La statuette de Ganymède est une statuette de marbre datée du . Elle a été découverte sur le site archéologique de Carthage, en Tunisie, par une équipe d'archéologues américains à la fin des dans le cadre de l'opération d'envergure « Pour sauver Carthage » menée par l'Unesco. Elle représente Ganymède aux côtés de Zeus ayant pris l'apparence d'un aigle. Un chien et une chèvre assoupie complètent le groupe.
Retrouvée en fragments, la statuette est restaurée avec soin et exposée dans un petit musée de site, le musée paléo-chrétien de Carthage. et dans un selon Elaine K. Gazda, qui l'a étudié. sur le site archéologique de Carthage, cette sculpture est également emblématique de la qualité des œuvres circulant dans l'Afrique romaine durant l'Antiquité tardive.
Son histoire la plus récente, avec le vol dont elle fait l'objet au début du mois de dans son lieu de conservation, en fait également un témoignage non seulement des menaces qui pèsent sur le patrimoine historique et archéologique des pays concernés par la transition du Printemps arabe mais surtout des conséquences de moyens insuffisants mis à disposition des instances chargées de la conservation du patrimoine. La statuette est retrouvée le par les services de la police judiciaire tunisienne.
Contexte archéologique et histoire, de la découverte au vol de novembre 2013 La statuette est retrouvée en 17 fragments dans une citerne de la Maison des Auriges grecs..
Contexte archéologique : la Maison des Auriges grecs
vignette|alt=Kephalon, l'un des quatre auriges grecs|Kephalon, l'un des quatre auriges grecs, détail de la mosaïque qui a donné son nom à la maison dans laquelle a été découverte la statuette.
La maison, pourvue d'un péristyle et de fontaines, date du et a connu de nombreux aménagements, dont l'un majeur aux alentours de 400.. Elle n'a par ailleurs été fouillée que partiellement.
Même si les fouilles de la demeure ont livré des mosaïques dans de nombreuses pièces, son nom provient de la mosaïque représentant quatre auriges désignés par un nom grec : quatre auriges sont debout dans leurs chars, qui ne sont pas conservés tout comme les chevaux, et prêts au départ, chacun tenant un fouet et les rênes.
Ils représentent une équipe ou une faction du cirque : Euphumos (bleu), Domninos (blanc), Euthumis (vert) et Kephalon (rouge). Ces noms sont sans doute ceux d'auriges célèbres. Cette mosaïque ornait le seuil d'un triclinium ou œcus, à partir du portique sud de la demeure.
Histoire antique et redécouverte La citerne dans laquelle est retrouvée la statuette est située sous le triclinium de la maison. et dégagée lors de la campagne de fouilles menée en 1977.. Elle est envoyée au Kelsey Museum of Archaeology pour étude et conservation en 1978 puis restaurée dans un cabinet spécialisé à New York en 1980..
vignette|alt=Plan de la ville romaine de Carthage|Plan de la ville romaine de Carthage.
La statuette est probablement brisée de façon accidentelle avant même sa mise en place et fait l'objet d'une restauration dans l'Antiquité à l'aide de tenons de fer. La citerne dans laquelle elle est retrouvée est d'origine punique. Les citernes étaient importantes à Carthage du fait de la rareté des sources et souvent utilisées de manière continue entre l'époque punique, en particulier le , et l'époque musulmane. car réparées et nettoyées régulièrement avec soin durant des siècles. Après leur abandon, elles servent de ., les fouilleurs y dégageant de nombreux os d'animaux et de poissons ainsi que de la poterie domestique, même des monnaies. Les déchets, sans aucun doute ceux d'une cuisine et recouvrant les éléments du groupe statuaire, sont datés par le fouilleur du début du , du milieu. voire peut-être du troisième quart du . Le lien de la statuette avec les propriétaires de la Maison des Auriges grecs .
