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La Préhistoire est généralement définie comme la période comprise entre l'apparition du genre humain et l'apparition des premiers documents écrits. Cette définition laisse cependant la place à des interprétations divergentes selon les auteurs.

La Préhistoire se divise en deux grandes parties, le Paléolithique (l'âge de la pierre taillée) et le Néolithique (l'âge de la pierre polie), qui se divisent elles-mêmes en différentes sous-périodes. La phase de transition entre ces deux grandes périodes est appelée le Mésolithique. Selon les régions du monde, la Préhistoire inclut aussi tout ou partie des périodes suivant l'âge de la pierre, à savoir l'âge du bronze, puis l'âge du fer.

Le terme « préhistoire » (écrit alors sans majuscule initiale) désigne aussi la discipline qui étudie cette périodeLeclerc, J. et Tarrête, J. (1988), « Préhistoire », in Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, .. Dans ce sens, cette discipline s'intéresse aux artéfacts laissés par les êtres humains préhistoriques, notamment leurs industries lithiques, et se distingue ainsi de la paléoanthropologie, qui étudie plutôt les fossiles humains et l'histoire évolutive de la lignée humaine.

Définition de la Préhistoire vignette|« Lucy », un fossile semi-complet d'Australopithecus afarensis découvert sur le site de Hadar (Éthiopie) en 1974.

La Préhistoire désigne la période de l’histoire humaine antérieure à l’apparition de l’écriture. Bien que cette définition soit largement admise, elle demeure sujette à débat, les critères permettant d’en établir les limites variant selon les contextes géographiques.

Début de la Préhistoire La Préhistoire commence avec l'apparition de l'Homme. Or celle-ci est le fruit d'une lente évolution sur plusieurs centaines de milliers d'années, depuis un hominine encore indéterminéLe terme scientifique utilisé pour désigner la lignée des ancêtres des humains actuels est « hominines » ou Hominina en latin scientifique.. L'apparition de l'Homme dépend des critères utilisés pour définir le genre Homo, qui varient selon les chercheurs.

Pour certains chercheurs, le genre Homo serait attesté il y a environ 2,8 millions d'années, d'après un fossile actuellement attribué à ce genre découvert en Éthiopie en 2013 (LD 350-1). Plusieurs espèces se sont développées au Pléistocène inférieur, dont Homo habilis (2,3 Ma) et Homo rudolfensis (2,4 MaMa = Million d'années), qui ont coexisté en Afrique de l'Est. Ces deux espèces montrent une bipédie plus avancée et un cerveau un peu plus volumineux que les Australopithèques, et on leur a généralement attribué les outils trouvés dans les mêmes couches stratigraphiques que les fossiles humains. Toutefois, ces couches ont souvent livré aussi des fossiles de Paranthropus boisei (Afrique de l'Est) ou de Paranthropus robustus (Afrique australe).

La fabrication d'outils a longtemps été considérée comme propre au genre Homo. Les Australopithèques, qui précédaient les humains et dont ces derniers sont probablement issus, ont peut-être eux aussi produit des outils de pierre. En 2012, la découverte d'un site d'industrie lithique à Lomekwi 3 au Kenya, daté de 3,3 Ma, a montré l'existence d'outils lithiques à une date nettement antérieure à l'apparition du genre HomoSonia Harmand, Lewis, J.E., Feibel, C.S., Lepre, C.J., Prat, S., Lenoble, A., Boës, X., Quinn, R.L., Brenet, M., Arroyo, A., Taylor, N., Clément, S., Daver, G., Brugal, J.-Ph., Leakey, L., Mortlock, R.A., Wright, J.D., Lokorodi, S., Kirwa, Ch., Kent, D.V. et Roche, H. (2015) - « 3.3-million-year-old stone tools from Lomekwi 3, West Turkana, Kenya », Nature, vol. 521, .. Certains comportements traditionnellement associés au genre Homo pourraient donc être partagés par plusieurs genres d'Hominina.

