thumb|Exécution des Templiers condamnés au bûcher, illustration du manuscrit Chronik von der Schöpfung der Welt (vers 1384). La condamnation au bûcher est une méthode d'exécution, consistant à brûler par le feu un individu condamné à mort dont le corps est disposé sur un échafaud constitué d'un amas de bois combustible.
Connu depuis l'Antiquité, il fut très souvent utilisé en Occident, du Moyen Âge jusqu'au , pour exécuter entre autres les sorciers ou magiciens, les hérétiques relaps, les homosexuels convaincus de sodomie et les régicides.
Selon les législations et systèmes pénaux, le corps du condamné pouvait passer par différentes étapes préliminaires avant d'être réduit en cendres.
Histoire vignette|redresse|Exécution du chevalier de Hohenbourg et de son valet pour sodomie sous les remparts de Zurich en 1482 (enluminure d'époque). vignette|redresse| Hermann Anton Stilke (milieu du s.) : une représentation erronée du supplice de Jeanne d'Arc, car la personne condamnée ne montait pas au bûcher mais était enfermée à l'intérieur, seuls son buste et sa tête émergeant (cf. illustration ci-dessus)..
Comme méthode d'exécution, le bûcher (ou bucher.) a beaucoup été utilisé tout au long de l'Histoire. Dans l'Antiquité, circule le mythe d'Amphitryon : apprenant l'infidélité de sa femme Alcmène, il la condamne au bûcher mais Zeus éteint les flammes par une averse soudaine.
Sous l'Empire romain, pour le martyre des premiers chrétiens et certaines hagiographies montrent que des tentatives échouèrent et que les condamnés durent avoir la tête tranchée. Sous l'Empire byzantin, le bûcher était réservé aux zoroastriens récalcitrants car ces derniers rendaient un culte au feu. Signalons également les civilisations précolombiennes d'Amérique du Sud où le bûcher prend une dimension sacrificielle.
Le supplice est réinventé en Occident un peu avant la réforme grégorienne. Le premier bûcher, mentionné sans précisions, date de 1010 et s'inscrit dans le cadre d'une campagne de persécution contre les JuifsL. Dasberg, Untersuchungen über die Entwertung des Judenstatus im 11. Jahrhundert, EPHE section "Études juives", Paris, novembre 1965., Synagoga und Ecclesia - Religionsgeschichtliche Studien über die Auseinandersetzung der Kirche mit dem Judentum im Hochmittelalter, 1938, réed. Lambert Schneider, Heidelberg, 1983 . commencée par leur expulsion de MayenceR. Chazan, « 1007-1012 Initial Crisis for Northern-European Jewry », Proceedings of the American Academy for Jewish Research, 38-39, , Ann Arbor (Michigan), 1971.. Le procédé est renouvelé douze ans plus tard au terme du procès des « hérétiques d'Orléans ». Cette condamnation, à caractère politique, se veut exemplaire, et vise à instaurer un climat de terreurR. Landes, « La vie apostolique en Aquitaine en l'an mil, Paix de Dieu, culte des reliques et communautés hérétiques », dans Annales « Économies, Sociétés, Civilisations », vol 46, , p. 584, EHESS, Paris, 1991.. Elle inaugure le « printemps des hérésies » que le zèle des prédicateurs s’emploie à éradiquer par le feu en Artois, à Vertus, Chalons, Montfort près d'Asti, Poitiers, Charroux, dans la campagne périgourdine, à ToulouseR. Landes, « La vie apostolique en Aquitaine en l'an mil, Paix de Dieu, culte des reliques et communautés hérétiques », dans Annales « Économies, Sociétés, Civilisations », vol 46, , EHESS, Paris, 1991.… Ce qui ne s'appelle pas encore un autodafé est souvent, comme dans les cas d'Abélard, de Marguerite Porete, d'Amaury de Bène, utilisé dans un premier temps comme une forme d'avertissement, ce qui permet de réserver le bûcher au relaps et de l'éviter au repentant, seule la « persévérance étant diabolique ».
