Marguerite-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, née le à l'Alcázar royal de Madrid et morte le à Vienne, est infante d'Espagne et archiduchesse d'Autriche. Par son mariage avec Léopold du Saint-Empire, elle devient impératrice du Saint-Empire, reine de Germanie, de Bohême et de Hongrie.
Famille
Elle est la première fille qu'a eue Philippe IV (1605-1665), roi d'Espagne avec sa seconde épouse, Marie-Anne d'Autriche.
Par son père, elle est la petite-fille de Philippe III (1578-1621), roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche (1584-1611).
Par sa mère, elle est la petite-fille de Ferdinand III du Saint-Empire, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Anne d'Autriche.
Elle est la sœur de Charles II (1661-1700), roi d'Espagne et de Philippe-Prosper d'Autriche (1657-1661). Elle est aussi la demi-sœur de Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683), épouse de Louis XIV de France, et de Baltazar-Charles d'Autriche (1629-1646).
A la Cour d'Espagne
Premières années
Le mariage de ses parents a été fait pour des raisons purement politiques, principalement la recherche d'un nouvel héritier mâle pour le trône espagnol après la mort prématurée de Balthazar-Charles d'Autriche en 1646. Outre lui, l'autre enfant survivant du premier mariage de Philippe IV était l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, qui devint plus tard l'épouse du roi Louis XIV. Après Marguerite, entre 1655 et 1661, quatre autres enfants (une fille et trois fils) naquirent du mariage entre Philippe IV et Marianne d'Autriche, mais un seul survécut à l'enfance, le futur roi Charles II. En effet, le mariage de Philippe IV et de Marie-Anne certes politiquement avantageux, est génétiquement désastreux et il causera la fin des Habsbourg d'Espagne.
Marguerite-Thérèse n'a pas développé les problèmes de santé et les handicaps (en raison de l'étroite consanguinité de ses parents) que son jeune frère a depuis sa naissance. Elle était cependant délicate de santé et pendant son enfance, elle est tombée gravement malade. Selon les contemporains, Marguerite-Thérèse était vive et gracieuse. Ses parents et amis proches l'appelaient le « petit ange ». Elle a grandi dans les chambres de la reine à l'Alcazar royal de Madrid entourée de nombreuses servantes et domestiques. L'infante aimait les bonbons, qu'elle cachait constamment aux médecins qui prenaient soin de la santé de ses dents. Le père de Marguerite-Thérèse et son grand-père maternel, l'empereur Ferdinand III, l'aimaient profondément. Dans ses lettres privées, le roi Philippe IV l'appelait « ma joie ». En même temps, elle a été élevée conformément à l'étiquette stricte de la cour de Madrid et a reçu une bonne éducation.
Le testament de Philippe IV thumb|Marguerite-Thérèse d'Autriche en tenue de deuil, juste avant son mariage
Le mariage de Marguerite-Thérèse était d'une importance capitale pour l'avenir de la Monarchie, car le testament de Philippe IV prévoyait sans ambigüité que les infantes pouvaient hériter. Le droit castillan n'excluait pas les femmes de la ligne de succession ni ne les privait de leur droit à monter sur le trône, ce qui avait d'énormes conséquences sur la formulation du testament du roi. Cependant, les héritiers mâles primaient sur les femmes, et les princes héritaient du trône alors que les infantes, au moment de leur mariage à d'autres monarques ou à l'empereur, devaient généralement renoncer à leurs droits de succession.
Les divers cas de figure qui pouvaient se présenter tout au long de la minorité de Charles II obligeaient Philippe IV à prendre beaucoup de précautions. Divers évènements pouvaient survenir : la mort de la reine régente Marie-Anne d'Autriche, celle de Charles II, ou les deux ; la plus importante étant la seconde, qui priverait la monarchie de son héritier universel. Les nombreux héritiers descendant par les femmes de la dynastie Habsbourg, principalement de la branche autrichienne pourraient réclamer le trône.
