(grec : ), né vers 1007 et mort en 1061, est un empereur byzantin qui régna du au et fut le fondateur de la dynastie Comnène.

Fils du général Manuel Erotikos Comnène et devenu orphelin en bas âge, il fut confié avec son frère aux bons soins de l'empereur qui les fit instruire au monastère du Stoudion. Il se lança ensuite dans la carrière militaire et servit comme commandant en chef de l'armée d'Orient vers 1042 et 1054. En 1057, il se retrouva à la tête d'une conspiration des généraux de l'armée d'Orient contre le nouvel empereur . Proclamé empereur le par ses partisans, il réussit à défaire les forces loyales à l'empereur lors de la bataille de Petroe, dans la plaine de l'HadèsLa bataille de Petroe est aussi appelée « bataille de l’Hadès » du nom de la plaine près de Nicée où elle se déroula. le suivant. Dans les négociations qui suivirent, Isaac aurait accepté d'être adopté par l'empereur avec droit de succession, mais cette proposition fut rejetée par ses troupes. Au même moment, dans la capitale, une faction de la population conduite par le patriarche contraignit à abdiquer le . Entré à Constantinople, Isaac fut couronné par le même patriarche le .

Son premier objectif fut de restaurer les finances publiques. Après avoir récompensé ses partisans et les haut-gradés militaires, il prit très rapidement une série de mesures qui s'avérèrent impopulaires : baisse des salaires, hausse des taxes, abolition de privilèges fiscaux. Mais surtout, il confisqua certaines propriétés de l'Église, ce qui lui valut l'opposition du patriarche dont la volonté de puissance le portait à se présenter comme l'égal de l'empereur. En , l'empereur ordonna son arrestation et son exil avant de convoquer un synode pour le démettre. Toutefois celui-ci mourut avant la tenue du procès. Isaac nomma alors un ancien premier ministre, Constantin Leikoudès, pour lui succéder.

Sur le plan extérieur, la situation demeura relativement calme durant son court règne. En Asie mineure, les Turcs tentèrent sans succès en 1058 d'attaquer le fort de Mormrans ; un autre raid contre Taron n'eut pas plus de succès. Au nord-ouest des Balkans, les raids des Magyars prirent fin avec la signature d'un traité en 1059, alors que le même été, Isaac conduisit avec succès une campagne contre les Petchénègues au nord-est.

Peu de temps après son retour de la campagne contre les Petchénègues, l'empereur tomba malade. Épuisé physiquement et mentalement, il se résolut à abdiquer sur les conseils de Michel Psellos, devenu un conseiller influent à la cour. Il se retira alors au monastère du Stoudion où il mourut quelques mois plus tard.

Contexte historique

vignette|gauche|alt=Carte de l'Empire byzantin|L'Empire byzantin en 1025 à la mort de .

Le règne de (r. 960-1025) avait été marqué, à l'extérieur par l'expansion des frontières de l'Empire byzantin, et à l'intérieur par une grande stabilité politique et une gestion prudente des ressources de l'État basées sur la prospérité des petits propriétaires-fermiers de province. Le quart de siècle qui suivit fut marqué par une rapide succession d'empereurs venus au trône en épousant ou en étant adoptés par la dernière représentante de la dynastie macédonienne, l'impératrice Zoé Porphyrogénète (r. 1028-1050), puis par la sœur de celle-ci, Théodora (1042 ; 1055-1056). Alors que l'Empire était à son apogée, l'extinction progressive de la dynastie macédonienne, qui jouissait d'une puissante légitimité, contribua grandement à l'affaiblir. En l'absence de successeur évident aux deux impératrices, la compétition pour les marier incarnait les disputes entre les membres de la haute aristocratie, désireux de se positionner pour accéder au pouvoir suprême. Toute une partie de l'historiographie byzantine, notamment Georg Ostrogorsky, y a vu l'opposition entre une aristocratie civile implantée dans la capitale et l'aristocratie militaire des généraux provinciaux, dont Isaac était un représentant. Cette vision est aujourd'hui en partie dépassée puisque les deux camps étaient plus entremêlés que ce qui a pu être cru. mais le constat d'une querelle de pouvoir pour le trône impérial entre les différentes familles aristocratiques demeure exact. Plus encore, au , la centralisation du pouvoir était très forte. Les factions avaient tendance à se regrouper à Constantinople et à quitter leurs possessions provinciales. Ce regroupement favorisa naturellement les oppositions.

