Le Colbert était un croiseur de la Marine nationale française actif entre 1956 et 1991. Il porte le nom du ministre de la Marine de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert. Son indicatif visuel était C 611, son indicatif international FAUC et son indicatif phonie Uniforme Charlie. Converti de 1993 à 2007 en navire musée à flot à Bordeaux, en attente de déconstruction il est amarré près de Brest, sur coffre, au cimetière des navires de Landévennec de 2007 à 2016 ; il est démantelé à Bassens, près de Bordeaux entre 2016 et 2018.

Il est le de la marine à porter ce nom, et le second croiseur ; le précédent, un croiseur lourd de , entré en service en 1932 avait été sabordé le à Toulon.

Ce fut un navire de guerre essentiellement destiné à la lutte anti-aérienne. Sa construction débuta sur demande de la Marine nationale en 1953 dans les chantiers de la DCAN de Brest. Le Colbert devait être un navire puissant capable de contrer toutes menaces aériennes par la puissance de feu de son artillerie composée de 8 tourelles doubles de (127mm/54 modèle 48 AA) et de 10 pseudos tourelles doubles ACAD modèle 51 AA de pour une cadence de feu d'un coup par seconde et par tube.

Devise Devise du croiseur Colbert : (). Son insigne est inspiré des armes de la famille Colbert.

Histoire Le Colbert fait suite au croiseur De Grasse, mis en service en 1956, et dont il conserve les mêmes spécifications. La silhouette de ces deux bâtiments est très similaire et leur artillerie identique, mais la coque et les machines du Colbert diffèrent de celles du De Grasse, conçues à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Les superstructures sont également repensées, tirant profit du retour d'expérience du De Grasse.

Ces deux croiseurs constituent à la fois le summum mais aussi le chant du cygne français en matière de croiseur antiaérien classique. Alors qu'au début de la Seconde Guerre mondiale, l'artillerie antiaérienne était secondaire et qu'elle n'était encore dirigée que par des appareils optiques, ces bâtiments sont hérissés de canons (de deux calibres, 127 mm/54 calibres modèle 1948[France 127 mm/54 (5") Model 1948, www.navweaps.com http://www.navweaps.com/Weapons/WNFR_5-54_m1948.htm] et 57 mm/60 calibres modèle 1951[France 57 mm/60 (2.25") Model 1951, www.navweaps.com http://www.navweaps.com/Weapons/WNFR_57-60_m1951.htm] Bofors) principalement destinés à la protection antiaérienne à moyenne et courte distance d'une force navale. Ils permettent aussi l'engagement contre les buts de surface et l'appui feu contre la terre (les ). De plus, ces canons sont commandés par des télépointeurs radars stabilisés (au roulis et au tangage) à poursuite de tir automatique. Dotés d'importants moyens de détection (radars) et de transmissions, et d'un central information (CI) conséquent. Ces croiseurs sont surtout en mesure de coordonner sur zone, bien au-delà de la portée pratique de leur artillerie, l'aviation amie (contrôle, interception) et de tenir le rôle de bâtiment de commandement dans le cadre d'opérations aéronavales, menées avec porte-avions. Secondairement, le Colbert pouvait, comme transport rapide, embarquer (pour une courte durée) une force (terrestre) d'intervention de .

Mis à flot le pour commencer ses essais le de l'année suivante, le Colbert est officiellement admis en service actif le et basé à Toulon.

De 1959 à 1964, en alternance avec le De Grasse, le Colbert assure la fonction de bâtiment amiral de l'Escadre de la MéditerranéeL'Escadre est composée d'unités diverses (frégates, Escorteurs de haute mer) articulées autour des porte-avions.. Il assumera seul cette fonction de 1964 à 1969Le De Grasse étant devenu bâtiment de commandement du centre d'expérimentations nucléaires..

