L’Ancien théâtre municipal de Poitiers est un édifice de style Post Art déco situé sur la place du Maréchal-Leclerc. Construit en 1954 par l'architecte Édouard Lardillier, un grand nom de l'architecture de salles de spectacle« Édouard Lardillier, architecte de cinéma », biographie de l'architecte sur le blog d'Olivier Noos ; « Rendre à Édouard Lardillier... », Jean-Pierre Thiollet, Centre Presse, 10 décembre 2013, , il conserve dans son hall une spectaculaire paroi en verre églomisé et gravé réalisée dans les ateliers de Robert Pansart.

Remplacé en tant que salle labellisée Scène nationale par le Théâtre Auditorium de Poitiers (TAP) depuis 2008, il a servi de cinéma d'Art et d'Essai jusqu'en . Il est fermé depuis cette date.

Histoire Théâtres poitevins La ville de Poitiers n'a pas eu de salle de spectacle monumentale avant le début du . L'Ancienne Comédie

Une salle peu commode se trouvait au dans la rue justement nommée aujourd'hui « rue de l'Ancienne-Comédie ». Aménagée dans un ancien jeu de paume situé dans la partie basse de la rue, elle avait une forme carrée et ne possédait aucun aménagement particulier à en croire les descriptions anciennes. « On ne saurait en un mot imaginer ensemble plus misérable », en dit M. B. de la Liborlière dans ses mémoires publiés en 1846B. de la Liborlière, Vieux souvenirs du Poitiers d'avant 1789, Poitiers, 1846, p 154.

Le théâtre de 1819

thumb|200 px|left|Ancien théâtre de Poitiers, construit en 1819. Façade principale sur l'actuelle rue de la Marne (carte postale v 1900). thumb|200 px|left|Façade du côté de la Place d'Armes, avec sa galerie abritant des commerces (carte postale v 1900).

Ce manque de salle adéquate engendra la construction, à l'emplacement de l'ancienne boucherie du marché-vieux et du bureau du « poids-le-roi », d'une salle à l'italienne par l'architecte Vétault et l'ingénieur Zacharie Galland. Ce dernier propose un projet de théâtre dès l'An IX de la République, en même temps que le projet d'installer 200 réverbères en centre ville« Théâtres de Poitiers », plaquette réalisée par le Centre Culturel de Beaulieu et la SACD de Poitiers en collaboration avec la Bibliothèque Municipale et la participation de la DRAC, dans le cadre de la semaine nationale du Théâtre en 1984 . Le choix de l'emplacement semble s'être imposé d'office : « La Place d'Armes est déjà le plus beau quartier de la ville, la salle de trouverait sur la route de Paris en Espagne, elle donnerait un coup d’œil flatteur pour les étrangers »Anonyme, Historique du Théâtre de Poitiers, regards sur le passé et le présent, programme de l'inauguration du théâtre municipal, 1954 (cf. bibliographie) .

Cet édifice de style Restauration, inauguré en 1819, avait un plan irrégulier, en raison de la parcelle et des rues avoisinantes. L'architecte avait tenté de masquer ces irrégularités par les deux façades.

La façade principale, de style néoclassique, ouvrait sur la rue des Basses-Treilles (actuelle rue de la Marne) par un portique flanqué de deux colonnes toscanes supportant un petit balcon. Du côté de la place, une longue façade monotone composée d'arcades abritait des boutiques, suivant une formule fréquente à l'époque. Sur ce mur se trouvait un cadran solaire.

L'édifice fut vite jugé insuffisant et à la fin du siècle il est vivement critiqué. Des travaux de réaménagement ont lieu durant le et au début du . En 1844, l'éclairage au gaz y est installé, puis l’éclairage électrique en 1896. Cette même année on procède a des aménagements des loges, balcons, fauteuils, et on cherche toujours à mettre le bâtiment aux normes dans les années 1920.

Le choix d'un nouveau théâtre, plus moderne, sera fait après la Seconde Guerre mondiale.

Le théâtre est fermé sur ordre du préfet pour des raisons de sécurité incendie le , et la décision est faite de le démolir et de reconstruire un théâtre neuf au même emplacement.

