Claude Bonin-Pissarro, né le à Houilles et mort le à Montpellier. , est un peintre et graphiste français. Petit-fils du peintre Camille Pissarro, il est le père du peintre français Frédéric Bonin-Pissarro (né en 1964) travaillant aux États-Unis Jenny Callison, Artists take after famed ancestor, Claude Pissarro's grandson, great-grandson hold exhibition here, The Cincinnati Enquirer, 8 octobre 2001. Résistant, il assura la protection de collections de musées français durant la Seconde Guerre mondiale, et organisa dans les années 1950 une importante exposition d'art en Australie, dont le succès notable y fit connaître de nombreux peintres de l'École de Paris.
Biographie thumb|left|Jeanne Pissarro, (dite Cocotte), lisant, 1899, par Camille Pissarro. vignette|gauche|redresse|Colonel Philippe Beyne (dit d'Artagnan, à droite) et Maxime Fischer (dit Anatole à gauche) en 1944. Claude Bonin-Pissarro est l'un des fils du peintre français Alexandre Bonin et de Jeanne Pissarro (dite Cocotte, 1881–1948), la fille du peintre impressionniste Camille Pissarro<ref name="Stern Pissarro Gallery">Pissarro Family Tree. In: Stern Pissarro Gallery → online</ref>. Il a épousé Sylvie Bonin-Pissarro (Sylvette Ormaechea)Frederic Pissarro In: Greenwich House Gallery, Cincinnati, Ohio, en anglais → online, dont il eut un fils, Frédéric (né en 1964, peintre), et une fille, Lila. Le frère de Claude, Henri Bonin-Pissarro, est également peintreD'après .
Sous l’Occupation, il fut chargé en 1943 par les musées du Louvre et de Calvet d'assurer la protection et la sauvegarde d’œuvres d'artD'après ., mises à l'abri au château de Javon près d'Avignon dans le Vaucluse. Cette même année, il entre dans la Résistance comme officier de liaison et de renseignement sous la direction du lieutenant-colonel Philippe Beyne Isaac Levendel, Bernard Weisz, Serge Klarsfeld,Hunting Down the Jews. Vichy, the Nazis and Mafia Collaborators in Provence, 1942-1944, 2012, Enigma Books, . En principe, les allemands n'avaient pas le droit de pénétrer dans le château de Javon, et avec l'aide de Claude Bonin-Pissarro, Max Fischer y déposa des armes, des munitions, deux camions de vêtements, de chaussures et de pull-overs (récupérés aux chantiers de jeunesse de Cavaillon) : les hommes du Maquis Ventoux venait ainsi s'y faire habiller par petits groupes. Après la guerre, les œuvres ont été restituées aux musées respectifs.
vignette|Claude Bonin-Pissarro à la National Gallery Adelaide avec L’Abeille de Félix Labisse et Oppression de l’Objet de Victor Brauner (1953). vignette|Claude Bonin-Pissarro au Tasmanian Museum and Art Gallery en 1953. vignette|Claude Bonin-Pissarro à Hobart (1953). La tapisserie est intitulée « Toujours vit d'espoir sur terre. » vignette|Claude Bonin-Pissarro à Brisbane en 1953.
Il entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, où il a étudié l’histoire de l'art. Il est ensuite enseignant à l'École des métiers d'art à ParisD'après la courte autobiographie qu'il donne sur .
En 1947, à l'arrêt de métro Villiers à Paris, il repère Simone Michels, institutrice de 25 ans, qui incarnera grâce à lui Judith Toumignon dans le film Clochemerle de Pierre Chenal.
En tant que représentant de l'Association française d'action artistique (AFAA) et du gouvernement français, Claude Bonin-Pissarro organisa l’exposition tournante comportant 119 tableaux et quatre tapisseriesD’après de 77 artistes français, qui fut proposée de janvier à dans les villes australiennes de Hobart, Sydney, Brisbane, Melbourne, Adelaide et Perth. Cette exposition était un projet commun des gouvernements français et australienCf. le catalogue : . Son organisation avait pris quatre années ; l'organisateur côté australien était le directeur du National Art Gallery Sydney, Cf. .
