L'église Saint-Martin est une église catholique désaffectée au culte située au hameau de Marquemont, chef-lieu de l'actuelle commune de Monneville dans le département de l'Oise, en région Hauts-de-France en France. L'église a été classée monument historique par décret du .. Désaffectée lors du transfert de la mairie à Monneville en 1860 mais déjà pratiquement hors d'usage à ce moment, elle tombe alors lentement en ruine. Grâce à l'engagement d'une association, les réparations les plus urgentes ont pu être effectuées, et la nef romane a même été en grande partie restaurée. L'édifice est surtout remarquable pour son portail roman du second quart du , et son chœur gothique bâti vers 1240. D'un style élégant et léger, il rappelle le chœur de l'abbatiale Saint-Martin de Pontoise, qui, lui, n'existe plus. Pour l'installation de boiseries au , la travée de l'abside a malheureusement été mutilée. Le haut clocher du est sans grand intérêt architectural extérieurement, alors que l'intérieur présente tout au moins une disposition originale et inhabituelle pour l'époque.

Localisation

(Louis Régnier).. L'église se situe à la limite nord de l'unique cimetière de la commune. La façade occidentale, l'élévation sud et en partie le chevet donnent sur le cimetière, alors que le pan nord-est du chevet et l'élévation nord donnent sur un terrain en friche et un bois.

Historique

Les origines de l'église ne sont pas connues. La nef permet une datation de la seconde moitié du , mais le portail roman particulièrement remarquable est plus jeune. L'église était associée à un prieuré de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, qui nommait aussi à la cure.. Le transept et le chœur ont été reconstruits dans le style gothique vers 1240. Le chœur était apparemment inspiré de son homologue de l'abbatiale Saint-Martin de Pontoise, dont l'on sait qu'il faisait l'admiration des habitants. Le clocher a été bâti au premier quart du dans le style gothique flamboyant et la croisée du transept a été refaite peu de temps après. Le prieuré a été désaffecté à la Révolution française. L'église a continué de servir d'église paroissiale pendant quelques décennies encore, mais au moment où le chef-lieu de la commune fut transféré vers l'ancien hameau de Monneville, toutes les messes se célébraient déjà dans la nouvelle chapelle néogothique de cette localité. Jusqu'en 1880, le presbytère resta le siège officiel de la paroisse demeurant toutefois à Marquemont. En 1900, l'ancien bâtiment du prieuré fut démoli afin d'agrandir le cimetière. Louis Régnier l'a encore vu debout et dit qu'il était contigu à l'église (en l'occurrence à la première travée du chœur côté sud), et il contenait une pièce ouverte sur l'église et formant tribune. Seule une fenêtre bouchée en témoigne encore. L'église est devenu propriété communale avec la loi de 1905, mais elle n'a plus d'utilité et n'est plus du tout entretenue à cette époque... Ce qui est qualifié de « ruines » dans le décret de protection a été classé monument historique par décret du . Plus récemment, une initiative privée a permis de restaurer successivement les différentes parties de l'église et d'assurer ainsi la survie de ce précieux témoin de l'histoire pour les générations futures.

Description Aperçu général

Régulièrement orientée, l'église Saint-Martin se compose d'une nef-grange romane simplement plafonnée ; d'une croisée du transept refaite au second quart du ; d'un croisillon nord d'autour de 1240 ; d'un chœur de deux travées au chevet à pans coupés de la même époque ; et d'un clocher en bâtière occupant l'emplacement du croisillon sud, datant du premier quart du . Sa base est ouverte sur la croisée du transept, mais elle est également directement reliée à la nef par un passage berrichon. L'on note qu'il n'y a nulle part de collatéraux. Sauf la nef, l'église est voûtée d'ogives. Il n'y a pas de sacristie. L'église ne possède qu'un unique accès, à savoir le portail occidental roman de la nef. Notamment grâce à l'envergure du chœur dont la première travée est carrée, la longueur dans-œuvre de l'église est assez considérable pour un tout petit village, et atteint , ce qui correspond à la moyenne d'un bourg rural dans la région. La largeur est de au niveau du transept..

Intérieur thumb|upright|Nef, vue depuis la croisée.

Nef

La nef est bâtie en moellons irrégulièrement taillés. En l'absence de arcades et de voûtes, il n'y a aucune subdivision en travées. La largeur est de et la longueur de . L'épaisseur des murs gouttereaux est de , et celle du mur occidental de seulement. L'éclairage naturel est assuré par six fenêtres latérales en cintre surbaissé, percées à la fin du . Ce qui était les fenêtres primitives n'est plus visible que dans l'appareil du mur du nord, où l'on peut identifier les vestiges d'une étroite baie romane. Entourée d'un rang de courts claveaux à l'intérieur, elle s'ouvre sous un linteau monolithique vers l'extérieur, comme la nef de l'église Saint-Nicolas d'Angy en possède encore : des points gravés suggérant les claveaux. Cette baie, fortement ébrasée, avait une largeur de au parement intérieur et de au parement extérieur. Puisqu'il devait s'agir d'un simple ébrasement conformément à l'usage avant le début du , la baie elle-même devait avoir une largeur de environ. D'une seconde baie au nord, ne reste plus qu'un piédroit, et il n'est pas certain s'il y avait des ouvertures au sud. Une baie romane plus grande existe au-dessus du portail occidental, mais elle a été bouchée. Hormis une piscine en plein cintre ménagée dans le mur du nord près de la croisée du transept et le passage autour de la pile nord-ouest du clocher, aucune particularité architecturale n'est à signaler à l'intérieur. Les murs sont couverts d'un enduit au teint clair, ce qui correspond certainement à la disposition d'origine, comme partout où un petit appareil fut utilisé. Le dallage est réalisé en pierre et le plafond de bois est apparent. La nef se trouve aujourd'hui en parfait état et permet de se faire une image de la simplicité des nefs romanes en milieu rural..