Pour bâtir un bûcher, on fichait d'abord un poteau en terre, puis on disposait « autour de lui de la paille, des fagots et des bûches, en alternance, jusqu'à arriver à hauteur d'homme et en laissant un espace en façade pour pouvoir accéder au poteau ».. L'estrade en hauteurL'estrade pour Jeanne d'Arc fut trop haute, si bien que le bourreau ne put pratiquer le retentum. Cf . afin que le peuple ne perdît rien du spectacle, favorisait la prise d'air par en dessous et la combustion du bois, le supplicié se trouvant davantage rôti que brûlé.. Le supplice pouvait être allongé en employant du bois vert qui brûlait plus lentement mais provoquait une mort par asphyxie, ou accéléré en ajoutant de la poix, en frottant les pieds du supplicié avec du lard afin qu'ils brûlassent plus viteJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris.. Quelquefois, on couvrait la victime de soufre ce qui l’asphyxiait ou on lui mettait sur la poitrine un sac de poudre à canon ou dans la bouche un éteuf plein de poudre qui explosait. A contrario, un retentum pouvait parfois abréger les souffrances en étranglant ou en assommant préalablement le condamné, voire en lui enfonçant dans le cœur un croc de fer par le bourreau placé derrière pour ne pas être vu par les spectateurs..
En Inde, les épouses des castes supérieures avaient obligation de se jeter dans le bûcher funéraire de leur mari (coutume du Satī), et supposées ne pas souffrir si elles étaient de bonnes épouses. Il fut également utilisé pendant les guerres de Religion à l'encontre des réformés. Dans certaines régions reculées, des accusations pour « crime de sorcellerie » sont toujours proférées. Des exécutions au bûcher ont notamment eu lieu en 2000 en Inde, en 2008 au Kenya via Internet Archive., en 2014 au Nigéria« Une femme soupçonnée d’être sorcière brûlée vive », Netafrique, 7 mai 2014. et en 2016 en Papouasie-Nouvelle-Guinée« En Papouasie-Nouvelle-Guinée, on brûle des sorcières… », HuffingtonPost, 23 janvier 2016..
Différents motifs de condamnation
Bestialité La zoophilie se manifestant par un acte sexuel entre humain et animal était puni par la peine capitale en France avant 1789 ; le corps du condamné et celui de l'animal devaient être brûlésG. Dubois-Desaulle, Étude sur la bestialité au point de vue historique, médical et juridique, Paris, Charles Carrington, 1905 — lire sur Gallica..
Hérétisme
Chrétiens Au temps de l'Empire romain, selon certains auteurs, des chrétiens furent exécutés par le feu selon une méthode particulière : le corps était entièrement enduit de poix et de résine à laquelle on mettait le feu. Selon leur hagiographie, certaines saintes ont réchappé au supplice du feu :
Sainte Agnès fut condamnée à être brûlée sur la place publique comme sorcière. Mais le feu épargna la jeune fille et détruisit ses bourreaux. Finalement, Agnès fut égorgée. Sainte Olive subit le même sort : elle fut condamnée à mourir sur le bûcher. Toutefois, les flammes refusant de la toucher, ses bourreaux se résolurent finalement à la décapiter. Sainte Eugénie aurait subi le même martyre en 257 : l'épreuve du bûcher ayant échoué, on lui trancha la tête.
Henri Voes et Jean Van Eschen sont les premiers martyrs protestants, brûlés le à Bruxelles. Anne du Bourg, calviniste, condamné en 1559 comme hérétique à être pendu en place de Grève, puis son corps brûlé.
En 1762, Jean Calas, calviniste, accusé à tort d'avoir assassiné son fils, roué vif place Saint-Georges à Toulouse, étranglé puis brûlé.
Juifs vignette|redresse|Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher, enluminure tirée de la Chronique illustrée de Lucerne de Diebold Schilling (1515).
À l'origine, la pointe aval de l'île de la Cité à Paris se terminait par trois îles : l'île aux Juifs, l'île aux Treilles et l'îlot de la Gourdaine. Elles furent réunies à l'île de la Cité par Henri IV pendant la construction du pont Neuf. L'île aux Juifs tenait son nom des nombreuses exécutions de Juifs organisées à cet endroit durant le Moyen Âge. C'est à ce même endroit que fut brûlé Jacques de Molay en 1314. Ailleurs, les exécutions ont concerné : Salomon Molkho, marrane qui se reconvertit au judaïsme, se proclama Messie, et périt par le feu pour apostasie. Les Juifs subissent de nombreuses persécutions et spécialement, pendant la peste noire, malgré la protection du pape Clément VI. Accusés d'empoisonner les puits, environ d'entre eux seront brûlés vifs à Strasbourg le .
