Ariadna Aleksandrovna Scriabina (en ; née Ariadna Aleksandrovna Schletzer, connue sous son nom marital Sarah Knout et son nom de guerre Régine), née le et décédée le , est une poétesse russe et une héroïne de la Résistance française.
Elle est la fille ainée du compositeur russe Alexandre Scriabine et de Tatiana Schletzer (son nom de famille exact est "de Schlœzer", modifié en Schletzer lors de la transcription du russe au français). Après la mort de son père, Ariadna prend le nom de son père, et après le décès de sa mère, elle s'exile à Paris. Elle intègre alors les cercles littéraires de la diaspora russe et écrit ses premiers poèmes qui seront publiés. Elle se marie trois fois, la dernière fois avec le poète Dovid Knout (de son vrai nom : Duvid Meïerovitch Fiksman). Ensemble, ils adhèrent aux idées du mouvement sioniste révisionniste de Vladimir Jabotinsky. Baptisée enfant dans la religion orthodoxe, elle va se convertir au judaïsme et prendre le prénom hébraïque de Sarah.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle organise et participe activement à la résistance juive, dans le sud de la France, contre l'occupant allemand. Elle est tuée par un membre de la milice peu de temps avant la chute du régime de Vichy.
Biographie thumb|200px|Ariadna à 2 ou à Amsterdam Alexandre Scriabine a eu sept enfants, dont quatre de son premier mariage avec Vera Ivanovna Scriabina : Rima (1898-1905), Elena (1900-1990), Maria (1901-1989) et Lev (1902–1910), et trois de son mariage avec Tatiana Fiodorovna Tatiana Schlœzer: Ariadna, Julian et MarinaPryanishnikova, . À partir de 1910, Scriabine vit avec Tatiana Schlœzer, et bien qu'il soit toujours marié avec Vera Scriabina, ils ne vont même pas se rencontrer à l'enterrement de leur fils Lev.
Ariadna de Schlœzer Ariadna de Schlœzer, la fille ainée du couple Alexandre Scriabine et Tatiana de Schlœzer, est née dans la ville italienne de Bogliasco, près de GênesKashperova, , où Scriabine travaille sur son Poème de l'extaseKhazan, .
Europe La période est instable pour Scriabine qui voyage à travers l'Europe pendant plusieurs années. En juillet 1905, sa fille ainée, Rima, meurt en Suisse, et la naissance d'Adriana finalise sa séparation avec son épouse légitime. En décembre, il rompt son contrat avec sa maison d'édition Beliaïev, qui lui a réduit ses droits de moitié, peu de temps après la mort de son fondateur Mitrofan BeliaïevKashperova, . Il en résulte pour Scriabine la perte de sa principale source de revenus pendant une année, jusqu'à ce que les nouveaux propriétaires reconsidèrent leur offreKashperova, .
Fin , Scriabine installe sa nouvelle famille à Genève, et à l'automne, à Amsterdam. Il entreprend une tournée de concerts en Belgique, aux États-Unis et à Paris avec sa femme. Pendant ce temps, Ariadna est gardée par les tantes de Tatiana, Henriette et Alina BotiPryanishnikova, , 147. À l'été 1907, Tatiana se rend avec Ariadna à Beatenberg en Suisse où Scriabine les rejoint. En septembre, la famille déménage à Lausanne, où quelques mois plus tard naît Julian.
Russie thumb|left|Julian, Mariana et Ariadna vers 1913 Scriabine pense depuis longtemps à retourner en Russie, mais son caractère et sa situation familiale en ont fait un objet de scandale pour la société, ce qui retarde son retour jusqu'en février 1910Sabaneev, , 20.
À Moscou, Ariadna est baptisée selon le rite orthodoxe, et en novembre 1912, naît sa sœur Marina.
Les enfants de Scriabine sont élevés principalement par des tuteursSabaneev, , tandis que Scriabine et sa femme mènent une vie sociale active recevant chez eux poètes, artistes, acteurs et philosophesTompakova, . On parle le français dans la famille. Ariadna poursuit des études au Conservatoire de Moscou, tout en écrivant dès son jeune âge des poèmesTompakova, . Julian montre des talents de compositeur et Marina suit des cours de peinture. La maison possède une bibliothèque très fournie, et les enfants reçoivent des leçons données par des professeurs privés et par leur mère.
Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la vie devient plus difficile, et pour subvenir aux besoins de sa famille, Scriabine passe beaucoup de temps à donner des concerts dans différentes villes russes. Scriabine lui-même accueille avec bienveillance la guerre, espérant que des changements interviendront une fois les combats terminésSabaneev, .
Ariadna Scriabina Ukraine thumb|200px|Tatyana Schletzer entourée de ses enfants Ariadna, Marina et Julian, Moscou 1918
Le , Scriabine meurt de sepsis, laissant sa famille sans ressourcesScriabin, . Grâce aux efforts d'amis de la famille, la femme légitime de Scriabine, Vera, accepte de prendre en charge Ariadna, Marina et Julian en tant qu'enfants de Scriabine autorisés alors à porter son nomPryanishnikova, .
Tatiana de Schlœzer s'arrange pour obtenir quelques subsides pour la famille, et se consacre principalement à l'éducation de Julian, qu'elle pressent comme le successeur d'Alexandre. La révolution de 1917 ébranle les finances familiales. En 1918, la famine se développe à Moscou, et Tatiana s'installe avec ses enfants à Kiev en Ukraine alors mieux approvisionnéeKhazan, .
Le gouvernement soviétique décide d'ouvrir un musée Scriabine dans sa maison de Moscou, et Tatiana est priée d'aider à sa réalisation. Pendant son absence, en juin 1919, Julian se noie dans le Dniepr. La mort de son fils la brise. Elle ramène Marina à Moscou et place Ariadna dans un internat à NovotcherkasskTompakova, , mais l'école ferme bientôt définitivement et Ariadna rejoint sa mère et sa sœur à Moscou.
Moscou thumb|180px|Ariadna avec sa mère à Moscou (1918) À cette époque, Ariadna possède déjà une forte personnalité. Artistiquement ses goûts la portent vers les mouvements d'avant-garde. Bien qu'elle ne soit guère appréciée à l'école en raison de ses origines nobles et de son tempérament, elle n'en a cureTompakova, . Elle a alors comme but de devenir une poétesse célèbreKhazan, .
Ses auteurs favoris sont Dostoïevski, Shakespeare et les Grecs anciens pour leur style et le dramatisme. Elle aime aussi les poèmes d'Alexandre Blok et de Constantin Balmont. Elle a l'habitude de réciter un vers de Balmont : Je veux être le meilleur au monde, sur le terre et sur l'eauTompakova, .
À , elle écrit des vers avec sa sœur Marina sous le pseudonyme commun de Mirra. Ces vers sont souvent consacrés à des célébrités russes et ont un style influencé par Marina Tsvetaeva, une amie de la familleRybakova, . Quand elle écrit seule, Ariadna prend le nom de plume d'Ariadna Orlitskaya, car, bien qu'elle adore son père, elle ne veut pas profiter de sa renomméeRybakova, .
Une année avant l'obtention de son diplôme, Ariadna décide de quitter l'école et d'entrer au collège. Katia Jdanko, son amie de Novotcherkassk qu'elle considère comme une sœur, fait de même. Toutes les deux réussissent leur examen d'entréeTompakova, , 26. Au collège, Ariadna ne suit les cours que de ce qui l'intéresse : la linguistique et l'orthoépie, l'histoire de la littérature occidentale, la poésie et l'esthétiqueTompakova, , 30.
En janvier 1922, son collège ferme définitivement et en mars, sa mère meurt après une longue période de dépression. Elle est enterrée au cimetière de Novodevitchi, près de son mariTompakova, . Les sœurs doivent quitter leur appartement de Moscou transformé en musée Scriabine. Elles quittent la Russie, Maria part rejoindre des parents en Belgique, tandis qu'Ariadna rejoint son oncle Boris Schletzer à ParisKhazan, .
Paris On ne sait pas grand-chose des premières années d'Ariadna à Paris. Comme la plupart des autres émigrés, elle doit trouver de l'argent pour survivre. Elle s'inscrit à la faculté de philologie à la Sorbonne, mais ne paraît pas vraiment intéressée par les coursLazaris, . Vers 1923, elle entre au club des poètes russes, auquel adhèrera aussi son futur mari, Dovid KnoutKhazan, .
