Sa situation de protectorat français explique l'histoire de la Tunisie pendant la Première Guerre mondiale. Depuis la signature du traité du Bardo en 1881, le ministre de la Guerre du pays est un général français et le bey de Tunis accepte de signer l'ordre de mobilisation de l'armée tunisienne bien que la régence de Tunis reste officiellement neutre pendant le conflit.

Plus de tunisiens sont envoyés sur le front et principalement répartis dans trois unités : le régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT), le régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT) et le mixte de zouaves et tirailleurs. Leur courage au combat explique les nombreuses décorations décernées aux régiments pendant la durée du conflit : Croix de guerre 1914-1918, croix de la Légion d'honneur, fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille militaire et fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur. Dans le même temps, plus de sont envoyés dans les champs et les usines françaises remplacer les soldats français partis se battre.

Des combats éclatent dans le Sud tunisien lorsque les armées italiennes sont chassées de Libye par le soulèvement des tribus locales appuyées par des officiers ottomans qui encouragent les tribus tunisiennes à suivre leur exemple. Au terme de deux années d'affrontements, le développement de l'aviation aide l'armée française à reprendre l'avantage à partir de 1916.

À la fin du conflit, les pertes humaines des soldats tunisiens sont estimées entre et . Les négociations de paix donnent l'occasion aux nationalistes tunisiens dirigés par Abdelaziz Thâalbi de faire entendre leur voix. Le succès de leurs démarches les incite à créer le premier parti nationaliste, le Destour.

Situation à la veille de la guerre Conscription en Tunisie

vignette|Tirage au sort de conscrits au début du .

La conscription existe en Tunisie dès 1860, la durée du service militaire est alors fixée à huit ans. L'instauration du protectorat français fait évoluer cette durée. À partir de 1900, la Tunisie est soumise à un recrutement qui porte le service à trois ans dans l'armée d'active. Les hommes libérés chaque année du service actif sont remplacés par voie de tirage au sort par des jeunes de 19 à 21 ans, dont le nombre est fixé par décret ( avant la guerre). Cependant, les exemptions sont nombreuses (étudiants, religieux, cheikhs, caïds, khalifas, Tunisois, gardiens de phare, etc.). De plus, il est possible de se faire exempter en payant le prix du remplacement fixé par décret à avant la guerre.. C'est pourquoi le recrutement ne touche en général que 10 % des recrues potentielles. La classe 1916, par exemple, compte . sur ..

En cas de mobilisation, les sept dernières classes libérées sont rappelées.

Ces règles ne s'appliquent qu'aux Tunisiens musulmans. Les Tunisiens israélites sont exemptés de service militaire. Quant aux Français résidant en Tunisie, les règles de mobilisation sont les mêmes qu'en métropole ; la durée du service militaire est également de trois ans et tous les hommes âgés de 20 à 48 ans sont mobilisés.

Situation diplomatique de la Tunisie Au moment du déclenchement des hostilités, la position diplomatique de la Tunisie est très ambiguë. La Tunisie n'a jamais déclaré la guerre aux empires centraux et reste donc un pays neutre. De plus, le décret du n'ordonne l'appel de la réserve que pour la défense du territoire. Toutefois, d'après les accords du protectorat, le ministre tunisien de la Guerre est un général français et Naceur Bey accepte de signer l'ordre de mobilisation. Les soldats tunisiens partent donc sur le sol français. On contourne la difficulté en conservant à ces régiments le nom de régiment de tirailleurs algériens qu'ils ont depuis 1884 bien que composés de soldats tunisiens et de cadres français.

Cette situation ambiguë est mise à profit par les alliés, puisqu'en 1916 l'Allemagne se plaint auprès du bey de Tunis que trop de bateaux en Méditerranée portent le pavillon tunisien..

Mobilisation Soldats

vignette|Militaires rassemblés à l'occasion d'un défilé, le à Tunis.