Image de la France et passagers illustres Le rôle de représentation de la France du Colbert était important. En 1961, il rapatria les cendres du maréchal Lyautey. En 1964, il accompagne le général de Gaulle dans sa tournée en Amérique du Sud, un périple de trois semaines permettant à de Gaulle de visiter dix pays, principalement à bord de sa Caravelle. Le Général effectue à bord du Colbert, du au , la traversée Arica - Valparaíso, un trajet de 900 nautiques, route au sud le long de la côte chilienne. Ce qui lui permet de se reposer et de signer plusieurs lois et décrets qui paraissent quelques jours plus tard au Journal officiel avec la mention « Fait à bord du Colbert. C. de Gaulle. ». Plus tard, du 10 au , il remonte à bord du navire pour faire la traversée Montevideo (Uruguay) - Rio (Brésil).

Le voyage resté le plus célèbre est celui de où, sur le Colbert, le général de Gaulle se rendit en visite officielle, d'abord à Saint-Pierre-et-Miquelon le , puis au Canada. C'est lors de cette visite qu'il prononça la phrase désormais célèbre : le depuis le balcon de l'hôtel de ville de Montréal. À la suite de l'incident diplomatique qui s'ensuivit, il ne put poursuivre sa visite officielle. L'utilisation d'un navire plutôt que de l'avion (avec lequel il rentrera) n'était pas neutre. Elle justifiait ainsi une arrivée par la ville de Québec, puis de se rendre à Montréal par la route (le « Chemin du Roy »), par étapes.

C’est également à son bord, durant la traversée de l’Atlantique, que le Général signa un certain nombre de décrets dont le du relatif aux interprètes de réserve de l'armée de terre (IRAT, nouvelle appellation des interprètes militaires) et le relatif aux officiers de réserve interprètes et du chiffre (ORIC) de l'armée de mer. Le Colbert représenta la France aux fêtes du bicentenaire de l'Australie en 1988.

En 1968, Le général de Gaulle envisage d’envoyer le Colbert pour rapatrier l’or français de la Réserve Fédérale des États-Unis, mais Valéry Giscard d’Estaing, son conseiller à l’époque, l’en dissuade.

Une refonte nécessaire

thumb|Le vice-amiral Philippe de Gaulle à bord du Colbert en 1976.

À l'instar du De Grasse, ou encore du cuirassé Jean Bart (tous deux commencés avant-guerre, mais achevés seulement dans les années 1950, principalement en raison de l'état désastreux des finances et des arsenaux du pays au lendemain de la guerre), le Colbert entre en service à la fin de la décennie 1950. Constatant l'évolution rapide de la menace aérienne et le fait qu'à la fin des années 1960, le « missile a remplacé le canon », l'armement d'origine du Colbert, basé sur l'artillerie classique, est considéré comme dépassée et inefficace face aux avions de combat supersoniques et supplanté par celui des bâtiments de nouvelle génération plus adaptés aux nouvelles menaces. Aussi pour lui conserver sa valeur militaire, le croiseur est refondu (a minima, à cause de restrictions budgétaires), entre 1970 et 1972 et devient un croiseur lance-missiles ; ce qui le rend apte à la lutte antiaérienne contre les avions modernes (rampe double de missiles Masurca (Marine surface Ruelle contre avions). D'abord basé à Brest, il redevient, à partir de 1976, bâtiment amiral de l'escadre de la Méditerranée et retrouve Toulon.

Bâtiment capable de missions « pacifiques » comme celles de la représentation diplomatique du pays, le croiseur servit aussi dans des missions humanitaires (Agadir en 1960, évacuation à Bizerte en 1961). Il eut la réputation dans la marine française de n'avoir jamais tiré un seul coup de canon au combat. Sa seule mission de guerre se déroula pendant la première guerre du Golfe en 1991, quelques mois avant son désarmement, où il participa à l'opération Salamandre.

Au départ, il était prévu que le croiseur reste en service jusqu'en 1997, mais la date de son retrait a ensuite été avancée à 1993. Finalement, sa gourmandise en combustible et en équipage., mais peut-être également la fin du bloc soviétique, entraînèrent son retrait du service avec deux ans d'avance. Le Colbert fut définitivement désarmé le .

