vignette|Illustration botanique de Rosa multiflora par l'aquarelliste Pierre-Joseph Redouté.

Lillustration botanique est une discipline artistique de la botanique qui consiste à représenter la forme, la couleur et les détails des espèces de plantes, souvent en aquarelle sur une planche botanique, mais parfois aussi en pastel ou en gravure. Cette représentation botanique a un but pédagogique et scientifique, à la différence de l'art en botanique qui répond à des critères de beauté et d’esthétiqueLes peintres Jean-Baptiste Monnoyer ou Jean-Baptiste Belin sont des représentants de cet art., aussi est-elle souvent imprimée avec une description botanique dans un livre ou un magazine de botanique. La création de ces illustrations nécessite une compréhension de la morphologie végétale et l'accès aux échantillons et références.

C'est un sous-ensemble de l'illustration naturaliste.

thumb|Esquisse de Conrad Gesner, « Fraisier des bois », Conradi Gesneri Historia plantarum, vers 1555-1565.

Histoire Les premiers herbiers de plantes médicinales et les pharmacopées sont illustrés des plantes qu'ils décrivent afin de faciliter leur identification. Les plus anciennes illustrations botaniques connues sont celles d'un exemplaire manuscrit du de De materia medica de Dioscoride, aujourd'hui conservé à l'Österreichische Nationalbibliothek de Vienne (Codex Vindobonensis dit aussi Constantinopolitanus).

La planche botanique médiévale est une forme picturale qui a pour objectif premier de transcrire de manière purement scientifique et objective la plante dont tous les stades du développement du végétal sont dans l'idéal représentés sur la même illustration. Elle se répand avec l’imprimerie, puis trouve un essor considérable lors des Grandes découvertes qui rapportent de nombreuses espèces exotiques.

Le développement de la photographie a pour conséquence que beaucoup d'illustrateurs botaniques se sont tournés vers l'art en botanique, mais il faut encore avoir recours à ce volet particulier de l’illustration botanique qu’est le dessin scientifique qui apporte des détails de la plante sous différents plans que ne peut donner la photographie. Ainsi les illustrateurs comme Matilda Smith ou sont encore reconnus pour leur apport scientifiqueSociété Française d'Illustration Botanique. Retour sur l’Histoire.

Antiquité Pline l’Ancien auteur d'une Histoire naturelle publiée vers 77 dont les livres XII à XXVII sont consacrés à la botanique niait l’intérêt de l’illustration botanique : « IV. Outre ces auteurs, des médecins grecs, que nous avons cités en leur lieu, se sont occupés de l'histoire des plantes. Parmi eux, Cratevas, Denys et Métrodore ont employé une méthode très attrayante, mais qui ne fait guère que prouver la difficulté de la chose : en effet, ils ont figuré les plantes, puis, au-dessous, ils en ont décrit les effets. Mais la peinture est trompeuse, et, dans cette multitude de couleurs qu'exige l'imitation de la nature, la diversité de mains compromet beaucoup l'exactitude de la ressemblance. C'est peu d'ailleurs de représenter chacune de ces plantes considérées dans un seul âge, puisqu'elles changent d’aspect dans les quatre saisons de l’année. V. Aussi les autres médecins se sont bornés à une description verbale ; quelques-uns même n’ont pas donné cette description, et se sont contentés généralement de noter les noms … »Histoire naturelle de Pline : avec la traduction en français par M. É. Littré. Tome 2, (Chp XXV, sections IV et V), sur Gallica : .

Du Das Buch der Natur, écrit vers 1349-1350, imprimé avant 1475, est le premier livre imprimé et illustré sur les plantes (et les animaux). Il s'agit en grande partie d'une traduction en langue vernaculaire (allemande) du Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré, rédigé après 1228. Les livres 10 et 11 sont consacrés aux arbres, et le suivant aux plantes aromatiques et médicinales.

