thumb|upright|Des officiers allemands devant le Nationaltheatret à Oslo en 1940.
L’occupation de la Norvège par le Troisième Reich au cours de la Seconde Guerre mondiale débute le avec l'invasion allemande de la Norvège. Elle ne s'achève que le , après la capitulation des forces allemandes en Europe. Durant cette période, la Norvège est placée sous la domination militaire de la Wehrmacht tandis qu'une administration civile est assurée par le . À partir de 1942, l'occupant met en place un gouvernement collaborationniste dirigé par le nationaliste Vidkun Quisling. Dans le même temps, le roi et un gouvernement légitime continuent la guerre en exil depuis Londres. Cette période d'occupation militaire est généralement appelée « années de guerre » ou « période d'occupation » en Norvège.
Contexte
La Norvège avant la guerre Devenue pleinement indépendante de la Suède en 1905, la Norvège reste neutre durant la Première Guerre mondiale. Au début des années 1930, la neutralité demeure la doctrine officielle de la Norvège en matière de politique étrangère en raison du pacifisme promu par le parti travailliste au pouvoir ainsi que de l'austérité budgétaire. Toutefois, sous l'impulsion des mouvances de droite et du roi qui agit en sous-main, le Storting finit à la fin des années 1930 par décider d'une augmentation de moyens alloués à l'armée.
Le , Adolf Hitler propose un pacte de non-agression aux pays scandinaves. La Norvège le refuse, au même titre que la Suède et la Finlande, afin de préserver sa neutralité. Le gouvernement norvégien est toutefois résolu à éviter une guerre avec la Grande-Bretagne.
À partir de l'automne 1939, avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la position stratégique de la Norvège dans la mer du Nord la place sous la menace imminente d'une invasion. Entre et , le pays commence à mobiliser son armée et se prépare à supporter un blocus maritime. Plusieurs incidents militaires se produisent, notamment l'incident naval du Altmark allemand arraisonné par la Royal Navy dans le Jøssingfjord. La Norvège tente de négocier des traités commerciaux favorables à la fois avec l'Allemagne et le Royaume-Uni mais il apparaît de plus en plus clair que chaque belligérant a intérêt à prendre contrôle de la Norvège, afin d'en bloquer l'accès à l'adversaire.
Le Royaume-Uni fait notamment pression sur le gouvernement pour que la Norvège mette à disposition sa flotte marchande pour transporter des biens britanniques et souhaite que le pays participe au blocus naval contre l'Allemagne. À partir de , le Royaume-Uni envisage une invasion de la Norvège sous prétexte de répondre à l'agression allemande. L'objectif est d'atteindre les mines de Gällivare dont celle de Malmberget, en Suède, afin de priver l'Allemagne des exportations de fer suédois, vitales pour son industrie de guerre. Il est également espéré que l'ouverture d'un front en Scandinavie détournera l'Allemagne de l'attaque en France.
Entre le au , 55 navires norvégiens d'un tonnage total de coulent par fait de guerre, mines, torpillages, dans l'immense majorité d'origine allemandes, causant la mort de .
Invasion par l'Allemagne nazie
Sous prétexte que la Norvège avait besoin d'être protégée de l'ingérence britannique et française, l'Allemagne l'envahit en visant ces objectifs : sécuriser des ports à partir desquels les forces navales allemandes pourraient contrôler le nord de l'océan Atlantique ; garantir l'approvisionnement en minerai de fer en passant par Narvik ; devancer une invasion britannique et française ; renforcer l'influence du Reich sur l'Europe.
Par négligence à la fois de la part du ministre norvégien des Affaires étrangères Halvdan Koht et du ministre de la Défense Birger Ljungberg, la Norvège n'était en grande partie pas préparée à l'invasion militaire allemande lorsqu'elle est survenue dans la nuit du 8 au . Une tempête majeure le entraîne la marine britannique, qui échoue à établir un contact avec la flotte d'invasion allemande. Conformément à la tactique de la guerre-éclair, les forces allemandes attaquent la Norvège par la mer et par les airs durant l'. La première vague d'attaquants allemands ne comptait qu'environ . Les navires allemands pénètrent dans l'Oslofjord, mais sont arrêtés lorsque les torpilles d'Oscarsborg coulent le vaisseau amiral allemand Blücher et endommagent les autres navires de la force opérationnelle allemande. Le Blücher transportait alors les forces qui devaient assurer le contrôle de l'appareil politique en Norvège, mais le naufrage et la mort de plus de et membres d'équipage ont retardé les Allemands, de sorte que le roi et le gouvernement norvégien purent s'enfuir d'Oslo. Dans les autres villes attaquées, les Allemands n'ont fait face qu'à une résistance faible.
Les principaux ports norvégiens d'Oslo jusqu'à Narvik sont occupés par des détachements avancés de troupes allemandes, transportés sur des destroyers. Au même moment, un bataillon de parachutistes capture les aérodromes d'Oslo et de Stavanger, et allemands survolent la zone. La résistance norvégienne à Narvik, Trondheim (deuxième ville de Norvège et la clé stratégique de la Norvège), Bergen, Stavanger et Kristiansanda est vaincue très rapidement et la résistance d'Oslo aux forces maritimes finit par échouer lorsque les troupes allemandes de l'aérodrome entrent dans la ville. Une défense improvisée à Midtskogen permet cependant d'empêcher un raid allemand de capturer le roi et le gouvernement.
La mobilisation norvégienne fut entravée par la perte d'une grande partie de l'équipement militaire au cours des premières heures de l'invasion, l'ordre de mobilisation peu clair du gouvernement et la confusion générale causée par l'énorme choc psychologique de l'attaque allemande. L'armée norvégienne a donc planifié sa campagne comme une retraite tactique en attendant des renforts britanniques.
