L'église Saint-Étienne est une église catholique paroissiale située à Fosses, en France. Elle a été édifiée pendant deux campagnes de construction, dont la première entre 1170 et 1200 porte sur le chœur, le croisillon nord, l'absidiole nord, la nef et les deux bas-côtés. Ces derniers ont cependant été reconstruits au . Le croisillon sud et la chapelle de la chapelle de la Vierge ont été ajoutées pendant la seconde campagne vers 1230 / 1240 environ, et présentent ainsi des différences par rapport à leurs homologues au nord. L'ensemble est de style gothique primitif, comme l'indiquent le remarquable clocher et la sculpture des chapiteaux, qui sont de belle facture et représentent de façon assez naturaliste quelques éléments de la flore locale. L'on ne peut en même temps pas nier l'influence persistante de l'architecture romane, qui se traduit par la forme en plein cintre des fenêtres issues de la première campagne, et par le plan en hémicycle du chœur, que l'église de Fosses partage avec quelques autres églises gothiques de la même époque. L'absidiole nord est d'une conception archaïque, et son architecture est moins évoluée que celle de son homologue de l'église de Luzarches, pourtant de cinquante ans plus ancienne. La nef appartient à un type protogothique se caractérisant par des fenêtres hautes alignées au-dessus des piliers des grandes arcades, conçue pour ne pas être voûtée. Un changement de parti est toutefois intervenu lors de la construction du mur du sud, dont les fenêtres sont désormais situées au-dessus des arcades, qui sont donc de plus faible hauteur ; des contreforts latéraux indiquent que l'option d'un voûtement d'ogives a été retenue. Celui-ci ne s'est jamais réalisé, et l'église est effectivement bâtie à l'économique, avec emploi très limité de la pierre de taille et une restriction de l'ornementation au strict nécessaire. La sobriété architecturale avait été compensée par des peintures murales, dont ne subsistent plus que des vestiges, assez éloquents pour permettre une reconstitution. Peu avant le milieu du , la nef a été dotée d'un nouveau portail occidental, dont l'agencement fait preuve d'une ambition que l'on ne constate pas ailleurs dans l'église. Classée monument historique par arrêté du ., elle est la seule église villageoise de style essentiellement gothique primitif dans tout l'est du Val-d'Oise, et à ce titre précieux témoin de l'histoire. Aujourd'hui bien restaurée, elle a toutefois été évincée du calendrier des messes de la paroisse, et l'église Saint-Étienne ne joue presque plus aucun rôle dans la vie religieuse locale.
Localisation thumb|Vue depuis l'est.
L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, dans la vallée de l'Ysieux, sur la commune de Fosses, Grande-Rue (RD 922), dans le village ancien. Ce quartier a conservé un caractère semi-rural et forme toujours une entité distincte de la ville qui a commencé à se développer plus près de la gare dans l'entre-deux-guerres, et qui a fait l'objet d'un programme d'urbanisation pendant les années 1970. L'église est alignée sur la rue avec son élévation méridionale, et la façade occidentale donne sur un petit parvis. Le chevet est entouré du jardin de l'ancien presbytère, mais bien visible depuis la rue. L'on ne peut donc pas faire le tour de l'édifice. L'élévation septentrionale est toutefois visible depuis un terrain municipal.
Historique L'histoire de la paroisse Le saint patron de la paroisse est saint Étienne, pape et martyr, et non saint Étienne, martyr lapidé aux tout débuts du christianisme et considéré comme l'un des premiers saints hormis ceux qui figurent dans le Nouveau Testament. Le pape Étienne I a succédé à Lucius le , et il a été décapité le dans le contexte d'un conflit avec les églises d'Orient et d'Afrique. Étienne II, pape de 752 à 757, s'est rendu en France en 751, quand il ne fut pas encore pape, pour implorer le secours du nouveau roi Pépin le Bref contre Aistolf, roi des Lombards. Il logea longtemps à l'abbaye Saint-Denis auprès de l'abbé Fulrad, proche de la cour royale. Avec Étienne II, Fulrad a été envoyé en Toscane où il fit la connaissance de Paul, qui devint pape en 757. Ainsi Fulrad rend visite au pape Paul à Rome une fois qu'il est installé sur la chaire pontificale, et au moment de la visite, Paul venait de faire lever le corps de saint Étienne I, qui porta le même nom que son prédécesseur Étienne II. L'abbé Lebeuf suppose que ce fut dans ces circonstances que Fulrad obtint quelques reliques de saint Étienne, et l'on a la certitude que Paul lui donna des reliques d'un , d'un saint (l'on ignore lesquels des saints portant le même nom), de saint Vit et de plusieurs autres saints. Fulrad avait pour sa part offert des reliques de saint Denis. Il ramena les reliques en France et offrit des portions de celles de saint Étienne et de saint Vit à son frère, dont l'on ignore le nom, mais dont l'on sait qu'il fut seigneur de Montmélian. Il y fit bâtir une église qui est à l'origine de la localité de Saint-Witz. Pour établir le lien avec Fosses, il faut savoir que l'abbaye d'Hérivaux obtint les dîmes de Montmélian aussitôt après sa fondation, et même si cette toute jeune abbaye ne possédait pas encore l'église de Fosses, elle y avait déjà beaucoup de biens. C'est donc l'abbaye d'Hérivaux qui aurait offert les reliques à l'église de Fosses, sans doute à l'occasion de sa dédicace. Si les choses ne sont pas passées ainsi, l'abbaye Saint-Denis a aussi pu donner les reliques directement, car elle possédait un fief à Fosses jusqu'au début du .. thumb|upright|left|Reliquaire d'autour de 1500.