Tentative d'écriture et premier mariage thumb|left|150px|Ariadna à Paris en 1924 L'année suivante, Ariadna publie son recueil de poèmes sous le simple titre : Poèmes. Il est critiqué par le poète russe Georgy Adamovitch pour son style peu original, tandis que Semyon Liberman le décrit comme de bons vers, plaisants, intelligents et de bon niveau. Le poème principal du recueil est dédié à Boris de Schlœzer et porte comme épigraphe une phrase de son père : Poème de l'extaseKhazan, .
Au début de 1924, elle se marie avec le compositeur français Daniel Lazarus. Celui-ci est charmé par son impudence et son arrogance. Elle fume beaucoup, boit de la vodka sans retenue et est toujours affamée, conséquence de ses années difficiles en Russie. Malgré cela, elle restera svelte tout au long de sa vie, pesant dans les Lazaris, . Comme auparavant, elle ignore les bonnes manières et les gens qui l'entourent, ce qui a attiré Lazarus. Celui-ci ressent sa domination, bien qu'il soit âgé de sept ans de plus qu'elle et blessé pendant la Première Guerre mondiale. Il admire Scriabine, et donc sa fille. Il a conquis son cœur en mettant en musique trois de ses poèmes, mais ses parents n'ont pas du tout apprécié son choix, traitant Ariadna de gitaneLazaris, .
Le mariage résout les problèmes financiers d'Ariadna, mais lui en amène d'autres. Outre une chute provoquant une fausse couche en descendant d'un tramway alors qu'elle est enceinte, elle ne s'entend pas avec sa belle-famille et par ailleurs est déçue par sa production poétique.
Le Ariadna donne naissance à une petite fille, Miriam Bibliothèque-fonds « diaspora russe » : soirée commémorative pour le de la naissance d'Ariadna Scriabina sur bfrz.ru, puis en 1926 à Gilberte-Elizabeth dite BettyKhazan, . Peu de temps après la naissance de Betty, Ariadna quitte Lazarus en emmenant ses deux fillesLazaris, .
Second mariage En 1928, le pianiste Vladimir Sofronitsky visite Paris en compagnie de sa femme Elena, la demi-sœur bien-aimée d'Ariadna. Après une dispute avec son époux qui repart en Russie, Elena reste à Paris auprès d'Ariadna pendant plusieurs annéesLazaris, .
C'est durant cette période qu'Ariadna fait la connaissance et se marie bientôt avec l'écrivain français René Méjean. Bien que Méjean soit le même genre d'aristocrate que Lazarus, sa famille est mieux disposée à l'égard d'Ariadna et ne lui fait pas grief d'avoir deux enfants d'un précédent mariage. Le mariage va toutefois ternir l'amitié entre Ariadna et Elena, qui décide finalement de rejoindre son mari en Russie.
Ariadna est cependant rapidement déçue par Méjean. Alors qu'elle est enceinte, elle lui avoue qu'il n'est pas le père de l'enfant qu'elle porte, lui annonçant que c'est l'enfant de Dovid Knout. Méjean n'apprendra que beaucoup plus tard, qu'il est en réalité le véritable père de l'enfant. Ariadna persuade aussi Knout de soutenir cette version des faitsLazaris, .
Romance avec Knout Paris est alors la capitale des exilés russes dont certains possèdent des cafés, des restaurants, des magasins russes et publient des journaux, magazines et livres en russe. La plupart des mariages se font au sein de la communauté, et les enfants sont envoyés dans des crèches et écoles russesLazaris, . Cependant, les Juifs russes constituent un groupe à part qu'Ariadna fréquente ainsi que son troisième mari Dovid Knout.
Knout est un Juif de Bessarabie, né à Orhei, fils d'un épicier. Après l'annexion de la Bessarabie par la Roumanie, il a émigré à Paris, où il a fait divers métiers, ouvrant même un restaurant bon marché où il emploie sa sœur et son jeune frèreLazaris, .
Knout admire la poésie d'Alexandre Pouchkine Notes sur la vie et l'œuvre de Dovid Knout ; consulté le 2 décembre 2013Khazan, , et commence à publier ses propres poésies quand il retourne à Kichinev. Sa poésie et son caractère plaisent beaucoup à Ariadna.
thumb|200px|Ariadna avec son fils Eli, Paris, 1938