Dès le déclenchement du premier conflit mondial, le royaume de Bulgarie, proche des puissances centrales depuis son indépendance en 1908, est courtisé par les deux alliances en guerre l'une contre l'autre. Faisant monter les enchères, le gouvernement de Vassil Radoslavov fait entrer le royaume dans le conflit le aux côtés de l'Autriche-Hongrie, du Reich impérialEntre la proclamation de l'Empire allemand, en , et la publication de la déclaration de Potsdam, le , le nom officiel de l'État allemand est , désigné par la suite par le terme de . et de l'Empire ottoman. Les troupes du royaume participent à l'écrasement de la Serbie et de la Roumanie et occupent le nord de la Grèce, parvenant rapidement à réaliser les buts définis par le gouvernement de . Engagées ensuite face aux troupes alliées déployées à Salonique, les troupes bulgares s'enlisent dans une fastidieuse guerre de positions, entraînant le royaume dans une guerre d'usure épuisante et sans issue. Durant la seconde moitié du mois de , les divisions bulgares épuisées et insuffisamment ravitaillées ne peuvent s'opposer efficacement à la percée alliée dans le secteur de Doiran ; tirant les conséquences de cet échec, le gouvernement demande la cessation des hostilités, accélérant la défaite des puissances centrales. Dans les mois qui suivent, après une courte guerre civile, la paix est définitivement signée à Neuilly, en région parisienne, le .
Une puissance balkanique courtisée Durant les mois qui précèdent l'entrée de la Bulgarie dans le conflit, les deux coalitions tentent de diverses manières d'attirer le royaume dans leur camp.
Un pays divisé thumb|Le tsar Ferdinand mène une politique opportuniste entre les deux blocs d'alliance.|redresse=0.8|alt=portrait d'homme en uniforme Quelques années avant le déclenchement du conflit, puis, en 1914, lors des échecs austro-hongrois aussi bien face à la Serbie que face aux offensives russes, les Alliés multiplient les initiatives en vue de faire basculer la Bulgarie dans le camp allié.
La politique du tsar Ferdinand se caractérise, depuis son accession au trône de Bulgarie en 1885, par des atermoiements entre les grandes puissances, justifiant la mauvaise réputation du souverain auprès des chancelleries européennes, notamment à Vienne. Au cours de l'été 1915, le roi considère que la balance des forces est en train de pencher du côté des puissances centrales.
Le soutien russe depuis l'autonomie de la principauté en 1878 est remis en cause par l'appui fourni aux Serbes depuis le changement de dynastie en 1903 : durant les guerres balkaniques, l'armée serbe s'est emparée de la majeure partie de la Macédoine, également revendiquée par la Bulgarie, rendant vain tout rapprochement futur avec la Russie. L'alliance russo-serbe remet ainsi en cause les projets d'expansion bulgares.
Pour cette raison, la Triple Entente et la Triplice comptent l'une comme l'autre des partisans au sein de la classe politique, tandis que les gouvernants, à l'image du roi, louvoient entre les deux blocs d'alliance : les libéraux affichent leurs penchants pour les Alliés, l'armée défend la mise en place d'une politique favorable au Reich, tandis que le roi Ferdinand est attaché par des liens de famille aux familles régnantes du ReichFerdinand appartient à la famille de Saxe-Cobourg, issue de la branche ernestine de la maison de Wettin, famille régnante en Saxe et dans les duchés saxons.. Tout au long du conflit, les responsables politiques du royaume se montrent très exigeants auprès de leurs homologues allemands et austro-hongrois pour faire valoir les revendications territoriales de la Bulgarie, y compris, au besoin, contre les intérêts de leurs puissants alliés.
Propositions alliées
Au cours de l'été 1915, les Alliés occidentaux tentent à nouveau d'obtenir l'intervention du royaume de leur côté, en promettant un arbitrage entre la Bulgarie et la Serbie à propos de la Macédoine ; n'ayant pas été consultés, les gouvernants serbes manifestent leur indignation, notamment en retardant une offensive contre le front autrichien.
thumb|gauche|Pour les linguistes, la Macédoine apparaît alors une région peuplée en majorité par des locuteurs de langue bulgare.|alt=carte ancienne
Les Alliés ne peuvent promettre à Ferdinand la totalité de la Macédoine serbeLe territoire de l'actuelle Macédoine du Nord reprend approximativement les frontières des régions macédoniennes annexées par la Serbie en 1913., mais proposent au gouvernement de Sofia, le , l'annexion des zones dévolues à la Bulgarie par le traité de Londres de 1912. Cette cession est assortie d'une condition : la Serbie doit recevoir des compensations en Bosnie-Herzégovine et un débouché sur l'Adriatique en Dalmatie. Parallèlement à ces négociations, la France et la Grande-Bretagne conditionnent leur accord à la création d'un seul État, à prééminence serbe et regroupant les populations slaves du Sud, à la cession d'une partie de la Macédoine à la Bulgarie. La dévolution de la majeure partie de la Macédoine à la Bulgarie est alors justifiée par les linguistes, aux yeux desquels la langue macédonienne apparaît comme un dialecte bulgare : cette conception, reprise sur toutes les cartes linguistiques de l'époque, fait de la Macédoine une région peuplée en majorité de bulgarophonesCe n'est qu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale que le Macédonien est considéré par les linguistes comme une langue à part entière.. À ces annexions en Macédoine serait jointe une grande partie de la Thrace turque, y compris Edirne, et la ville grecque de Kavala, à condition que la Grèce reçoive un territoire équivalent en Asie Mineure.