Le projet fut à l'initiative de Jean Cassou alors conservateur en chef du musée national d'art moderne. L'exposition française tourna de façon remarquablement vaste. Elle commença en janvier à Hobart au Tasmanian Museum and Art Gallery, en mars elle a ouvert à Sydney à la Galerie d'art de Nouvelle-Galles du Sud, en avril à la Queensland Art Gallery à Brisbane ; en juin et juillet à la National Gallery of Victoria à Melbourne ; en août le musée national d'Australie-Méridionale à Adelaide ; et s'est conclue à Perth en septembre à la Bibliothèque publique, Museum & Art Gallery of Western Australia. Comme Jean Cassou l'écrit dans son introduction au catalogue, l'exposition était marquée par une approche du modernisme sous l'angle de l'histoire de l'art et de l'« universalisme ». Elle présentait des artistes français modernes déjà établis et réputés comme Braque, Chagall, Derain, Dufy, Gleizes, Léger, Lhote, Labisse, Lurçat (tapisserie), Masson, Matisse, Metzinger, Picabia, Rouault, Tanguy, Jacques Villon, Vlaminck et aussi Le Corbusier - mais aussi la plus jeune génération, Reynold Arnould, Buffet, Capron, Chesnay, Lagrange, Lapoujade, Manessier, André Marchand, Minaux et Soulages. En outre, le label « École de Paris » a servi comme un terme générique englobant une gamme géographique et nationale tout aussi large, car il comprenait des peintres allemands (Max Ernst et Hans Hartung), russes (Marc Chagall, André Lanskoy, Nicolas de Staël), espagnols (Oscar Dominguez et inévitablement Joan Miró et Pablo Picasso), portugais (Maria Helena Vieira da Silva), chinois (Zao Wou-Ki), géorgien (Vera Pagava), grec (Mario Prassinos), néerlandais (Kees van Dongen) et aussi Édouard Goerg, qui est né à Sydney en 1893 de parents français, mais revenu en France en 1900. Les jeunes artistes australiens ont pris un intérêt particulier dans la haute couleur post-cubiste de Manessier et Marchand et dans le tachisme mieux identifié de Vieira da Silva et Soulages Ann Stephen, Andrew McNamara, Philip Goad, Modernism & Australia: Documents on Art, Design and Architecture 1917-1967 Miegunyah Press series. no. 83: series, Miegunyah Press, 2006, , .
Les tableaux représentaient toutes les tendances de la peinture moderne d'alors, quoique d’orientation plus novatrice, contemporaine que l'exposition d'art moderne australienne de 1939 : Herald Exhibition of French and British Contemporary Art, dont les œuvres passaient déjà pour classiques. Parmi les œuvres exposées à French Painting Today, on trouvait parmi les compositions la Passion de Georges Rouault, Le Peintre de Bernard Buffet, Mémoires de Lucien Coutaud, le Château de Saumur de Jules Lefranc, Le port endormi d’Alfred Manessier, trois tableaux de Le Corbusier (La femme au livre, Les deux sœurs, Deux mains et pomme d'or), deux œuvres d'Henri Matisse, et bien d'autres de Jacques Villon, Pablo Picasso, Georges Braque, Hans Hartung, Maurice Estève, Alfred ManessierD'après etc. Ces pièces étaient prêtées par le Musée national d'art moderne de Paris ou des collectionneurs privésD'après .. Bonin-Pissarro eut beaucoup de peine à obtenir ces prêts, notamment en ce qui concerne les toiles de Picasso et de Matisse.
Jean Cassou, qui fut entre 1945 et 1965 le conservateur du Musée National d’Art ModernePierre Georgel: Cassou. Paris 1967, in französischer Sprache, invita le public australien à goûter cette « aventure spirituelle, notre histoire de l’Art Moderne », l'exposition offrant à cette occasion aux visiteurs une « expérience clefD'après . »
Claude Bonin-Pissarro se trouva en butte aux tracasseries les plus diverses avant même le début de l'exposition en Australie. Le vraquier de 550 tonneaux Merino, par lequel les tableaux étaient expédiés vers l'Australie, s'était échoué à la Noël 1952 à Bluestone Bay, au large de la côte orientale de Tasmanie, et on ne parvint à le remettre à flot qu'après de multiples manœuvres de désensablementD’après Tug's unsuccessful battle to float ship., ibid., . Là-dessus, les douanes australiennes confisquèrent les œuvres d'art et n'acceptèrent de les restituer qu'après règlement des frais de garde, qu'elles évaluèrent à . Le gouvernement français avait assuré ces œuvres pour une valeur de D’après D'après ce qui représente, au cours de 2014, à peu près 2,25 millions d'eurosReserve Bank of Australia: Pre-Decimal Inflation Calculator → 100 000 livres australiennes au cours de 1953 = 3.314.844 livres australiennes au cours de 2014, d'après Oanda: Historical Exchange Rates → 0,6797 taux de conversion moyen €/ dollar australien en 2014 → .. La Lloyd's of London mit d'elle-même un terme aux différends en réglant les frais, mais ces formalités avaient déjà retardé le démarrage de l’exposition pour sa première étape, à Hobart.