Selon que l'on considère que la lignée humaine est représentée par le seul genre Homo ou par la sous-tribu des Hominina, ou que le critère déterminant est l'apparition des outils, la Préhistoire débute donc respectivement il y a 2,8 Ma (premiers Homo), 3,3 Ma (premiers outils) ou 7 Ma (datation de Toumaï, surnom de Sahelanthropus tchadensis).

Fin de la Préhistoire vignette|Tablette archaïque trouvée à Kish.

L'apparition de l'écriture en Mésopotamie et dans le sud-ouest de l'Iran, vers , en Égypte vers , comme critère marquant la fin de la Préhistoire est problématique à plus d'un titre car l'écriture n'apparaît pas à la même date dans toutes les zones géographiques, tant s'en faut, et il existe des sociétés n'ayant pas adopté l'écriture, dont la tradition orale est très forte, comme certaines civilisations d'Amérique précolombienne ou d'Afrique subsaharienne, qui ont peu de choses en commun avec les sociétés préhistoriques.

La notion de Protohistoire a été introduite pour les peuples ne possédant pas eux-mêmes l'écriture, mais qui sont mentionnés par des textes émanant d'autres peuples contemporains, comme les Gaulois d'avant notre ère, décrits par des auteurs grecs et romains.

Définition économique et sociale De nombreux préhistoriens modernes, parmi lesquels Jean Guilaine et Marcel Otte, ont proposé de redéfinir le terme Protohistoire en se fondant sur des critères non plus archéologiques mais économiques et sociaux.

La Préhistoire concernerait les populations dont la subsistance est assurée par la prédation au sens ethnologique« Mode d'acquisition de la nourriture par la chasse et la cueillette », TLFi. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs, pêcheurs, collecteurs, généralement nomades, exploitent des ressources naturelles disponibles sans les maitriser. La Préhistoire stricto sensu comprendrait donc le Paléolithique et le Mésolithique.

La Protohistoire concernerait les populations dont la subsistance est assurée par la production. Ces groupes d'éleveurs et d'agriculteurs, souvent sédentaires, exploitent des ressources qu'ils maitrisent et qu'ils gèrent en partie. La Protohistoire comprendrait alors le Néolithique, l'âge du bronze et l'âge du fer. Elle est caractérisée par une structuration croissante de la société (formation de villages, développement de l'artisanat, division du travail, hiérarchisation sociale, développement des cultes religieux, échanges commerciaux terrestres puis maritimes, etc.).

Aspects historiques vignette|Mâchoire de renne de Paul Tournal, Muséum de Toulouse. vignette|Jacques Boucher de Perthes, l'un des pères de la Préhistoire.

Dans l'Antiquité, des auteurs périodisent l'histoire de l'humanité selon des mythes métallurgiques. Dans son mythe des races, le grec Hésiode évoque un âge d'or , suivi d'un âge d'argent, de bronze et de fer. Cette mythologie est par la suite développée à des fins philosophiques et surtout morales par Démocrite et par Épicure.

La chronologie de la Préhistoire a commencé à être établie au , à la suite des travaux des grands systématiciens du siècle précédent, Carl von Linné, et surtout Buffon, qui avaient largement fait reculer la date de l'origine de la vie sur Terre. En 1820, le Danois Christian Jürgensen Thomsen, à la suite de Nicolas Mahudel, ordonne les collections de son musée en fonction des principaux matériaux utilisés et popularise le système des « trois âges » : Âge de la pierre, Âge du bronze et Âge du fer, sur la base des progrès technologiques dans les armes et les outilsLedetraad til Nordisk Oldkyndighed, 1836.. Cette classification archéologique tripartite, devenue un des grands paradigmes de l'archéologie dès le , reste utilisée jusqu'au début du .