Des échanges de territoires sont également envisagés par ; durant l'automne 1914, le tsar suggère aux Français de proposer la Macédoine serbe à la Bulgarie en échange, sinon de sa participation à l'Entente, au moins de sa neutralité, en échange de quoi le royaume de Belgrade pourrait s'agrandir en Albanie. En effet, à la fin de l'année 1914, les diplomates alliés en poste à Sofia se satisfont de la neutralité adoptée par le roi et son gouvernement, considérant qu'elle est . L'entrée en guerre de l'Italie le modifie les conditions des négociations entre les Alliés et le gouvernement bulgare : en effet, le gouvernement italien, à Londres, a obtenu dans une disposition secrète l'assurance d'annexion sur le littoral oriental de la mer Adriatique, initialement promis à la Serbie. Le gouvernement italien mène ainsi, dès son entrée en guerre, une action sourde contre son allié serbe, appuyé sur le gouvernement bulgare, hostile à la Serbie depuis la défaite de Sofia en 1913.
Dans ce contexte, l'Entente se montre donc incapable de répondre clairement aux attentes bulgares, la Serbie, intransigeante, s'opposant formellement aux propositions faites à Sofia dans la seconde moitié du mois d’, ou ne les acceptant qu'en échange de substantiels agrandissements englobant tout le Sud de l'Autriche-Hongrie, de Trieste au Banat incluant la Slovénie, la Dalmatie autrichienne, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Bačka. Ces tractations placent la France, la Russie et la Grande-Bretagne en porte-à-faux vis-à-vis de Sidney Sonnino, alors président du conseil italien, farouche opposant à une union de la Serbie, de la Croatie et du condominium.
Parallèlement à ces démarches diplomatiques, la direction militaire serbe décide de redéployer ses effectifs, et positionne une partie de l'armée royale serbe le long de la frontière avec la Bulgarie, afin d'être en mesure de faire face à une attaque bulgare ; le généralissime serbe, Putnik, se propose d'écraser préventivement la Bulgarie, afin d'empêcher son intervention aux côtés des puissances centrales, ce que Joffre approuve, contre l'avis des Britanniques et des Russes. Le plan préparé prévoit une offensive rapide depuis la Serbie et le Nord de la Grèce, région dans laquelle des troupes alliées auraient été préalablement déployées.
Propositions germano-austro-hongroises
vignette|redresse=0.8|La Serbie, après les propositions des puissances centrales à la Bulgarie.|alt=carte de la Bulgarie thumb|redresse=0.8|gauche|Le traité d'alliance suppose également une rectification de frontières en Thrace ottomane.|alt=Thrace
Au mois de , les représentants de la Triplice négocient avec le gouvernement bulgare.
Si les exigences serbes empêchent l'Entente de faire des offres claires et fermes au gouvernement de Vassil RadoslavovLe gouvernement bulgare exige le des propositions claires de la part des alliés., président du Conseil bulgare, la Triplice en revanche est en mesure de proposer aux négociateurs bulgares, par la convention secrète du , la Macédoine serbe en entier et la Serbie orientale elle-même jusqu'à la MoravaCes régions constituent des objectifs territoriaux bulgares depuis les guerres balkaniques, mais avaient été partagées avec la Serbie et la Grèce à l'issue du second conflit balkanique., ainsi qu'une partie importante de la Macédoine grecque avec le port de Kavala, dans le cas où Athènes rejoindrait les rangs des Alliés, et de la Dobroudja roumaine, dans le cas où Bucarest rejoindrait les Alliés.
Une fois connus les résultats des négociations germano-austro-turco-bulgares, les gouvernements alliés, dans des déclarations d'intentions parfois contre-productives, promettent, sans succès, au gouvernement de Sofia l'ensemble de la Macédoine serbe, contre l'avis du gouvernement de Belgrade. L'opposition pro-russe, fortement appuyée par la population, informe cependant le roi qu'il sera tenu personnellement responsable de l'intervention du royaume dans le conflit et de ses conséquences.
Les buts de guerre de la Bulgarie et en Bulgarie
thumb|redresse=0.8|La Bulgarie en 1878 : les frontières bulgares garanties lors la signature du traité de San Stefano (carte du haut) et les frontières dessinées à Berlin (carte du bas).|alt=carte ancienne
Depuis la signature de traité de Berlin, le , l'ensemble des dirigeants bulgares, suivis par la population du royaume, assigne à la politique étrangère du royaume l'objectif de revenir aux frontières définies à San Stefano, le , sanctionnant la défaite ottomane face aux Russes.
De plus, grand perdant de la deuxième guerre balkanique de 1913, véritable , le gouvernement bulgare cherche à non seulement reconquérir les territoires perdus à l'issue de ce conflit, mais aussi à arrondir le royaume en annexant Thessalonique, Andrinople et la Dobroudja. Le roi, selon les mots d'un diplomate allemand, aspire à redonner à son royaume les frontières garanties à San Stefano en 1878 et confirmées pour une large part à Londres en 1913, selon les termes du traité signé au terme de la première guerre balkanique, et octroyant au royaume bulgare la totalité de la Macédoine, une façade élargie sur la mer Égée, et la Dobroudja du Sud. Or, tandis que la Bulgarie avait supporté l'essentiel de l'effort de guerre contre l'Empire ottoman durant la première guerre balkanique, ses alliés en avaient profité pour s'emparer d'une grande partie de la Macédoine et la Roumanie, initialement neutre, l'avait même et s'était emparée à son détriment de la Dobroudja du Sud ; la paix de 1913, , avait sanctionné la défaite bulgare, créant dans les Balkans une situation que les responsables politiques bulgares aspirent à modifier.