L’exposition, véritable phénomène de société, déchaîna un enthousiasme général : dans la seule Art Gallery of Western Australia de Perth, l'exposition attira Cf. , et l’étape à la Queensland Art Gallery de Brisbane, avec quelque , connut son record de fréquentation ; l'exposition de Melbourne attira à la National Gallery of Victoria, et l’Art Gallery of New South Wales à Sydney dut limiter à le nombre de visiteurs, battant là encore tous les records précédents. Les comptages a posteriori ont montré que pour les seules villes de Melbourne et Sydney, l’exposition avait à elle seule attiré Caroline Turner: International exhibitions → online. La vente de du catalogue à Sydney constituait par elle-même un recordD'après .
Les œuvres exposées étaient à l'époque à peu près inconnues en AustralieD'après . Le public australien était généralement rétif aux idées radicales de la scène artistique européenne, l'isolement géographique du pays n'étant pas la moindre cause de cette orientationCf. à ce sujet . Aussi l'accueil fut-il mitigé ; il n'était pas rare que les médias australiens tournent les tableaux exposés en dérisionD'après D'après . Plusieurs visiteurs se sont sentis « mystifiés » par cette « manifestation provocanteD'après » et attribuèrent « l’originalité des pièces exposées à l’excentricité traditionnelle des FrançaisD'après . » Selon divers témoignages, Claude Bonin-Pissarro aurait reçu des centaines de lettres portant des appréciations passionnées (positives ou négatives) sur les œuvres exposéesD'après . L'écrivain australien Patrick White a écrit à ce sujet :
vignette|Claude Bonin-Pissarro avec Moya Dyring et le directeur de la National Art Gallery Sydney, Hal Missingham (1953). Bonin-Pissarro, qui n'avait qu'une connaissance limitée de l'anglais et qui était accompagné d'un interprète, se considérait comme l'« ambassadeur de la peinture françaiseD'après . » Il invita le public à considérer les tableaux sans parti pris et avec un esprit ouvertD'après . Il proposa la comparaison suivante : ; et il dessina pour appuyer son commentaire un avion et une auto, et à côté une voiture attelée censée représenter l'ancienne peinture figurative. La Presse le décrivit comme un
French Painting Today s'avéra comme l'exposition d'art internationale la plus importante qui se soit tenue en Australie au cours des années 1950. Par son « optimisme résolu », elle a montré de nouveaux chemins à l'Australie d'après-guerre et donné une impulsion considérable aux jeunes talents australiensD’après D’après .D’après tels Tony TucksonD’après , William RobinsonWilliam Robinson. A Life in Brief. in: Queensland University of Technology vom 26. Februar 2013 → online, Godfrey Miller, Ian Fairwether, John Passmore ou John OlsenD’après D’après ..
Aux Macquarie Galleries de Sydney, Claude Bonin-Pissarro organisa en une exposition consacrée à l'artiste cubiste australienne Moya DyringD’après D’après D’après . À Adélaïde au mois de juillet il marqua son admiration pour les œuvres de deux autres artistes australiens, Wladyslaw et Ludwik Dutkiewicz, qu'il considérait comme les plus belles de la Contemporary Art Society du paysD’après . Il fit même l'éloge du jeune artiste australien qui venait d'être récompensé du Blake Prize for Religious Art. Il exprima le point de vue selon lequel la collection exposée à ce moment à l’Art Gallery of South Australia d’Adélaïde était la meilleure manifestation d'art moderne en AustralieD’après ..