En attendant les spectacles ont lieu dans la salle des fêtes du collège Saint-Joseph (par la suite lycée des Feuillants).

Un nouveau théâtre

thumb|left|200px|Publicité pour la saison 1960 du théâtre de Poitiers.

Ce nouvel édifice culturel est en grande partie financé par un legs généreux de la comtesse d'Osmoy, mais surtout grâce à l'indemnité de reconstruction touchée par Émile Bremond (futur directeur du théâtre), le propriétaire du cinéma « Le Majestic »Il s'agissait en outre de la première salle de cinéma bâtie à Poitiers, ouverte en 1914. elle était située derrière la poste centrale. Ce cinéma ayant été totalement détruit pendant les bombardements alliés du , la ville lui avait racheté l'indemnité.

Le nouveau théâtre devait non seulement avoir une salle moderne avec une capacité plus importante, mais devait aussi être équipé pour le cinéma. En revanche l'emplacement sera exactement le même, limitant à priori les possibilités d'agrandissement. Un premier projet est proposé par Lucien et Maurice Martineau, mais celui-ci, jugé trop ambitieux, est rejeté pour des raisons financièresLaunay, Yann, « Les frères Martineau, les immeubles privés entre les deux guerres à Poitiers », mémoire de maîtrise réalisé sous la direction de Nabila Oulebsir, université de Poitiers, 2005.

C'est sur l'architecte Édouard Lardillier que se porte la municipalité. Lardillier était spécialisé à la fois dans la construction des salles de cinéma, mais aussi dans la rénovation de salles anciennes. Il a beaucoup travaillé dans le Nord-Pas-de-Calais, à Paris et à Troyes. Plus tard il rénove le cinéma « Club » à Poitiers. Les frères Martineau sont conservés comme maitres d'ouvrage pour la construction.

À la fin du , l'édifice est jugé trop petit pour une capitale de région. Il est limité dans les types de spectacles montables, et sa salle unique réduit considérablement les diffusions de films. Il est remplacé comme salle de spectacle à partir de 2008 par le TAP (Théâtre Auditorium de Poitiers), construit dans la rue de la Marne, et devient l'annexe dévouée au cinéma d'art et d'essai, appelée le TAP cinéma. Cette institution déménage en 2012 dans le bâtiment du cinéma Castille situé de l'autre côté de la place, où elle partage le multiplexe avec le groupe CGR, en se dotant au passage de deux salles supplémentaires consacrées au cinéma art et essai.

Transformation

La ville de Poitiers annonce en 2013 le projet de créer des locaux commerciaux et des logements dans l'ancien théâtreArticle de Centre Presse du 9 février 2013 , tout en ouvrant un espace culturel consacré aux arts visuels. La façade et le verre églomisé de Pansart doivent être conservés pour respecter les obligations du nouveau secteur sauvegardé de PoitiersLettre d'Ourscamp : janvier-février 2014..

Le , en raison d'« erreurs manifestes » dans l'estimation de France Domaine, le rapporteur public du tribunal administratif demande l'annulation de la délibération du conseil municipal actant la vente du théâtre..

La démolition de la salle de spectacle, le foyer et la scène a débuté en dans le cadre de la requalification du bâtiment en commerces, logements et salle d'exposition. Le miroir gravé de Robert Pansart est en cours de restauration, en vue de se réinstallation dans le hall au terme des travaux.

thumb|left|200px|Démolition de la salle de spectacle, du côté de la rue du Plat-d'étain, février 2020.

Cinémas poitevins : 1945-1965 thumb|right|200px|Le TAP Cinéma en 2011 avant sa fermeture, et son déplacement dans le cinéma Le Castille. Le théâtre à l'italienne de 1819 accueillit avant la Première Guerre mondiale les séances de cinéma, la salle prenant le nom de Comœdia. En revanche, la salle ancienne était peu propice à cet art. En 1947 on y cessa toute projection de film.

Sur la place, le cinéma Castille avait été réaménagé par les frères Martineau, architectes, en 1948, dans un style baroque typique des années 1940. Il a été depuis totalement réaménagé en multiplexe. Sa façade conserve néanmoins les armoiries de Poitiers et du Poitou datant de cette réfection.