Origine et jeunesse vignette|droite|alt=Photo des ruines d'un monastère|Ruines de l'église du monastère du Stoudion où fut éduqué Isaac Comnène.

Isaac naquit dans la famille des Comnène, notables (dynatoi, δυνατοί = puissant) de l'Empire byzantin. L'origine de la famille est généralement située à Komne, près de Philippopolis en Thrace ; Attaleiates (Attal. 58.11 – 13) situe plutôt l’endroit « à l’Est », c'est-à-dire en Asie mineure ..

Né vers 1007, il était le fils aîné de Manuel Erotikos Comnène, commandant militaire qui défendit la ville de Nicée contre le général rebelle Bardas Sklèros en 978Dans l’Alexiade, Anne Comnène mentionne qu’il aurait été « strategos autokrator », c'est-à-dire commandant en chef des armées de l’Est, et aurait été envoyé avec pleins pouvoirs pour écraser la rébellion.. De sa mère, on sait seulement qu’elle s'appelait Maria.

Sa mère est morte alors qu'il était encore enfant ; son père devait suivre en 1020. Sur son lit de mort, il confia ses deux fils, Isaac et Jean aux bons soins de l'empereur qui, selon Nicéphore Bryenne le Jeune, les fit éduquer au monastère du Stoudion où on leur donna les meilleurs enseignants, sans négliger la chasse et l'instruction militaire. Dès qu'ils furent en âge, Isaac et son frère furent enrôlés dans la garde impériale (hetaireia). Il fut ensuite nommé catépan d'Ibérie et peut-être doux (duc) d'Antioche, l'un des principaux postes militaires de l'Empire.

Vers 1025, Isaac épousa Catherine de Bulgarie (née vers 1010), fille d'Ivan Vladislav (r. 1015-1018), dernier tsar du Premier Empire bulgare. Vers 1042, il détient le poste de stratopedarches d'Orient avec rang de magister et de vestèsPour l'explication des titres, consulter « Glossaire des titres et fonctions dans l'Empire byzantin ».. Il fut démis de cette fonction en 1054 par l'impératrice Théodora et remplacé par un eunuque, homme de confiance de celle-ci, du nom de Théodore.

Accession au pouvoir

Conflit entre et l'armée d'Orient

vignette|gauche|alt=Photo de la face d'une pièce d'or|Tetarteron d'or de .

D'une valeur constante jusqu'au règne de , la monnaie byzantine se mit à perdre régulièrement de sa valeur par la suite. Ceci affectait inévitablement les salaires annuels viagers (roga) des hauts dignitaires de l'État. Si compensa en accordant des promotions de plusieurs grades aux hauts fonctionnaires civils, il ne fit rien pour les soldats. Or ceux-ci s'attendaient d'autant plus à un traitement au moins équivalent que le nouvel empereur avait été jusque-là « logothetēs toū stratiōtikou », c'est-à-dire ministre responsable de la paie et de l'approvisionnement de l'armée. Très vite le mécontentement grandit au sein de l'aristocratie militaire qui voyait avec colère augmenter l'influence des eunuques et fonctionnaires civils. Début 1057, éclata une première révolte de mercenaires normands sous la conduite d'un certain Hervé Frankopoulos qui fut vite réprimée.

