Auguste Lecœur, né le à Lille et mort le à Chalon-sur-Saône, est un dirigeant du Parti communiste français, qui a organisé la grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941 puis le fonctionnement du parti dans la clandestinité, de 1942 à 1944, alors que Maurice Thorez était en Union soviétique.

Membre des premiers gouvernements de l'après-guerre ensuite, il a été sous-secrétaire d'État à la Production charbonnière, chargé de la Bataille du charbon. Maire de Lens, député du Pas-de-Calais, numéro trois du PCF il a été le , jusqu'à son éviction de la direction en 1954, du numéro un Maurice Thorez.

Enfance et jeunesse (1911-1936) Le père d'Auguste Lecœur est mineur dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, comme son grand-père et son arrière-grand-père. Auguste est le deuxième d'une famille de trois enfants. Ses parents divorcent et sa mère se remarie en 1919 avec un mineur qui est embauché successivement à Marles-les-Mines, Bruay-en-Artois et Haillicourt. Comme le note Annie Kriegel, la famille d'Auguste avait régressé jusqu'à appartenir au sous-prolétariat. Auguste ne brille pas particulièrement à l'école. Il est placé à douze ans en apprentissage chez un boucher, mais à treize ans, il descend pour la première fois à la mine, à Bruay.

Après un séjour de la famille à Paris, Auguste refuse de retourner à la mine, il trouve à quatorze ans un emploi de manœuvre à l'usine SEV. Il occupe par la suite bien d'autres emplois. En 1927, il manifeste contre l'exécution de Sacco et Vanzetti, adhère au Parti communiste, mais milite surtout à la CGTU.

Brigades internationales de la guerre d'Espagne (1936-1938)

En , Auguste Lecœur, , est doubleur aux laminoirs et tréfileries de Lens, c'est-à-dire que, dans un vacarme infernal, il découpe à la cisaille le ruban métallique sortant du laminoir. Communiste, mais surtout responsable syndical à l'échelon du département, il a passé son certificat d'étude à l'armée, pour pouvoir lire des ouvrages marxistes. Des responsables communistes l'attendent à la sortie de l'usine. On lui demande de partir en Espagne comme commissaire politique dans les Brigades internationales. Le au soir, avec soixante militants, il est reçu par Maurice Thorez au siège du Parti. Le groupe prend ensuite la direction de Perpignan, accompagné par Léon Mauvais, membre du Comité Central, dirigeant de la CGT, membre de l'Internationale syndicale rouge (ISR), le pendant syndical de l'Internationale communiste (IC).

La base des brigades à Albacete est sous l'autorité d'André Marty, inspecteur général des Brigades internationales, membre du Bureau politique du Parti et membre du secrétariat exécutif de l'IC. Marty a un caractère difficile, mais Staline reconnaissant à l'ancien mutin de la mer Noire de son geste de solidarité vis-à-vis de l'Union soviétique lui gardera sa confiance. C'est dans cet environnement qu'Auguste Lecœur fait ses classes dans le contre-espionnage et la police interne, mais il demande à être muté sur le front et participe aux combats à Peña Roya et à Brunete. Il est l'un des soixante et un rescapés des 380 combattants de son bataillon.

En octobre 1937, la fin des brigades internationales ayant été décidée en haut lieu, il devient permanent du Parti communiste en France, organise les comités d'aide à l'Espagne du Pas-de-Calais et devient rapidement premier secrétaire du parti communiste dans ce département.

Seconde Guerre mondiale (1939-1944)

En , Auguste Lecœur n'est pas encore un dirigeant national, mais il est déjà secrétaire fédéral du Pas-de-Calais. Après l'annonce du Pacte germano-soviétique, Auguste poursuit la diffusion de L'Enchaîné, le journal communiste du Nord, et participe à des réunions pour la défense du pacte. C'est pourquoi, lorsqu'il est mobilisé, il se retrouve dans une « prison départementale militaire », gardé par des gendarmes débonnaires, jusqu'au mois de janvier. Ensuite, il est affecté dans une compagnie qui tient position sur la ligne Maginot et se retrouve au mois de juin avec dix mille autres prisonniers dans un camp de Meurthe-et-Moselle.