L'enfouissement dans la citerne des déchets accumulés sur toute la zone de la villa daterait selon Elaine K. Gazda de peu après la prise de Carthage en 533 par les Byzantins au détriment des Vandales et signalerait un nettoyage complet de ladite zone. La maison est utilisée au et de nouvelles mosaïques sont placées dans différentes pièces au , dont un pavement d'opus sectile disposé dans le triclinium et des Néréides chevauchant des dragons des mers. L'histoire du site n'est pas connue au du fait du bouleversement des couches archéologiques au moment de la construction du TGM au début du .
Le terrain sur lequel est construite la villa est exploré tout d'abord par les archéologues tunisiens en 1970-1971 : un complexe ecclésiastique byzantin tardif du est dégagé, une insula contenant la villa est également fouillée à l'ouest de l'église.. La Maison des Auriges grecs est fouillée en 1975 et entre 1976 et 1978., dans le cadre des fouilles internationales de la campagne de l'Unesco intitulée « Pour sauver Carthage ». L'exploration du terrain est confiée à une équipe tunisienne de l'Institut national d'archéologie et d'art dirigée par Liliane Ennabli et à celles d'institutions américaines, l'American Schools of Oriental Research et le Kelsey Museum of Archaeology, dirigées par John H. Humphrey.. Bien que le site comporte dans ses niveaux les plus anciens des vestiges d'époque punique ou du Haut-Empire romain, l'équipe choisit de privilégier les fouilles des niveaux d'époque vandale et byzantine, périodes de l'histoire de la ville assez méconnues..
Vol et conséquences La statuette est volée dans la nuit du ., alors qu'un service de garde avec trois gardiens était organisé.. La pièce archéologique est considérée comme invendable en raison de sa célébrité dans le monde et, de ce fait, ne pourrait intégrer les réseaux officiels de vente d'œuvres d'art.. Le vol fait l'objet d'un signalement à Interpol.
Cet événement suscite une vague d'émotions, en particulier sur Internet et sur les réseaux sociaux, où le vol est qualifié d'.. Cependant, les réactions s'estompent très rapidement.
Dans les jours qui suivent, les autorités tunisiennes décident de renforcer les mesures de sécurité dans les musées et sites archéologiques...
vignette|Vue de la statuette retrouvée, des dégâts semblent à déplorer, en particulier le chien situé sur le côté de l'œuvre.
Dès le , le directeur général de l'Institut national du patrimoine (INP), Adnan Louichi, évoque dans un droit de réponse faisant suite à un article polémique dans La Presse de Tunisie que .. Le directeur pointe des problèmes budgétaires et juridiques, outre ce qui relève du contexte propre aux événements les plus récents touchant le pays, dans la continuité de la révolution de 2011. Il faut également évoquer le choix de laisser une telle œuvre dans un petit musée, forcément à l'écart des flux de visiteurs ; cette fragilité du lieu d'exposition avait suscité au début des années 2000 une mise en réserve pour des raisons de sécurité pendant quelques années.
Des suspects sont rapidement incarcérés, dont l'un qui décède à l'hôpital le .. Après une rumeur selon laquelle l'œuvre aurait été retrouvée, vite démentie par les autorités, la statuette reste introuvable et le nom du ou des commanditaires du vol reste inconnu.
Le ministère de l'Intérieur annonce le avoir retrouvé la statuette la veille.. L'un des suspects arrêté en novembre 2015 a en effet permis d'arrêter son complice en possession de la statuette sur le point d'être vendue.. Le , la cour pénale du tribunal de première instance de Tunis condamne un employé du musée paléo-chrétien de Carthage et son complice à quinze ans de prison ferme pour le vol de la statuette..
Description Description générale L'œuvre, taillée dans un bloc monolithe de marbre blanc, mesure de haut selon Abdelmajid Ennabli, Georges Fradier et Jacques Pérez., environ cinquante centimètres de haut selon Gazda. La base du groupe mesure environ de largeur pour une profondeur de treize centimètres et une hauteur d'environ cinq centimètres.
vignette|alt=Détail du visage de Ganymède et de la tête de l'aigle|Détail du visage de Ganymède et de la tête de l'aigle.