L'infante Marguerite-Thérèse était la candidate favorite du roi à la succession de la monarchie en cas de décès de Charles II. Elle était promise depuis sa naissance à Léopold , cependant son mariage fut inhabituellement retardé sous le règne de Philippe IV. Les véritables raisons de ce mariage tardif sont à chercher dans la politique internationale de l'époque : la minorité problématique de l'héritier universel, le décès envisageable de ce même héritier, et la lutte acharnée des grandes cours européennes pour obtenir le contrôle des vastes territoires de la Monarchie catholique étaient à prendre en considération. Cependant, Philippe IV et la reine Marianne désiraient ardemment que leur fille devienne l'épouse de l'empereur Léopold Ier, comme le montre leur correspondance avec la religieuse Marie d'Agréda. En 1659, le roi Philippe IV exprima, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Vienne, son désir d'offrir sa fille Marguerite à l'empereur Léopold Ier. Fin 1662, l'empereur accepta l'offre et envoya le comte Pötting à Madrid pour négocier le mariage. Peu après son arrivée à Madrid, Pötting réussit à fiancer l'infante et l'empereur. Finalement, le , le contrat de mariage fut lu devant toute la cour. Cependant, de nombreux retards et complications survinrent avant le départ de l'infante.
Dans l'article 53 de son testament, Philippe IV mentionnait le mariage de Marguerite avec l'empereur Léopold Ier et les droits de succession de l'infante en cas de décès de son frère:
Comme le montre cet article de son testament, Philippe IV mentionnait le mariage de Marguerite, qu'il appelait « Impératrice », signifiant ainsi qu'il la considérait déjà comme mariée à l'empereur Léopold Ier. Il déclarait qu'en cas de décès de son frère cadet, elle hériterait du trône d'Espagne et que la reine Marianne assurerait la régence si l'infante et son époux, l'empereur, étaient à l'étranger. Cela signifie que l'intention de Philippe IV était qu'en cas de décès de Charles II, Marguerite et Léopold deviennent co-régents de l'Espagne, même en leur absence. Après la mort du roi Philippe IV, le , la reine douairière Marianne demanda aux ministres de confirmer le mariage de Marguerite avec l'empereur Léopold Ier, ce qu'ils firent.
L'empereur Léopold pressait le mariage avec Marguerite-Thérèse pour trois raisons : la nécessité d'un héritier ; assurer ses prétentions au trône d'Espagne en cas de décès de Charles II, puisque Louis XIV, son grand rival, s'était marié avec la fille aînée de Philippe IV, ce qui faisait de lui le concurrent principal pour la course à la succession ; et enfin raviver les relations entre les deux branches de la Maison d'Autriche qui s'étaient refroidies depuis le milieu du siècle. En plus de son ambassadeur ordinaire, le comte de Pötting, Léopold envoya à Madrid le baron de Lisola comme ambassadeur extraordinaire pour négocier cette union, un renfort diplomatique auquel vint se rajouter le comte de Harrach comme agent temporaire en .
Les noces de l'infante thumb|Un dépliant daté de 1666 faisant la promotion de l'infante Marguerite, la future épouse de son oncle l'empereur Léopold
Finalement, les noces furent célébrées par procuration le jour de Pâques, le à la cour de Madrid. Le duc de Medinaceli représentait l'empereur, le roi Charles II d'Espagne, frère de la nouvelle impératrice, âgé de 5 ans, la reine-mère Marie-Anne, qui était déjà sa cousine germaine, devenait la belle-sœur de sa fille étaient présents, ainsi que le comte de Pötting, ambassadeur impérial les Grands. Le duc d'Alburquerque fut désigné comme grand camérier pour le voyage jusqu'en Allemagne de l'impératrice-infante.
L'impératrice-infante et sa suite partirent de Madrid le pour se rendre à Dénia, où, après un repos de quelques jours, ils embarquèrent sur les bateaux de l'armada royale, qu'escortaient les galères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et celles du grand duc de Toscane le .