Lecœur et un camarade espagnol parviennent à fausser compagnie aux soldats allemands. Le , Lecœur entre à Paris. Le 14, par un coup de chance, il croise sur les grands boulevards Jean Jérôme qui l'aiguille vers Jean Catelas désireux de renouer des contacts avec la région du Nord Pas-de-Calais d'où est originaire Lecœur.

De retour dans le Pas-de-Calais le , Lecœur est consterné par l'état de sa fédération, où tout le dispositif clandestin mis en place avant-guerre a été démantelé par la défection de ses deux responsables, et où les dirigeants de la fédération vivent légalement, chez eux. Le Nord vit la semi-légalité au diapason avec Paris. Il prend ses fonctions de dirigeant de la fédération du Pas-de-Calais, et un peu plus tard, il devient secrétaire de l'inter-région 5, celle qui comprend le Nord et le Pas-de-Calais. Entre-temps, il aura été un des principaux animateurs de la grande grève des mineurs de mai-juin 41. Cette grève a représenté, dans les premières années de l'occupation, le seul mouvement de rébellion d'une certaine ampleur développé sur le territoire national. L'organisation syndicale clandestine qui s'est mise en place dans le bassin minier a, dès la fin 40, développé en dehors des directives nationales une ligne revendicative qui n'excluait pas l'affrontement avec les Allemands. Les traditions patriotes sont plus vivaces qu'ailleurs dans cette région qui a déjà connu l'occupation pendant la Première Guerre mondiale et qui, de surcroît, est directement rattachée à l'administration allemande de Bruxelles.

Auguste Lecœur est alors un des animateurs de la grève des du Nord-Pas-de-Calais de 1941. Les conditions de vie sont aussi dures que dans tout le pays, mais les Allemands maintiennent les cadences de production à un niveau extrêmement élevé. À la suite d'un incident banal entre des mineurs et un chef porion, le débrayage de la fosse de Dourges, déclenchée le , s'étend en quelques jours à tout le bassin minier.

La collecte, depuis 1940, des armes confiées aux groupes de protection armés du PCF, a permis aux meneurs de la grève de la diffuser et l'étendre très rapidement à tout le Pas-de-Calais, via l'envoi de 35 agents de liaison le , lorsque pour la première fois ces groupes de protection armés du PCF sont autorisés à agir lors d'une réunion à laquelle participent à Lens Julien Hapiot, Nestor Calonne, Auguste Lecœur et Maurice Deloison. Lecœur et la direction des CUSA ont ainsi lancé le mot d'ordre de grève.

Le mouvement culmine le : sont alors en grève dans le bassin, soit la quasi-totalité de l'effectif ouvrier. Auguste Lecœur coordonne la diffusion de la grève vers les autres puits de mine, en organisant un comité central de grève à Lens dès le lendemain du premier arrêt de travail.

Les mineurs obtiennent rapidement satisfaction, mais les Allemands se sont lancés dans une sanglante chasse aux meneurs : emprisonnement et déportation d'hommes et de femmes, souvent désignés avec la complicité des cadres des Compagnies minières. Jusqu'à la fin de l'occupation, la résistance ouvrière demeurera particulièrement vivace dans la région du Nord.

Lecœur conserve pendant toute cette période une certaine indépendance par rapport à la direction parisienne : dans les articles qu'il rédige pour l'Enchaîné du Pas-de-Calais, il associe toujours la lutte contre les Compagnies minières, Vichy et les « collabos » à un refus de l'occupant, alors que l'édition du même journal dans le département du Nord élude la dimension patriotique de la grève..

En 1971 dans Le Monde, Alain Duhamel parle au détour d'un article de « la fameuse grève des mineurs de » qui pour le PCF prouve de façon irréfutable l'antériorité de sa résistance par rapport à l'invasion de l'Union soviétique.