Elle représente Ganymède, échanson des Dieux, originaire de Troie qui remplace dans cette fonction Hébé, aux côtés de Zeus ayant pris l'apparence d'un aigle. Le moment représenté est celui où Zeus s'apprête à l'emmener sur l'Olympe. Le héros troyen adopte une pose langoureuse, la jambe droite croisée sur la gauche, le bras gauche est posé sur la hanche et le bras droit entoure l'aigle qui, pour sa part, est perché sur un arbre, les ailes déployées, portant un regard .
L'aigle et Ganymède sont ; aux pieds du héros coiffé d'un bonnet phrygien se trouvent une chèvre assoupie ou, indication étonnante, un lièvre selon Mounira Harbi-Riahi, ainsi qu'un chien agité, sans doute du fait du départ imminent de son maître. Pour la première fois, Ganymède est présenté comme un gardien de chèvres. Le chien existe sur d'autres représentations du récit de l'enlèvement de Ganymède, mais l'ajout de la représentation d'une chèvre est « inhabituel » et sujet à interprétation.
La composition est strictement géométrique : deux axes verticaux traversent Ganymède et l'aigle, un cercle et un arc concentrique entourent les personnages principaux de la scèneVoir le schéma de la composition par D. Slee dans ., le visage répond également à une élaboration savante. Ces éléments semblent avoir aidé l'artiste et auraient également convenu à l'intégration de l'œuvre dans une niche..
Certains éléments de détail permettent d'appuyer la composition savante de l'ouvrage et d'en souligner les lignes géométriques, comme la chlamyde suspendue, le rabat du bonnet phrygien et les plumes de l'aigle. L'artiste a également travaillé le rendu des surfaces de la sculpture, avec en particulier la coiffure très travaillée.. La virtuosité du sculpteur dans le maniement du burin est confirmée par certains détails anatomiques des divers protagonistes et également des détails comme la partie inférieure des plumes de l'aile droite de l'aigle et les doigts de Ganymède qui possèdent de fines zones formant de ..
Œuvre en bon état réparée durant l'Antiquité Le groupe statuaire se trouve globalement dans un excellent état ; les manques y sont peu importants, parmi lesquels on peut signaler les petites branches de l'arbre au-dessus de l'aigle et une partie de la jambe droite et un doigt de la main droite.. L'œuvre est à peu près complète, ne manquent que des branches de l'arbre (dont au moins trois qui surplombent l'aigle) et des éléments des membres inférieurs du personnage, de la chèvre et du chien. Le chien et la chèvre ont perdu leurs pattes antérieures. L'aigle pour sa part est à peu près intactVoir les figures 2 (photographie) et 3 (dessin avec proposition de restitution des parties manquantes) dans ..
Issue d'un seul bloc, la statuette est à certains endroits presque transparente, ce qui fait de l'œuvre un . Le marbre a un rendu différent entre l'aigle, bénéficiant d'un traitement appelé sfumato par Gazda, et les autres éléments de la sculpture qui sont très lisses.
vignette|alt=Détail du groupe statuaire avec les animaux situés au pied de l'arbre|Détail du groupe statuaire avec les animaux situés au pied de l'arbre.
La statuette fait l'objet de réparations dans l'Antiquité, dont des tenons de fer installés dans le tronc de l'arbre et la figure de Ganymède à l'aide de mortier de chaux bitumineux. Les tenons de fer ont créé une décoloration sur certaines parties du groupe statuaire, orange foncée sur le tronc de l'arbre et grise sur le visage de Ganymède.. Les éléments de cette première restauration ont été retirés lors de la nouvelle restauration de 1980. Les taches jaunâtres ont pu être causées par l'exposition à des matières organiques dans la citerne..