Euromaïdan (en , ; en , ) ou Eurorévolution (parfois simplement appelé « le Maïdan ») désignent les manifestations proeuropéennes qui se sont déroulées en Ukraine de à , principalement sur la place de l'Indépendance (Maidan Nezalezhnosti) de Kiev. Le mouvement fait suite à la décision de dernière minute du gouvernement ukrainien et du président prorusse Viktor Ianoukovytch de ne pas signer un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne mais de signer un accord économique avec la Russie. Ces manifestations sont marquées par de fortes violences qui font environ 120 morts (des manifestants en grande majorité), peu avant la réussite du mouvement.
Les protestations grossissent fortement à partir du lorsque les négociations sur l'accord d'association prennent fin, sans accord et que la police fait alors usage de la violence contre des manifestants pacifiques alors relativement peu nombreux. Beaucoup perçoivent en effet ces violences comme un glissement vers un autoritarisme s'ajoutant à la corruption massive et notoire du président et de son cercle de proches. Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont ensuite protesté à Kiev. À partir de fin janvier et l'établissement par le gouvernement de lois appelées « dictatoriales » par les manifestants, ceux-ci réclament la démission de Ianoukovytch.
Bien que très minoritaires parmi les manifestants, certains groupuscules de la droite radicale, arborant des symboles controversés rappelant l'idéologie nazie, profitent des évènements pour se mettre en avant. Leur violence et leur présence permanente leur donne une visibilité disproportionnée en comparaison avec leur faible nombre, qui sera exploitée par les médias du gouvernement ukrainien et ceux de la Russie.
Les violences grimpent en intensité à partir du , jusqu'à atteindre leur paroxysme le avec le massacre du Maïdan lors duquel 48 manifestants et 4 policiers sont tués. Cet évènement a fait émerger certaines théories du complot dépourvues de preuves tangibles, qui accusent notamment les Américains d’avoir cherché à attiser les violences. À la suite de cet épisode parfois appelé révolution de la Dignité, le président Viktor Ianoukovytch fuit l'Ukraine puis est destitué. Il est alors temporairement remplacé par le pro-européen Oleksandr Tourtchynov et un nouveau gouvernement dirigé par Arseni Iatseniouk en attendant des élections en mai lors desquelles Petro Porochenko sera élu. L'opposante Ioulia Tymochenko, emprisonnée depuis 2010, est par ailleurs libérée.
S'ensuit l'annexion de la Crimée par la Russie en mars, puis débute la guerre du Donbass en avril.
Dénomination Les manifestations proeuropéennes ukrainiennes ont été nommées « Euromaïdan » (, ) en référence à la place de l'Indépendance (, ), la place principale de Kiev, où elles se sont déroulées.. Elles sont parfois qualifiées de « Révolution de février », « Révolution de la Dignité ». ou encore « Eurorévolution » (, .). Certains considèrent que ces deux derniers termes désignent la même période que celle de l'Euromaïdan. D'autres affirment que l'Euromaïdan s'est transformée en à partir du , lorsque les étudiants ont été évacués violemment par les forces de l'ordre, la revendication principale ne portant dès lors plus seulement sur l'adhésion à l'Union européenne, mais également sur un changement de président. Ce dernier est en effet alors accusé d'avoir aggravé la corruption dans le pays et d'avoir pris un virage autoritaire à l'image de ce qui se passait en Russie.
Le mot a des origines persanes, signifiant « place » ou « lieu ouvert » voire « place du marché ». Le mot Euromaïdan est utilisé peu après le début des manifestations sur le réseau social Twitter, en tant que hashtag #Euromaidan. Son initiateur n'est cependant pas connu.
Contexte
Viktor Iouchtchenko, clairement favorable à l'Union européenne (UE) et à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) « Yushchenko: Ukraine has every chances to be European Union member », Kyiv Post, .., accède à la présidence du pays en 2005 puis est battu en 2010 par Viktor Ianoukovytch qui, à l'inverse, est considéré comme proche de la Russie Viktor Yanukovych promises Ukraine will embrace Russia, The Guardian, . Jackson Diehl, Putin's Unchallenged Imperialism, Washington Post, .. En , au sommet de l'OTAN, les États-Unis disent souhaiter l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN. La France et l'Allemagne, conscientes des risques de conflit avec la Russie, refusent de s'associer à cette déclaration.
Selon un sondage en , 44,7 % de la population ukrainienne s'était dite favorable à une adhésion de leur pays à l'UE tandis que 35,2 % des sondés s'étaient dits contre, KyivPost, .. L'Ukraine est à la frontière entre les influences économiques et politiques de l'OTAN et de la Russie. « Ukraine crisis is about Great Power oil, gas pipeline rivalry », The Guardian, ..
Dès 2010, Ianoukovytch accumule les pouvoirs par la corruption de parlementaires. Le système politique ukrainien se mue alors en un pouvoir constitutionnel fort comme en Russie. Il réussit à faire emprisonner sa principale opposante, l'ex-première ministre et femme d'affaires Ioulia Tymochenko. Ianoukovytch et son cercle de proches, surnommé "La famille", s'enrichissent en concentrant les pouvoirs économiques. L'UE a longtemps conditionné la signature de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne à la libération de Tymochenko, mais durant l'été 2013 cette condition est abandonnée par l'UE. La signature semble alors plus proche que jamais.