À la fin du , un manuscrit illustré tel que l’herbier de Carrare (British Library, Londres, Egerton Ms.2020), révèle l’importance accrue accordée à l’observation des plantes. Il s’agit d’une traduction en italien (réalisée en Vénétie entre 1390 et 1404 pour Francesco II da Carrara du Carrara Herbarium (en latin), un traité de médicine écrit à l’origine en arabe par Sérapion le jeune à la fin du , le Livre des médicaments simples.

(né à Venise, mort après 1450) était un miniaturiste italien connu pour avoir illustré entre 1415 et 1449 le Livre des Simples (connu sous le nom de codex Rinio, d'après son deuxième propriétaire, Benedetto Rinio), écrit par le médecin Niccolò Roccabonella de Conegliano.

Le Livre d'heures (deux volumes), dit du Maître-aux-fleurs, sur parchemin1401-1500, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-638 et Ms-639 présente de très nombreuses fleurs identifiables dans ses larges marges. Jean Bourdichon (1456-1521), peintre et enlumineur de la cour de France, représenta de manière plutôt réaliste, dans les marges des Grandes Heures d'Anne de Bretagne, 337 plantes du jardin de la reine, légendées en latin et en français. vignette|Pivoine (Paeonia officinalis L.) par Gherardo Cibo dans Dioscoride de Cibo et Mattioli (), f. 85r.

La botanique fit de grands progrès à partir de la fin du . Paraissent alors à Mayence plusieurs herbiers artificiels : l'Herbarius moguntinus, rédigé en latin, édité et imprimé en 1484 par Peter Schoeffer ; Le Jardin de santé de Johannes de Cuba, 1485 ; l’Hortus sanitatis, en 1491. Le Grant Herbier en françoys est un herbier artificiel publié d'abord à Besançon (1486-1488) puis à Paris à la fin du et au début du , avec les illustrations de l’ouvrage de de Cuba, puis publié en anglais (The Grete Herball) en 1526.

À partir de 1530 apparurent des ouvrages comportant des gravures sur bois conçues à partir de l’observation directe des plantes. C’est le cas des livres d’Otto Brunfels illustrés par : Herbarum vivae eicones (1530-1536, en trois parties) et Contrafayt Kräuterbuch (1532-1537, en deux parties). 1533 vit la création de la première chaire de botanique en Europe, à Padoue. Luca Ghini (1490-1556), médecin et botaniste italien, fonda, en 1544, le jardin botanique de Pise (premier jardin botanique universitaire d’Europe) grâce à l'appui de Cosme de Médicis et fit paraître son premier herbier, la même année. C’est à lui qu’on attribue l'invention de l'herbier (qu’on appelait , jardin séché), vers 1520 ou 1530. Son compatriote Ulisse Aldrovandi (1522-1605) assembla au milieu du l'une des premières flores. Jacopo Ligozzi (1547–1627) travailla pour Ghini et Aldovrandi. Le chef-d'œuvre botanique de Pierandrea Mattioli est son Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis qui paraît pour la première fois en 1544 orné de 500 gravures, et plus tard de 1200 gravures. Cet ouvrage impressionne le botaniste Gherardo Cibo (1512-1600), qui représente alors une partie des plantes figurant dans l'ouvrage de Mattioli (avec racines, fleurs et fruits) en gros plan devant un véritable paysage (souvent habité) figurant leur environnement naturel. Sur beaucoup des illustrations apparaissent aussi deux petits botanistes en train de prélever des échantillons de la plante illustrée. L'ouvrage (Pietro Andrea Mattioli, Discorsi, a herbal assembled and illustrated by Gherardo Cibo), daté de 1564-1584, est visible sur le site de la British Libraryhttps://archive.wikiwix.com/cache/20230415125752/http://www.bl.uk/manuscripts/Viewer.aspx?ref=add_ms_22332_fs001r.. Voir Wikipedia en anglais (et en latin pour voir deux illustrations supplémentaires).