À Pâques, moment où l'empereur distribuait les montants d'argent correspondant au rang des hauts fonctionnaires civils et militaires, une délégation des principaux officiers se rendit au Palais. Tous avaient servi à des postes importants sous mais étaient désormais mis à l'écart. Présidée par Isaac Comnène, relevé trois ans plus tôt de ses fonctions de stratopédarque d'Orient par Théodora, elle comprenait entre autres Katakalôn Kékauménos, qui venait d'être remercié comme doux (gouverneur) d'Antioche, Michel Bourtzès dont le grand-père avait capturé Antioche pour Constantinople un siècle plus tôt, Constantin Doukas qui avait épousé la nièce du patriarche et son frère Jean grand ami de Psellos, tous membres d'influentes familles militaires qui avaient participé aux grandes campagnes de . Il semble que Constantin Doukas ait accepté la prééminence d'Isaac en échange du titre de césar, soit le deuxième homme après l'empereur. Selon Psellos, témoin oculaire de la scène, bien loin de les féliciter, l'empereur se mit à les injurier en bloc et, après avoir fait avancer Isaac Comnène et Katakalôn Kékauménos, accusa le premier d'avoir pratiquement abandonné Antioche, détruit son armée et s'être approprié l'argent du peuple. Écrivant plus tard au même siècle, Jean Skylitzès affirme plutôt que l'empereur reçut les généraux courtoisement, mais s'accorde avec Psellos pour dire qu'il leur refusa les honneurs et la promotion que les deux généraux s'attendaient à recevoir au rang de proèdre.

L'effet de ces paroles sur le haut-commandement militaire fut immédiat et les généraux présents prirent le parti de leurs collègues. Une deuxième approche auprès de l'empereur ou de son premier ministre, le protosynkellos Léon Paraspondylos, n'eut guère plus de succès et il s'en fallut de peu que les militaires ne se précipitent sur l'empereur pour le destituer. Selon Psellos, ce fut Isaac lui-même qui retint ses compagnons d'armes. Les généraux retournèrent alors dans leurs domaines et contactèrent le général Nicéphore Bryenne que ses troupes avaient déjà voulu proclamer empereur sous Théodora Porphyrogénète. Rappelé par , il avait été mis à la tête des troupes de Macédoine. Il semble que celui-ci aurait accepté de se joindre à la conjuration, mais il fut presque aussitôt envoyé avec ses troupes combattre les Turcs en Asie mineure. Rendu là, il se querella avec le trésorier des armées qu'il fit jeter en prison après s'être approprié les fonds pour payer ses soldats comme il l'entendait. Il fut alors arrêté par un autre commandant local, jugé pour rébellion et aveuglé.

Bataille de Petroe et proclamation d'Isaac Comnène

vignette|droite|alt=Carte de l'Asie Mineure|Carte montrant les sites de Nicomédie (aujourd’hui Izmit) et de Nicée dans le nord de la Bithynie.

Craignant alors que leur complot ne soit découvert, les généraux qui habitaient l'Anatolie dont Romain Skléros, Michel Bourtzès, Nicéphore Botaniatès et les fils de Basile Argyros se réunirent et proclamèrent Isaac Comnène empereur le à Gounaria en Paphlagonie. Laissant sa famille sous la protection de son frère dans la forteresse de Pemolissa sur le fleuve Halis (aujourd'hui appelé Kızılırmak), Isaac se mit en route pour Constantinople.

L'armée était divisée. pouvait compter sur les forces de Macédoine dont il se hâta de transporter certains régiments en Asie mineure ainsi que sur celles du thème d'Anatolie et de Charsianon en Cappadoce, alors que les forces d'Isaac, outre celles de Nicéphore Bryenne, venaient essentiellement d'Asie mineure. Aux dires de Skylitzès, Kékauménos dut forger des ordres impériaux pour mobiliser les régiments des Arméniaques. Réalisant un peu tard que son maintien au pouvoir dépendait de l'appui de ses généraux, se hâta de les combler d'honneurs et nomma à la tête de ses troupes Théodore, le nouveau domestique des scholes d'Orient que Théodora avait fait proèdre, assisté du magister Aaron, officier d'origine bulgare et frère de la femme d'Isaac Comnène. L'armée loyaliste se rassembla à Nicomédie d'où elle pouvait contrôler la route donnant accès à la capitale ; pour sa part Isaac, après avoir fait une manœuvre par le sud, s'empara de Nicée où il établit son commandement.