En entrant à gauche, les fonts baptismaux du milieu du constituent l'unique élément du mobilier classé au titre objet, en l'occurrence par arrêté du . Hauts de , larges et profonds de , ils se composent d'une cuve baptismale à infusion carrée et d'un socle plus petit, qui prend la forme d'une grosse colonne cantonnée de quatre colonnettes. Leurs bases sont identiques à celles des colonnettes des fenêtres du chœur, datables du second quart ou du milieu du . La bordure de la cuve est moulurée à l'instar du tailloir d'un gros chapiteau..

Croisée du transept thumb|upright|Croisée, côté est.

La croisée du transept date initialement du second quart du , mais a été reconstruite sans doute un peu après l'édification du clocher. Le côté sud venait donc d'être refait et les travaux portent ensuite sur une nouvelle arcade vers la nef et sur un revoûtement. Vers le nord et vers l'est, les arcades d'origine ont été maintenues. La nouvelle arcade vers la nef est toujours en tiers-point et dotée de moulures en talon. Puisque le plafond de la nef est plat, la partie supérieure de l'arcade est obturée par un lattis qui clôt les combles de la nef. Au nord, l'arcade se fond dans une demi-colonne engagée dans le mur, sans chapiteau, et l'ogive de la croisée pénètre dans le massif. Au nord tout au contraire, l'arcade retombe sur un chapiteau dorique au tailloir carré dont les côtés sont concaves, comme on en trouve dans la base du clocher. Le chapiteau repose sur une demi-colonne différente de celle du nord, mais au-dessus du chapiteau, un pilier carré semble surgir pour pénétrer directement après dans l'arcade, ce qui est une disposition inhabituelle. L'ogive de la croisée est reçue par un tout petit cul-de-lampe près du chapiteau dorique, sculpté d'une tête humaine..

Quant à l'arcade vers la base du clocher, elle est encore différente et plus étroite. Elle est à double rouleau et repose sur deux piles carrées, dans lesquelles des demi-colonnes sont engagées. Le rang de claveaux inférieur est taillé de sorte à présenter trois faces méplates, et le rang de claveaux supérieur qui fait saillie dessus présente des listels à ses arêtes. Il s'agit d'une version fortement simplifiée des moulures prismatiques de la période flamboyante. À gauche de l'arcade vers la base du clocher, près de l'angle sud-est de la croisée, l'on trouve un pilier analogue à celui au sud de l'arcade vers la nef. L'on note également le passage au profil carré au-dessus du chapiteau dorique. Puisque le pilier n'occupe pas tout à fait l'angle, il ne transperce la voûte que largement au-dessus du chapiteau. Dans l'angle, l'ogive de la voûte s'arrête net sur un cul-de-lampe non décoré : tout ceci indique une construction bâclée, la solution habituelle aurait été de réunir les piliers des deux arcades voisines à la pile sud-est du clocher, et d'y intégrer également le support de l'ogive. En face, dans l'angle nord-est du carré du transept, l'ogive retombe sur un autre type de cul-de-lampe non décoré. Les ogives du carré du transept suivent une courbe en tiers-point et ont un profil gothique. Au sommet de la voûte, un médaillon qui a perdu son décor est entouré de quatre têtes sculptées identiques à celle du cul-de-lampe qui reçoit l'ogive dans l'angle sud-ouest.

Base du clocher et croisillon nord

L'arcade ouvrant dans la base du clocher est en plein cintre, alors que l'arc brisé règne à l'intérieur. Pour supporter le poids du clocher, le maître d'œuvre n'a pas opté pour des piles particulièrement fortes ou des murs très épais, mais pour une solution intermédiaire fréquente à la période des premières voûtes d'ogives, au milieu du . Des faisceaux de trois colonnes et de deux colonnettes sont logés dans les angles. L'alternance entre colonnes et colonnettes donne que les ogives pourtant assez minces retombent sur de fortes colonnes, par l'intermédiaire de chapiteaux doriques sommaires comme il en existe deux exemplaires dans la croisée, dont le remaniement a donc commencé au moment de la construction du clocher. Les autres colonnes et colonnettes sont dépourvues de chapiteaux et supportent des arcades qui se plaquent devant les murs extérieurs. Des fenêtres au remplage Renaissance standard de deux formes en plein cintre surmontées d'un oculus rond existent au sud et à l'est, mais celle de l'est a été bouchée au lors de l'érection de deux contretables d'autel. L'on a donné aux arcades des moulures prismatiques fort simples. La voûte d'ogives se situe un peu en dessus des arcades et est dépourvue de formerets. Alors que les trous de cloches se sont généralisés au , on n'en a curieusement pas prévu un, et plus tard, le voûtain occidental a été sommairement percé d'un trou afin de pouvoir remonter des cloches neuves. La clé de voûte est décorée d'un large fleuron cruciforme, qui imite sans doute intentionnellement ceux du chœur..