Jacques Duclos et Benoit Frachon les deux chefs du PCF à Paris, ne « songeaient alors qu'à conserver la plus stricte neutralité dans un conflit international qui ne les concernait pas », racontera-t-il dans un livre consacré de 1970 à cette grèveAuguste Lecœur, Croix de guerre pour une grève - mineurs contre l'occupant (27 mai -10 juin 1941), en 1971 aux Éditions Plon, critique par Alain_Duhamel dans Le_Monde . Pour autant, le PCF ne peut être qualifié de neutre à ce moment-là à l'échelon local : « les arrestations, les déportations, les tortures seraient là, s'ils en était besoin, pour balayer toute illusion » de neutralité, observe en 1971 Alain Duhamel dans Le Monde« Tillon, Lecœur, Figuères » par Alain_Duhamel le 12 août 1971 dans Le_Monde ..

Lecœur monte immédiatement en grade après la grève, bien que l'ordre hiérarchique ne le place qu'en quatrième position. Appelé par Duclos, en mai 42, à prendre en main l'organisation du Parti. Il remplace Jean Laffitte, arrêté très peu de temps après sa prise de fonctions, vers la même époque que son camarade responsable des cadres, Robert Dubois. La période Lecœur fait suite aux périodes Tréand et Dallidet.

Le premier objectif que s'assigne Lecœur quand il prend ses fonctions est de mettre un terme à l'hécatombe qui frappe les cadres dont le niveau de responsabilité est situé à l'échelon immédiatement inférieur au secrétariat. À l'exception du triangle majeur, la direction du Parti a été complètement démantelée avec les arrestations de Catelas, Cadras, Dallidet, Bréchet, Laffitte et Dubois pour ne citer que quelques-uns des plus importants. Les impératifs générés par la volonté de maintenir en fonctionnement un Parti centralisé tout en préservant efficacement la direction suprême conduisent à exercer une pression énorme sur ces cadres de niveau intermédiaire. La survie même du Parti implique de protéger plus efficacement ceux pour qui l'esprit de sacrifice est inhérent à leur engagement dans la Résistance.

Lecœur est un dur, un homme à poigne, il parvient à imposer les règles minimum de sécurité, en dépit des contraintes de travail qui pèsent sur tous les cadres.

La mainmise de Lecœur sur les structures du Parti dépasse largement les problèmes de sécurité. C'est lui qui, de fait, contrôle les divers mouvements de cadres entre le Parti, les Jeunesses, et les FTP. Il supervise également le groupe Valmy, ce groupe de choc des OS, dépendant directement du service des cadres, pour servir à la fois de garde prétorienne et de police interne en plus des activités de résistance anti-allemandes.

Aidé par Jean Chaumeil, Lecœur nomme des militants sûrs, comme Robert Ballanger pour la région parisienne ; il puise surtout dans le vivier des cadres du Nord-Pas-de-Calais qu'il connaît bien. Il sera souvent amené à s'opposer à Charles Tillon et aux FTP pour privilégier le Parti dans l'affectation des cadres. Pendant la période 42-44, il réside à Antony. Lors de la libération de Paris, c'est lui qui mène l'assaut contre le siège du parti occupé par la milice et qui, le , va chercher Jacques Duclos et Benoît Frachon dans le Hurepoix, pour les conduire au « 44 ».

Après-guerre : étoile montante du Parti communiste français (1944-1951) Président de la fédération régionale des mineurs et premier maire communiste élu à Lens, en 1945, il devient au début de l'année suivante ministre du charbon, chargé de faire réussir la très contestée mais vitale Bataille de la production, car l'économie française est paralysée par de fréquentes coupures de courant à cause de la pénurie de charbon. Il s'y est d'abord opposé par souci de prévenir la silicose, contrariant Maurice Thorez qui en avait fait un axe majeur de sa communication politique, puis l'a ralliée en échange de la nationalisation des mines et du statut du mineur.