propriété municipale. Sa vocation de clocher a été réaffirmée par l'installation de deux nouvelles cloches en 2000, fondues par les établissements Bollée d'Orléans et sonnant en Mi et Sol. Elles s'ajoutent à l'unique cloche que la Révolution avait laissé en place, qui pèse et sonne en Do. L'ancien musée reste quant à lui sans affectation et ne contient plus que de vitrines vides.
Description thumb|Plan de l'ancienne église.
Aperçu général
En contemplant la tour depuis le parvis, l'on se situe à l'emplacement de l'ancienne nef de l'église Saint-Rieul, au nord le long de la rue des Deux-Églises, ou à l'emplacement du collatéral sud du . Orientée légèrement vers le nord-ouest du côté de la façade occidentale, l'église se composait d'une nef non voûtée, séparée de son unique collatéral sud par un mur percé de deux arcades ; d'un chœur de deux travées, dont la première est la base du clocher, et la seconde, une abside rectangulaire au chevet plat ; et d'une chapelle latérale sud de deux travées, dont la seconde est peu profonde et se termine par un mur oblique. Les travées qui subsistent sont donc au nombre de quatre, qui communiquent entre elles par quatre grandes arcades de différente nature. La deuxième travée de la chapelle latérale sud est recouverte d'un plafond en lattis, et les autres travées sont voûtées d'arêtes. Derrière le chevet, se situe un escalier extérieur, qui aboutit sur une cage d'escalier desservant l'étage. Cette cage d'escalier accolé au chevet est réalisée en colombages, mais l'étage de l'église est bâti en dur. Il se divise en plusieurs petits locaux au-dessus du chœur, et comporte notamment une grande salle très bas de plafond au-dessus de la chapelle latérale sud. Depuis la pièce au-dessus du chœur, un étroit passage permet d'accéder au premier étage du clocher, qui est un étage intermédiaire. Visible extérieurement depuis le nord seulement, il permettait à l'étage de beffroi roman de dépasser en hauteur la toiture de la nef. Cet étage est terminé par un plafond de charpente, et aujourd'hui subdivisé en deux niveaux. Mais c'est depuis le deuxième étage à l'est du clocher, qui a longtemps servi de prison, que l'on accède au deuxième étage du clocher par un escalier en bois très raid. L'étage de beffroi roman est aujourd'hui vide, mis à part un escalier en bois qui dessert le troisième étage, et un plafond intermédiaire un peu en dessous de la voûte d'ogives. Le troisième étage est l'étage de beffroi gothique, qui abrite aujourd'hui le beffroi et les cloches. Il est coiffé d'un toit pyramidal recouvert d'ardoise, derrière une balustrade moderne....
Extérieur thumb|upright|Vue depuis la rue de Paris, à l'est.