La marine britannique ouvre la voie à Narvik le , coulant un sous-marin et huit destroyers dans le fjord. Les troupes britanniques et françaises débarquent sur terre le lendemain, puis à Namsos et Åndalsnes, pour attaquer Trondheim. Les Allemands, cependant, font venir de nouvelles troupes à l'arrière des Britanniques à Namsos et remontent le Gudbrandsdalslågen depuis Oslo contre la force d'Åndalsnes.
Les Allemands, Français et Britanniques ont alors environ chacun en Norvège. Le , une discussion s'entame à propos de l'évacuation des troupes alliées et, le , les troupes norvégiennes, soutenues par des soldats français, ne parviennent pas à repousser les Panzer. À partir du , les Britanniques décident d'évacuer la Norvège. Le , les dernières poches de résistance norvégiennes restantes dans le sud et le centre de la Norvège ont été vaincues à Vinjesvingen et à Hegra.
Au nord, les troupes allemandes livrent un combat acharné lors de la bataille de Narvik. Résistant à cinq fois plus de troupes britanniques et françaises, ils quittent finalement Narvik le . En se déplaçant vers l'est, les Allemands sont surpris d'apprendre que les Britanniques quittent à leur tour Narvik le . L'offensive allemande en France avait tellement progressé que les Britanniques ne pouvaient plus se permettre un engagement militaire en Norvège. Le roi Haakon VII et une partie de son gouvernement partent pour l'Angleterre sur le croiseur britannique pour établir le gouvernement norvégien en exil.
Les combats se poursuivent dans le nord de la Norvège jusqu'au , date à laquelle la norvégienne s'est rendue peu de temps après l'évacuation des forces alliées dans le contexte d'une défaite imminente en France. Parmi les territoires occupés par l'Allemagne en Europe occidentale, la Norvège fut le pays ayant le plus longtemps résisté à l'invasion allemande .
Environ sont envoyés en garnison en Norvège pour le reste de la guerre. En occupant la Norvège, Hitler a obtenu la protection de l'approvisionnement de l'Allemagne en minerai de fer en provenance de Suède ainsi que des bases navales et aériennes avec lesquelles frapper le Royaume-Uni.
Le régime d'occupation
Liens avec l'Allemagne Avant l'invasion, Vidkun Quisling, dirigeant du parti fasciste norvégien, le Nasjonal Samling (« Rassemblement national »), avait tenté de persuader Adolf Hitler qu'il formerait un gouvernement pour soutenir l'occupation allemande. Bien qu'Hitler soit resté peu réceptif à l'idée, il a donné l'ordre de rédiger des plans dans le cadre de l'invasion de la Norvège. Ainsi, le premier jour de l'invasion, Quisling, de sa propre initiative, fait irruption dans les studios NRK à Oslo le et diffuse une émission nationale à , où il se déclare premier ministre et ordonne l'arrêt immédiat de toute résistance. Cela déplut aux autorités allemandes, qui souhaitaient initialement que le gouvernement légitime reste en place. Néanmoins, lorsqu'il devint évident que la situation ne changerait pas, les Allemands en vinrent rapidement à reconnaître Quisling. Hitler ne connaissant personne de mieux, il le soutient dès le soir du , exigeant que le roi Haakon le nomme formellement Premier ministre.
Lorsque l'ambassadeur d'Allemagne en Norvège, Curt Bräuer, présente les demandes de son gouvernement à Haakon, le roi fait savoir qu'il abdiquera avant de nommer Quisling premier ministre. Les Allemands réagirent en bombardant le village qu'ils pensaient que le roi occupait. Haakon avait en réalité quitté les lieux au moment des premières détonations. Réalisant que le parti de Quisling ne pouvait rassembler aucun soutien significatif, les Allemands l'ont rapidement repoussé. Un conseil d'administration dirigé par Ingolf Elster Christensen a donc été créé le pour administrer les zones passées sous contrôle allemand. Ce conseil a été aboli le , lorsque le Reichskommissar Josef Terboven prend le pouvoir en formant son propre cabinet. Terboven tente alors de négocier un arrangement avec les membres restants du parlement norvégien pour constituer un cabinet pro-nazi ayant un semblant de légitimité, mais ces pourparlers échouent.
Quisling est par conséquent réinstitué à la tête de l'État le , bien que Terboven continue d'utiliser la violence comme outil politique, ce qu'il fait à plusieurs reprises, en imposant la loi martiale à Trondheim et en ordonnant la destruction de Telavåg. Quisling estimait qu'en assurant la stabilité économique et en assurant la médiation entre la société civile norvégienne et les occupants allemands, son parti gagnerait progressivement la confiance de la population. L'adhésion au Nasjonal Samling a légèrement augmenté au cours des premières années de l'occupation mais n'a jamais atteint des niveaux significatifs et s'est érodée vers la fin de la guerre.
Parmi les Norvégiens ayant soutenu le parti collaborationniste Nasjonal Samling, relativement peu étaient des collaborateurs actifs. Le plus notoire d'entre eux est Henry Rinnan, dirigeant du Sonderabteilung Lola (connu localement sous le nom de Rinnanbanden ou « le gang Rinnan »), un groupe d'informateurs ayant infiltré la résistance norvégienne, réussissant ainsi à capturer et à assassiner nombre de ses membres. D'autres collaborateurs appartenaient au Statspolitiet (STAPO), une force de police qui opérait indépendamment de la police régulière. La Statspolitiet était étroitement liée au régime Quisling et recevait également des ordres directement de la Sicherheitspolizei allemande. Hirden était une force paramilitaire fasciste avec des membres du parti subordonnés au parti au pouvoir, et qui recourait largement à la violence.