Armement Armement d'origine (1959) Huit tourelles doubles de anti-aérien et anti-surface Dix tourelles doubles de anti-aérien

Armement après la refonte de 1970 à 1972 Quatre rampes lance-missiles anti-navires Exocet « MM 38 » (les missiles eux-mêmes ne seront installés que lors de la modernisation de 1980). Deux rampes lance-missiles anti-aériens moyenne portée Masurca. Six affûts doubles anti-aériens de . Deux tourelles simples anti-aériennes et anti-surface de . Une zone d'appontage sur la plage arrière pour hélicoptères marine tout type.

Commandants

Les commandants du Colbert furent successivement : capitaine de vaisseau Revol, ; capitaine de vaisseau Salmon, ; capitaine de vaisseau de Lachadenède, ; capitaine de vaisseau Gruson, ; capitaine de vaisseau Levesque, ; capitaine de vaisseau Chevillotte, ; capitaine de vaisseau Brasseur-Kermadec, ; capitaine de vaisseau Duray, ; capitaine de vaisseau Delahousse, ; capitaine de vaisseau Marie, ; capitaine de vaisseau Frémy, ; capitaine de frégate (BT) Dubois, ; capitaine de frégate (BT) Liétard, ; capitaine de vaisseau Leenhardt, ; capitaine de vaisseau Gouva, ; capitaine de vaisseau Cahuac, ; capitaine de vaisseau Lavolé, ; capitaine de vaisseau Deloince, ; capitaine de vaisseau de Langre, ; capitaine de vaisseau Bergot, ; capitaine de vaisseau Sainte-Claire Deville, ; capitaine de vaisseau Rémy, ; capitaine de vaisseau Dupont-Nivet, ; capitaine de vaisseau Moysan, ; capitaine de vaisseau de Kersauson, ; capitaine de frégate Taboni (désarmement), .

Le musée vignette|Le Colbert sur la Garonne à Bordeaux.|316x316px

Le Colbert devint un musée flottant, amarré quai des Chartrons dans le port de Bordeaux en où il pouvait être visité. Il était le bateau musée le plus visité de France en 2004 et le « monument » le plus visité de la ville. Le Colbert était un musée privé : si le navire appartenait à l'État, ce dernier l'avait concédé à une association, Les Amis du Colbert. Plusieurs parcours fléchés avaient alors été aménagés, avec une visite durant entre 2 heures et 3 heures, pour traduire la vie telle qu'elle était à bord. Une visite guidée permettait d'avoir accès à des pièces fermées au public quand il était en service, comme le compartiment machines, le central opération, les postes équipages et les chambres des officiers et officiers mariniers, lors d'expositions permanentes à bord sur la Marine ou sur Météo-France. On y trouvait également une exposition originale de maquettes, où l'on pouvait voir des maquettistes au travail. La sirène du navire retentissait le midi, tous les mercredis et dimanches.

Un restaurant avait été aménagé à l'extérieur sous abri, dont les cuisines se trouvaient dans les anciennes cuisines du Colbert. Le restaurant pouvait également servir de salle de café-danse. Il était prévu qu'une station du tramway de Bordeaux soit installée sur le quai devant le Colbert, permettant un accès plus rapide du ou vers le centre-ville de Bordeaux avec l'espoir d'augmenter la fréquentation du navire. L'escale de ce croiseur avait fortement contribué à l'aménagement des quais.

Mais ce musée suscitait aussi des critiques à Bordeaux dont celles de riverains (il existait même une association nommée « Coulons le Colbert », candidat lors des municipales en 1995). Le Colbert connaissait aussi des difficultés financières récurrentes. Bien que propriétaire, l'État ne prenait pas à sa charge les coûts d'entretien dont un tel navire a besoin. Une peinture complète du bâtiment, par exemple, coûte plus de , prix trop élevé pour le budget du musée. Même à quai, pour des raisons de sécurité et d'image, ce bâtiment nécessitait un entretien constant.

Démantèlement vignette|redresse|Le Colbert sur un coffre au cimetière des navires de Landévennec en 2010. Les escorteurs d'escadre La Galissionnière (à tribord) et le Duperré (à bâbord) sont amarrés à couple.