En 1516, le médecin Jean Ruel donne une nouvelle traduction du traité de Dioscoride, rédigé à l’origine en grec mais surtout connu sous son titre latin, De materia medicaJack Goody lie la longévité de De materia medica au fait que « ...certains textes étaient seulement copiés, mot à mot, pour pouvoir circuler, et d'abord pour être conservés. Il n’y a pas de place pour le progrès dans ce contexte : la tâche de l’« écrivain » est de répéter, à tel point que certains textes profanes eux-mêmes, livrés à ce rituel, prennent quelque chose de l’aura du sacré. Le texte de Dioscoride se trouve copié et recopié ainsi pendant une très longue période. Il n'y avait pas d'alternative. L'incapacité à vérifier les illustrations du traité, par exemple, était liée à cette logique répétitive qui conduisait, dans le domaine de la botanique, à la reprise indéfinie des ouvrages antérieurs plutôt qu'à l'observation directe de la nature." (Jack Goody, La Culture des Fleurs, Seuil, 1994, p. 115-116 (The Culture of Flowers, Cambridge University Press, 1993) . Puis, en 1536, il publie De Natura stirpium, l’ouvrage de référence le plus important de la botanique pré-linnéenne. Cet ouvrage synthétise les connaissances botaniques de son époque, puisées dans des sources grecques, arabes et latines, ainsi que dans ses propres observations. Il ne propose ni classification ni illustrations, mais associe les noms latins et les noms communs en français, élargissant ainsi l’accès à ces savoirs.

Par contre, à partir de la deuxième édition du New Kreütter Büch de Jérôme Bock (Strasbourg, première édition en 1539) on trouve des illustrations : 165 gravures sur bois, dont certaines sont réemplois et d’autres réalisées par David Kandel. Bock donne de courtes descriptions en allemand permettant de reconnaître les plantes. Il est ainsi le premier, depuis Théophraste, à tenter de classer les 800 espèces qu’il mentionne, en les répartissant entre arbres, arbustes ou herbes, et en distinguant les espèces sauvages des cultivées.

Le suisse Conrad Gessner (1516-1565) consacra une grande part de sa vie à la botanique. Il publia deux ouvrages en 1541 et 1542, le reste de ses écrits botaniques attendant le milieu du pour être publié. Les gravures sur bois qui les illustraient furent souvent réutilisées, elles représentent les plantes avec leurs racines, fleurs et graines. Selon Christine Velut'« L'opinion changée quant aux fleurs » ? les historiens et la « culture des fleurs »: un terrain par trop délaissé', Revue d’histoire moderne et contemporaine, , , ., .

Les Grandes découvertesFrancis Drake effectue la deuxième circumnavigation de la Terre entre 1577 et 1580 ; Cornelis de Houtman découvre une nouvelle route maritime reliant l'Indonésie et l'Europe. Les premières compagnies à charte sont créées comme les Compagnies néerlandaise (1602) et anglaise des Indes orientales (1600) et l’arrivée en Europe de plantes (et autres merveilles naturelles) inconnues suscitèrent un énorme intérêt pour la nature qui amena à l’accumulation de spécimens (dans des cabinets de curiosité et des jardins botaniques), puis à leur classification, à la création de catalogues, puis d’ouvrages botaniques, et donc à l’apparition de l’illustration scientifique. La passion pour l’horticulture créa un marché pour les natures mortes de fleurs (peintes à des fins esthétiques), et pour les miniatures, à l’approche plus scientifique.

Le Libellus de medicinalibus indorum herbis est un manuscrit aztèque décrivant les propriétés médicinales de diverses plantes utilisées par les Aztèques. Il indique le nom nahuatl des plantes, et en comporte une illustration. Le Codex de Florence, encyclopédie du monde aztèque datant du milieu du , comporte un texte nahuatl, un texte espagnol et des illustrations. Le livre 11 est un traité d'histoire naturelle. Francisco Hernández dirigea une expédition scientifique en Amérique et notamment en Nouvelle-Espagne dans les années 1570. Il en ramena des milliers d'illustrations pour lesquelles il fut assisté par des artistes locaux (des tlacuilos)Samir Boumediene, La colonisation du savoir - Une histoire des plantes médicinales du Nouveau Monde, 1492-1750. Des Mondes A Faire, 2016.