Dans ces années on construit également le cinéma le Berry (1951), rue Henri Oudin, et hors centre, le cinéma de la Madeleine (1947), avenue du 8-mai-1945. Seul le bâtiment du second existe encore. Ce dernier avait la particularité d'être construit en grande partie avec des matériaux de récupérationBlog très bien documenté de Laurent Comar, . Notons aussi le petit cinéma Pax dépendant du patronage Saint-Joseph et rénové après la guerre.

Dans la rue Carnot, le cinéma Club était également une réalisation d’Édouard Lardillier, aménagé en 1962 dans l'ancien cinéma « le Régent ». Sa façade était proche dans l'esprit de celle du théâtre. Ce bâtiment fut remplacé par le parking de l'Hôtel-de-ville (ancien parking Carnot) en 1970.

Architecture et décor intérieur Le bâti La structure du bâtiment est en béton armé, les façades principale et latérale sont recouvertes de parements de pierre calcaire blanche, rappelant le même principe inauguré par Auguste Perret au Théâtre des Champs-Élysées en 1913. L'architecte, voulant réaliser la salle la plus vaste possible, a dû sacrifier les espaces annexes habituellement liés au faste et à l'apparat : hall, escalier d'honneur, foyer. Le texte de présentation annonce bien ce sens rationnel : "Chaque espace a été étudié, aucune place n'est inutilisée ; de la cave aux combles, le plus mince réduit abrite une loge, un couloir, un escalier, des canalisations, des appareils électriques..."

Salle de spectacle

La salle précédente étant jugée trop petite, Lardillier eut l'idée de creuser dans le sol afin d'obtenir une salle beaucoup plus spacieuse, de 21 mètres de profondeur et d'une largeur de 17 mètres.

La salle pouvait recevoir 560 spectateurs, le promenoir une centaine. Le spectaculaire balcon, pouvant accueillir plus de 400 spectateurs supplémentaires, surplombe la salle, produisant un effet assez vertigineux. Au centre de ce balcon se trouve la « loge » des notables, un espace délimité par la même balustrade en verre et feuilles d'acanthe en laiton que ceux de l'escalier du hall. Le reste du balcon est entouré d'une rampe en fer forgé aux formes calligraphiques très simples. On accède au balcon par le foyer-bar.

Conçue pour assurer une visibilité adéquate autant pour le théâtre que le cinéma, les fauteuils étaient de la maison Gallay. Les tentures étaient de couleur rouge geranium et gris tourterelleLa cinématographie française, 1955, cité par Laurent Comar dans le blog mentionné en lien.

La scène, quant à elle, fait une dizaine de mètres en profondeur. Elle était équipée d'un écran de 12 mètres de large permettant la projection de films en Cinémascope. Avant sa fermeture en 2012 la salle contenait 850 places.

Hall et escalier thumb|Publicité de la maison Robert Caillat pour les lustres du théâtre de Poitiers (1954). L'architecte ayant choisi d'inverser la structure de l'édifice par rapport au théâtre précédent, qui ouvrait sur la rue de la Marne, il a du sacrifier la possibilité d'un grand hall.

Le hall longe ainsi la façade principale donnant sur la place du Maréchal-Leclerc, mais présente une très faible profondeur. Face aux portes se trouvent les guichets de la billetterie. Le style général se caractérise par le mélange entre une très grande sobriété formelle moderniste et des ornements exubérants (luminaires, verre gravé, rampe d'escalier).

Escalier d'honneur

L'accès à la salle et au foyer-bar se fait par un escalier du côté ouest. Un escalier plus simple, mais avec un palier qui surplombe le hall et se voit par les fenêtres extérieures de la façade, donne accès aux bureaux, salles de répétition et de danse et loges côté est. La rampe de cet escalier est ornée discrètement de formes stellaires en laiton, malheureusement peintes en rose à une époque plus récente.

Malgré sa taille très réduite, l'escalier d'honneur qui mène au foyer-bar et à la salle se trouve mis en valeur par plusieurs astuces de l'architecte.