En 2013, l’Ukraine est proche du défaut de paiement et enregistre une récession de 2 %.. Il lui reste, fin , de dollars de réserves de change et elle doit en 2014 rembourser sept milliards de dollars à ses créanciers. La Russie lui réclame en outre 17 milliards de dollars au titre de ses livraisons de gaz naturel.. Le , le président russe Vladimir Poutine annonce la levée des barrières douanières entre l’Ukraine et la Russie, ainsi que son intention de baisser le prix de son gaz et d’offrir au gouvernement ukrainien un prêt de 15 milliards de dollars.. Lors des négociations entre l’UE et l’Ukraine, le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov avait demandé à l’UE un prêt de 20 milliards d’euros, qui lui avait été refusé, l’UE promettant néanmoins une aide financière.
Revendications
Les manifestations naissent après que le Président Viktor Ianoukovytch a annoncé, le , qu'il renonçait à l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne, consulté le ., dont la signature était prévue le . Pour le Premier ministre Azarov, cette décision avait pour but « d'assurer la sécurité nationale, de relancer les relations économiques avec la Russie et de préparer le marché intérieur à des relations d'égal à égal avec l'Union européenne »..
Cette volte-face suscite immédiatement des manifestations en faveur d’un rapprochement avec l’Europe, composées principalement d'étudiantsSecond day of protest in Kiev on November 22 (Vidéo).. Ces manifestations sont rapidement suivies et entretenues par les partis de l’opposition de droite : Bat'kivchtchyna de Ioulia Tymochenko, UDAR de Vitali Klitschko et Svoboda d'Oleh Tyahnybok.. Tous demandent le départ du Président Ianoukovytch, qu'ils accusent d'avoir AFP, « L'opposition ukrainienne exige le départ de Ianoukovitch pour son refus de l'UE », Le Monde, , consulté le .. Sur le Maïdan, les drapeaux ukrainiens et européens se côtoient, montrant à la fois l'attrait pour l'Union européenne et une volonté d'indépendance nationaleMathilde Gérard, « A Kyïv, », Le Monde, , consulté le .. Plus tard apparaîtront les drapeaux rouge et noir de l'extrême droite ukrainienne.
Les tentatives faites pour étouffer ces manifestations ne feront qu'amplifier le mouvement. Beaucoup perçoivent en effet ces violences comme un glissement vers un autoritarisme. Dès lors, la lutte se portera davantage sur la corruption généralisée, l'autoritarisme du pouvoir et l'influence russe en Ukraine.
Déroulement Avant le renversement du pouvoir Le , une publication sur son compte Facebook du journaliste d Mustafa Nayyem entraîne les premières protestations face au changement de cap du gouvernement prorusse envers l'Union européenne.. Le Parti communiste d'Ukraine et le font part de leur soutien au gouvernement. Dans la nuit du au , environ pacifiques, notamment des étudiants, sont délogés du Maïdan par la police anti-émeute« Vidéo. Ukraine : la manifestation pro-européenne violemment réprimée à Kiev », www.francetvinfo.fr.« Ukraine: l'opposition déterminée à renverser le pouvoir », RFI, .. Cette évacuation fera plusieurs dizaines de blessés entraînant des protestations internationales, un appel à la grève générale, de nouveaux rassemblements, l'occupation de la mairie de Kiev, le blocage des sites gouvernementaux ainsi que le limogeage de plusieurs personnalités dont le maire de KievAFP, Ukraine : le maire de Kyïv révoqué à la suite des manifestations, Le Point, ... Le nombre de manifestants réclamant le départ du Président Viktor Ianoukovytch serait alors de l'ordre de plus de AFP/Reuters, Au moins à Kyïv pour réclamer la démission de Ianoukovitch, Le Monde, ..
Décembre 2013 Le , entre 200 000 et 500 000 manifestants protestent. Des éléments violents très minoritaires venant de groupuscules radicaux nationalistes viennent alors se greffer aux manifestations.
Le , les militants de Svoboda abattent la statue de Lénine symbole de la sur leur pays, installée depuis 1946 près du marché Bessarabsky.. L'Ukraine connaît alors sa plus grande manifestation depuis la révolution orange de 2004 (un million de personnes selon les organisateurs). Une contre-manifestation de , pro-Ianoukovitch, est également organisée, mais ses participants sont rémunérés, voire convoquésPierre Avril, « L'opposition déferle dans les rues de Kyïv », Le Figaro, , .. Plusieurs prêtres de l'Église orthodoxe d'Ukraine (Patriarcat de Kiev) se joignent aux manifestants (organisant hébergements et prières collectives) pour protester à la fois contre le régime et contre le prosélytisme du Patriarcat de MoscouPierre Avril, « La déchirure des Églises ukrainiennes », in Le Figaro, , .. Le sénateur républicain John McCain et son homologue démocrate Chris Murphy prennent la parole devant les manifestants et rencontrent les trois chefs de l'opposition, dont Oleh Tyahnybok, chef du parti Svoboda, et le chef du patriarcat de Kiev. Le , le site Web du parti de Ioulia Tymochenko, Union panukrainienne « Patrie », est mis hors ligne Ukraine police move on protesters and opposition party, BBC News, .. Victoria Nuland, ministre des Affaires étrangères des États-Unis, soutient les manifestants en distribuant sandwiches et cookies avant de rencontrer les responsables de l'opposition.
Le , selon Interfax-Ukraine, jusqu'à proeuropéens seraient descendus dans les rues de Kiev Another Sunday, another big rally, Kyiv Post, .. Le sénateur américain John Mac Cain harangue les manifestants en proclamant "L'Amérique est avec vous". Le , Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovytch se mettent d'accord à Moscou sur un plan d'action visant à redéfinir les relations économiques russo-ukrainiennes Action plan for settlement of trade restrictions to deepen Ukrainian-Russian strategic relations, says Yanukovych, Interfax-Ukraine, ..