Homosexualité Selon le Lévitique (20, 13), deux hommes coupables de sodomie doivent être punis de mort. Le , l'empereur romain Théodose proclame un édit condamnant au bûcher les sodomites. En 1120, le concile de Naplouse institue la peine de mort sur le bûcher pour les sodomites du royaume de Jérusalem.
En 1440, Gilles de Rais est accusé de nombreux crimes, et parmi eux de sodomie (il s'agissait principalement de pédophilie), et meurt sur un bûcher. En 1554, le poète et humaniste Marc-Antoine Muret, inculpé mais en fuite en Italie, est condamné au bûcher pour sodomie par le Parlement et brûlé en effigie et donc par contumace.
Régicides Ravaillac, assassin du roi de France Henri IV, comme Robert-François Damiens qui tenta d'assassiner Louis XV, sont condamnés, selon la peine réservée aux régicides, au bûcher après écartèlement. Le cadavre de Jacques Clément, assassin de Henri III et tué juste après son acte, est également brûlé.
En 1806, en Martinique, Émilie, esclave de la maison de la Pagerie, est brûlée vive à Fort-de-France, pour tentative d'empoisonnement contre Rose Claire des Vergers de Sannois, mère de l'impératrice Joséphine de Beauharnais.
Sorcellerie thumb|Femme brûlée pour sorcellerie à Willisau (Suisse) en 1447.
Urbain Grandier est mis à mort en raison de l'affaire des démons de Loudun en 1634.. Périt de la même façon Catherine Deshayes, dite La Voisin, brûlée à Paris place de Grève en 1680, avorteuse, qui pratiquait des messes noires et fut mêlée à l'affaire des poisons..
Personnalités condamnées en fonction des époques et par pays
La liste qui suit ne saurait être exhaustive. Elle recense des suppliciés dont l'Histoire a retenu le nom. Sous l'Empire romain Polycarpe de Smyrne, martyr chrétien, brûlé vif vers 155 ; Saint Laurent, martyr chrétien à Rome en 258. Selon la légende, on le fouette jusqu'au sang puis l'étend sur un gril que des charbons à demi allumés portent lentement à incandescence ; Irène de Thessalonique, martyre chrétienne à Thessalonique en 304. Après ses sœurs Agapi et Chiona, ses compagnes Eutychie, Philippa et Casie et son compagnon Agathon, elle est jetée vivante dans un brasier.
En Allemagne Walter Lollard, théologien, brûlé vif à Cologne en 1322 pour hérésie ; Jan Hus, théologien tchèque, brûlé vif à Constance le pour hérésie ; Jérôme de Prague, théologien tchèque et disciple du précédent, brûlé vif à Constance le pour hérésie. Il demande à voir la torche qui allume son bûcher et entonne un cantique à voix forte.
En Autriche Balthazar Hubmaier, prêtre, brûlé vif à Vienne le pour hérésie baptiste. Trois jours plus tard, sa femme est noyée puis brûlée.
En Belgique Henri Voes et Jean Van Eschen, moines, brûlés vifs à Bruxelles, sur la Grand-Place, le pour hérésie. Leur supplice dure quatre heures ; Anne de Chantraine, brûlée vive à Liège ou Waret-la-Chaussee le pour sorcellerie. Elle a 17 ans ; Marguerite Tiste, étranglée puis brûlée à Mons le pour sorcellerie.
Au Canada Deux des 8 martyrs canadiens morts pour leur foi chrétienne : Jean de Brébeuf, missionnaire jésuite français, affreusement torturé puis brûlé vif par les Iroquois le près de la baie Géorgienne. Gabriel Lalemant, missionnaire jésuite français, affreusement torturé puis brûlé vif par les Iroquois le près de la baie Géorgienne.
À Cuba Hatuey, chef taïno adversaire des conquistadors, brûlé vif à Yara le .
Aux États-Unis William Crawford, militaire et topographe, brûlé vif dans l'Ohio par les Indiens le .
Dans le royaume de France (avant 1789)
Celtillos, chef arverne et père de Vercingétorix, accusé de vouloir restaurer la royauté à son profit et brûlé vif vers ; Les chanoines du chapitre d'Orléans brûlés vifs le pour hérésie; Peire Authié, notaire, brûlé vif à Toulouse le pour hérésie ;