Si les deux dernières expressions sont encore couramment employées, la première est désormais tombée en désuétude. On lui préfère selon les cas les termes Paléolithique et Néolithique, introduits par John Lubbock en 1865Lubbock, J., Prehistoric Times, Londres, Williams and Norgate, 1865., ce qui conduit à une périodisation en quatre périodes (périodisation qui ne cessera de s'affiner). Le Paléolithique, étymologiquement « âge de la pierre ancienne », est la période la plus ancienne, durant laquelle la pierre est seulement taillée (d'où aussi l'appellation d'« âge de la pierre taillée »). Le Néolithique, étymologiquement « âge nouveau de la pierre », est la période plus récente, durant laquelle la pierre est taillée mais aussi travaillée par polissage (d'où aussi l'appellation d'« âge de la pierre polie »).

Les découvertes et les écrits de pionniers tels que Paul TournalPaul Tournal sur le site Le Petit Narbonnais. (1827)Some account of the progress of natural history, during the year 1828, as reported to the academy of sciences at Paris by the baron Cuvier par Mrs. Bowdich, The magazine of natural history, Vol. II, , (1829)., Jean-Baptiste Noulet (1851)Sur un dépôt alluvien, renfermant des restes d'animaux éteints, mêlés à des cailloux façonnés de la main de l'homme, découvert à Clermont près de Toulouse (Haute-Garonne) par J.-B. Noulet, Mémoires de l'académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles lettres de Toulouse, , T. IV, (1860). et d'autresLes travaux pionniers conduits notamment par John Frere à Hoxne en 1797, . Cf . contribuent à faire accepter l'idée de la très haute antiquité de l'Homme. Les trois volumes des Antiquités celtiques et antédiluviennes (1846, 1857, 1864) de Jacques Boucher de Perthes jettent les bases de la science préhistorique, dont il est considéré comme l'un des fondateursClaudine Cohen et Jean-Jacques Hublin, Boucher de Perthes. Les Origines romantiques de la Préhistoire, Paris, éd. Belin, 1989, p. 23.. La date officielle de la naissance de cette science correspond à la reconnaissance par la communauté académique de la contemporanéité de l'Homme et d'espèces animales disparues « antédiluviennes ». Elle peut être fixée en avril 1859 par les Anglais de la British Archaeological Association qui se convertissent à la théorie de Boucher de Perthes, ou le 16 septembre 1859 par les Français de l'Académie des sciences, qui adhèrent à la très haute antiquité de l'homme défendue par Édouard Lartet et Albert Gaudry lors de la communication... Mais cette naissance n'est pas une rupture épistémologique brutale car de nombreux travaux pionniers montrent ..

S'inspirant de la chronologie utilisée en géologie, Édouard Lartet propose en 1861 une chronologie fondée sur les espèces successives de grands mammifères dominants. Seul l'âge du renne est encore parfois utilisé pour désigner le Magdalénien. En 1869, Gabriel de Mortillet propose une nouvelle chronologie de la Préhistoire, en quatorze époques successives nommées d'après les sites où elles ont été décrites et où elles sont bien représentées ; si certaines ont été abandonnées, d'autres sont encore utilisées aujourd'hui comme l'Acheuléen, le Moustérien, le Solutréen ou le MagdalénienMortillet, G. de (1869) - « Essai d'une classification des cavernes et des stations sous abri, fondée sur les produits de l'industrie humaine », Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'Homme, cinquième année, 2° série, , .Mortillet, G. de (1872) - « Classification de l'Âge de la pierre », Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'Homme, huitième année, 2° série, T. 3, .. La chronologie a également été précisée par Henri Breuil, notamment en ce qui concerne la position stratigraphique de l'AurignacienHenri Breuil (1937) - « Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification », in : Congrès International d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques, Compte rendu de la session, Genève, 1912, ..

Au début du , Oscar Montelius est le premier archéologue à formaliser le concept de typologie lithique et de chronologie relative par la .

Divisions de la Préhistoire