L'Armada se dirigea ensuite vers Barcelone, où elle arriva le , accompagnée de 27 galères, et elle fut reçue par de grandes festivités tout le temps qu'elle demeura à la cité comtale. La jeune impératrice se sentit légèrement indisposée, ce qui retarda le départ jusqu'au , où elle embarqua de nouveau, direction Finale où elle arriva le et fut reçue par don Luis Guzmán Ponce de León, gouverneur de l'État de Milan alors possession Espagnole. Le cortège reprit la route le 1er septembre et parvint à Milan le 11 du même mois, bien que l'entrée triomphale dans la ville ne se fît que le 15.
Le , le cortège quitta la capitale Lombarde et prit la route de Venise. Le , on fit étape à Roveredo, où le duc d'Alburquerque, au nom du roi et de la reine gouverneur présenta à l'impératrice le prince de Dietrichstein et le cardinal Harrach, évêque de Trente. L'impératrice-infante y demeura pendant près d'un mois.
Le , le nouveau cortège, parti de Roveredo, entra en territoire Autrichien. Il traversa le Tyrol, passa par la Carinthie et la Styrie, et arriva le à Schottwien, à douze lieues de Vienne, où l'empereur Léopold du Saint-Empire vint à la rencontre de son épouse.
A la Cour de Vienne
Débuts festifs thumb|L'infante Marguerite-Thérèse en robe de théâtre
L'entrée officielle à Vienne eut finalement lieu le . Les festivités qui eurent lieu dans la capitale autrichienne pour célébrer le mariage impérial furent parmi les plus splendides de l'époque baroque et ont duré pendant plus de deux ans.
L'Empereur ordonna la construction d'un théâtre en plein air près de l'actuel Burggarten, d'une capacité de 5 000 personnes. Pour l'anniversaire de Marguerite en , le théâtre a accueilli la première de l'opéra Il pomo d'oro (La pomme d'or). Composé par Antonio Cesti, l'opéra a été qualifié de « mise en scène du siècle » par les contemporains en raison de sa magnificence et de sa dépense. L'année précédente, l'Empereur donna un ballet équestre où il monta personnellement sur son cheval, Speranza ; en raison d'adaptations techniques, le ballet donne aux spectateurs l'impression que des chevaux et des voitures planent dans les airs.
Malgré la différence d'âge, l'apparence peu attrayante de Léopold Ier et la santé fragile de Marguerite le mariage est heureux. L'Impératrice appelait toujours son mari « Uncle » et il la surnommait « Gretl ». Le couple avait de nombreux intérêts communs, surtout dans l'art et la musique.
Des grossesses difficiles
Le premier fils de Léopold Ier et Marguerite-Thérèse est né le : un garçon et donc héritier du trône. La nouvelle est immédiatement divulguée dans toutes les principales cours européennes et deux jours plus tard, l'archevêque de Vienne, lors d'une cérémonie solennelle, baptise le nouveau-né Ferdinand Wenceslas; le parrain est son oncle Charles II, la marraine l'impératrice-veuve Éléonore de Nevers-Mantoue. La naissance de l'archiduc d'Autriche est célébrée dans tout l'empire, ainsi qu'à Rome et à Florence, villes étroitement liées aux Habsbourg. Mais le Ferdinand mourut, avant même d'avoir quatre mois.
Le , l'impératrice accouche pour la deuxième fois, donnant naissance à une fille, Marie-Antoinette d'Autriche. Bien que de constitution fragile, Marie-Antoinette sera la seule de ses enfants à atteindre l'âge adulte. Cependant, la naissance d'une fille ne pouvait combler le vide laissé par la mort de Ferdinand et c'est pourquoi le couple impérial, souhaitant avoir un héritier mâle, fit un pèlerinage à Marienbad en mai de la même année. En août, la nouvelle grossesse de l'impératrice est officiellement annoncée: elle accouche le et l'héritier tant attendu était né. Mais, très faible à la naissance, Jean-Léopold est aussitôt baptisé par la sage-femme et meurt à peine un quart d'heure plus tard.