Dès la déclaration de guerre, le , les sept classes de réservistes tunisiens (classes 1904 à 1911) sont rappelées en vertu du décret du . Par excès de zèle, un nouveau décret est promulgué le convoquant également les classes 1901 à 1903, ce qui porte à le nombre de soldats mobilisés. L'espoir d'une victoire rapide explique le peu d'opposition à cette mobilisation irrégulière mais les revers des combats d' soulèvent un fort mécontentement chez ceux qui ont survécu à la retraite de Charleroi. Les récits des blessés qui reviennent du front affolent ceux qui doivent partir. Le , les tunisiens qui doivent embarquer s'opposent à leur mise en route et oblige le commandement à surseoir à leur départ.. En , des soldats se mutinent à Bizerte et sont fusillés. On prend alors la décision de suspendre toutes les permissions le temps de faire partir vers la France tous les réservistes mobilisés. Les classes 1901 à 1903 sont finalement renvoyées chez elles en 1915.

Les premiers témoignages des rescapés sont accablants. Une correspondance du résident général de France, Gabriel Alapetite, datée du confirme que , à savoir que leurs régiments sont sacrifiés en tête d'attaque pour préparer la voie aux régiments français.

Bien que la métropole réclame toujours plus de soldats, Alapetite refuse le de modifier la loi sur la conscription afin d'éviter une rébellion ouverte ; le contingent ne dépasse pas par an pendant les premières années de la guerre (classe 1914 : ; classe 1915 : ; classe 1916 : ).

vignette|Défilé au Kef en janvier 1918 avant le départ au combat.

Tous les moyens sont bons pour échapper à la guerre. De nombreux parents inscrivent leurs enfants au certificat d'études primaires, gage d'une exemption. Mais le plus sûr moyen est le rachat ou « remplacement » pour en 1916, sans compter les bakchichs qu'il faut verser au caïd ou au cheikh. Celui de Bizerte, par exemple, réclame de 200 à au candidat au remplacement.. Malgré le coût, ils sont de plus en plus nombreux à se faire remplacer : en 1914, en 1915, en 1916 et en 1917. Cette possibilité est largement utilisée par les familles les plus riches. Le recrutement touche donc surtout les classes les plus défavorisées. Pour remplacer ceux qui utilisent cette échappatoire, on fait appel aux engagés volontaires appâtés par la prime ( en 1915) qu'ils touchent lors de leur inscription.

Sous la pression de Paris, on augmente le nombre de convoqués en utilisant l'absence d'état civil pouvant prouver l'âge du candidat.. Le prix du rachat passe à en 1917. L'effet est immédiat, la classe 1917 envoie au front, quatre fois plus qu'un an auparavant, et les permissions sont à nouveau suspendues.

Les désertions se multiplient avec l'appui des tribus. Pour enrayer le mouvement, on transfère immédiatement les recrues en France alors que l'entraînement se fait d'habitude en Tunisie. Cette mesure accélère encore les désertions.

En 1918, on supprime la faculté de rachat et même les soutiens de famille sont convoqués. La classe 1918 rassemble .

À elle seule, la Tunisie fournit à la métropole près de et coloniaux, soit au total quelque sur une population de 1,7 million d'habitants (recensement de 1911)..

Les Français de Tunisie sont . à partir combattre sur une population de . Il ne faudrait pas non plus oublier les Italiens qui sont entrés en guerre aux côtés des alliés à partir du . En 1914, ils sont à vivre en Tunisie..

Travailleurs Parallèlement au recrutement militaire, des travailleurs sont mobilisés pour remplacer dans les champs et les industries les Français partis se battre. Jusqu'en 1916, l'engagement est volontaire et ne concerne que ceux qui sont en règle avec le service militaire. Ils sont alors à partir, intéressés par le montant du salaire. Mais face aux besoins accrus en métropole, le recrutement devient obligatoire dès 1917 au grand mécontentement des colons français de Tunisie qui voient partir leurs meilleurs éléments. Des travailleurs tunisiens sont alors réquisitionnés pour fournir aux agriculteurs et aux industriels français de Tunisie la main d'œuvre qui leur manque. Il faut attendre la fin de la guerre en 1919 pour mettre fin à ce régime d'exception.