L'abbé Lebeuf a encore pu contempler le contenu du grand reliquaire en pierre, qui a été bâti dans l'église autour de 1500. Il note un bras de cuivre contenant un petit ossement de saint Étienne pape ; le chef de saint Vit apporté sûrement de Montmélian ; un autre chef-reliquaire de bois doré censé contenir des restes de saint Modeste, et une boîte dont on dit qu'elle contient des reliques de saint Crescence. Du coïncidence de ces noms, l'on a conclu que le saint Vit en question serait bien le Vit de Lucanie que l'on fête avec saint Modeste et saint Crescence, mais l'abbé Lebeuf n'est pas très convaincu qu'il s'agisse vraiment de ces saints relativement bien connus, mais pense plutôt à d'autres saints du même nom. Quoi qu'il en soit, le , fête de saint Étienne pape, et le , fête de saint Vit de Lucanie, étaient traditionnellement chômés à Fosses. L'église à quant à elle toujours été placée sous la seule invocation de saint Étienne. À la fin du , la paroisse de Marly-la-Ville a vraisemblablement été démembrée de celle de Fosses, quand Maurice de Sully, évêque de Paris, donna l'église ou plutôt la chapelle de Marly à l'abbaye d'Hérivaux. Au début du , la cure de Fosses était toujours à la pleine collation de l'évêque de Paris. En 1260, l'abbé d'Hérivaux demanda à Renaud III Mignon de Corbeil qu'il veuille bien lui transmettre le bénéfice de la cure de Fosses, en argumentant avec la pauvreté de son abbaye. L'évêque s'assura du consentement du curé, nommé Gilbert, et donna une suite favorable à la demande sous condition de certains versements annuels. L'abbé Hervé promit pour sa part de faire desservir l'église par deux chanoines réguliers de saint Augustin. À partir de la réforme des abbayes augustines, ce furent des Génovéfains. Sous tout l'Ancien Régime, l'abbé d'Hérivaux nommait à la cure de Fosses, mais il paraît qu'il n'y eut ultérieurement plus qu'un seul chanoine exerçant l'office de curé..
Fosses était l'un des très nombreux prieurés-cure, comme du reste Marly ; l'appartenance à une abbaye conférait au presbytère le statut de prieuré, mais n'y résidaient qu'un ou deux religieux responsables du service paroissial. Il faut faire la différence avec les églises priorales, abritant des communautés religieuses plus importantes, où les paroissiens devaient se contenter de célébrer leurs messes dans l'un des bas-côtés. Le prieuré est dissout à la Révolution française, en même temps que l'abbaye d'Hérivaux, dont il abritait l'un des tout derniers moines, la vie monastique étant en déclin au . Les reliques de saint Étienne deviennent malheureusement victime du vandalisme révolutionnaire. — Avec la création du département de Seine-et-Oise, la paroisse est rattachée au nouveau diocèse de Versailles qui correspond exactement au territoire du département. Dans le contexte de la refonte des départements d'Île-de-France, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966, et Fosses en fait partie à l'instar de toutes les autres paroisses du département. Le diocèse de Paris se limite désormais à la seule ville de Paris. La paroisse de Fosses a conservé son indépendance, mais son siège est dans la sur le plateau. L'actuelle paroisse de Fosses inclut l'ancienne paroisse de Survilliers, qui avait auparavant absorbé celles de Vémars et Saint-Witz. Ce territoire représente l'extrémité nord-est du diocèse de Pontoise.
Les campagnes de construction de l'église thumb|upright|Vue depuis le sanctuaire. thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Ancien portail sud.
Les auteurs s'accordent pour une date de début de construction des parties orientales autour de 1170. La première campagne de construction porte sur le chœur, qui est généralement la première partie construite d'une église car abritant le Saint-Sacrement, et le transept avec l'absidiole nord. La période romane est finie dans la région depuis une vingtaine d'années, sauf pour les clochers, qui adoptent encore le style roman un peu plus longtemps. Or, le clocher de Fosses affirme clairement son style gothique, et l'intérieur est lui aussi gothique. Pour Charles Huet les parties construites entre 1170 et 1190 environ sont romanes, et les fenêtres en plein cintre ; l'austérité de l'absidiole nord et ses ogives au profil d'un gros tore et la sculpture de certains petits chapiteaux décorés de simples volutes d'angle parlent dans ce sens. Mais la transition entre les styles est successive, et des archaïsmes subsistent dans toutes les églises de style gothique primitif. Ainsi Marcel Aubert n'évoque pas le style roman, et la plupart des chapiteaux sont clairement gothiques. Cette question n'est toutefois que de second ordre par rapport aux différences d'opinion sur la nef, le bas-côté nord, le croisillon sud et la chapelle sud...