Conduite sur les champs de bataille français Troupes engagées La quasi-totalité des soldats tunisiens se répartit entre le régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT) et le régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT). Lorsque la guerre éclate, plusieurs bataillons sont déjà engagés dans des opérations militaires au Maroc. C'est pourquoi, les différentes unités sont réparties entre les champs de bataille européens et marocains. Trois régiments sont ainsi constitués lors des combats en France : de tirailleurs tunisiens : , , et bataillons ; de tirailleurs tunisiens : , et bataillons ; mixte de zouaves et tirailleurs : et du RTT.

Tous les officiers sont français et forment 20 à 30 % des effectifs. Le conscrit tunisien ne peut espérer dépasser le grade de lieutenant.

Offensives en France du RTT Mouvements d'août 1914

vignette|Emplacement des combats livrés par le RTT. vignette|Tirailleurs blessés à Charleroi en convalescence à Paris.

Le RTT est en campagne au Maroc quand il apprend que la guerre est déclarée entre la France et les puissances centrales. Le et le embarquent alors pour la France où ils sont envoyés en Belgique pour secourir l'armée belge assiégée dans Charleroi. Toutefois, ils arrivent trop tard car Charleroi tombe et les forces françaises doivent se replier face à la vigueur de l'offensive allemande. Après avoir tenté de repousser les ennemis devant le village belge de Hanzinelle, les soldats se replient, pourchassés par les forces allemandes qui les contraignent à des étapes harassantes. Après avoir traversé Chimay et Trélon, le combat s'engage dans Ribemont, près de Saint-Quentin, le . La moitié du régiment est mise hors de combat ce jour-là et il faut à nouveau se replier, toujours harcelé par les forces ennemies. Après avoir combattu à Montmirail le , la retraite prend fin le quand la nouvelle du succès de la bataille de la Marne change le cours de la guerre. Les soldats sont alors à proximité de Provins. Ordre est donné de reprendre l'offensive à la poursuite des armées allemandes qui reculent. La progression prend fin le , quand les bataillons arrivent devant la position du Chemin des Dames puissamment défendue. Les hommes sont épuisés ; les pertes sont sévères.. La , par exemple, a perdu 206 tués ou blessés parmi lesquels tous ses officiers et sous-officiers. Il ne reste plus que 34 tirailleurs survivants.. Face à la résistance allemande qui repousse toutes les offensives, on s'enterre pour échapper à l'artillerie et pour attendre les renforts. C'est le début de la guerre des tranchées.

gauche|vignette|Monument commémoratif de la bataille de la Fosse-à-l'Eau.

À son arrivée du Maroc, le est envoyé à Mézières qu'il atteint le . Dès le , il prend part à la bataille de la Fosse-à-l'Eau. Le , à Bertoncourt près de Rethel, les tirailleurs résistent aux offensives allemandes afin de ralentir leur progression et de permettre le repli des autres unités. Puis c'est la retraite, harcelés par les armées ennemies qui les rattrapent à Alincourt le mais ne parviennent pas à prendre l'avantage. C'est la fin du recul puisque l'ordre arrive de reprendre l'offensive face à des armées allemandes qui sont bousculées. Le les pourchasse jusqu'aux marais de Saint-Gond que l'ennemi ne parvient pas à conserver. L'offensive prend fin à Beaumont-sur-Vesle, où les Allemands se sont retranchés dans le secteur des Marquises. Comme partout sur le front, les forces en présence s'enterrent. Les soldats tunisiens tiennent la position jusqu'à fin octobre, lorsqu'ils sont envoyés renforcer les et à Paissy sur le Chemin des Dames. Leur conduite pendant les combats leur vaut d'être cité à l'ordre de l'Armée. Les trois bataillons resteront ensemble jusqu'à la fin des combats .